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Full text of "Revue des études juives 1914"

11€ 








TiSÏ'^ 






, 



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in 2012 with funding from 

Algoma University, Trent University, Lakehead University, Laurentian University, Nipissing University, Ryerson University and University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/revuedestudesjui68soci 



REVUE 



DES 



ÉTUDES JUIVES 



VERSAILLES. — IMP. CERF, 59, RUE DUPLESSIS 



43 REVUE 




DES 



ÉTUDES JUIVES 

PUBLICATION TRIMESTRIELLE 
UE LA SOCIÉTÉ DES ÉTUDES JUIVES 



TOME SOIXANTE-HUITIEME 



PARIS 

A LA LIBRAIRIE DURLAGHER 



142, RUE DU FAUBOURG-SAINT-DENIS *hi> ^>^~ 

1914 *5-£^ 5 



t. 



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FRAGMENTS INÉDITS DU SÈFER HAGGALOUI 
DE SAADIA GAON 



Lorsqu'en 1911, j'arrivai au Caire, chargé par mon savant 
maître, M. Israël Lévi, d'examiner sur place les fragments de 
textes de la Gueniza épars sous les combles de la synagogue du 
Vieux-Caire et que la communauté venait de recueillir sur le 
conseil du capitaine Raymond Weill, une de mes premières trou- 
vailles fut un double feuillet de parchemin d'une belle écriture 
carrée, que tout de suite je reconnus pour être un fragment du 
SèfenHaggaloaï de Saadia. 

On sait que l'épître poétique que Saadia avait rédigée à Bagdad, 
en pleine lutte contre le prince de l'Exil David b. Zakkaï, et qui 
renfermait l'histoire de ses avatars comme chef de l'école de 
Soura, avait totalement disparu de la littérature hébraïque. Cette 
perte était d'autant plus regrettable que ce morceau, composé 
sur le modèle des écrits bibliques, divisé en versets et muni de 
points-voyelles et d'accents, était ce que Saadia croyait avoir écrit 
de meilleur et dont il était particulièrement fier. Il y avait, en 
effet, donné la mesure de son élan poétique, en imitant le style 
des prophètes. En outre, il y avait cherché à confondre ses puis- 
sants et redoutables ennemis et consigné les faits principaux de 
son activité gaonique. Cet écrit constituait sa justification aux yeux 
de la postérité et le lavait des accusations mensongères que ses 
ennemis avaient répandues sur son compte. Aussi comprend-on 
qu'il y soit revenu avec amour plusieurs années après pour en 
donner une seconde édition, augmentée de trois nouveaux cha- 
pitres, d'une traduction arabe et d'une longue préface. Harkavy 
(Studien u. Mitt/ieilimgen, V, Saint-Pétersbourg, 1891) publia 
cette introduction * ainsi que les premières lignes du Sèfer Hagga- 
louï accompagnées rie la traduction arabe. M. Schechter (Saa- 
dyana, Cambridge, 1903) a publié ensuite, d'après un ms. de la 

1. M. Henry Malter, Saadia Studies, J. Q. R., n. s., vol. III, n° 4, a publié récem- 
ment un fragment de C£ite introduction d'après un nouveau ms. 

T. LXV1II, n° 130. 1 



2 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Gueniza, les deux premières pages du texte hébreu et deux pages 
du milieu. 

Notre fragment, très bien conservé, se compose d'un double 
feuillet de 12 x 14 centimètres, avec 19 lignes à la page ; le pre- 
mier feuillet comprend une partie inédite du texte hébreu, le der- 
nier un passage de l'introduction arabe, en tout conforme au texte 
publié par Harkavy (p. 169, 1. 15 — p. 173, fin de la ligne 12) et 
que nous nous abstiendrons de reproduire ; l'intervalle devait 
comprendre la fin du texte hébreu et le commencement de l'intro- 
duction arabe. Le recto du premier feuillet est surmonté, en tête 
et à droite, de la lettre beth, ce qui indiquerait que notre fragment 
formait le premier et le dernier feuillet du deuxième cahier de 
l'ouvrage entier; le pli du milieu montre que l'introduction a été 
placée par le scribe à la fin du texte hébreu, contrairement au ms. 
d'Harkavy. Le second feuillet de notre ms. représente environ le 
contenu d'un feuillet du ms. Harkavy (fin du fol. 5 et presque tout 
le fol. 6) ; or, ce dernier forme actuellement un cahier de huit feuil- 
lets et a dû, à l'origine, ainsi que le suppose Harkavy avec raison, 
être composé de dix feuillets dont le premier et le dernier, qui 
manquent à présent, renfermaient le début de l'introduction et la 
continuation du texte. Ainsi donc, si nous supposons que notre 
fragment formait le premier et le dernier feuillet d'un cahier de 
dix feuillets (vu l'épaisseur du parchemin il est difficile de croire 
que les cahiers en contenaient davantage), la lacune du milieu 
serait de huit feuillets, dont six au moins contenaient le commen- 
cement de l'introduction et deux la fin du texte hébreu formant le 
vn e chapitre de l'ouvrage, ce qui prouve que les chapitres vm-x 
ajoutés plus tard par Saadia avaient été omis ou rejetés à la 
fin. Cela nous permet également d'évaluer approximativement 
l'étendue de l'ouvrage original de Saadia, dont les sept chapitres 
occupaient environ 10 + 1 + 2 = 13 feuillets ou 26 pages de 
notre ms. 

Notre texte, qui appartient au vn e chapitre (v. Harkavy, p. 154), 
vise particulièrement le chef de l'Exil, David b. Zakkaï, et Khalaf b. 
Sargado et jette un jour particulier sur la lutte acharnée des deux 
partis, celui de « la droite », avec Saadia en tête, et celui de « la 
gauche », dirigé par Ben Zakkaï et le jeune Khalaf b. Sargado. Les 
ripostes de ce dernier, qui nous sont conservées en partie dans 
l'écrit caraïte (v. Harkavy, iô., p. 225-230), ne deviennent intelli- 
gibles que grâce à notre texte, auquel Ben Sargado fait allusion en 
s'efforçant de répondre par des attaques plus virulentes et des 
injures plus grossières. 



FRAGMENTS LNÉDITS DU SEFER HAGGALOUÏ DE SAADIA GAON 3 

Malgré l'excellent état du ms. , le texte est souvent fautif, le 
copiste n'ayant pas toujours bien compris le sens exact des mots 
difficiles, qu'il a estropiés ainsi à souhait. Peut-être aussi ne dis- 
posait-il que d'une copie imparfaite, car il essaie, à l'aide de cor- 
rections marginales, de rétablir le texte. 

Ayant tâché plus tard de recueillir les rares fragments de même 
provenance restés entre les mains de plusieurs marchands du 
Caire, nous avons eu la bonne fortune de découvrir deux autres 
fragments de doubles feuillets, malheureusement très mutilés, 
et faisant partie du sixième chapitre (v. Harkavy, p. 154) de la 
seconde version accompagnée de la traduction arabe 1 , que nous 
donnons plus loin. Ces feuillets, d'une écriture carrée très large, 
mesurent 13 x 18 1/2 centimètres, avec 18 lignes à la page. Le 
texte est dépourvu de points-voyelles. C'est le récit circonstancié 
de la lutte engagée et de la victoire remportée sur le parti de 
gauche. Nous y retrouvons les noms par lesquels Saadia avait 
désigné ses principaux ennemis et qui nous étaient déjà connus 
par l'introduction (v. Harkavy, p. 167). Dans la traduction que 
nous en donnons, le texte hébreu est complété par la traduction 
arabe placée entre crochets. 

Bernard Ciiapira. 



Recto. 

^ni^b b^bisa ia t\'ûrè bre nN rnataa mnnn 

"d^y brrirâ "H? êm na "ija i?np 3 rîsi£ iw "!^:iz ris 

n^ç -nâs rwn ûi*n itan : b*»n now» D3 8 -ib? "•Sfîtt 

nrwi Tnr t nuis 6 ïpniEnw ïpevin rrsmjnb *pb* ™ 

^Tl «pinçE ris w qôn ^ râiss bs f^Jn ds 5 

■ps : ûbs>n tnt avp as *pd ns-p ïpnmsnâ ns 

03to las sjarn 7 ynsrs nsna Tnbq «ô ^ rirn^s 

^ttvtpîib ïçn^nK yyih rnx i^n 8 ba&a ï-nvi rra 

1. Deux autres fragments de cette version ont été publiés par Harkavy (ib., p. 186- 
193) et par Mayer Lambert [Revue, XL, p. 85 et 260). 

2. cf. Ps., gxli, 4 : tinvzymn ûnbs bm. 

3. ncilt, pour ilD^SS, « son miel », cf. Prov., xvi, 24. 

4. De fltiiy ; cf. Gen., xv, 17. 

5. De nT75B, cf. Nah., n, 4. 

6. Cf. ls., xxxvir, 23; l'expression "pD'lXn "pDTin est employée de bonne heure 
dans la littérature talmudique. 

7. Cf. Job, xv, 14. 

8. Cf. Néh., vin, 13. 



10 



15 



HEVUE DES ETUDES JUIVES 
: s a^aia bitfiû ba ïrnmb Tnlnb ' mo "»nbs mw 

• T V I v t •• • : T t • : • - T 

ûnbn nsnn 1s T^T" 1 nn« mawb aannn rra 

v t • : v : • '« lv": t - • t .- - - - : • 

nsia «t3n : *pa"w ana baa yineni ttair "ja ^3 
warâ"' tfb d^-p^-i dw-ie *in * DninN ri*s 3 vasb 
p» nba 7 n72373 : G ma iTaa :i ^nso na p 

inwipa rwanîan 10 b'tzr t 9 baan marnn 8 ninn "in 

T I , ... T S . - T T - T T - • T V 

i?ûD ia r3sb y^an ba-ns lâaab " D^mna» va bar 
ayna ^ -)733 u "nasn arbo 13 ^.n» vas w : en 

- : • •• t • : - : - v -: - T t • t 

nprnsn »«^n(a b\* ■passa» wn 13 i^aa nbsai iu3sra 

t : - - •■. ... T - : - T : . : --.:•■• : - : 

naôb nb tp n?a ; ^nnaa vb pnba a"«at^ pn ba ^a 

...... T ( : - T ' • ' T : • • - ' T 

np_-r arptôai ■*b T wt. rnxbq "sjitDnb 1k û H apT as 



1. Le copiste a lu rH7a, induit en erreur par le verbe précédent *7TQ^yi2^i^ ', mais 
il est visible qu'il faut corriger en na?3 d'après Is., xiv, 6. D'ailleurs, r;372 ITa^arLarî 
a son analogue en arabe. 

2. Cf. I Rois, n, 9. 

3. Cf. is., xiv, 21 : na:a?a vaab iran. 

4. A la marge ÛÏT3N. 

5. Cf. Is., m, 17 : 'n nDO"l, que Saadia rend par Tia^O : rendre cbauve (Deren- 
bourg, Œuvres compl. de Saadia, t. III, p. 6). 

6. ma est un substantif forgé par Saadia du verbe ma, cf. Job, xxxviu, 8, "imaa 
an~]73, que Saadia traduit par "illin N~îtt (Derenbourg, ibid., t. VII, p. 111). Cf. de 
même ï"pa ">333 (Harkavy, Stud., p. 180). 

7. Cf. Hab., i, 9 : ri73"Hp DrfaS r\12iï2. Ibn Djauab rattacbe le mot 7:72372 à la 
racine tf7aa ; cf. Derenbourg, Job, p. 116. Saadia traduit, Job, xxxn, 24 : NTaa^ 
yiN par yitfbiK "ISp"*, « se diriger vers, avoir pour but » (Derenbourg, ib.). 

8. Cf. II Rois, xiv, 9. 

9. Cf. Is. , xl, 7 : V^ia baa "Pazn 123 V Il faut donc corriger baa en 333, que 

' T T •• T 

Saadia traduit par tapO^I, « tomber ». 

10. batan, lecture incertaine ; le mot est effacé et remplacé en marge par baSPH 
qui n'a pas plus de sens. Peut-être faut-il lire b^DDH ; cf. Job, xxxi, 11, "py 
Û"»3"ibD, que Saadia traduit par NHSabN 331, « insensés » (Derenbourg, t. VII, 
j). 90). C'est la leçon que nous avons adoptée. Il est à remarquer que Saadia rend le 
mot b33 également par rPSO ; cf. Is., xxxti, 6 : -|3T> 71333 333 "O = ^720^ 33 

obam n-:D3 ";sa p «rnoo (Der., t. m, p. 47). 

11. Cf. Ézéch., xxxi, 10. 

12. Cf. Nombr., xxxn, 22. 

13. A la marge n "narra. 

14. Lire : "ns^l, de DV^Nn 103*3 (Caut., n, 9) ; la lecture du copiste *nS3J1 
^1733 s'explique par l'expression a"H733 "H~ir573 (Cant., iv, 8). 

15. "Pi;;, pour "irPia, est fréquemment employé dans la liturgie. 

16. Cf. Job, xx, 6. 



FRAGMENTS INEDITS DU SEFER HAGGÀLOUl DE SAADIA GAON 

Verso. 

nap * nsm rra npm tp'iin pn » rw*tt ST3 ,, 3 > na 
nasnb nnpnw na nstrnb a^sa * Eibym 3 ns^ai rt*sa 

T : T : -'-:-.• T T : T : ■ - ■ ' T - J • - T ■ " 

n^iba 5 t^sd b* ^nn pn rnVn b« bsngnâ Dan : rra 
ssi* na73 bip i-^t^" 1 rtaœ ïrartSTsa "pna bai û^bbiT 

T : : t - ' - t • T T ' v t : • : » • t t : • :, 

■^aa no*© bip» : •àx to nnn G prâ ^o bipa 5 

•pwna Daœn b* bisn ^a 8 noa bab 7 ttjy-:73 û'Sttn 

SJ1D33 "D^rçsn ->in : T^nai ia ©^ ntpia bai 9 -jani 

12 inaaba nne* "ps "ra^B^na an^a inanasi ïiTjnTpa 

las: rasii: "vnbîœi "iwbiâ d*tn ^nb na r-urvb 

' - T t : T •• : T - : T T " S ■ I - 

nnpbi va» batob twj Tia : ban 15 arrN f^aniN u rrn 10 

18 ybvD ys 17 aTân-> aaiuîi baa Nim : 16 ato» ayr« ia-i 

-•••:• t •• T : t T : t - : • 

^ppinn 20 iaan "ôainb d? vaj "Voninn : nj3 19 nirô ab^i 
as witf.E s4 nap "•ïTaateri 23 ^* ^P 3 n ^ ^ 22 "jttm 



1. Cf. II Rois, xix, 16. 

2. A la marge "îanb. 

3. Cf. I Rois, x, 12. 

4. Cf. Gen., xxxvm, 14. 

5. Cf. II Chr., ix, 8. 

G. Cf. Ézéeh., vu, 6 : pC72, cf. Zéph., n, 9, Dublin pia7373 ; nous ignorons le 
sens attaché par Saadia à ce mot; mais conformément à son habitude, il est permis 
de supposer qu'il s"est servi pour le traduire du mot arabe similaire, qui signifie 
« flocon de coton ou laine cardée », et, par conséquent, piU73 """"PO aurait ici le sens 
d'épines coupées. 

7. Cf. Jér., xlvii, 3. 

S. POa de mnoa, Ézéch., xm, 18; en arabe, « vêtement ». 

9. Cf. Jér., xlix, 24. 

10. Cf. Is., v, 11. 

11. Prov., ii, 14. 

12. Cf. Ps., xv, 2. 

13. Cf. Gen., xxxiv, 21, et Ps., vu, 5. 

14. Cf. Prov.. xxvii, 16 : ni"! 1%?. r^V* = ÏTnbK 131 "7pD NÎTiaî 173 (Der., 
t. V, p. 164). 

lo Cf. Prov., vin, 17. 

16. Cf. Prov., xxx, 17; Ps., xxxv, 16. 

17. Cf. Prov., xvn, 28. 

18. Cf. I Samuel, xx, 3. 

19. Cf. II Sam., xxn, 30, et Is., xxxv, 6. 

20. Cf. Mich., i, 13 ; Is., xiv, 14, et Ézéch., xxvn, 20. 

21. Cf. Is.. xxn, 16. 

22. Cf. Is., lix, 10 : tm?3a D^EUÎNa = Tinbbfi* iD VnEbfifâ (Der., t. III. 
p. 89). 

23. Faut-il corriger en )£y\ b^oa ? Cf. Job, ix, 9. 

24. Cf. Ps., cxm, 5. 

25. Cf. Ps.,xr.v, 4. 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

T T 'y V 7 " " " T IV ' T T : - 

n>'3n n*an : rpja?"] * nibp ^ip ^na]? p^pa pjMTab 15 

«amas G est ^a ht *pst 5 tD^pT. nin ban, nias t»^3»n 

naas : 8 ioijpri Dna anari E|nrp ^3 n3Hi-> 7 irn-i 

balai laça in&ion "laiaa tro^a robrçïiftri rwi 

nrra "ansri p "pôb 10 a^nTÊEa ïtj?jb ft^arjb iz;Na 



Traduction. 

[Gomment oses-]tu rivaliser à l'aide des marais avec la rivière torren- 
tueuse ou [comparer] tes gâteaux d'orge ia à ses pains de miel ? Telle la 
paille devant le froment, la glèbe ,3 en face de l'onyx; comme les ténèbres 
chassées par le flambeau, tu fuis, telle une armée en déroute. Voici le 
jour, prédit par Dieu à ton sujet, où il sera mis fin à tes insultes et à tes 
outrages dont tu avais accoutumé de menacer u tous les hommes ; car 
Dieu a divulgué tes secrets et révélé tes méfaits. Tes yeux 15 levés seront 
témoins de ta perte 16 et alors tu seras accablé de honte. Comment as-tu 
pu dire : « La terre m'a été donnée en partage à moi et à mes enfants? » 
Te voilà un cadavre foulé aux pieds 17 ! Qu'as-tu à enseigner selon la 
raison 18 '? Dieu a ordonné de te faire une fin pénible, de l'infliger des 



1. Cf. I Chr., xi, 7. 

2. "p-IN n'offre ici aucun sens ; nous préférons ù la leçon corrigée en marge : "pN 
la lecture de bat "'TIN; cf. Ps., lxxx, 11. 

3 A la marge aST|. 

4. Cf. Nah., i, 14. 

5. Cf. Is., m, 5. 

6. Cf. Gen., xxvm, 17. 

7. Cf. Is., xxxii, 2 : ni") Nantta = rwnbN \D ï1Naa*73bfcO, « comme l'abri 
contre les vents » (Der., t. III, p. 47) ; cependant, ici il convient de lire tfanaa et de 
séparer les deux mots, "imi étant le sujet du verbe qui suit. 

8. Cf. Job, xn, 12 ; le verbe n'existe pas, Saadia l'a formé à. l'exemple de "OIET. 
9 A. la marge nanb'^a. 

10. Cf. Juges, xv, 14. 

11. Cf. Jér., xxxvni, 11. 

12. Cf. Juges, vu, 13. 

13. Cf. Job, vu, 5. 

14. Cf. Is., x, 19, y-|Kn y-\yb "ïEïpa, que Saadia traduit par bïlK arppb 
VH5ÔN : « effrayer » (Derenbourg, t. III, p. 4). 

15. Cf. Prov., xxui, 5. 

16. Cf. Job, xxi, 20, Tps VF9 "IN"P traduit par Saadia : |-nfi*an ÏIÉ»"»* "lâam 
(Der., t. VII, p. 69). 

17. Cf. Is., xiv, 19, oai73 1ABD = yiïTTO "7D^a, qu'il convient de corriger en 
01~"173, ou yimm, « piétiné » (Der., t. III, p. 22). 

18. Faut-il comprendre par là la méthode d'interprétation rationnelle employée par 
David b. Zakkaï? 



FRAGMENTS INEDITS DU SÈFER HAGGALOUÏ DE SAADIA GAON 7 

coups incessants 1 et de plonger ta vieillesse ensanglantée dans le scheol ! 
Pourquoi vous concerter 2 , toi et tes amis, contre « la droite » 3 de peur 
qu'elle ne se multiplie et te combatte? Puisse-t-elle, au contraire, se mul- 
tiplier et s'accroître en tout bien, tandis que tu disparaîtras 4 . Préparez la 
désolation 5 à ses fils à cause de la faute de leur père, bêtes fauves qui 
n'habitent point les villes; ils ont été évacués des centres 6 , tel un rebut. 
Ambition de chien mort 7 , ô épine 8 , herbe qui tombe; ô insensé, 
qui t'enorgueillis de ta stature [pour t'élever] au-dessus des arbres touffus 
et subjuguer toute la terre devant toi comme une moisson 9 . Sa face est 
plus farouche que les fentes du rocher 10 et que les petits du léopard; 
car il a l'âme abjecte et le corps d'un pécheur 11 . Ses paupières sont 
levées 12 vers les hauteurs du ciel; car toute loi [sainte] sert de cible 
à la raillerie du moqueur 13 . Qu'as-tu [à venir] ici siéger avec les vieil- 
lards '*; ou viens-tu protéger et commander les sots d'entre leurs chefs? 
Ouvre les yeux et regarde tes parents. Et il fouillera de sa main et creu- 
sera une tombe dans un sol aride, s'enveloppant avec le cadavre et [pré- 
parant] de l'eau pour se laver 15 , des parfums pour s'embaumer. Et ne 
fraye pas avec les prêtres de Dieu 16 ; ta place est plutôt parmi la bande 
des prodigues 17 et de tous les malfaiteurs de ton espèce. C'est là que sera 

1. Saadia traduit mo "Tlba r\372 par m*W "Pi !"îm£ « incessant » (Der., t. III, 
p. 21). 

2. Cf. Exode, i, 10-12. 

3. Le parti de Saadia, v. plus loin. 

4. Cf. Ézéch., xxviii, 19. 

5. Cf. Lam., m, 47. 

6. Cf. Job, xxx, 50 : "H25n:p K )12 = "ItfbabN baôH JE, « de l'intérieur des 
villes » (Der., t. VII, p. 88J. 

7. Allusion à Khalaf b. Sargado, v. plus loin: r\72 aba nïWlfàj pour l'expres- 
sion n?3 abs, cf. I Samuel, xxiv, 15. 

8. Cf. Is., xxxiv, 13, n"'")iI3722 mm, rendu par Saadia, par "ptfjbNT : « épine ». 

9. Cf. Deut., xxvm, 50. 

10. Cf. Cant., il, 14. 

11. Cf. Job, xv, 16 : fïbfiWI njrû = "^K^bîTI mûEb«, « l'être abominable, le 
révolté »> (Der., t. VII, p. 49). 

12. Cf. Prov., xxx, 13. 

13. B. Sargado; ce dernier qui s'applique à répondre à toutes les attaques de 
Saadia, atfa afta T32 HEp^-p ^DNI, l'accuse à son tour de s'être permis de plai- 
santer sur les mots I^d^ ^nnbD (Harkavy, Studien, t. V, p. 229). 

14. B. Sargado ripostera du tac au tac û'Hpm *pa na^b "p ïl»b (ibid., p. 230Ï. 

15. La riposte de b. Sargado n'est pas bien claire, ce passage étant tronqué dans 
le texte d'Harkavy (ib., p. 227), nsi} YlS . . .1212Ï7 Spjttn b? nsmnn ^7: b? 

■phe bapn. 

16. Saadia appelle b. Sargado fils de fossoyeur (v. plus loin), ce qui le rend indigne 
de la prêtrise; ce dernier lui ripostera en le traitant de fils de barbier et de bouclier : 

anïJttiN OMttîb ibi ^nn fsna -nS/a iwm *paN va obpnn b*< ma 
naa mnw nba»» pfnn ...rnna -iene vroibbi "hid *pn "ioob ïtb n?j 
uns mm [ib., p. 230). 

17. Cf. Prov., xxvm, 7 : Û^bblï ïiam = 'pD-lOttbN anN£ 1^1, « les prodigues » 
(Der., t. V, p. 169). 



8 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

perçu le bruit des coups [sur] ta nuque comme le crépitement des feuilles 
de ronce sous la chaudière du foyer, le claquement des peaux de chèvre 
et le fracas de vêtements qui s'abattent drus l sur l'épaule frisson- 
nante -. Tous les opprobres sont sur lui et ses compagnons. Malheur à 
celui qui se lève la nuit pour pratiquer la ruse et prolonge ses veilles 
dans la perversité. Point de vérité en son cœur envers son Créateur ni 
envers les hommes, ses amis et ses alliés. Ceux qui le conservent thésau- 
risent le vent; ceux qui le gratifient de leur amitié la prodiguent en 
vain. Il méprise l'intelligence de son père et raille renseignement de son 
maître. Il passe pour un insensé et un rebelle 3 ; car il ne s'en faut que 
d'un pas que le taureau ne saute sur le toit. toi qui attelles les cimes des 
nuages à ton char magnifique, qui te creuses une tombe parmi les cons- 
tellations de l'Orient et de l'Ourse \ qui élèves ton siège au-dessus des 
cîmes des rochers 5 et des cèdres gigantesques (?), tu descendras dans la 
tombe 6 . Dans la terre agglomérée 7 , c'est là qu'est creusé ton sépulcre; 
car tu es vil et méprisable. jeune homme ignorant, à l'affût de la gloire 
et de tous les honneurs accordés aux vieillards. Sans doute, dans son 
for intérieur sait-il que son âme s'éteindra comme un murmure 8 avant 
de parvenir à la vieillesse. Semblable à la fleur d'olivier 9 rejetée dans 
sa saison 10 ; comme le verjus et le nœud que laisse tomber la vigne M , la 
flamme qui consume le lin, torche 12 [formée] d'un haillon, vite... 

1. Saadia rend partout le mot l p73î"! par mï"J733, « multitude ». 

2. Les deux partis en étaient venus aux mains et force coups avaient été échangés 
de part et d'autre pendant cette lutte acharnée. Saadia fait ici allusion aux horions 
reçus par son adversaire. A quoi b. Sargado ripostera par le quatrain suivant: 2173U373 

•jmr ^taen m?3 b* oc[a ^]pin bip» û*win iia^-p fE-ir by th piDO 
iz nTûipn] ys mm soi D'mnn mm '■plia [bi -pan] dt3"i:c73 D*nD*n 

D^»bl3* ^73 h (Hark., ibid., p. 230). Le caraïte qui reproduit les injures de b. Sar- 
gado ajoute : « C'est là ce qu'il a prononcé de plus violent à l'adresse de Saadia » 

...na msn N73 rtbm \n (et non niaabN) imb» (*&.)• 

3. Cf. Is., lvii, 17 : arma Y^l = N" 1 * 1 ^ EÉnN»1, « rebelle» (Der., t. III, p. 86). 

4. Cf. Der., t. V, p. 31. 

5. Cf. Is., xxxm, 16 : DWO nTttt» = TD3fcb« bbpa (Der., t. III, p. 50). 

6. Cf. Prov., xv, 11 : IllDNI blWZ) = niMiafetbtt; le commentaire de ce verset 
porte : lapbtt 1H mNa&tbN "INI (Der., t. V, p. 79). 

7. Cf. Job, xxxvm, 38 : pX1»b IS? np^a = T3n»bN ">b« a&npbfi* aSMN N1N 
(Der., t. VII, p. 114). 

8. Cf. Prov., xxm, 28 : mtfn qnrû = pOn OKIOlbfiO (Der., t. V, p. 132, et 
ici., note 2). 

9. Cf. Job, xv, 33 : "iri2£3 rTO ^blCI = ÏT1N13 •pZVîbNO, « sa fleur * (Der., 
t. VII, p. 52). 

10. Cf. Job, vm, 12 : naàa 1311? = ri3»1N *s m$y (Der., t. VII, p. 30). 

11. Cf. Job, xv, 33: nos "JS^D 073m = !t»nfcn "JDibcO "l*n3*»1, « il dispersera 
son verjus » (Der., t. Vil, p. 52) ; Is., xvm, 5 : 5733 1021 = NipN? Nbl ÉWlSn 
(Der., t. III, p. 26). 

12. Cf. Is., lxii, 1 : -)3':n T>Dbo = b^rr^ b^bsa, « torche » (Der. t. III, p. 93). 



FRAGMENTS INÉDITS DU SEFER HAGGALOUl DE SAADIA GAON 



Fol. t. recto. 



p7û -naip "jn nn aba E]ba nssan» 

rpfinc^aa in» naiN» *ai» 

n;»i ici i-na* Tiun maa» masn 

N730N mm : mn Tba> m» 

&m ^ba> m 1 ' nantie "p-iba mpbM 5 

«m» aba N»o»bx rpa rm['ta»]b« 

«»o»b» ^ai»i " , m»b« ^:san p 

maam KrwnTn ^a nra minn» 

■*wn ma* ind 1273 xzm 5»oi»bK 

[■pxjîn bKi[nn]mîab« -ndd N»o»b« 10 

..-.■'..• h« c[n]a wno"n : ïja 

imi a- 

. . . .ta. 

Si onba ibu:ND 

"i*ib« nh^bN ^aa 15 

. . .' ttbb» mwcab 

mba> imm 

-uaa nom 



Fol. J, verso. 



invuna sktb^ *^a>a :n: "«a nanaa 

dn 173^ ^a u^n HNn *d ^m îb 

INonNb» nam ûbi : inan epab ûmas 

[rm]nb« nown ^si rry^ n^as "nba 

w [b]a np ïtski na:a na^aas ^ai 5 

N»b[D] nb nnpBNn»a bwo» b« 

: . .nabta ibya np ûh:« bânb« "«n 

aa »bi os-pi aa yns'n : nm-o» 

i..na laanb mba ■»■« b« vr»? wa-n 

ûn[i] a^nb^rî ^?va aiaa imsa -mjb 10 

rw* yana m [islam abi 

b» <:>»] 

ira ws ...a»i 

ûbNb ba> 15 

n-ijo» irbarn mba 

imrrami : m» bap? nbi [mrna] 
: nbipa a»»«5 «an û 



10 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Fol. 2, recto. 

T» "Ô3> rrrro nan» nattni 

tttb*m nra bapi ûbn lâinn 

mpi pnm rrrro tnjoïï 

nasi ; DH273 bapi abc fvrû 

"i72«b nia 1 ï3>nb raina yn»n - r ; 

ûrpb* ^iTpon k TO» n[nj] 

: sn "«ttMtb Nbi bN inca obfiab 

Din^ 13b rtrw "*a abaa "Ha 

*pbai fcttan rra» ïib Kbu*p 

tt[bb« .... ûrr]pionb pïrb* 10 

3 . . . . Ttf]bN bn« p Nbi 

[DÏ-J^plÛttaï D53N733 

S ttN 

a ^m^ nN 

râ'btx wnn is 

^nntan «bi 

pn y'û'p" Db 

bâi "ppoKabN 



Fol. 2, verso. 



rsana "«nba rnzna bis-» «b spa 

Rb pr:^ n ba "jn "pam : miT» 

ana «b« rtrotnb» ^d ypr 

nnps to rr«n : nanin naan 

bra» 1 * Nbi ittîDa yp «b ^ "o nana 

nth *p nb3N : dbi^rr p dîne 

rrwao n^Nj^ un ma p 'mm 

noD"> «b p i«b *yn ^s nbara 

: ûb«yb« p "»b bpy »bi ..[noB3j io 

^nn b« Tip*b îib 

û^a'ttJ n>aa b* 'pb* 

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D2N[D] *J 13 

^S^N TJ73© 

■pw ...b^ass nni25[73 

nth : j»N3i n* 



FRAGMENTS INÉDITS DU SÈFER HAGGALOUÏ DE SAADIA GAON 11 



Fol. 3, recto. 



Fol. 3, verso. 



trmaîïn "ifn [rrNn ntoNb] im 

a-no "nn bsi mbKnttn by nrâa 

banni* "iw^b -ni rnbatîn n[uiN n«] 

■vjm rh3»*n uînh snatfo T'a] 

h]izip , n un mJ3 wm Dnfàn] s 

. . . NTabD : hnata n» . . . 

*ba> ^b« irim db&ttaba [tit] 

[ne] û^nnsy sarn ynan ^i[o^bN] 

[r> *]b* b^N-iON twq« nbbN . . . 

.bjnioKD wbw o*n ïthOd] 10 

.- nb^uiNi nn[n^n] 

mtwnTa 



Oenrara nanton 13 15 
. . n[in]-i 0^3123 
. . .3) NEtib^bs 
. % N3 baip n« 

. . naN3 n. b.Nbi 

.... ^3]?3^bN 



■nioÉ h-n3>]nn *jê nns -nriD 

^i^n trnd ^b^m dmb* maai 

ûrnarai] nwN3 icasœ 33» uns» 

n. [ddin] bisra "pNi û^i" 1 V^ 2 

n..d nwNpriDNn nsibn sba s 

.^ï]3N -iN^nbN N73N1 ÙÏTbb 

ddm Nipn N7anbbb[D] 

. . . pbN dam dîionnsr ab[s] 
. . . mnannn ïei : Dnb ybara 
. . tn d*nn -1^33 -iuîn yfco lin 10 
ûrrnNn^N yjan : .3 

. . . . N 



va. 



12 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bsa D^mon ii 

"sabNi -npebN 

"JN p^ N ' . . . . 

"îaapN "S 



Fol. 4, recto. 



Fol. 4, verso. 



y..b..b. 



• • ^272 y?3o«s '■para 

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. . "in3"n a.N.r 

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10 

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FRAGMENTS INEDITS DU SEFER HAGGAL0U1 DE SAADIA GAON 13 

15 

. . . TÛ.N.rî 

Y- • ™ V 

anaaon *j^ D 

ns* "ponb 



Traduction. 

[Voici les noms des personnes qui assistèrent ldod ' et l'appuyèrent 
dans sa] résolution : Khalaf [surnommé] chien mort, fils de fossoyeurs; 
Mouça [surnommé] : « sa mère est dédaignée à cause de son mariage »; 
Hanania [surnommé] « l'affligé depuis qu'il est avec lui » ; Ischaï [sur- 
nommé] : « il lui a fait oublier la mort ainsi qu'à ceux qui le préfèrent. » 
Et ils excitèrent contre eux la [et tous demandèrent l'aboli- 
tion de l'alliance qui . pour l'obéissance de Dieu et ils murmu- 
rèrent contre lui. . . Et il ne se souvint point] des bienfaits dont [il l'avait 
comblé, et qu'il lui avait enseigné la loi (?), fait bénéficier] de subsides 
et qu'il avait grandi aux yeux d'Israël par son accord avec lui. Et lorsque, 
l'homme 2 vit leur intention de lui nuire, il insisla auprès d'eux et les 
apaisa, mais celui ci ne revint point (sur ses intentions). Alors il leva 
les yeux vers l'Éternel son Dieu, pour qu'il lui accordât sa grâce et pour 
secourir. . . selon la volonté de Dieu . . . entre eux et lui ... [le tyran . . . 
vers lui pour l'exhorter à différentes reprises, mais en vain]. Et il 
l'avertit plusieurs fois par l'intermédiaire de rabbins (?), sans qu'il prît 
garde [et il l'avertit à plusieurs reprises par la foule et de nombreuses 
personnes sans qu'il leur obéît]. Et ainsi, il multiplia ses exhortations 
afin qu'il se repentît, en disant : « La communauté de notre Dieu t'a 
chargé de la guider par la crainte de Dieu et non point pour que [tu 
frayes avec] les gens du mal... [que tu ne désires point...] ... à leur 
nourriture et à leur boisson... tes jours... [tes vivres ne soient pas 
coupés... ceux qui parlent et...]. L'oiseau ne tombe pas dans le piège, 
mais (est attiré) par les grains de blé du van. Considère de qui tu es le 
mandataire et quelle est la profession sacrée qui a été confiée entre tes 
mains ; car quel est celui qui ne se nuit à soi-même s'il n'a rien appris 
de ce monde?... pour déraciner, ne sois pas... sur toi pour un certain 
nombre d'années. . . le peuple n'était pas. . . 

Écoute mon conseil... de la perte... témoin (?) et un homme de 
confiance. .. 

Et lorsque ldod et les mouches (?) [et le Cohen] du parti de « la gauche » 
ainsi que les gens de leur faction virent le triomphe préparé par Dieu à 
son peuple Israël par l'intermédiaire de Saadia, chef de « la droite », leur 
colère s'enflamma. . . par lui la délivrance d'Israël. . . plusieurs années... 

1. David b. Zakkai. 

2. Saadia. 



J4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

[la droite...]. Ils craignirent que ne se dressât (?) sa droiture (?) et 
qu'elle ne remportât la victoire sur eux. Quant aux notables qui se trou- 
vaient avec eux (ils craignirent), qu'il ne les punît conformément à son 
jugement équitable selon la loi sacrée, sans qu'il y ait du salut pour eux. 
Quelques-uns de leurs adhérents. . . fortune. . . dont le piège fut vidé. . . 
les commerçants dans tout... pauvres et riches... ne put... dans les 
contrées. . . 

Écoute-moi, je t'apprendrai... sur toi, accueille-moi donc ; car le but... 
ma personne de la perdition et la personne. . sera sur... et l'on fit 
annoncer la nouvelle... dans tout Israël... et après cela... le tyran 
par ses actions. . . pour hâter de le dépouiller de sa dignité. . . avec ses 
amis. . . et il écrivit. .. Israël. . . prendra leur place. . . pour enlever.. . 



LILIT ET LILIN 



Décrivant la désolation qui attend l'Idumée, le prophète Isaïe 
s'exprime ainsi (34, 14) : « Là se rencontreront chats et chiens 
sauvages; là les démons (Saïr) se donneront rendez-vous; là Lilit 
établira son gîte et trouvera le repos. » 

Ce nom de Lilit n'apparaît dans la Bible qu'en ce verset; le 
parallélisme semble indiquer que c'est un démon, comme Saïr. A 
en croire la Septante, les mots que nous avons traduits par chats 
et chiens sauvages, Ciyim et Iiyim, désignent aussi des monstres 
fabuleux. Bien mieux, elle rend Iyim et Lilit par le même mot, 
« onocentaure ». C'est dire que ce terme n'est pas pris par elle 
dans un sens précis 1 . 

Symmachus et, après lui, saint Jérôme identifient Lilit avec la 
Lamie, sans doute pour mieux rendre compte de la forme fémi- 
nine du mot hébreu. Qu'entendaient-ils exactement par là? Voici 
ce que nous apprend sut* cet être fabuleux le Dictionnaire des 
Antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio : 
« Monstre mythologique dont le nom est en rapport avec l'idée 
d'abîme dévorant... Il semble qu'au point de départ, Lamia fut 
tout simplement une figure de la légende marine,... semblable 
aux Sirènes et aux Harpyies, dont elle reproduit quelques traits; 
de là elle passa dans la superstition populaire, qui s'en servait 
pour effrayer les enfants en compagnie de Gorgo, de Mormolyké, 
d'Empusa, etc.. En Lybie, où sa légende prit naissance, elle 
passait pour une fille de maison royale dont s'éprit Zeus ; c'est la 
jalousie d'Héra qui la transforma tantôt en mère dénaturée qui 
dévore ses propres enfants, tantôt en mère malheureuse qui, 
privée de sa progéniture, se confine dans les lieux sauvages, où elle 
s'abandonne au désespoir. On racontait que Zeus lui avait accordé 
le pouvoir de quitter à volonté et de reprendre ses yeux; que, 
buvant jusqu'à l'ivresse stupéfiante, elle était inoffensive durant 
son sommeil, mais qu'à l'état de veille, elle errait dans les 
ténèbres, sinistre fantôme, vampire altéré de sang, pour s'abattre 
sur les jeunes enfants et les épuiser jusqu'à la moelle. .. Une tra- 

1. Pareillement Isaïe, 13, 22. Peut-être est-ce le même mot hébreu qu'elle a vu 
dans "03N> ls., 34, 11, car elle traduit in 2 "ODÊO par xaï ôvoxévTaupcn o!x7)<70v<itv 
iv oaiTYi « et les onocentaures y habiteront » (ayant lu 7J3, au lieu de "|Î"J2). 



16 KEVUE DES ETUDES JUIVES 

dition la localisait au pays fantastique des Lestrygons, dont elle 
devenait la reine. . . Les striges qu'Ovide, dans les Fastes, mêle à 
la fable de Carna, sortes de démons ailés qui durant la nuit allai- 
tent les enfants de leurs seins empoisonnés, ne sont que des 
lamies accommodées suivant les idées latines. C'est, d'ailleurs, 
chez les Latins et même bien au-delà de l'époque classique que 
ces figures ont été surtout employées par la littérature... Plus 
tard on représentait le monstre sous une forme double, femme 
par le buste et âne par les membres inférieurs... Longpérier a 
reconnu une Lamie dans un oiseau à tête humaine figuré sur un 
vase de style corinthien; l'image paraît être empruntée à une 
décoration orientale; il l'a ingénieusement rapprochée d'une 
mosaïque de bas temps où des oiseaux à tête humaine sont dési- 
gnés par une inscription Lame. » (J. A. Hild). 

On voit qu'en rendant Lilit par Lamie, Symmachus et saint 
Jérôme ont été guidés principalement par les mots d'Isaïe qui 
montrent cet être mystérieux recherchant les lieux déserts et un 
repos qu'il ne goûte pas d'ordinaire. On voit aussi que ces deux 
traducteurs se rencontrent, malgré tout, avec la Septante, puisque 
lamie et onocentaure ont ceci de commun qu'ils tiennent à la fois 
de l'homme et de l'animal. 

Il faut se demander maintenant si le folk-lore juif admettait 
l'existence d'un démon du nom de Lilit caractérisé par les traits 
que suggèrent les deux noms grecs. 

Pour l'époque contemporaine de la Septante, les textes sont 
muets ; il faut arriver au Talmud pour constater chez les Juifs la 
notion d'un être fabuleux du nom de Lilit. 

Voici ce qu'on peut déduire de plusieurs textes palestiniens du 
11 e siècle : 

C'est un être qui a de longs cheveux. Aussi une baraïta dira- 
t-elle que la femme, pour punition de sa désobéissance, a été 
condamnée à laisser croître ses cheveux comme Lilit (Eroubin, 
100 b). 

Ce monstre échevelé est affublé d'ailes, peu développées, sem- 
ble-t-il. La Mischna, en effet, parle d'un avorton ayant des sortes 
d'ailes comme Lilit (Nidda, 24 b). 

C'est la nuit que Lilit exerce ses ravages. Un rabbin palestinien 
du m e siècle déclare qu'il est dangereux de passer la nuit dans une 
maison isolée, car on court le risque d'être pris par elle (Schab- 
bat, 151 b). Il n'est pas dit que seuls les enfants aient à redouter 
alors ses méfaits. 

Par un étrange syncrétisme, ce démon femelle devient, dans 



LIL1T ET LILIN 17 

le folk-lore judéo-babylonien, la mère d'Ahriman, le dieu du mal 
de la Perse. Dans ces régions, où le fantastique était chose natu- 
relle et où l'on s'entretenait couramment avec les démons, Rabba, 
qui n'était pas en reste de crédulité avec ses contemporains , 
raconte sans sourciller avoir vu un démon du nom d'Ahriman, fils 
de Lilit', qui courait sur la crête des toits, sautait par-dessus les 
rivières sans renverser la coupe de vin qu'il tenait en main. Le 
roi l'aurait ensuite fait mettre à mort (Baba Batra, 73 a). 

Comment se conciliait une telle notion avec la connaissance que 
les Juifs avaient alors du dieu de l'Avesta opposé à Hormuz, c'est 
un problème qu'il serait vain d'essayer de résoudre, ces rêveries 
ne se souciant pas plus de conséquence que de vraisemblance 2 . 

Si ces données éparses nous montrent une conception déjà sin- 
gulièrement altérée, elles nous permettent néanmoins d'affirmer 
que les premiers traducteurs d'Isaïe n'ont pas procédé à une iden- 
tification savante, mais qu'ils se sont inspirés du folk-lore juif 
contemporain, sans toutefois s'y attacher étroitement. Il est bon 
de noter seulement que dans ce stade de la croyance populaire, 
outre que Lilit ne paraît pas revêtir la forme hybride de l'onocen- 
taure ou de la lamie, elle n'est pas accusée d'en vouloir spéciale- 
ment aux enfants. 

Si du Talmud on passe â YAlfabéta de Ben Sira, qui est vrai- 
semblablement du ix H ou du x e siècle et qui semble avoir vu le 
jour en Perse, on se trouve en présence d'un mythe singulière- 
ment plus consistant : Lilit sort des limbes et prend une person- 
nalité bien accusée. 

C'est la première femme donnée par Dieu à Adam après avoir 
été formée de la terre. A peine unis, mari et femme se disputent, 
réclamant l'un et l'autre la prééminence. N'y tenant plus, Lilit 
prononce le tétragramme et, grâce à ce moyen magique, s'envole 
dans les airs. Cette fuite n'est pas pour plaire à Adam, et celui-ci 
s'empresse de s'en plaindre à Dieu. Alors trois anges sont envoyés 

1. Pour D. Joël, ce serait un acrobate! (Der Aberglaube U. die Stellung des 
Judenthums zu demselben, I, p. 81). 

2. D'après Raschi, le Talmud ferait une autre fois encore mention de Lilit. Dans un 
chapitre de recettes populaires, il parlerait de la lance de Lilit employée comme 
remède. Contre la maladie dénommée c/uira (lance), on doit prendre un aérolithe en 
forme de lance appelé lance de Lilit; puis on verse de l'eau le long de cet objet en 
le tenant la pointe en bas et on fait boire ce liquide au patient (Gidttin, 69 6). Mais 
il faut noter qu'en syriaque, Nrpblb (qui est la leçon de l'Arouch, et non NrPt^b) 
signifie lance, ce qui laisse supposer que ce mot est un doublet ou une glose de 
fc*""p}. C'est, d'ailleurs, l'opinion de Kohut. Levy suggère la même explication, mais 
rapporte, sans se prononcer, celle de Raschi, appuyée par la leçon commune. 

T. LXVIII, n° 135. ■> 



18 REVUE DES ETUDES JUIVES 

à la poursuite de la fugitive. Si elle ne consent pas à revenir à 
son mari, elle sera condamnée à perdre chaque jour cent de ses 
enfants. Les anges la rejoignent dans la mer et lui font connaître 
la volonté de Dieu, en la menaçant de la noyer si elle y contre- 
vient. « Laissez-moi, leur dit-elle, je n'ai été créée que pour affai- 
blir les enfants, les garçons jusqu'au huitième jour de leur nais- 
sance ', les filles jusqu'au vingtième 2 . » Comme les messagers 
divins veulent tout de même s'emparer d'elle, elle leur fait le 
serment d'épargner à l'avenir tout enfant qui portera un talisman 
renfermant le nom ou l'image de ces trois anges 3 . 

Cet étrange récit abonde assurément en incohérences qui révè- 
lent des traditions déformées. On voit bien que cette première 
femme créée de la terre, et non de la côte d'Adam, est devenue un 
démon. A-t-elle pris alors un autre mari, tel que Satan'', ou, 
s'érigeant en divinité opposée à Dieu, n'est-elle pas créatrice, de 
mauvais esprits sans doute, à l'instar de Dieu lui-même? En 
d'autres termes, faudrait-il voir dans cette fable curieuse la der- 
nière étape d'une tradition dualiste? Ce n'est pas ici le lieu de 
résoudre ce problème, non plus que de comparer cette légende 
avec toutes celles que le moyen âge nous a laissées sur la révolte 
de la femme d'Adam 5 , nous ne voulons signaler pour l'instant 

1. La circoncision, ce jour-là, rend vain son pouvoir. 

2. On attendrait plutôt quarantième, jour où la femme accouchée redevient pure. 
Serait-ce le premier témoignage d'une cérémonie dont la fille est l'héroïne trois 
semaines après sa naissance et qui aurait les mêmes effets que le rite de la circon- 
cision? 

3. Cette fable est probablement le prototype de celle qui a eu tant de succès par la 
suite et qui joue le rôle principal dans les amulettes dont on entoure la femme en 
couches. Élie, rencontrant Liht, .iceompagnée d'une troupe de démons, la menace de 
mort si elle ne révèle pas le moyen pour les nouveau-nés d'échapper à ses maléfices ; 
vaincue, elle confesse qu'elle sera impuissante si l'on prononce ses divers noms. Ce ne 
sont plus les noms des anges qui ont un pouvoir d'exorcisme, mais la possession des 
noms de Lilit, conformément à la croyance populaire bien connue. 

4. Un texte cabbalistique, du nom de Schimouscha Rabba {Belh Hamidvasch, VI, 
p. 109) et qui se donne comme une Consultation de Natronaï et de Nahschon, fils de 
Haï Gaon, résoud à sa manière la question. Il fait de Lilit la femme de Samaël et la 
mère des « esprits » *pm") et des « dénions » D'HIZJ. Il mêle ainsi deux données, 
dont la seconde est une interprétation fantaisiste de l'opinion de Yirmiya, dont il sera 
parlé plus loin. Un autre contre-sens, si l'on peut s'exprimer ainsi, est commis par 
VEmek hamélech (179, col. 4), l'ouvrage cabbalistique si souvent cité par Einsenmen- 
ger : Lilit est un démon succube qui a commerce avec Adam malgré lui et qui donne 
naissance aux « esprits », aux « démons » et aux « lilin ». 

5. Voir Dâhnhardt, Natursagen. I. Sagen zum Allen Testament, p. 229 et 354. 
Dans plusieurs de ces légendes, c'est Eve qui manque de respect envers son mari. Sur 
l'indication de Dieu, Adam alors se baigne dans l'eau et il lui pousse une barbe, dont 
la vue ramène sa femme à. de meilleurs sentiments. — M. Dâhnhardt met en relation 



LILIT ET L1L1N 19 

que l'introduction de l'élément nouveau qui identifie mieux Lilit 
avec la lamie, à savoir sa cruauté envers les enfants en bas âge. 
Il serait loisible de prendre cette donnée pour la survivance d'une 
vieille croyance qui justifierait pleinement la traduction de Lilit 
par lamie. Mais, quand on se rappelle le syncrétisme sans bornes 
du judaïsme populaire de la Perse et de la Babylonie dans le haut 
moyen âge 1 , on n'ose pas affirmer l'existence, à l'époque du 
Talmud, de deux traditions parallèles, l'une représentée par les 
traits épars relevés plus haut, et l'autre par YAlfabéta de Ben 
Sira. En d'autres termes, les traits nombreux qui rapprochent 
Lilit de la Lamie dans cette fable curieuse peuvent provenir du 
folk-lore non juif 2 . 

A dire vrai, on pourrait relever dans le Talmud des traces d'in- 
cohérence en ce qui concerne Lilit. En effet, d'après un rabbin 
palestinien, Yirmiya b. Éléazar, Adam, pendant le temps de son 
interdit, donna naissance aux Roithin (esprits), aux Schèdim 
(démons) et aux Lilit {Lilin) 3 . Cette opinion se fonde, comme on 
sait, sur ces mots de l'Écriture : « Ayant encore vécu cent trente 
ans, Adam engendra à sa ressemblance. » Si c'est seulement après 
ces cent trente ans qu'il eut des enfants qui lui ressemblaient, 
c'est donc que jusque-là les êtres qu'il procréait n'étaient pas 
constitués à son image (Eroubin, \Sb). Ici Lilit n'est plus un 
démon personnifié à l'instar de Satan, par exemple, mais une 
classe de démons anonymes. Inutile de faire remarquer que la 
contradiction entre cette opinion et le récit de YAlfabéta est plus 
grande encore : ici Lilit est la femme d'Adam, là sa fille. 

Mais, en fait, le manque de conséquence qu'on prétend 
découvrir repose uniquement sur une traduction fautive du texte 
(VEroubin. Tous les dictionnaires talmudiques voient dans Min le 

la fuite de Lilit dans la mer avec le bain pris par Eve dans le Tigre comme moyeu de 
pénitence, d'après la Vie d'Adam. Mais cette analogie est toute fortuite: Eve se plonge 
dans le Tigre, comme Adam (et comme Jésus) dans le Jourdain, parce que le bain est 
un rite de purification. En outre, dans la Vie d'Adam, Eve n'est nullement une 
révoltée; c'est une malheureuse qui se laisse toujours séduire par le Malin. 

1. VAlfabéta de Ben Sira est justement un des témoins les plus instructifs de ce 
syncrétisme. 

2. Telle la donnée suivant laquelle Lilit est menacée de perdre chaque jour cent de 
ses enfants, donnée analogue à, celle qui fait de la lamie une mère privée de sa pro- 
géniture. 

3. D'après Rasclii [Sanhédrin, 109c/), les schèdim ont une forme humaine, man- 
gent et boivent; les rouhin n'ont ni corps, ni forme ; les lilin ont une forme humaine, 
mais ont des ailes, d'après Nidda. C'est sans doute là une tradition. Brecher a décou- 
vert que les lilin sont des schèdim femelles, évidemment parce qu'il les identifie avec 
Lilit (Das Transcendenkde, Magie u. magische Heilarlen im Talmud, p. 47). 



20 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pluriel de lilit { ; or, en ce faisant, ils commettent une erreur 
manifeste : lilin est et ne peut être qu'un pluriel masculin; le 
pluriel de lilit serait lilmta. C'est à dessein que j'emploie cette 
forme araméenne, car, à mon avis, cette nomenclature de démons 
est rédigée en araméen. En effet, si la terminaison in n'en est 
qu'un indice, la forme X>vrr\ en est une preuve absolue, car, en 
hébreu, il faudrait mrm, forme justement employée par Bereschit 
Rabba, 20, à propos des démons incubes et succubes. Au surplus, 
à supposer que lilin fût hébreu (au lieu de lilim), ce ne serait pas 
moins un barbarisme inexplicable, si ce mot était le pluriel de 
lilit. 

Il en résulte que les Juifs connaissaient à la fois des lilin et 
une lilit. 

On s'étonnera peut-être de ce luxe de démons, qu'on sera tenté 
d'attribuer à une exégèse trop minutieuse. En réalité, il n'en est 
rien, les Juifs n'ont fait que naturaliser des notions babyloniennes. 
Rien de plus commun dans les formules magiques de l'Assyrie et 
de la Babylonie que la présence simultanée de lil et de lilit. Ainsi 
dans les textes recueillis par M. François Martin - : 

« Ce qu'on a fait à mon corps, que Marduk le délie. Un dieu 
mauvais,. . . un schèdu mauvais, un lilu, une lilitu, une servante 
du lilu, qui habitent dans mon corps, dans ma chair, dans mes 
articulations. » 

On remarquera que dans ces formules magiques, les schèd sont 
souvent nommés à côté des lil, comme dans la nomenclature 
juive. Seuls les rouhin n'y figurent pas. 

C'est parce que cette nomenclature vient de la Babylonie, terre 
d'élection de la langue araméenne, qu'elle est rédigée en araméen 
et s'est conservée sous cette forme comme un cliché dans les 
textes hébreux. 

La comparaison des données talmudiques avec celles de la 
magie babylonienne réserve une autre surprise. On a constaté que 
Lilit n'apparaît pas dans le Tamuld comme une ennemie spéciale 
des jeunes enfants, mais quelle menace indifféremment tous 



1. Ainsi J. Levy, Kohut; on a vu plus haut que Raschi déjà transporte sur les lilin 
ce qui est dit de Lilit. Le Targoum d'Isaïe, 34, 14, traduit lilit par lilin, remplaçant 
le singulier par le pluriel; ce qui montre que, pour lui, lilin est le pluriel de lilit, 

2. Textes religieux assyriens et babyloniens, p. 21. Voir encore Fossey, La Magie 
assyrienne, p. 161, 276, 369; Jastrow, Die Religion Babyloniens u. Assyriens, I, 
p. 308, 353, 366, 375; II, p. 73. 



LILIT ET L1LIN 21 

les âges. Or, c'est ce qu'on observe précisément dans les formules 
d'incantation babyloniennes *. 

Autre difficulté qui se dissipe à la lumière de ce rapproche- 
ment : la forme Mit, tout le temps qu'on la dérive de l'hébreu 
laila ou laïl, parait irrégulière; si le mot est assyrien et n'a rien 
de commun avec l'hébreu laila\ le problème ne se pose plus, 
sinon pour les assyriologues. 

Israël Lévi. 



1 C'est ce qu'admettent généralement les assyriologues; M. Jastrow tient toujours 
pour l'ancienne étymologie, p. 219. 

2. Les ailes de Lilit sont probablement aussi assyro-babylonieunes, comme celles des 
autres démons de cette origine. Par contre, l'oiseau qui figure sur les amulettes 
juives peut être un avatar de la lamie. 



LES « D1X-HDIT MESURES » 



Les « dix-huit mesures » nous intéressent tant en elles-mêmes 
que dans leurs rapports avec l'histoire. C'est un fait unique dans 
les annales juives qu'un tel débat ou plutôt un tel coup de force, 
qui a coûté la vie à des hommes. Le Talmud de Jérusalem rapporte 
que « les disciples de l'école de Schammaï se tenaient en bas et 
tuaient leurs condisciples de l'école de Hillel ». R. Josué, qui était 
un Hillélite et qui a peut-être assisté à cette séance mémorable, 
assure qu' « en ce jour on a nivelé la mesure » \ ce qu'il explique 
par cette comparaison : si, quand la mesure est pleine, on veut y 
ajouter encore, on finit par en faire sortir ce qui y était 2 . De plus, 
il est relaté que dans la discussion sur l'aptitude à l'impureté des 
raisins destinés au pressoir (rob ninan), qui, d'après le Talmud, 
fait partie des dix-huit mesures, « on licha une épée dans la salle 
de l'académie, en disant : entre qui veut, personne ne sortira », 
et « cette journée fut aussi critique pour Israël que celle du veau 
d'or » 3 . Quant au caractère de ces mesures, l'époque à laquelle 
les docteurs se sont assemblés pour les décréter prouve qu'elles 
n'étaient pas exclusivement d'ordre religieux. 

Nous nous proposons, dans cette étude, de reconstituer la liste 
des dix-huit mesures, d'examiner contre qui elles étaient dirigées 
et de préciser la date à laquelle elles ont été arrêtées. 

I. — Reconstitution des « dix-huit mesures ». 

La Mischna'' parle d'une manière générale de dix-huit mesures 
qui furent prises à un certain moment : « Voici quelques-unes des 
règles qui furent formulées dans la demeure de Hanania b. Hizkia 
b. Garon ; lorsque les docteurs allèrent lui rendre visite; on vota 
alors et les Schammaïtes l'emportèrent sur les Hillélites : dix-huit 
mesures furent décrétées en ce jour. » Mais la Mischna ne nous 
dit pas quelles sont ces dix-huit mesures. 

1. j. Sabbat, i, 4. 

2. Ibid.; T. Sabbat, i, 17. 

3. Sabbat, 17 a. 

4. Sabbat, i, 4; cf. Tossefta, i, 16. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 23 

Le ïalmud de Jérusalem * cite une baraïta d'après laquelle il y 
eut, outre les dix-huit mesures arrêtées par la majorité scham- 
maïte contre la minorité hillélite, dix-huit autres sur lesquelles 
l'accord se fit, c'est-à-dire qui furent adoptées sans discussion, et 
dix-huit encore qui firent l'objet de discussions. Cette baraïta cite 
même quelques-unes des mesures décrétées à la majorité. Le ïal- 
mud babli 2 sait aussi qu'il y a eu plus de dix-huit mesures 
décrétées. R. Yehouda dit au nom de Samuel : « Dix-huit mesures 
ont été décrétées et dix-huit discutées. — Mais, objecte-t-on, une 
baraïta dit que sur dix-huit on s'est mis d'accord?... » L'amora 
babylonien connaissait donc la baraïta qui, aux dix-huit mesures 
décrétées parles Schammaïtes malgré les Hillélites, en ajoute dix- 
huit acceptées par les uns et les autres. 

Mais quelles sont les dix-huit mesures décrétées? Le Talmud de 
Babylone s'est heurté à cette question sans pouvoir y répondre 
d'une manière satisfaisante, parce que les rabbins babyloniens ne 
connaissaient plus les raisons qui avaient motivé ces mesures; ils 
se sont embarrassés de toutes sortes de difficultés et, après bien 
des discussions, ils ne sont arrivés qu'à grand'peine au bout de 
leur compte. En voici le catalogue 3 . D'abord, les neuf cas dans 
lesquels la terouma est rendue, par le contact, impropre à la 
consommation (M. Zabin, v, 12) : 1° celui qui mange un aliment 
impur au premier degré ; 2° celui qui mange un aliment impur au 
second degré; 3° celui qui boit des liquides impurs; 4° celui qui 
se plonge la tète et la majeure partie du corps dans des eaux 
puisées; 5° un homme pur dont la tète et la majeure partie du 
corps ont été arrosées avec trois log d'eau puisée; 6° le livre ; 
7° les mains ; 8° celui qui n'a plus qu'à prendre le jour même un 
bain de purification ; 9° les aliments et les objets rendus impurs 
par des liquides. — Puis viennent les cas suivants : 10° un objet 
placé sous un tuyau (Mikvaot, iv, 1) ; 11» tous les objets meubles 
communiquent l'impureté à une épaisseur d'aiguillon [Oholot, 
xvi, 1); 12° quand on vendange pour le pressoir (voir plus loin). 
Font encore partie, d'après le Babli, des dix-huit mesures : 13° le 
pain des païens; 14° leur huile; 15° leur vin; 16° leurs filles, et 
aussi 17° la règle que celui que le sabbat surprend en route remet 
sa bourse à un païen [Sabbat, xxiv, 1); enfin, d'après certains 
amoras, 18° l'assimilation des produits de terouma à la terouma*. 



1. j. Sabbat, i,7 (3 c, I. 36). 

2. Sabbat, 15a. 

3. Ibid., 13 b et s. 



24 REVUE DES ETUDES JUIVES 

— Cette énumératioo montre assez que les amoras babyloniens ne 
connaissaient déjà plus le détail des dix-huit mesures et qu'ils se 
sont efforcés de réunir à grand renfort d'ingéniosité les différents 
cas pour obtenir le chiffre dix-huit. 

Revenons maintenant au Yerouschalmi pour voir quelles sont, 
d'après lui, les dix-huit mesures. D'après une baraïta, dix-huit 
mesures ont été décrétées, dix-huit ont été adoptées d'un plein 
accord et dix-huit ont été discutées. Voici celles qui ont été 
décrétées (c'est-à-dire imposées parla majorité schammaïte) : 1° le 
pain des païens, 2° leur fromage, 3 J leur huile, 4° leurs filles, 
5° 13HT mats, 6° imbin w», 7° ï-ip byn n-obn et 8° règles sur les 
pays païens. A ces huit cas s'ajoutent les neuf de la mischna de 
Zabin. D'après les rabbins de Césarée, les mesures imposées à la 
majorité des voix sont seulement au nombre de sept (pour celles 
de la baraïta) 2 , tandis que les autres sont : 8° celui que le sabbat 
surprend en route doit remettre sa bourse à un païen; 9° cas 
analogue : le nt ne doit pas manger avec la îidt pour ne pas 
être entraîné au péché ; ]0° tous les objets meubles communi- 
quent l'impureté à une épaisseur d'aiguillon ; 11° vendanger dans 
un vignoble où l'on a trouvé un tombeau {Ahilot, xvm, 4) 3 ; 
12° placer des objets sous un tuyau ; 13°-18° dans six cas douteux 
on doit brûler la terouma (Tohorot, iv, o). D'après R. Yosé b. R. 
Aboun, la règle des produits de terouma entre aussi en ligne de 
compte. — Les mesures qui ont été décrétées sont les précédentes 
(c.-à-d. celles de la première baraïta^); les autres sont de celles 
qui sont énumérées par R. Simon b. Yohaï dans une baraïta : en 
ce jour on a décrété sur le pain des païens, leur fromage, leur 
vin, leur vinaigre, leur sauce 5 , leur saumure, leur marinade, leurs 
bouillies, leurs salaisons, leurs mets partagés, écrasés, émiettés, 
leur langue, leur témoignage, leurs offrandes, leurs fils, leurs 
filles, leurs prémices. — On voit que le Yerouschalmi présente 
aussi de la confusion au sujet des dix-huit mesures. C'est à nous 
maintenant de préciser ces mesures, de déterminer celles qui ont 

1. C'est-à-dire que si l'on a semé «le la terouma, le produit de la récolte est égale- 
ment de la terouma et soumis aux. mêmes règles de pureté. 

2. Les huit cas se réduisent à sept, car ;sHT D2D'^ et D^b^n ""73 ne font qu'un ici; 

v. t. Mikvaot, vi, 7: nnu; D^ba-i " | EPtt?2 yin... min::... -na bo y-)ï nnarc.; 

T. Zabin, v, 2 : WÔ3T\ ^T?33 «blû ï"©b 1©DK i«. 

3. Cf. Buchler, Revue, LX1V, 34-3. 

4. Le texte a « les dix précédentes », mais je crois que le mot mttJy a été intro- 
duit par erreur, car le nombre dix est étranger à tout le contexte. Cf. Halévi. Dorot 
Harischonim, I, in, p. 600, n. 29. 

5. Je traduis ce mot et les suivants par des à-peu-près. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 25 

été imposées par une majorité et celles sur lesquelles on s'était 
mis d'accord { . 

Une seule baraïta énumère formellement des mesures décrélées 
et elle ne fait elle-même l'objet d'aucune discussion. Nous pou- 
vons, d'autre part, accepter, avec le Yerouschalmi, de chercher 
les « autres » mesures parmi celles que R. Simon b. Yohaï assure 
avoir été décrétées en ce jour. Ce rabbin, disciple de R. Akiba, 
n'est pas de beaucoup postérieur à la destruction du Temple ; il a 
pu connaître personnellement R. Josué 2 , contemporain du Temple, 
membre du corps des lévites-cbantres 3 et qui a sans doute dû 
assister à la fameuse séance. L'une des mesures énumérées par 
R. Simon b. Yohaï, l'interdiction d'accepter les offrandes des 
païens, se rapporte à un épisode connu par Josèphe 4 : Éléazar, fils 
de Hanania, s'étant mis à la tête des zélateurs, fit abolir le sacri- 
fice qu'on offrait quotidiennement pour l'empereur. Cet Eléazar 
était aussi un schammaïte. C'est lui qui déduisait des mots: « rap- 
pelle-toi le jour du sabbat » qu'il faut se le rappeler dès le premier 
jour de la semaine'* ; or, c'était, non seulement l'opinion, mais la 
pratique de Schammaï, qui réservait pour le sabbat tout ce qu'il 
trouvait de bon, et, fidèle au maître, l'école de Schammaï profes- 
sait que, dès le premier jour de la semaine, on doit penser au 
prochain sabbat . — Le Talmud nous apprend aussi qu'on refusa 
d'offrir le sacrifice pour la prospérité de l'empereur et que 
R. Zachai'ia b. Dibipn^, prêtre et schammaïte, y acquiesça 7 , com- 
plaisance qui causa la destruction du Sanctuaire 8 ; ce rabbin est 
identifié par Krochmal et Jost à Zacharia b. Phalekos ou, comme 
ils lisent, Àmphikalos, un des principaux prêtres zélateurs 9 . 

Mais si le Yerouschalmi reproduit une baraïta anonyme et celle 
de R. Simon b. Yohaï, il ne nous donne ni le compte, ni la somme 
des dix-huit mesures, ni celles qu'il faut choisir dans la liste de 
R. Simon. Or, beaucoup de points énumérés par celui-ci figurent 



1. Celles qui ont été débattues sans qu'on ait abouti à se mettre d'accord doivent 
être cherchées parmi les nombreuses divergences qui séparaient les deux écoles. 

2. Berachot, 28 a (mais v. Fraukel, Darké, 16S, n. 6). 

3. Arachïn, 116. 

4. Guerre, II, xvn, 2. 

o. Mechilta, 69 a, Friedmann. 

6. Béça, 16a. V. Jawitz, V, ch. vu, p. 149, et Graetz, IIP, Note 26, p. 810. 

7. Guittin, 56 a. 

8. Ibid.; T. Sabbat, xvi, 7. 

9. Guerre juive, IV, iv, 1. V. Krochmal, More, ch. xi (p. 140, éd. Berlin) ; Jost, 
Geschichte, II, 98. 



26 REVUE DES ETUDES .JUIVES 

aussi dans la baraïta : le pain, le fromage, les filles. Le nombre 
des cas énumérés par R. Simon est précisément de dix-huit; mais 
en y regardant de près, on s'aperçoit que ce total est factice : il en 
est qui ne font qu'un avec d'autres, comme rspbTi, ïip*»rraj et ■wta, 
ts, yttin et o^m», tima, pnbio et rrb»; c'est aussi l'opinion du 
Talmud*. Le Yerouschalmi a donc raison de choisir les cas res- 
tants parmi ceux deR. Simon, car ceux-ci ne forment pas les dix- 
huit. R. Simon ne prétend pas donner la liste complète des dix-huit 
interdictions; il en retient celles qui se rapportent aux païens et 
qui l'intéressaient pour son temps. 

En écartant les doubles, nous trouvons chez R. Simon b. Yohaï 
neuf cas en tout, qui s'ajoutent aux sept de la baraïta. Il reste à en 
trouver deux pour parfaire la somme de dix-huit. Je crois que nous 
pouvons compter parmi les dix-huit mesures décrétées de force 
par les Schammaïtes le cas de mb 'ïamî-j, cité dans le Rabli et qui 
se confond avec celui de onsn ma Tanaïl, cité par le Yerouschalmi : 
dans les deux cas, la discussion porte sur le point de savoir si les 
raisins sont rendus susceptibles d'impureté par le liquide qui en 
sort. Le Rabli 2 ajoute que cette discussion avait déjà eu lieu entre 
Schammaï et Hillel eux-mêmes ; « on ficha une épée dans la salle 
de l'académie en disant : entre qui veut, personne ne sortira; en 
ce jour Hillel fut abaissé devant Schammaï et ce fut une journée 
funeste pour Israël comme celle du veau d'or . . Quand Schammaï 
et Hillel décrétèrent la mesure, elle ne fut pas acceptée; quand 
leurs disciples la décrétèrent, elle fut acceptée ». Assurément, il y a 
là bien de la confusion; la discussion entre les deux docteurs est 
confondue avec le débat sur les dix-huit mesures. Mais quoi qu'il 
en soit, le cas de mb txwi ne peut pas être de ceux sur lesquels 
les deux écoles se sont accordées sans discussion ; il faut donc le 
compter parmi ceux qui ont été décrétés, c'est-à-dire qui ont été 
votés par une majorité de Schammaïtes contre une minorité de 
Hillélites. — Il faut, pour la même raison, faire entrer dans le 
compte des dix-huit mesures le cas de-Tnxn nnn n^ba maion, qui 
est mentionné dans les deux Talmuds et dont la ïossefta 3 dit 
formellement qu'on alla aux voix à ce sujet et que les Schammaïtes 
l'emportèrent sur les Hillélites. 



1. V. Ab. zara, 29 b et s. 

2. Sabbat, il a. 

3. T. Sabbat, i, 19. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 27 

Nous pouvons doue établir comme suit la liste des dix-huit 
mesures : 

1. no. 10. mbn, pibia, iznaa. 

2. ïiraa. 11. "Wa, np^rtia, npb^n. 

3. pia. 14. "prab. 

4. m?a. 13. rrw. 
o. û^bjn "wm snï naara. 14. traa. 

6. "Hp b*a. 15. mann. 

7. trwn *pa. 16. D-maa. 

8. y^. 17. nab *i2ttan. 

9. a^-ra, Tas, yttin. 18. wsn nnn n^ba mann. 

C'est seulement après avoir reconstitué le détail des dix-huit 
mesures que nous pouvons essayer d'en déterminer le caractère 
en recherchant contre qui elles ont été prises. 

II. — Les quinze mesures anti-romaines. 

Presque toutes ces mesures sont dirigées contre les païens, 
c'est-à-dire contre les Romains ; c'est ce que Graetz a bien vu. Les 
unes se rapportent à la prohibition des aliments des païens (n os l, 
2, 3, 8, 9, 10, 11), les autres tendent à empêcher les relations 
sociales avec eux (n os 4 et 14, 5, peut-être 8, 12, 13). Quelques- 
unes ont une signification politique précise : ce sont celles qui 
interdisent les sacrifices pour le salut de l'empereur (n° s 15 16). 
Toutes ont pour but d'établir une séparation tranchée entre Juifs 
et Romains. 

L'une d'elles, le n° 7, qui met l'interdit sur les pays païens, a la 
même tendance. Elle avait déjà été décrétée antérieurement, et 
dans le même but. Le Talmud rapporte que l'impureté des pays 
païens avait été proclamée sous Yosé b. Yoézer ', et voici, à mon 
avis, comment cette mesure peut s'expliquer, À l'époque des Has- 
monéens, beaucoup de Judéens avaient rallié les héros de l'indé- 
pendance nationale et les soutenaient dans leur lutte contre la 
tyrannie gréco-syrienne. Mais beaucoup de Hassidim aussi quit- 
tèrent la Palestine pour aller vivre conformément à la religion en 
Egypte ou dans d'autres pays 2 . C'est alors que Yosé b. Yoézer, « le 
hassid de la prêtrise » 3 , prononça l'interdit sur les pays étrangers 

1. Sabbat, 15 a. L'interdiction de la langue grecque n'était pas non plus nouvelle 
(B. K., 826). 

2. I Maccabées, i, 38. 

3. Haguiga, n, 7 : r»n33© TOTI. 



28 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pour arrêter rémigration hors de la Terre Sainte. C'était prendre 
les Hassidim par leur faible : ils voulaient quitter la Palestine pour 
servir Dieu en paix, mais comment servir Dieu sur une terre 
impure? Il y avait là de quoi les arrêter. 

Les mêmes circonstances expliquent une autre disposition légis- 
lative de cette époque. Dans la lutte contre les Grecs comme plus 
tard dans celle contre les Romains, beaucoup de chefs judéens 
étaient contre les hostilités; de nombreux notables et des Hassi- 
dim se rallièrent au grand-prêtre Alcime 1 . C'est peut-être de ce 
parti piétiste et pacifique qu'est sortie la règle, certainement 
ancienne : « l'épé'e est comme le cadavre » 2 , c'est-à-dire qui- 
conque touche une épée qui a donné la mort à un homme est 
impur comme s'il avait tué lui-même. C'était empêcher les Has- 
monéens de lutter contre les Grecs, car le Pentateuque défend 
seulement au prêtre de toucher un mort 3 , et voici que l'épée était 
assimilée au mort et communiquait directement l'impureté tout 
comme un cadavre ! Yosé b. Yoézer, qui était partisan de la lutte 
contre l'hellénisme et qui, d'après le Midrasch, mourut martyr à 
cette époque' 1 , s'éleva contre cette interprétation. Il enseigna : 
« Quiconque touche un mort est impur 3 », c'est-à-dire est impur 
celui-là seulement qui touche à un mort, mais non celui qui 
touche une épée. On s'explique maintenant que Yosé, pour avoir 
enseigné cette opinion, fut appelé « celui qui permet ». Le Talmud 
observe avec une apparence de raison qu'il aurait fallu plutôt 
l'appeler « celui qui défend ». Mais en réalité, quelle était donc la 
portée de son enseignement? Déjà le Pentateuque avait déclaré 
impur celui qui touche un mort (Nombres, xix, H). Mais c'est que 
R. Yosé se montrait large et coulant en n'allant pas plus loin et en 
refusant d'assimiler l'épée au cadavre, comme le faisaient certains 
Hassidim 6 . 

Revenons maintenant à l'époque romaine et assurons-nous que 
les mêmes mobiles ont pu déterminer les mêmes mesures. A 
cette époque, beaucoup de Pharisiens et d'Esséniens, tout en étant 
opposés à Rome, refusaient d'entrer en lutte contre l'empire et 
aimaient mieux quitter le pays pour pratiquer leur religion en 
toute tranquillité. C'était le moment de renouveler l'interdiction 



1. I Maccabées, vu, 12 et s. 

2. bbrD Nin nn :in {Pes., 14 6 et pass. parall). 

3. Lévitique, xxi, 1. 

4. Gen. r., lxv. 

5. 3ND72 Km»3 3"np"H (Aboda zara, 37 b). 

6. Voir Katzenellenbogen, Pharisiens et Sadducéens (en russe). 



LES « DIX-HUIT MESURES » 29 

contre les pays païens pour empêcher l'émigration et la fuite, et 
les zélateurs devaient tenir particulièrement à retenir tous les 
Juifs, à concentrer contre l'ennemi toutes les forces du pays. La 
mesure était on ne peut plus opportune, ou pour mieux dire elle 
s'imposait. 



III. - Les trois mesures sur la pureté. 

Il nous reste à expliquer trois mesures qui se rapportent aux 
lois de pureté (n os 6, 17 et 18). Elles n'ont aucun rapport avec les 
mesures anti-romaines. Il faut leur chercher d'autres raisons. 

1° ^np hyn rrobin. D'après le Pentateuque, l'homme qui a eu une 
pollution nocturne doit quitter « le camp » israélile 1 . C'était un 
usage ancien : Saûl excuse une ahsence de David en se disant qu'il 
lui est arrivé « un accident » qui Ta rendu impur 2 . Une telle pra- 
tique n'était possible que dans une petite société aux mœurs 
patriarcales. Aussi trouvons-nous dans le Talmud qu'Ezra « a 
institué le bain de purification pour le baal kéri » 3 . c'est-à-dire 
que ce bain suffisait. Dans le même ordre d'idées, on déclara, par 
voie d'interprétation, que le « camp» qu'il devait quitter était celui 
de la Schechina, c"est-à dire le Temple, et celui des Lévites, c'est- 
à-dire la Azara, mais non celui d'Israël, c'est-à-dire Jérusalem 4 . 
On alla plus loin : on permit dans ce cas les bains païens hors de 
Palestine, même remplis d'eau puisée 5 . Enfin, on en vint à sup- 
primer le bain de purification lui-même 6 . Ainsi s'explique cette 
baraïta à l'air mystérieux 7 : oto T 2 ? rtfian rby ttnaiD *np b*a n"n 
pi ,"w* pb rranb arrp? 'ti ; N^py 'nb rranb -it on «fm mna .mna 
. ..pTOa TTttbnb ni«iin air 1 \w. Si Nalmm a « murmuré » cette 
règle à l'oreille d'Akiba, c'est qu'elle était contraire à la mesure 
décrétée par les Schammaïtes 8 . 

2° mb "liran. Ce cas. qui avait déjà divisé Hillel et Schammaï en 
personne, sans que Schammaï eût réussi à imposer son opinion à 
Hillel, est d'une nature particulière. Hillel, ce grand réformateur, 
à qui l'on doit la réforme du prozbol et celle de « la maison d'ha- 

1. Deutér., xxm, il . 

2. I Samuel, xx, 26. 

3. B. A\, 82 b. 

4. Pesahim, 68a; Sifré, Deutér.,255. 

5. Mikvaot, vin, 1. 

6. Berachof, 22 a. 

7. Ihid. 

8. V. Katzeiicllenboyen, op cit. 



30 KliVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bitation dans une ville » ', voulait en introduire une autre dans 
les lois de pureté, et voici en quoi elle consistait. D'après le Pen- 
tateuque, si une chose impure tombe sur une graine, celle-ci 
reste pure; mais si la graine a reçu de l'eau, elle est devenue 
apte à l'impureté, et si une chose impure tombe alors sur la 
graine, celle-ci est impure 2 . Hillel voulut introduire ici le point 
de vue subjectif : la graine ne devient apte à l'impureté que si 
on a versé de l'eau intentionnellement, c'est-à-dire en y trou- 
vant son intérêt. Contre cette réforme Schammaï s'éleva avec 
force, et c'est là-dessus que porte sa discussion avec Hillel. 
D'après lui, les raisins deviennent aptes à l'impureté, car on n'a pas 
à tenir compte de l'intention de celui qui les traite. D'après Hillel, 
au contraire, les raisins ne deviennent pas aptes à l'impureté, car 
le liquide est sorti des raisins sans qu'on l'ait voulu, sans qu'on en 
ait eu besoin. Et nous comprenons alors la réplique de Schammaï : 
« Si tu me pousses à bout, je décréterai l'impureté contre la cueil- 
lette des olives aussi » ; en d'autres termes : si tu veux introduire 
le point de vue subjectif dans les questions de pureté et d'impureté, 
en sorte qu'une chose ne deviendrait apte à l'impureté que si un 
liquide a été répandu intentionnellement sur elle, eh bien ! j'éten- 
drai la menace d'impureté même à la cueillette des olives, c'est-à- 
dire même au cas où le liquide serait tombé contre le désir et 
l'intérêt de l'intéressé. 

Là-dessus, le Talmud ajoute : « La défense fut édictée, mais elle 
ne fut pas acceptée ; plus tard elle fut reprise par les disciples 3 . » 
L'opinion ancienne s'est peut-être conservée dans la première 
mischna de Mac/ischirin, qui représente encore le point de vue 
subjectif 1 . Plus tard les Schammaïtes attaquèrent cette thèse « à 
coup d'épées et de lances » et firent prévaloir la leur :i . 

3° mratn r.nn a^bD rrwaïT; « Si on pose des vases sous un tuyau 



1. Voici l'économie de cette dernière réforme. D'après le Pentateuque, si un homme 
s'est vu obligé de vendre une maison d'habitation dans une ville entourée de murs, 
il a la faculté, pendant un an, de reprendre sa maison en remboursant le prix d'achat 
(Lévit., xxv, 29-30). Or, certains acheteurs se cachaient le jour où ce terme expirait 
pour échapper aux vendeurs qui voulaient exercer leur droit de reprise. Hillel institua 
alors que le vendeur n'aurait pas besoin de se mettre à la recherche de l'acheteur, 
qu'il lui suffirait de déposer l'argent au tribunal [Ârachin, 316], moyennant quoi il 
rentrerait en possession de sa maison. 

2. Lévitique, xi, 37-38. 

3. Sabbat, Ma. 

4. Machschir., i, i : in \\srvs tdid "psc ^"yx \\2rb ihbnnsj rrp'^T: ba 
■jnv "on mt "nrs "psnb inbnn 'para ■'"ara "pxib tdto-û. 

5. Voir l'ouvrace cité de M. Katzenellenboeren. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 31 

pour recevoir les eaux de pluie, le mikvé devient impur soit qu'on 
ait posé les vases, soit qu'on les ait seulement oubliés, d'après 
l'opinion de l'école de Schammaï ; d'après l'opinion de l'école de 
Hillel, le mikvé reste pur si on a oublié les vases 1 . » Le motif de 
cette mesure est le même que celui de la précédente. Les Hillélites 
voulaient introduire le point de vue subjectif dans les règles du 
mikvé, une des institutions les plus anciennes. D'après eux, on 
doit tenir compte de la volonté de l'homme en pareille matière : 
s'il a placé là les vases volontairement et sciemment, il rend 
impur le mikvé comme si c'étaient des eaux puisées; mais il n'en 
est plus de même s'il y a eu simple oubli de sa part et qu'il n'a 
pas eu l'intention de poser les vases en cet endroit. Les Scham- 
maïtes, par contre, ne se préoccupent pas de l'intention de l'in- 
téressé : qu'il ait posé un vase sous un tuyau ou qu'il l'ait oublié 
à cette place, le mikvé est rendu impur. 

IV. — Les mesures anti-sadducéennes. 

Après avoir examiné les dix-huit mesures décrétées, en d'autres 
termes imposées par une majorité de Schammaïtes, voyons celles 
qui ont été prises d'accord par les deux écoles et qui sont égale- 
ment au nombre de dix-huit. 

Ces mesures sont les mêmes d'après le Yerouschalmi et d'après 
le Babli, et sur les questions qu'elles concernent, nous ne trouvons 
dans le Talmud aucune controverse entre Schammaïtes et Hillé- 
lites. En voici la liste : 

D'abord, les cinq cas dans lesquels la tevouma devient impropre 
à la consommation : 

'1. -»3« bsia baiam TiiafiO bma Vaiat-i. 

2. trotta ^pct] ïiroiaii. 

3. •pmaw) û^tta "in-n "uaan ann. 

4. "paiNia trtt mb r a m-n tjsôti hy bsa» mna. 

5. ■ppraa naroasta a^bam D^baian. 

Puis les six cas dans lesquels, à cause du doute, la tevouma 
doit être brûlée 2 : 

6. D"©n ma pso. 

1. Mikvaot, iv, 1 {Sabbat, 16 6). 

2. D'après le Babli, certains comptaient ces cas comme faisant partie des mesures 
prises à Ouscha (après la guerre de Bar-Kocliba). Mais je crois que, pour des faits 
d'histoire palestinienne, on doit plutôt s'en rapporter au Yerouschalmi. Il est d'ail- 
leurs loisible d'admettre que ces mesures ont été renouvelées à Ouscba. 



32 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

7. trwn ynaft eon ^y pdo. 

8. Y~\Xn Ù9 Tn pDO. 

9 û^ss^an d^Vd pco. 

11. ûna ^ban ^ pso. 
Enfin, les cas suivants : 

12. sn-ftn "mjo na^-ian dn "pa-ora l^bûbawrj bs. 

13. rwi-in ïromn ibr». 

14. dm 

15. ût bina. 

16. nsD. 

17. mtri d* sth bs^r «b. 

18. Q"iD^b iiro "jma ^m ^psmma ■»». 

Ce qui frappe immédiatement, c'est que presque toutes ces 
mesures portent sur les lois de pureté. Il faut leur chercher 
d'autres mobiles et d'autres tendances que les mesures anti- 
romaines. Elles étaient dirigées, non contre l'ennemi du dehors, 
mais contre celui de l'intérieur : contre les prêtres sadducéens. 
Le pontificat était devenu une charge vénale *. Les grands-prêtres, 
nommés par les rois ou par les procurateurs 2 , opprimaient le 
peuple et arrachaient par la force les redevances sacerdotales ; 
quiconque leur résistait était frappé et brutalisé 3 . Les satiriques 
du temps dénonçaient avec une âpre verve les abus des grandes 
familles pontificales, où sévissaient le népotisme et la violence ; , 
qui se combattaient d'ailleurs mutuellement à cause de leurs con- 
voitises, ce qui faisait dire de ces prêtres qu' « ils se tuaient les 
uns les autres à coups de sortilèges » b . 

Outrés de ces excès de leurs adversaires, les docteurs prirent 
différentes dispositions pour enlever aux prêtres le bénéfice de 
certaines redevances 6 . Ils allèrent encore plus loin : ils voulurent 
rendre en quelque sorte impossible l'usage de la terouma ; ils 
décrétèrent tant d'interdictions que presque toute chose rendait la 
terouma impure : et la terouma impure devait être brûlée. Tel est 
le but poursuivi par beaucoup de ces mesures arrêtées d'un com- 
mun accord par Schammaïtes et Hillélites : ils déclaraient impur 

1. Yebamot, 61a. 

2. Josèplie, Antiquités, XX, passim . 

3. Pesahim, 57 a; T. Menahot, xm, 21. 

4. Ibid. 

5. j. Yoma, i (38 c, I. 46). 

6. Pesahim, Z. c. ; T. Menahot, Le. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 33 

ce qu'ils voulaient défendre ', et les prêtres ne pouvaient pas le 
recevoir. C'est ce que nous comprendrons mieux en considérant 
d'un peu près quelques-unes des mesures en question. 

1. « Celui qui mange un aliment impur au premier degré ou un 
aliment impur au second degré ne devient impur qu'au second 
degré » : donc il rend impure la terouma, mais non les houllin. 
En principe, celui qui mange un aliment impur du premier degré 
devrait devenir impur au premier degré et rendre impurs même 
les houllin-. La mesure prise avait donc pour résultat de sacrifier 
la terouma des prêtres en sauvant les houllin des laïques. 

12. « Tous les objets meubles communiquent l'impureté aune 
épaisseur d'un aiguillon. » Cette mesure rendait la terouma 
autant dire impossible. En effet, tout prêtre qui portait un objet 
quelconque communiquait l'impureté à la terouma, même sans 
savoir s'il avait « fait abri », suivant l'expression technique (bMisn), 
sur un cadavre. R. Tarfon, qui était un prêtre, mais qui vivait 
longtemps après, s'éleva encore contre cette mesure, jurant qu'elle 
était fausse 3 . 

14. La mesure relative aux « mains » ne saurait être, à mon 
avis, celle de l'ablution des mains en vue de la consommation de 
la terouma, comme le Babli l'assure, car cette mesure est beau- 
coup plus ancienne '. Bien mieux, on connaissait même déjà 
l'ablution des mains pour houllin: on en attribuait l'institution a 
Salomon -\ et R. Éléazar b. Arach, contemporain du Temple 6 , n'en 
parle nullement comme dune mesure nouvelle 7 . Il faut donc 
chercher dans un autre sens. 

Après chacune des fêtes de pèlerinage, on purifiait la Azara, 
c'est-à-dire qu'on plongeait dans l'eau tous les vases du Temple 8 . 
Ce qui n'empêchait pas les prêtres de dire aux pèlerins : « Prenez 
garde de ne pas toucher aux vases, car nous ne pouvons pas les 
plonger dans lui bain de purification. » 9 Le Talmud sait encore 



1. On ne se servait pas encore des termes mON et im73. 

2. To'^orot, ii, 2. 

3. oh ,t, xvi^ i : rwai wr^n y»ï3ia nnsnpïï n^bn itid ■m ns nopx 
imra^i -npn by nns ns b^rram icns by amam 121:' nsama. 

4. V. Kroclunal, More, ch. xm. 

5. Sabbat, 146 : I^TlV n?35U3 JpniB 7Î3>03 bfiTltttB n?:N ÏTIIÏT '"1 "",»N 

6. II mourut avant la naissance de R. Akiba (T. Nedarim, vi, 5). 

1. Houllin, 106a : 1D73D fiO?2 *p? p "ITJbfi* ")"« D^733 E)E3S3 &6 VT! 

ïmnn i» ^'aab o^sn. 

8. Haguiga, m, 7. 

9. Ibid. ' 

T. LXVIII, n° 135 3 



34 REVUE DES ETUDES JUIVES 

qu'on n'immergeait pas l'autel d'or et le candélabre, évidemment 
parce qu'un Israélite ne pouvait pas les toucher. Mais les Phari- 
siens entendaient ne faire aucune distinction entre les prêtres et 
le peuple; ils demandaient aux Sadducéens de plonger dans l'eau, 
après la fête, tous les objets du sanctuaire touchés par les prêtres, 
comme ils faisaient pour ceux de la Azara, touchés par les laïques. 
Une fois, rapporte le Talmud \ on purifia le candélabre (lorsque 
les Pharisiens eurent le dessus). « Voyez ! dirent les Sadducéens, 
les Pharisiens purifient le disque du soleil ! » Les Pharisiens 
s'étaient livrés à une manifestation : ils avaient voulu montrer que 
le candélabre, bien qu'il ne puisse être touché que par les prêtres, 
doit être immergé après la fête : c'est qu'ils mettaient les prêtres 
sur le même pied que les laïques et non parce qu'ils se montraient 
plus sévères en matière de pureté et de purification 2 . 

45. Le Talmud défalque le cas du teboul-yom commentant d'ori- 
gine biblique 3 . Mais c'est que les Amoraïm, ne connaissant plus 
les mobiles qui avaient inspiré les « dix-huit mesures », confond 
dent ce cas avec celui de la Bible. En réalité, ce n'est pas la même 
chose. D'après le Pentateuque, un homme impur doit, à l'expira- 
tion de ses jours d'impureté, non seulement prendre un bain, mais 
encore attendre le coucher du soleil 4 . Les Pharisiens prétendaient 
que cette règle ne s'applique pas aux laïques 5 , mais seulement 
aux prêtres , et ce fut la disposition qu'ils décrétèrent avec les 
« dix-huit mesures ». La preuve en est que R. Josué qualifie cette 
disposition de chose nouvelle 7 . 

16. Le cas du « livre » est dirigé contre les Sadducéens en géné- 
ral. Ceux-ci avaient, vers la fin de l'époque du second Temple, 
secoué leur torpeur et essayaient de recouvrer leur pouvoir sur le 
peuple par l'intermédiaire des prêtres. Les Pharisiens se virent 
obligés d'enlever les armes aux mains de leurs adversaires en 
édictant que le « livre » rend impure la terouma : c'était assez pour 
empêcher les prêtres de se servir de l'Écriture, car ils étaient 
obligés de se soumettre dans la pratique aux Pharisiens 8 . On ne 



1. j. llaguiga, m, 8. 

2. V. Katzcnelleubogen, ouvrage cité. 

3. Sabbat, 14 6 : DV DISU 1&OT3 ">EO. 

4. Lcvitique, XV, 5 et s. ; Deutér., xxm, 12. 

5. Sifra, 22 : p "nn 1I5ÏÏÏ5 'WlJEa rTOTina D^»1K DS'WD MTW H73 

an ibiaca nia 2 w a o^ddin- Cf. Teboui-Yom, n, 2. 

6. Zebahim, h, 1; T. Zebahim, xn, 15; Zebahim, 98 b. 

7. T. Teboul-Yo?n,u, 14. 

8. Yomu, 19 6; T. Yoma, i, 18; Nidda, 33 6. 



LES « DIX-HUIT MESURES » 35 

lut donc pas dans les exemplaires de l'Écriture ' ; « on défendit de 
lire les livres de l'Écriture le jour du sabbat, pour ne pas empê- 
cher l'étude 2 » : le peuple étant libre le sabbat, les Pharisiens 
voulaient qu'il se rendît dans leurs écoles pour entendre la loi 
orale et non qu'il lût l'Écriture 3 . Cette mesure frappa en plein 
cœur les Sadducéens, qui s'évertuèrent à la battre en brèche dans 
leurs controverses avec R. Yohanan b. Zaccaï ''. 

17 et 18. Ces deux points manifestent, entre les Schammaïtes et 
les Hillélites, un accord sur un principe qui, ailleurs, les divise. 
D'après l'école de Schammaï, on ne doit pas en général établir 
une « haie » dans le but de préserver un homme d'une faute 
grave. Ainsi, quoique la chair d'oiseau ne puisse pas être mangée 
avec du fromage, on peut servir les deux plats à la même table :; , 
sans se laisser arrêter par la crainte qu'on les mange : c'est à 
l'homme à faire attention. D'après les Hillélites, on ne doit c. ni 
manger, ni servir » les deux en même temps, car on craint que 
l'homme les mange s'ils lui sont servis, et on doit faire une 
« haie » pour lui épargner la possibilité d'une faute. Toutefois, en 
matière de arayot, les Schammaïtes accordent à leurs contradic- 
teurs qu'il faut faire une « haie » et que « le aï ne doit pas manger 
avec sa femme ï-dt, afin qu'ils ne soient pas entraînés au péché ». 
De même, pour le sabbat, « si quelqu'un est surpris en route par 
le sabbat, il doit remettre sa bourse à un non-juif », car si ou ne 
lui laisse pas cette faculté, il en viendra — l'homme tient tant à 
son argent! — à profaner le sabbat. 



V. — L'ÉPOQUE DES « DIX-HUIT MESURES ». 

En se fondant sur certains indices, on a soutenu que les « dix- 
huit mesures » étaient de beaucoup antérieures à la destruction 
du second Temple. Ainsi, on a fait valoir que, d'après l'Évangile 
de Jean, xvm, 28, les Juifs qui vont trouver Ponce-Pilate ne pénè- 
trent pas dans sa demeure pour ne pas devenir impurs et pouvoir 
manger la pâque le même soir, et on en a conclu que les mesures 
anti-païennes existaient déjà du temps de Ponce-Pilate (27-37). 

1. T. Sabbat, xm, 1 : ...p"rD3 T1"\^> pN "nfcKia i"b:?8. 

2. j. Schabbat, 15 6. 

3. Cf. ibid. : H17J Û3\W !T773 KI^Kl pO"!?n HEIN i"_3ttn. 

4. Yadayhn, iv, 6 : ûntfTZJ Û^DHB ÛD^bj 13N Û"Ômp CPpi^ ûnEIN 

d-hti ris* "p^aa» ttipr; ^aro û'nwiK. 

o. Houllin, vin, 1. 



36 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Mais Ton ne saurait faire fond sur le quatrième Évangile, qui a une 
faible valeur historique et où les « figures » dominent les faits. 
D'une manière générale, on fera bien de ne pa« oublier que les 
Évangiles ont été composés à la fin du premier siècle et au com- 
mencement du second et que ces auteurs chrétiens, qui vivaient 
parmi les Juifs et connaissaient leurs usages, étaient moins forts 
sur la chronologie et pouvaient croire anciennes des pratiques 
relativement récentes. 

On a allégué, d'autre part, un épisode j'apporte par Josèphe : 
lorsque le procurateur Félix (52-60) envoya un certain nombre de 
prêtres à Rome, ils ne se nourrirent que de figues et de noix. Mais 
ce fait ne prouve rien : ces prêtres ne se conformaient pas aux 
« dix-huit mesures »; ils étaient scrupuleusement sévères en 
matière de pureté rituelle. C'est ainsi que des « hassidim » obser- 
vaient également ces lois de pureté et s'abstenaient de manger 
chez des païens, que les « habérim » évitaient de manger chez 
les « am-haareç ». L'auteur du Livre de Daniel présente déjà 
sous cet aspect son héros et ses trois compagnons, et l'auteur de 
Judith fait emporter à son héroïne de l'huile et du pain, lorsqu'elle 
se rend auprès d'Holopherne. 

Weiss place l'adoption des dix-huit mesures sous le règne 
d'Agrippa I er (mort en 44) ou aux environs '. Je crois qu'il faut s'en 
tenir à l'époque proposée par Graetz, mais avec une petite modifi- 
cation. Graetz admet comme date l'année 67, après la défaite du 
gouverneur de Syrie, Cestius Gallus, et il corrige, dans la mischna 
de Sabbat, i, 4, Hanania b. Hizkia en Éléazar b. Hanania 2 . Je pré- 
fère remonter un peu plus haut, à l'époque du dernier procurateur, 
Gessius Florus, plus exactement après le massacre que ce procu- 
rateur déchaîna à Jérusalem (66) et avant la mise à mort de Hana- 
nia; il est donc inutile de corriger la Mischna. La fameuse réunion 
aurait ainsi eu lieu dans la demeure de Hanania, partisan de la paix 
avec les Romains. Mais ce fut son fils Éléazar qui l'emporta et qui, 
comme nous le savons par Josèphe, fit supprimer le sacrifice pour 
l'empereur et déchaîna ainsi la guerre fatale. 

S. Zeitlin. 



1. Dor, I, 187. 

2, Geschichte, III 5 , 810. 



LES GUEONIM EN PALESTINE 

AUX XV ET XII e SIECLES 



ï 



Un des résultats les plus assurés de la science historique est 
d'avoir montré qu'il y eut en Palestine, avant l'extinction du 
gaonat babylonien, une famille considérée dont les membres diri- 
geaient les écoles et les communautés et portaient le titre de 
Bosch Yeschibat Gueon Yaakob. Mais rien n'est moins justifié 
que d'admettre que les Gueonim palestiniens furent seuls à porter 
ce titre. Nous savons que les deux derniers Gueonim babyloniens, 
Scherira et Haï. étaient ainsi qualifiés '. Sémah Gaon, qui floris- 
sait en Babyionie, reçoit le même tilre' 2 . Joseph b. Jacob d'Alep 
est mentionné également avec cette épithète 3 , qui était devenue 
d'un usage général à l'époque de Maïmonide *. 11 est donc néces- 
saire de rechercher soigneusement dans chaque cas particulier si 
le gaon en question était Palestinien ou non, et l'on est pris de 
scrupules en voyant que M. Poznanski place à Jérusalem tous les 
Gueonim qui portent ce titre dans la liste mémoriale conservée à 
Oxford 5 . 

Nous avons montré ailleurs qu'un rabbin du nom de Joseph 
dirigeait une école à Jérusalem en 989. Ses deux fils nous sont 
connus maintenant par deux fragments appartenant à M. Elkan- 
N. Adler 7 et provenant l'un et l'autre de Palestine. A coup sûr, il 

1. Voir Neubauer, M. J. C, I, p. xn. 

2. V. Likkoutê ha-Pardès, p. 9 a : rO"^ CXI n?3£ priS" 1 m "^73p73 "DN'J 

Nm"H73iD son rtn^a apy "piw. 

3. V. Z. f. //. B., 1913, 92. 

4. V. Poznanski, dans J. Q. R., N. S., 1913, p. 408-9. 

5. Revue des Éludes juives, t. LXV1 (1913), p. 65. 

6. Z.D. M. G., 1913, p. 636. 
1. Ms. Adler, n° 223. 



38 REVUE DUS ÉTUDES JUIVES 

faut nommer ici aussi Aaron, llosch Yeschibat Gueon Yaakob, fils 
de Joseph, et Joseph, qui porte le même titre. Le premier était 
connu depuis longtemps par le Pardès, qui cite de lui une consul- 
tation '. Ce que nous savons maintenant de l'histoire littéraire de 
cette époque ne nous permet pas de l'identifier comme ont fait 
Buber 2 et d'autres. Le Joseph de l'année 990 pourrait être un fils 
de cet Aaron ; Maçliah, l'avant-dernier rejeton connu de cette 
famille, invoque toujours son ancêtre Aaron ha-Cohen 3 . Il faut 
donc placer Joseph I er et Aaron entre 950 et 990. 

Le second Joseph est mentionné à la marge d'un fragment de 
Midrasch provenant du fonds Firkowitsch et conservé à Saint- 
Pétersbourg. Harkavy en a publié ces lignes 4 : TVD*rp nVrt yod 

i"a im* p barara '"itoi ^btaii ma pris** 'n^i "pi mn. Sur quoi il 
y a lieu de se demander si ce Joseph est le premier, le père 
d'Aaron, ou le second, celui de 990. M. Poznanski :i identifie le 
Yosiya ici nommé avec Yosiya b. Aaron, qui vivait vers 1031 ; 
mais Joseph II vivait vers 990 et ses deux fils Samuel et Abraham 
lui succédèrent. Dans la troisième décade du xi e siècle, c'est Salo- 
mon b. Juda que nous trouvons déjà en fonctions. 

Sur Abraham Gaon b. Joseph ha-Cohen nous pouvons donner 
du nouveau. Voici en effet ce qu'on lit sur lui dans une collection 
de lettres : ï-mmo rrmm . ,.n yr&n amas h rpbn ni ba am 
nnaan nbiao y"i ban®* y-ia raren ©an tpv awam ewn» p nbm 
Les lettres qui se sont conservées nous fournissent des données 
précieuses sur les rapports des Gueonim avec les communautés de 
la Diaspora. Ce sont des lettres de recommandation pour les émis- 
saires des communautés chargés de recueillir les subventions 
pour les académies. La première lettre est adressée à une commu- 
nauté dont le nom manque. La seconde est adressée à np-n n*:n ; 
la troisième, qui est la plus longue, à pis. Le Joseph b. Abraham 
ha-Cohen qui est nommé dans les élégies publiées par nous était-il 
un fils de cet Abraham? C'est une hypothèse qui demande confir- 
mation 7 . 



1. Pardès, p. 36 a. 

2. Buber, S. lia-Ora, p. 94. 

3. J. Q. R., XV, 79; XIX, 723. 

4. Ilamaguid, 1877, p. 134. 

5. R. E. J., t. LXVI, p. 64. 

6. Ms. Adler, n° 223 {Pièces justificatives, I). 

7. J. Q. R., N. S., 1914, p. 621. 



LES GUEONIM EN PALESTINE AUX XI e ET XII e SIÈCLES 39 

D'après ce qui précède, la liste des plus anciens Gueonim pales- 
tiniens connus s'établit comme suit : 

Joseph 

I 
Aaron 

I 
Joseph (990) 

Samuel Abraham 



II 

Un examen attentif des textes récemment mis au jour devait 
amener les savants à se demander quel est le rapport entre Salo- 
mon b. Juda, le gaon nommé à la date de 1046 dans une chronique 
anonyme ', et les Gueonim antérieurs. La réponse à cette question 
n'est pas encore donnée. Elle ne pourra l'être que quand les maté- 
riaux fournis par la Gueniza auront été examinés plus à fond. 
Dans notre article déjà cité sur Josepli b. Abraham ha-Cohen 2 , 
nous avons émis l'hypothèse que les choses ne se sont pas passées 
si facilement qu'on serait tenté de le croire. Les temps étaient très 
agités pour les Juifs d'Orient. Du dehors comme du dedans, des 
orages ébranlaient les communautés. C'est ce que l'historien de 
cette époque ne doit pas négliger de considérer. Dans une lettre 
des plus caractéristiques adressée par Salomon b. Juda au haber 
égyptien Éphraïm b. Schemarya, on lit ces mots 3 : "onbo iron iêd 
srra ^nan ins bs û'wipn tWHD«*ïi ^o viftNa û^itB&nn na r»a ^d 
i-an m b? iny. Cette lettre nous fait mieux voir ce qui s'est passé 
à l'époque d'Éphraïm b. Schemarya et quelles étaient les visées de 
ses adversaires. MM. Schechter, Poznanski et Cowley 4 ont réuni 
les textes relatifs à Schemarya et, si même nous y ajoutons la lettre 
à Salomon b. Juda publiée par David Kaufmann et D.-H. Millier' 5 , 
nous ne voyons pas nettement quelle peut avoir été la cause de 

1. Neubauer, M. J. C, I, p. 178. 

2. J. Q, R., N. S, 1914, p. G21. 

3. T. -S., 13, I., 12 (Pièces justificatives, II). 

4. Schechter, Saadyana, p. m ; Poznanski, dans R. É. J., XLVIIÏ, 145-175; Cowley, 
dans J. Q. R., XIX, 722-753. Cf. Wertheimer, Quinze Yerouschalaïm, II, p. 17. 

5. De>' Brief eines àgyptiscken Rabbi an tien Gaon [Salomo] ben Jehuda, dans 
Mitteilungen der Sammlung der Papyri Erzkerzog Rainer, IV, 127. On ne peut 
plus aujourd'hui se ranger à l'opinion de ces savants, qui croyaient la lettre adressée 
au Gaon de Bagdad, 



40 KEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ce qui est survenu alors. Le nouveau fragment de Cambridge nous 
apporte la solution. Le gaon écrit: « 11 nous parvient des nouvelles 
pénibles (désagréables) sur ce qui s'est passé dans les commu- 
nautés égyptiennes. Il s'est formé des partis, l'un dit ceci, l'autre 
cela, tous se plaignent dans des lettres qui proviennent de person- 
nages connus ou inconnus. . . et tous se plaignent et disent que la 
plus grande partie du peuple veut m'accuser auprès du gouverne- 
ment (Dieu le protège !) d'avoir nommé [haber] un homme qui 
n'est pas digne, et ils t'outragent par de mauvaises paroles 4 . » On 
s'explique ainsi que les adversaires d'Éphraïm aient été mis au 
ban 2 . Ce qui nous intéresse particulièrement ici, c'est qu'on ait 
pu reprocher à Salomon b. Juda et qu'on lui ait reproché effecti- 
vement de s'être emparé de sa haute dignité par des moyens vio- 
lents ou au mépris d'autres personnages, peut-être en évinçant les 
descendants de Samuel ou d'Abraham. Si ce point est établi, il 
faut reconnaître, d'autre part, que Salomon b. Juda peut avoir eu, 
lui aussi, certains droits ou titres à succéder aux Gueonim, car 
ses fils, petits-fils et arrière petits-fils et les petits fils de ces der- 
niers se donnent, tout en nommant notre Salomon, pour les 
descendants de Joseph ha-Cohen 3 . L'explication qui nous paraît la 
plus vraisemblable est que Joseph avait un troisième fils, Juda, 
bien que les fragments connus jusqu'ici ne confirment pas ce 
point 4 . 

Nous comptons parler ailleurs des suites qu'ont eues pour les 
Juifs de Palestine les troubles qui se sont produits entre 1025 et 
1030 sous le fatimide Elzahir, en nous appuyant sur quelques 
textes fragmentaires. 



111 

Grâce à la Meguilla d'Ébiatar publiée par M. Schechter, nous 
sommes relativement bien informés sur les descendants de Salo- 

1. Sur remploi du verbo yiJ'O, voir Poztianski, dans Revue, XLVIII, 177, 11. 1. 

2. Aux documents déjà connus à ce sujet, il faut ajouter la lettre de Salomon b. 
Juda à une communauté (T. -S., 13 I., H 9 ), qu'il informe que le hazan et prédicateur 
Abraham ben Aaron est mis au ban à cause de sa querelle inconvenante avec Éphraïm, 
et qu'il ne peut par conséquent pas exercer ses fonctions. 

3. Les indications que j'ai données dans Z. D. M. G., 1913, 638, sur le ms. d'Ox- 
ford 2878, auraient besoin d'être confirmées. 

4. Voir J. Q. R., XV, 79 ; XIX, 723 : Maçliah, Salomon II, Élia, petit-fils de Salo- 
mon ha-Cohen, de la famille de Joseph et d'Aaron. Cf. British Muséum, Or. 5549 1 : 
Joseph, Salomon I er , Élia, Ébiatar, Salomon II, Maçliah. Cette liste a déjà été publiée 
par M. Poznanski, Revue, LI, 51 et s. ; cf. Z. D. M. G., 1913, p. 640, note 5. 



LES GUE0N1M EN PALESTINE AUX XI e ET XII e SIÈCLES 41 

mon '.Nous le serions naturellement encore mieux si les innombra- 
bles fragments de laGueniza encore inconnus étaient mis au jour. 

Ébiatar, qui fut gaon entre 1085 et 1140, ne put pas non plus se 
vouer tranquillement à ses fonctions et à son enseignement, car il 
eut pour rival David b. Daniel. De ce David la Chronique nous dit 
seulement qu'il venait de Babylonie -. Ce qui est sûr, c'est qu'il 
n'était pas le fils de Daniel b. Azaria, qui soutint contre Josepb et 
Élia, les fils de Salomon b. Juda, la môme lutte que David b. 
Daniel contre Ébiatar. Qui était ce David b. Daniel? 

Nous sommes en mesure aujourd'hui de fournir quelques ren- 
seignements sur David et son père Daniel. Un fragment de Cam- 
bridge contient la requête d'une femme qui demande l'appui de 
David ; celui-ci y est appelé biour 1 ba mba ©an brun a->u5:n 3 . Un 
document bien plus important est en la possession de M. Adler 4 . 
C'est un fragment de neuf feuillets contenant des poésies d'un 
versificateur inconnu. L'un des morceaux porte ce titre en arabe : 
173 "paoba :pabw\ ^d ôrb^aiBN bny 173 Diaba ■'ba nan b« pied on 
iNT-D^bN rranpntt ba nsmba ^ "na N73 ina nttd "nai vnn rro 
©fin bwn an -173 ïwan» ^b* ûTn*K ipf arra nbba rrra r\~r\m 
rrnpa nasi m»n ^mn y-pistii mba anao nbb* .oara ïTrtsrTi. Celte 
poésie a donc été écrite en l'an [4]816 de la Création ou 1057 de 
l'ère vulgaire. Elle a 47 vers et commence ainsi : 

.nsTD by -ma pn bani 11:73 nobn T£N nbi^ rîSîi y y 'pn zn 
Voici ce qu'on y dit de Daniel. V. 20 : ûbia> ûip^ WD^by "^aa ^a tik 
■ib •pan am no» mn û" 1 ,bar:i -naa»a bxcrdb mai* .rrcn ba a*a Danb73i 
ïtdï). V. 25 : nsb 1 ^ ai"D ^sn rm ima pN pin nrnb*> th. V. 29 : 
nspiaa n73NT np-is "1733^ sro» Tnm btraib ^an. V. 32 : ina^- 1 ïram 
bdii» nau) aoaa. V. 39 : nnaa -kdk nci th p mmb n^nba rva bs 
ns^ mtmab. Aux vers 36-37 nous trouvons une allusion à l'endroit 
où le poète écrivait : 

.nsiiob s nm û^ab py bs -ruai no« dsin ba i:îo 
.nwspb -ne y^ 1373*151 JT/a© pa. misai Sjspa n:?:p 
Le même recueil contient une autre donnée sur l'histoire de 
cette période. C'est une poésie sur le dernier exilarque, Hizkia, de 

1. Schechter, Saadyana, p. 89. 

2. IbitL, 1. 27 : nC3231 Tn«tb DTTPnrï b^DT p m 2^:*w eboa -7 a-aï. 
David était âgé de, près (Je trente ans lorsqu'il vint en Egypte; il a donc dû naître eu 
1372 = 1060, quatre ans après l'installation de son père. 

3. T. -S.. 13 I, 13 16 . Nous avons plusieurs lettres de femmes dans la Gueniza. J'ai 
vu chez M. Adler une lettre de n~)T^, fille de Salomon b. Juda, à une communauté 
égyptienne. 

4. Ms. Adler, n« 1731*. 



42 KKVUE DES ETUDES JUIVES 

Tannée 815 (1056) '. D'après Graetz 2 , Hizkia aurait été mis à mort, 
ce que ne dit pas la source de Graetz, Abraham ibn Daud 3 . En 
outre, ce fait important aurait été sûrement retenu par le ma i-on 
qui mentionne son nom, ce qui n'est pas le cas 4 . D'autre part, 
nous devons rectifier, d'après notre fragment, la date de sa mort, 
qui se place en 1056 \ Le contenu de la poésie confirme au sur- 
plus l'indication d'Ibn Daud : Hizkia a eu à lutter contre des 
ennemis qui contestaient ses droits 6 . Mais le fait nouveau impor- 
tant qui résulte de ce fragment est que les académies babylo- 
niennes ne fermèrent pas leurs portes à la mort de Haï, mais 
que l'exilarcat dura au moins jusqu'en 1056 et que le dernier chef 
d'académie fut Daniel b. David, père du personnage qui émigra 
en Egypte et essaya, sans succès d'ailleurs, d'y transférer le siège 
du gaonat. Il ne faut pas s'étonner que ces rabbins ne nous aient 
pas laissé d'oeuvres littéraires, ni dans le domaine de la Halacha, 
ni dans celui de l'Agada : ils furent trop absorbés par leurs luttes 
personnelles pour créer des œuvres durables. 

Londres, 9 décembre 1913. 

A. Marmorstein. 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



La première lettre est tirée du manuscrit n<> 223 de M. àdler, avec la 
permission duquel elle est publiée. Le texte est en mauvais état. Chaque 
page a 19 lignes. La première partie est alphabétique ; pour le style, on 
peut comparer la lettre à Joseph b. Jacob d'Alep, dans Guinzê Yerouscha- 
laïm, III, p. 15. Chaque ligne comprend cinq mots, dont au moins quatre 



1. En voici le commencement : j->nn ^D ÏWStON tpïïJ "'-N r;yT 3?y m B31 

ïwn -H£i -nmzn ûby np^tt ab»abK -pnKnb» p ^wn ■jam mnn n:^ 
pris-» m-i n-n "»b« aaros rnvn b« ...*ô& nfiaa«D»i mT pm s-m nbb« 

mba OBH rppTTT. Le nom pni:" 1 "173 s'explique, comme n?3^ pn^" 1 "173 dans 
Likkoutê ha-Pardès, 36 a. 

2. Geschichte, V, p. 394. 

3. M. J. C, I, 67. 

4. Ms. Adler, n° 2592. L'expression consacrée est aCH PCVip b" }~]r;;rT. 

5. Les mots d'Ibn Daud ...iFabïTl D^riS'â 1732*1 peuvent s'entendre : « dans la 
deuxième année de son exilarcat... ». Cf. les fragments provenant de la Gueniza, 
Revue, LV, p. 51 et 248. 

6. Vers 5-6, 30-31 et 40-50. 



LES GUEONIM EN PALESTINE AUX XI e ET XII e SIECLES 43 

et quelquefois tous les cinq commencent par la même lettre. Exemple, 
vers 13-14 : 

mm: ^ama ^a-na û^fc«a vm 

.mrïï^ -Hjno nno ^ai7ao ^7aia 

On insiste sur la générosité avec laquelle les Juifs égyptiens soutien- 
nent la Yeschiba (A, 6, 14 ; B, 15), sur leurs sentiments pacifiques ainsi 
que sur leur piété. Nous avons vu que la lettre émane d'Abraham b. 
Joseph ha-Gohen et qu'elle doit se placer, en tout état de cause, avant 
1024. 



msnptt fi est sa b«. nriN .n:nm nana 1 

•3172N ^asa b« .lanara ^td» manNan msmpn 

maavna "nma mna , 7a n a 

--m maaia .m'anaa. ^yii i-paa ^b-na .maa 
■'aiten "min .maan mm "wh . . .m s 
■maî ^apT . . . ■nman "^aNJai ^p-n::! .min . . . 
^pcin "n7ain nin ^aiiûn .mrï ">amT nvot 

■^anaca ma iaana 

■h-i-p laiaf "moi Tpi . . . maya n^aana 

nsona nbbia ma ionisa 'nca. mrci 10 

maab manb npb ïttd ^bn . . b. maina 

nmn "naaTa . . . ■»ar£K72 ^pîma 

■>a"i7aD ^37210 .maia ">ama invia a^ato ■tfaa 

itju wv "nna» .maro^ "nano ino 

^ac "nms "»b^bs "nas .maa? mai* lo 

.•jana: manat mains ■'D^acmac .mns 

wn .maïrrp œiip bip unip mbnp . . . 

.ma . . . mpirn rnarn 

• ma a*nanD "npittS 



maron maian ttsin WTan -"afinn ^aiTan 1 
man»an mn^sn mwnpn mbnpn on nnn 
ion ?rnanp?a "pianan maniN p-iac -îti3N 
rmra "ipoi ma^si mina» rua&n maann 

.mavia ibpo» ma "ntDfitta .mavnai s 
.mrnbîa ^"na» .main ^m« .pia ">pTrra 
ma733 ,marrn7a manaa .ma«ia ^rnE 



44 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

.ma . . . maab ma^saTs missa .maa*nw 
1*b '•p'TiiaE an n7an lanss mbnp an njan 
vi^-pn an rran ^aa ^aDT "n^oE an n?:n 10 
. 1^^5731 naanzîû ^p» an n£n .pir ba bna 
nnsb "nipfitb Brsinb mnaa ibbain 
••pr^b ,^"njsb rrsnb ,*mai3b eanb maob 
■maab ■nnob "nmob ■nnab patô "n-reab 
^iK"ipb n:aiab navci -oinob ,n3iiaan laiaTO 15 
an om-naïb n^ainb mNsb pnb doa 
a? *3"H3i ©yia barrai rua no msa mn 
-jrm on»b raina b 
• Naai caria lia: ©imb a?n 

13 

La seconde lettre provient de la collection T. -S. de l'Univcrsity Library 
de Cambridge, où elle a la cote 13, 1., 12*. Qu'il me soit permis d'exprimer 
ici toute ma reconnaissance à la direction de la bibliothèque pour sa 
libéralité. 

La lettre est adressée par Salomon b. Juda à Éphraïm b. Schemarya. Le 
premier est à Jérusalem, le second est à Fostàt. La lettre a été écrite lors 
des troubles qui eurent lieu sous Elzahir, entre 1025 et 1030. Elle men- 
tionne, parmi les personnages du temps, Samuel b. Abtalion ha-Gohen ; 
elle cite aussi le grand-père de Schemarya, Elhanan. Cette lettre nous 
fournit quelques traits sur le caractère du gaon, qui se considère comme 
beaucoup trop bon pour son temps. Au point de vue de l'histoire des 
mœurs, on remarquera le jugement porté ici sur les Juifs d'Egypte et qui 
contraste vivement avec celui qu'on a trouvé dans la lettre précédente. 
On notera, à côté des citations de l'Écriture, les analogies avec la langue 
de la littérature rabbinique. 

Il se peut que la lettre que j'ai publiée dans la Monatsschrift, 1906, 
p. 596, et qui est peut-être adressée par Ephraïm à Salomon, doive trouver 
sa place ici. 

'a-n 'i73 ncnp nbna -naa ir-pp^i lansasi lanam la^ama b« 
,b« *&ma ba«mi ,pibrp *ia bsa ( na3n7a npn72T mra nsnn a^nss 
narnsi naui 3-ib ba 13-ipb lasnnb -cv: rrpnb -.rms nanm pam 
m«bnb naanb iro-i3i mannb imbo -ian -piz tra tt b* ar.Nnnb 

.s"3 n^iàxs nu naa bai yen ba ib 
mn naiSTai ab aton i-ur lis w i:n::n ba ib« amsa i^pd: 
nb"»b wipa ana i:n *ra« manm fi'iiv a.~a i:n ion r-i-.xn V- 
msma nsr I3ims .a"H3» ?13S mrrran pa a^ril aimrro DTavn 
-iT^nb a-iTa»b nbsn o^&raia *:n T7:n pai .n*b 'irp ib»n irans 
miN nai* naïai iSTib^ow i?:i32i .^asn y-\À la-nnn icn atp ^:a b* 
narab 13b n^n niai .arr.Ei "pan "jim an-r na» -aibia "j-w aabi &on«bi 



LES GUE0N1M EN PALESTINE AUX XI e ET XII e SIÈCLES 45 

1373m "îa^ana nbioam ia"<a^ *in3m isma wnn ne* mxnman 
mbnp ira mcp m3H73w na^b? tpia tcîn nv la^rmasa na^&nm ir::': 
D'anai .riD n-i73iN rai .ns mais ro .mna mna va^a ^a . D^nii/û 
Mb an?3ï a^vn ana .anaaa rvraoa isia" T3M a^ana73:n 1*n D"HDTO 
DnwiwSi D^baip Dm .-iainq ivaba an?ji naïaa armai a-73 .dwt* 
■»monn ">a bx --:r:p mab^rj b* ">ba? biapb a*rr ain i£n "»a 
an do kxim *?dt: (?). -p-rn ...a % an D*naia ^s^nci .-hn-i «b *3^\ 
vm-J» "pana"» mnscn ...1*733 ba ^a *n73&n nmTSN pi a "^ 2,:2 ' , " l 
aina.n ba la-'b* map-.n 11^73 n:> mNttbi mn ao ...omb* rra nranb 
ainab onaaa dkep marin ■ni non» pkt ba 33 B3»ki .nmanana 
ipwarh lair b* na^ ba* p 'imaïai abaaa rrojab iTisnbi b^nanb 
mbnpn bx anaan "prvaan a* anaTa mba aip naai nn^* 1 bec b« ^asba 
ncwNi ma teni ^bnrn noab narj p*rçnnbi abba aanab cira nna*a 
mpibrran nnata naa ^a tpmaa ...m mana Dnb tpisrtbi aibcn nn» C|in 
npratm nnan rwnnm maar* np*ibri73n ^a .nïanna» anaaa n.N73 ...mm 
173 am vb* a^inn nmnri nta?» ban wipn rem : T-i73tm nb*tt 
nrob 2 a"a i"pbaa«na i^anbanatî ...n»a "imna ban^a vby a^Tainnn 
a: aiNa73 by 1151 rpiai amaDO» anaraan Dfrn inb ambr rwnnn ann 
naa ^3 mbs ana73 i«n : n73*n ream D^apTn by oaw man- 
inôn ma ba o-^mpn D^sitsann "a : ima^a a^aiON-in n« 
laiann niaw 3 ianb« 'n pk ma. Da-i .iran ai by 173* an?a 
^3 ^b d^vh bam nai nbs "a aa73K -nairn na*73i nr ma*73 
ma^inm npnbrwn n«T ba awn a-ii* b« ^m a^ni:73 mbnpi mn p 
inb^a»"' "iïï3«b 13 iabi va^y i^n «b na^n ^aT .wan r-niaaab i* 
.DTPaTOb naia aasa i^n .apaa 1-Ni ©m 1"<fin lab niNn rroam inpa-'i 
Nin -»73 pnx inna ua* 1 ! Iiisnp^ ny^a maiTabi :*i73«a ma«a Ètibn 
■na*»» "173N p «bn im« ûiams T»m ûrraim 'n n^a b* nmia Tas 
-)73£o nainns tûn .ma^ba aa -1 Nb nb«b la^a" 1 «b "p-ra" 1 la^an dm 
aan« ^m «bi nb« a*b aa^menaa i^s^ana i^nn «b iD->an b» : i^onb 
abs« "^^n mn naabi i^^b C]"»anb aia^ npaan an733» mn ma^ba 

1. Néhémie, n, 10; iv, 1, etc. 

2. D'après le fragment Adler, Samuel signa un document en 1028 en compagni e 

de Taan p onnax, ira p ^Nnan et pnsf na ^nauî. m. Cowiey, dans son 

Catalogue, p. 230, place à tort Abraham ben Mebasser en 947; il faut lire 1027. 

3. Sur Elhanan et ses fils, nous sommes renseignés par le fragment T.-S., 16, 134. 
Le fils d'Ellianan s'appelait Schemarya, dont le fils Éphraïm nous occupe ici; il avait 
un autre fils, Elhanan man ^Nl. 

Elhanan 

I 
Schemarya 

Éphraïm Elhanan. 

Cf. Harkavy, Responsen, p. 342. 

4. Isaïe, xxix, 21. 

5. Micbée, n, G, 12. 



46 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

laaopn ab var*aa bai wntt «b ïa^ba .-î ba .. n« nîn aa»b span 

n'ac nn^n t*b B*waan aa ."p&fâ a^aicnn 73 iana*m .■oabnih 

îaa nrn isîn av»n b-im bnnm y»©" anaiBïi -pmnb un n a arpTa 

ncs 173a laman bat* ta^iar maïab bna^ Nim * cpia» niap aa> la&np 
robb "a-ian ^-n nr»» msnb ann ^-m aian "pn "la^asb pan latna 
rip'an nanœan pan ab T»onbi la^aab pn binb 3 rnaan -na« n^rs ia> na 
ana»b S5i3N PNTn nao 't a* «a nanb nanan -p -n^m -niea ab i:b 
ba>ab ib nan arnbab na i:a "p«i a^anpn C?arin) naian ana?2 nbna 
nnN'an 'pnianb a^smcnb mpE «arEP b&n Tanp pn nba^ Nan anan 
■nba» n»« main anD*n fc i7aaza? ba> œnarn ûnns ^"H b* anarp »b nr 
uni .^pp ba» a^sHi aïs anarvrça nm nnc apxnttb *pna iB'wb rtb^bm 
naan irb« '1 ba> dn nairt p «b ^a ■jmï'HTa maa ^n D^wa ^fima 
icn bviuanm .n?:ai n?aa nns ba» ■m-ar' ba* p wb -ira a*nai 
ri73«nai ib^jm iD-m ^d pnt a^uairn piann û'nacn b« naiairs 
->ab laÉr© 1 * ne» nnN;:i "p^ «r*i pi la" 1 D*ma« ani:p7a ">a 
riTai n72iNi aiaa 'n bnpa tnaa»nn »n -paTnbi Dca a^-innb 
bfino^ ">nba 'i ba Ni-ipb ïwnn b*on ^a» D*nanDn ba> ba« nbann ©1 
^san nan ■warin a*âonb a^aracn nra a^bsrïb rpaiba* ïiaba* opab 
ba*a it amt nnaai a^iann "'T ntzsn un -n^an lai ^pnaa 'na 
o»nb amby an^^a ai^n rwnb arwa amen B mpnbn»n 
i^'a a'^N "^aN .ûrracio nx aiDffib 7, jnaa ara m^rsb p^pbi 
hu:n nyn bn ^>aacy ba» nana n::aa^ o^bs i:^bx DTipn 
t-maa^b n?a ba« rnNTn nrn ^«aNb "n»n "«a 1 »» n awX "*b« Tiaca 
^-11373 i7au) ^n^ la^bN niaya "ic«a in 73b "iïsbn ^î<t Nipa Dtam 
na ax naïaa ,, :7:^-in \>nia Y rN "'^aina ^:n 8 * 1 :^ rai sbi "ab nna ^^ 
m-i"p.7aa ^n^n- .va*»a>a a*ia n^^a ■«b noy^ ^aan ^a Tiatan n^ "î738T 
maan ^\a?a ^anannb anacp» b« ^rana iaai "prmN br 9 ^aipua^ t:\n 
rtabia ^na:a na-p ^brrp ba ûabtai ^jaiboi a^aaTa ^a'n» ban ^b ma^ 

.b"T ^ana apy^ p«a na^O"' ïïni 'acn 



Encore deux observations sur l'article de M. Poznanski : 

lo Le fragment T.-S. 13 1 2 contient un document dressé par Yosiya ©Ni 

1. Exode, xxxn, 9, etc. 

2. Aboi, 11, i. 

3. Ez., xii, 19. 

4. D'après Gen , xxxi, 35, et Soph., 1, 12. 

5. Gen. r., xxvi; Lév ?•., xxviii ; Aboi de R. Satan, uni. 

6. Sofa, 49 a. 

7. Osée, iv, 9. 

8. Psaumes, cxxxi, 1 . 

9. Cf. Lam., m, 15. 



LES GUEONIM EN PALESTINE AUX XI e ET XII e SIÈCLES 47 

■>''a na" 1 ^ en Fan 4775 de la Création a nbnsa Tibb romon rran rr y n»3 
ÏT71ÏT "^33. Ce Yosiya a donc vécu vers 1015 à Rarnlèh, ville si souvent 
nommée dans nos fragments. 

2° Samuel "^b^n est mentionné aussi dans le ms. Gaster 1273, n° 16 : 
•p-vn: ,ïrorra ûbi*a -pt» ba ^lana ■rçrbœn bsnattî 'nb tf3?arn ^wej bs 
TO3i sbl -nDT" 14 . Maçliah est mentionné dans un fragment Adler avec le 
titre de rmana vann. Dans la lettre publiée par D. Kaufmann et 
D.-H. Muller, on trouve : "noon n"i?a rfaa {ibid., 1. 12, 1. 36), n"i7: n"3D 
^rnnn BpT (iôirf., 1. 19-20), wnna k"m "picn na^n» ana Nia^-J nr 
^C^TDm aN lïïjn (1. 30). Je donnerai ailleurs une liste complète de ces 
personnages. 

NOTE ADDITIONNELLE 

Après avoir adressé l'article qu'on vient de lire à la rédaction de cette 
Revue, j'ai eu l'occasion d'examiner à deux reprises la collection de 
Cambridge et aussi d'étudier celle de M. Adler. L'une et l'autre sont 
fécondes en surprises et en désillusions. En surprises, parce que chaque 
nouveau fragment contribue à combler la lacune de l'histoire juive entre 
950 et 1250. Mais d'autre part, on est parfois déçu parce que des combi- 
naisons échafaudées sans la connaissance de tous les textes ne sont pas 
confirmées. 

Dans l'intervalle, j'ai donné à la Z. D. M. G., LXVIÏ, 635-654, un 
article sur l'histoire des Gueonim palestiniens, où j'ai pour la première 
fois attiré l'attention sur les gueonim Joseph (vers 950) et ses fils Samuel 
et Abraham. Les hypothèses émises dans ce travail ont été contestées par 
M. Poznanski [ibid., LXVIII, 118-128), qui connaît à fond l'histoire de 
cette époque et qui, dès le début, a accompagné de ses observations et 
de ses rectifications les études qui y ont trait. Comme je reprends dans 
le présent article, qui remonte à décembre 1913, quelques-unes de ces 
hypothèses, je me vois amené à examiner ici en détail quelques remarques 
de M. Poznanski. 

Mon point de départ est que le Aaron b. Joseph cité dans le Pardès ne 
peut pas être le gaon babylonien, qui, au témoignage de Scherira et 
d'Abraham ibn Dand l , n'était même pas digne d'exercer ces fonctions. 
Il semble que le père d' Aaron, Joseph, qui reçoit le titre de I3"»:n-î« 
5p1*, occupait aussi une fonction dans l'académie, ce qui serait tout à 
fait impossible s'il s'agissait du personnage cité par Scherira et Abraham 

1. Il y a de ce Samuel dans les mss. Adler : 

10 b"T iiDiboïi baraots isa-n narn 

i3>EU3i 1JD33 rrb«.i mtaàîi -"ibn-i 

2 ° V'£"t fcryœin -a-ra i©ibion ba-raia 'nb -m-n 

On trouve aussi de ses poésies dans les mss. du Consistoire de Paris n° s 123 et 300 
(voir Revue, LXIII, p. 285 et 287). Ce Samuel avait un lits du nom d'Abraham, qui 
portait le titre de V^ain (fragments Adler et de Cambridge). 

2, Neubauer, M. J. C, I, 40. 



48 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

ibn Daud. La désignation ïibia bo nrrc ircb figure également dans 
des lettres de gneonim non babyloniens 1 . Mais M. Poznanski soutient 
que cet Anron et son fils Joseph n'ont rien à faire avec Salomon ben 
Juda, d'une part, et, de l'autre, avec, les ancêtres de Maçliah. La difficulté 
provenant du fait que Salomon b. Juda ne signe jamais comme kohen ne 
doit pas être négligée. D'autre part, nous avons fait remarquer que nous 
ne pouvons établir l'existence d'un Juda b. Joseph ha-Kohen. Néan- 
moins notre système mérite an moins autant d'attention que celui de 
M. Poznanski, qui parle d'un Salomon b. Juda, descendant de Bérechya, 
dont l'époque n'est pas indiquée, alors que rien ne prouve que c'était le 
gaon Salomon b. Juda 2 . Nous pourrions tout aussi bien nous en référer 
à un fragment Adler, où il est question de deux frères, Samuel ha-Kohcn 
et Abraham ha-Kohen. C'est un document qui est daté de l'année 973; on 
y mentionne le tribunal d'un Azaria . . .n^rr. Or, il est hors de doute que 
Salomon b. Juda était un kohen. 

J'ai supposé, d'autre part, que le Abraham b. Joseph mentionné par 
moi est le fils, non de Joseph I (vers 990), mais celui de Joseph II, le 
rival de Daniel b. Azaria. M. Poznanski le conteste, mais ici il a certaine- 
ment tort, car, s'il en était ainsi, les lettres contiendraient des allusions 
aux dissensions, et de plus, Joseph n'est appelé même par ses partisans 
que na^lDVi 3N (fragment Adler). 

Pour écarter les difficultés que présente la généalogie de Maçliah, 
M. Poznanski s'avise d'un détour où je ne puis le suivre. « A Salomon b. 
Juda succéda donc, écrit-il, non pas le vice-gaon, Joseph ha-Kohen, qui 
était peut-être mort dans l'intervalle, mais le fils de celui-ci, Salomon, 
dont nous savons peu de chose. » Il croit que Salomon b. Juda fut suivi 
de Salomon ha-Cohen b. Joseph. Mais pourquoi n'avons-nous, sur des 
milliers de fragments, pas une ligne de ce personnage ? Aussi longtemps 
que nous n'aurons pas de texte sur ce Salomon b. Joseph, nous devons 
maintenir qu'il y a un rapport quelconque entre Samuel ha-Kohen et les 
ancêtres de Maçliah. 

Encore une observation. M. Poznanski tient pour assurée sa supposi- 
tion 3 qu'Abraham gaon était un descendant de Ben Méir. Je me permets 
de continuer à en douter. Les arguments qu'il en donne ne prouvent 
absolument rien. Je suis d'ailleurs en mesure de signaler un texte de 
Doukhran tab (collection Adler), où sont cités, comme ascendants 
d'Abraham, les gueonim Aaron et Moïse. Malheureusement le nom du 
père de ce dernier ne s'est pas conservé. Nous connaissons du reste 
maintenant en partie les descendants de Ben Méïr \ 

1. V. Schechter, Festschrift\Berllner, II, p. 108-111 et fonds T.-S., 13 J, 11,5, dans 
une lettre de Salomon b. Juda à une communauté : m <v ^!l "l>"£ *12 y^ïTI TD. 

2. Revue, LXVI, 62, note. 

3. Revue, LXVI, 67. 

4. T.-S., 13 J, 16,16. Voir E.-N. Adler, Revue, LXVIL p. 45, n. 1. Il n'est guère 
possible que ce Moïse soit identique avec le Moïse ha-Sofer nommé dans ce texte. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 

AUX XI e , XII e ET XIII e SIÈCLES 



Les matériaux sur l'histoire des Juifs en Catalogne commencent 
à constituer un fonds respectable; sans cesse, leur nombre s'accroît, 
et l'on remonte de plus en plus dans leur passé. Ainsi, on se sou- 
vient des travaux d'Isidore Loeb, publiés dans la présente Revue) 
l'un donne, avec commentaire 1 , une « Liste nominative des Juifs 
de Barcelone en 1392 » ; l'autre est relatif à une controverse sou- 
tenue en 1263 dans la même ville 2 . Puis, outre l'analyse faite par 
Kayserling d'un contrat de mariage, daté du 18 décembre 1327 et 
rédigé en catalan 3 , on trouve quelques notes intéressant ce cha- 
pitre d'histoire dans l'étude de M. Pierre Vidal sur « les Juifs des 
anciens comtés de Roussillon et de Cerdagne ■' ». Il est fait men- 
tion des rabbins catalans à propos de la lutte entre Isaie, fils 
d'Abba Mari, et Yohanan, fils de Matatia, pour le rabbinat de 
France, à la fin du xiv e siècle 5 . 

D'autre part, après les « Actes de vente hébreux en Espagne », 
découverts en 1881 par le P. Fidel Fita dans le Trésor de la cathé- 
drale de Léon G , M. Richard Gottheil a publié 7 cinq documents du 
même genre, tous écrits sous le règne de Philippe I er roi de France 
(1060-1108), lorsque Raimond Bérenger I er , II et III étaient comtes 
de Barcelone 8 . Le premier texte donné par M Gottheil est daté de 
l'an 1065 ; le second, de 1076 ; le troisième, de 1088 ; le quatrième, 
de 1078. Le cinquième de ces textes, écrit en 1092, nann, avait été 
publié déjà — mais moins correctement — par Jacobs 9 . C'est un 

1. R. É. •/., IV, 57-77, d'après A. Balaguer y Merino, La Ven del Monserrat, 1881, 
p. 231 et 239. 

2. R. É. /., XV, 1-18. 

3. Ibid., XXI V, 291. 

4. Ibid., XVI, 21-22. 

5. Israël Lévi, ibid., XXXIX, 85-88. 

6. Publiés et traduits par Isidore Loeb, R. È. ./., IV, 226-235. Le premier texte est 
daté du 8 novembre 1053 et le dernier d'avril 1259. 

7. /. Q. R„ XVI (1904|, 702-714. 

8. On sait que jusqu'à Philippe -Auguste, les notaires de la Catalogne dataient les 
documents, publics ou privés, selon les règnes des rois de France, à qui n'appartenait 
plus cette province. 

9. Sources ofspanisk jewish hislory, p. 129-130. 

T. LXVlll, n° 135. 4 



50 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

reçu délivré par Joseph b. Nathaniel Hazan à rmtta, Andreù 1 
(non : Andréas) et à sa femme. 

Les textes qu'à notre tour nous soumettons aux lecteurs de la 
Revue sont un peu antérieurs. Le premier est de Tannée 25 du roi 
Henri, c'est-à-dire de l'an 1055. C'est que tous les titres analogues 
publiés jusqu'à présent, concernant les Israélites établis dans 
l'ancien comté de Barcelone, avaient été tirés des Archives de la 
Couronne d'Aragon, et — en très petit nombre — des Archives de 
la cathédrale et de la municipalité de Barcelone. Mais d'autres 
titres étaient restés cachés dans un petit dépôt de documents de 
la vieille église paroissiale de Sainte-Anne à Barcelone, où jadis se 
trouvait le prieuré de l'Ordre du Saint-Sépulcre ; personne n'avait 
pu y pénétrer jusqu'au jour où le curé de la paroisse a confié à 
notre confrère de l'Académie Royale des Belles Lettres, M. Ferdi- 
nand de Sagarra, la classification et la numérotation d'environ 
trois mille parchemins, qui restent des archives dudit prieuré. 
Nous y avons ajouté trois autres pièces, provenant des Archives du 
Grand Prieuré de Catalogne de l'ordre de l'Hôpital de Saint-Jean 
de Jérusalem et de la collection des parchemins de Y Institut d'Es- 
tudis Catalans. 

Nous n'avons rencontré, quant à nous, aucun acte concernant 
les Juifs de la Catalogne antérieur au xi e siècle ; mais, comme l'a 
dit récemment M. François de Bofarull dans son Mémoire sur 
Jaime I or y los ludios 2 , on a conservé quelques documents de ce 
genre appartenant au x e siècle, et il n'est pas interdit de supposer 
les Juifs établis dans l'ancien comté de Barcelone à une époque 
encore plus reculée, puisqu'on les a trouvés en Septimanie, sur- 
tout à Narbonne, à partir du v e siècle 3 . 

Tous nos actes juifs constatent des acquisitions d'immeubles 
aux environs de la capitale, et ce seul fait démontre déjà une 
longue existence de la colonie israélite dans ces parages. 

Nos documents ne nous disent pas quels métiers étaient exercés 
par ces Juifs, propriétaires urbains et agricoles. L'un de ceux qui 
figurent dans nos actes est désigné par Benjamin de Tudèle 4 



1. La dernière lettre de la transcription hébraïque du nom, le a, exprime bien la 
désinence catalane, à, encore usitée actuellement. 

2. Congres d'Historia de la Corona d'Aragô dedicat al Rey en Jaume I y a la 
sua época (Barcelona, 1908). 

3. J. Régné, Étude sur la condition des Juifs de Narbonne du V' au XIV e siècle, 
(Narbonne, ^912). 

4. Édition A. Asher (Londres, 1840), t. I, p. N et 31 ; Marcus N. Adler, J. Q. R., 
XVI (190 4), p. 458. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 51 

comme président de la colonie juive; il l'a connu lors de son pas- 
sage à Barcelone en 1165 ou 1166. 

Avant de nous occuper en détail de la question d'onomastique, 
il importe d'examiner nos textes au point de vue paléographique. 
Ils sont écrits en lettres semi-cursives hébraïco-catalanes (ou afri- 
caines, au n° XXIII). La collection de ces modèles, si sûrement 
datés et localisés, servira un jour à localiser et à fixer chronologi- 
quement d'autres pièces de date incertaine. Toutefois, on va voir 
que nous sommes loin ici de l'uniformité rigoureuse offerte 
ailleurs par la paléographie. 

La lettre a dans le n° VII, — lequel n'a qu'une ligne et demie 
— se présente quatre fois, et chaque fois sous un autre aspect : 
1° presque sous la forme de la majuscule latine N ; 2° sous 
la forme d'un bonnet phrygien, agrémenté en haut à droite 
d'un petit trait triangulaire ; 3° sous la forme de deux demi- 
cercles tangents; 4° sous la forme du caractère carré, mais moins 
rigide { . 

Le n se distingue bien du d par sa forme angulaire, surtout par 
sa base oblique, plus large que le reste du mot dans les n os VII 
et VIII ; dans les numéros précédents, ce prolongement de la base 
est moins sensible. 

Le a, au n° I, présente une semblable base allongée, avec ten- 
dance oblique ; tandis qu'au n° II, cette même lettre est formée 
d'une ligne verticale, du milieu de laquelle descend à gauche un 
trait, en angle aigu. 

Le 1 dans cette écriture ne diffère du *r carré que par la ten- 
dance du trait vertical à obliquer vers la gauche. 

Le n est loin d'être toujours tracé avec uniformité. Tantôt (aux 
n os II et IV), c'est presque le r\ carré, sauf que la haste de gauche 
est réduite à un point; tantôt, au n° VIII, cette même haste est 
plus marquée, avec tendance à obliquer vers la gauche; tantôt 
c'est franchement le n carré, au n° VII ; tandis qu'au n° I, c'est 
un seul trait serpentin, à peine distinct du p, plus long. Ceci 
annonce la cursive orientale africaine, telle qu'elle subsiste encore 
de nos jours. 

Le i, composé d'un seul trait vertical, légèrement incurvé en 
tète (non en clou), conserve sa rectitude même lorsqu'à la fin des 
mots, il est en ligature avec la lettre précédente. 

Le t est bien distinct du i dans les n os VII et VIII, offrant de 



1. Au n° VIII, c'est un angle droit, dont le sommet touche le milieu d'une ligne 
verticale, à gauche. Ou dirait le prototype de l'tf dans la cursive allemande actuelle. 



52 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

grandes lettres d'une écriture carrée à peine déformée; mais il est 
très exigu dans le n° II, ligne 1, au mot "it. 

Le n a conservé le plus souvent sa forme primitive, mais avec 
moins de raideur dans les traits ; cependant, au n° I, la tête n 1 est 
plus un trait horizontal, mais le sommet d'un angle aigu. 

Le a offre l'avantage de ne pas pouvoir être confondu avec le 73 
carré; par contre, il devient impossible de le distinguer de la liga- 
ture fréquente n3, à la fin des mots. Tel le mot ben, n° I, 1. 1. 

Le •» affecte généralement la forme d'une virgule; souvent ce 
n'est qu'un point. 

Le 3 est bien un demi-cercle ouvert à gauche, dont la ligne infé- 
rieure est parfois plus longue que la supérieure. 

Le b est loin d'être uniforme : au n° IV, il est encore presque 
angulaire ; au n° I, il est serpentin, avec panache retombant à 
gauche; au n° II, fin, il dégénère en croissant. 

Le 73 conserve à peine des traces de sa forme primitive. Il est 
devenu un zigzag de trois lignes perpendiculaires, assez semblable 
au chiffre 4 et même à la lettre n. Pour le distinguer de cette der- 
nière, il faut remarquer que la haste droite est plus longue que 
dans l'a. 

La finale û n'est plus un carré, mais un cercle. 

Le 3, non angulé, forme une ligne courbe, en large arc de cer- 
cle 1 , parfois très exigu, comme par exemple en tête du n° II, où 
les lettres du mot wn (abstraction faite du ïi à la fin) se ressem- 
blent toutes. — La finale du même caractère, loin d'être un bâton 
droit, forme un crochet courbé au-dessous du niveau de la ligne. 
C'est un prototype curieux de la même lettre en écriture judéo- 
allemande actuelle. 

Le d se distingue de la finale n, en ce qu'au bas du cercle, à 
gauche, on voit se détacher une pointe. 

Le y, peu différent du y carré, a beaucoup de ressemblance avec 
le a, ou avec la syllabe 13, p. ex. au commencement du n° I. 

Le s ressemble à la lettre primitive carrée, sauf que parfois la 
base horizontale s'allonge vers la gauche. 

Le £ se compose de deux demi-cercles qui se touchent, le pre- 
mier ouvert en haut, le second à gauche. 

Le p est assez semblable au caractère carré, sauf que la haste de 
gauche s'arrondit au bas. Parfois (comme au n° I), c'est une seule 



1. Dans le n° IX, le 3 ressemble au D ; la distinction entre les deux serait impos- 
sible sans le contexte. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 53 

ligne serpentine, qui aie tort de trop ressembler alors au n; on ne 
l'en distingue que par le prolongement du bas. 

Le n, grâce à sa forme en quart de cercle, a l'avantage d'être 
nettement distinct du i pointu. Il est rarement en ligature avec 
une autre lettre ; mais lorsque cette particularité survient, — et 
c'est le cas en tête du n° IT, pour le mot "173, — il faut deviner la 
lecture par le contexte. — A la même ligne, le n dans wn est 
minuscule, aussi petit que le ■». — Au d° IV, les *i du mot -rTm-n 
sont semblables à des i, mais ils sont attestés parle latin. 

Le 13 est figuré sous deux ou trois aspects divers, qui ne sont 
plus, ni l'an ni l'autre, le trident de l'écriture carrée. La plus 
ancienne forme, au n° I, est celle d'un angle droit ouvert à droite, 
dont la verticale soutient en haut un petit angle droit tourné à 
gauche. La seconde forme, à partir du n° II, est plus simple ; c'est 
un demi-cercle tourné vers le haut, muni d'un point médial. Au 
n°XVI, les hastes deviennent horizontales; supprimez à gauche les 
pointes externes, et ce sera le schin rabbinique. 

Le n n'est pas composé de trois traits qui se touchent aux angles 
supérieurs, mais d'un quart de cercle à droite et d'une ligne 
courbée à gauche, sans contact, sujet à confusion avec le p. 

Ces longs et menus détails ne seront pas jugés superflus pour 
la paléographie, si l'on veut bien tenir compte de la rareté de 
tels textes et de leur intérêt pour l'étude comparée des systèmes 
d'écriture hébraïque au moyen âge. En les confrontant avec ceux 
de Provence et d'Espagne, on établira un parallèle instructif. 
Le type espagnol est connu 1 : à Paris entre autres, à la Biblio- 
thèque nationale, il est représenté par le n° 732 (2 e partie), ou par 
le n° 1408. Mais l'écriture hébraïco-provençale n'a été révélée 
que depuis peu de temps, par le « Livre-Journal de Maître Ugo 
Teralh 2 », notaire et drapier à Forcalquier, et plus tard par un 
ms. similaire des Archives de Marseille. — La corrélation entre le 
catalan et le provençal devra être notée seulement pour les lettres 
73, p, ia et t\. 

Enfin, l'uniformité des lettres dans les textes publiés aujourd'hui 
manque. Ce défaut d'uniformité provient de ce que l'écriture n'é- 
tait pas, chez les Juifs, le monopole des notaires; tous signaient 
couramment, à leur guise, sans être astreints à suivre un modèle 
unique. 



1. La fac-similé espagnol, daté de 1137, publié ici par Tsid. Loeb {R. É. J., IV, 
230-1), est déjà tout en écriture rabbinique. 

2. Israël Lévi, R. É. J., XXXVII, 259 265. 



54 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

I. 

Garantie de dette donnée par Amat Eldrich au Juif Jucifia, 18 décem- 
bre 1055'. 

In nomine domini ego Amatus Eldrici et uxor mea Adaledi impigno- 
ratores sumus tibi Jucifia hebreo. Manifestnm est enim quia debitores 
sumus tibi mancusos CGGG LXX. auri cocti Barchinone légitime pensatos 
a penso de très quattuor. Propterea impignoramus tibi domos et curies, 
ortos, solis et supra positis, arbores, terris et uineis cultum et eremum 
quod abemus in territorio Barchinone ciuitatis in parrochiasancte Eulalie 
de prouinciana. Qui nobis aduenit prefata omnia per nostra compara- 
cione quod comparauimus de Miro Gherucio et siios hères et de Isarnus 
Lobatoni et uxore sua. Simili modo impignoramus tibi uineas ab ipsa 
terra ubi sunt fundatas quas tenet Gontarius in circuitu Barchinone ad 
ipsos erols. Sicut superius scriptum est sic impignoramus tibi prefato 
alodio cum illorum terminis et affrontacionibus et adiacenciis ad inte- 
grum et de nostro iure in tuo tradimus dominium et potestatem cum 
ingressibus et exitibus et inter tantum teneamus ea omnia per tuum 
beneficium et in die quo erit natiuitas domini nostri Jhesu xrispti de 
ista proxima ad alia prima ueniente festiuitate natalis domini sic facia- 
mus tibi reddere pret'atos mancusos. GGCG. et in super. LXX. auri cocti 
et tunb.. ista scriptura sine mora. Quod si minime fecerimus et diem 
placiti tui per scriptum non adimpleuerimus tune habeas licenciam pre- 
dicto alodio aprendere, tenere, uindere aut facere quodeumque uolueris 
liberam in dei nomine habeas plenam potestatem. Quod si nos impigno- 
ratores aut aliquis homo sexus utriusque contra banc impignorationem 
uenerimus aut uenerit ad inrumpendum nil ualeat sed componat aut 
componamus uobis predicta omnia in duplum cum omni sua immelio- 
ratione et in antea ista impignoratio firma permaneat omni tempore. 
Actum est hoc XV. Kalendas januarii anno XXV. Hegni Henrici régis. 
SigHHnum Amatus Etdrici. Sig^num Adalaidi femina. Nos qui hanc 
impignoratione fecimus et firmauimus et testibus firmare rogauimus. 
Sig + num Durannus Blandrici. Sig>ï<num Mironi Senulli. Sig + num 
Guillclmi sacerdos. SigHHnum Isarnus. Sig*{<num Reimundus Sanla. 
Sig + num Donnucio leuita. Sig + num Bellihominis cognomento Geral- 
lus leuita exarator qui scripsit ea cum litteras~fusas et suprapositas in 
secunda linea et V. et sub die et anno prefixo. Hoc est exemplar trans- 
lationis de ipsa scriptura impignorationis quod Amati Eldrici t'ecit Iuci- 
fianus ebreus. 

Sig+num Mironis iudicis. Signum Bernardi Ollegarii. Signum Miro 
leuita. Signum Poncii sacricustos. Signum Guillelmi leuuite qui est caput 
scole. Signum Johannis presbiteri qui hoc translacione scripsit cum literis 
rasis in linea VI. die et anno quo supra. 

1. Archives du Prieuré de Sainte-Anne à Barcelone. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 




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56 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Traduction de la partie hébraïque : 

Nous, Moïse et Néhémie, fils de feu R. Yocifia, avons libellé ce contrat 
d'après l'écrit que nous avons en mains, constitué par Don Amat Eldric 
à l'eu notre maître notre père. Nous l'avons établi pour Don Arnald 
Gerbert, afin de constituer son droit de propriété sur le terrain que nous 
lui vendons à titre provisoire ; car nous n'avons pas pu le démunir des 
documents constitués à notre père par Don Amat Eldric, puisqu'il y est 
question d'autres terrains que lui a vendus Don Amat Eldric. Nous avons 
donc dressé pour lui la présente expédition telle qu'elle se comporte 
avec ses signatures, sans rien de moins, ni de plus. Nous avons consenti 
à ce que les témoins juifs et non juifs la signent avec Monsieur leur 
notaire. (Signé :) Azariah ben Joseph. Natan ben Salomon. Salomon ben 
Juda. Salomon ben Natanel. 

Observations. — L'acte de Tannée 1055 d'Amat Eldrïch n'est, 
malgré les apparences, qu'une transcription faite après la mort de 
Jucifia. Les deux fils de ce rabbin, Moïse et Néhémie, ont confirmé 
les obligations provenant dudit acte au successeur d'Amat Eldric, 
dans la propriété de la terre des environs de Barcelone affectée à 
l'assurance de la dette ou prêt. On remarquera la dernière décla- 
ration faite par les frères Moïse et Néhémie, d' « avoir consenti » 
aux témoins i chrétiens de signer l'acte, de la même manière 
qu'aux témoins juifs. 

Le prêteur, Jucifia, était un des Juifs les plus importants et les 
plus riches de Barcelone au milieu du xi e siècle. On ne le connais- 
sait pas jusqu'ici. Ni José Amador de los Rios, ni Bofarull, ni 
aucun autre auteur ne le mentionne. Par le document (I bis) 
ci-joint, on voit que, déjà en l'an 1051, Jucifia échangeait avec le 
Chapitre de la Cathédrale de Barcelone des terres sises dans le 
quartier de « Mogoria », où étaient situées la plupart des vignes 
et autres propriétés rurales des Juifs de ladite ville, aux xi e et 
xn e siècles. On appelait « Mogoria » le territoire des environs de 
Barcelone, vers l'occident, entre les modernes communes de Sans 
et de Las Corts. 11 existe encore un ruisseau, presque toujours à 
sec, appelé riera Mogoria. Nous devons signaler aussi que la 
mesure agraire modiata, citée dans l'acte de Jucifia, est la mesure 
superficielle encore en usage dans les enviions de Barcelone ; elle 
équivaut à 49 ares, ou 4.900 mètres carrés. Quant à la monnaie 
prêtée par Jucifia à Amat Eldrich et à sa femme Adélaïde, il faut 
observer l'importance numismatique de la très rare monnaie indi- 

1. Ou : de les avoir autorisés. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 57 

quée dans notre acte, celle de 470 mancuses d'or « cuit » de Bar- 
celone, légitime pensatos a penso de très qudttuor (voir Botet 
Sisô, Les Monedes Catalanes. I, p. 27 el 43). M. Botet, première 
autorité pour les questions de numismatique catalane, que nous 
avons consulté, est d'avis que le penso de très quattuor exprime 
très probablement l'équivalence de trois « mancuses », ou dinars 
arabes de sept à l'once, avec quatre mancuses ou dinars imités 
faits à Barcelone, de dix à l'once. 

I bis. 

Échange de terres entre Jucifia et le Chapitre cathédral de Barcelone l . 

In nomine domini ego Iucifia hebreo comu lator sum domino deo et 
ecclesie Sancti Crucis sedis Sancte Eulalie barchinone. Per hanc scriptu- 
ram comutacionis mee comuto domino Deo et predicte sedis mediatam 
modiatam uinee et amplius eu m ipsa terra ubi est fundata que est in 
territorio barchinone in terminio de mogoria. Aduenit mihi per compa- 
rationem sine per quascumque noces et affrontât de oriente in uinea que 
fuit condam Bonucii presbiteiï ecclesie Sancti Iuliani. De meridie simi- 
liter. De occiduo in alodium de Beliardis femina filiorumque suorum. 
De evicio in ipsa carrera. Quantum iste atfrontationes includunt sic 
dono in comutatione predicte sedi predictam uineam et unam capam 
purpuream albi coloris optimam propter mediam modiatam terre quam 
accipio in comutatione de jure predicte ecclesie sicut resonat in ipsa 
scri|)tura eomutationis quam ex inde habeo. Predicta quoque uinea et 
predicta capa obtima purpurea albi coloris quam dono in comutatione 
predicte ecclesie trado ad suiim plenissimum proprium. Quod si ego 
comulator aut aliquis homo sexus utriusque contra hanc comutationem 
uenero aut uenerit ad inrumpendum nil ualeat sed componat aut com- 
ponan predicte sedi predicta omnia in duplum cum omni sua melio- 
ratione et in super hec comutatio firma permaneat omne per eu uni (?j. 
Actum est hoc VI. kalendas septembris anno XXI. regni Henrici régis 2 . 
Bernardus. Signum Bonucius Miuani. Signum Bellihominis cognomento 
Geraldus leuita exarator cum litteras superpositas in linea V. et sub die 
et anno prefixo. 

II. 

Echange de terres en labeur entre le Juif Bonhom et Mirô Guadall, 
12 octobre 1061 3 . 

In nomine domini ego Bonom hebreo. Comutator sum uobis Mironus 

1. Gartulaire de la cathédrale de Barcelone, t. I, n° 439. 

2. Soit l'an 1051. 

3. Archives de Sainte-Anne. 



58 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Guadalli et uxori tue nomine Ermessindis. Manifestum est enim quia 
comuto uobis peciolam terre in circuitu Barchinone ad ipso genestar. 
Aduenit michi per mea comparacione et per omnimodas uoces. Et 
affrontât prescripta terra de aquilon is in uia publica, de meridie in terra 
qui fuit Guandalgaudus, de occiduo et de circi de nos comutatores. 
Quantum iste affrontaciones includunt sic comutamus nobis hoc predicta 
terra integriter cura ingressibus et exitibus et de mes iure in uestrum 
trado dominium et potestatem a uestrum proprium ut faciatis ex inde 
quod cumque uolueritis propter aliam uestram terram quod michi dedis- 
tis in mea comutacione unde scripturam habeo comutacionis. Quod si 
ego comutator aut aliquis homo sexus utriusque hoc irumpere uolue- 
rimus aut uoluerit aut potuerit rumpere aliquis per directum caream ego 
Bonnom prefato ipsos mancusos decem quod insuper uobis dedim in 
ista comutacione et recuperem ego ista carta comutacionis cura pre- 
scripta terra et uos recuperetis uestra terula cum uestra carta quod michi 
fecistis. Actum est hoc IIII. idus octuber anno II. Régnante Philippo 
rege. SigHf*num Bellihominis cognomento Gerallus leuita. Signum Elle- 
mar sacer. 
Bernardus leuita qui hec scripsit die et anno quod supra. 

JftrifBiw.i^ui/omrw^l^^'y ^ lrm ~ \*^ &**&*&* D'occiÀno 
itdbcirci vctcfÂ, céuofeotniaaw r«f Q u&-rrâ \it£- «JtÇy*mELOC«tf uicLuktxrrc fo co«um 
"^" becyàuxeuvf^ vvcC ^ r " r & mgrttfJcw &£&xib\if \ ; de m&iuye inurr* vrabo afi 

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DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 59 

Traduction de la partie hébraïque : 

Moi, Reina, fille de Maître Schultiel, et moi Gerson, fils de R. Moïse, 
son mari, avons fait avec Don Mir Guadalli et sa femme Dona Ermes- 
sindis l'échange de notre champ contre leur champ, comme il est stipulé 
ci-dessus dans leur écrit (texte latin). A leur champ, qu'ils ont échangé 
contre le nôtre, nous avons ajouté dix pièces d'or de la monnaie Mines, 
dont dix à l'once, en poids courant. Nous avons consenti à signer le 
vendredi dix du mois de Heschwan l'an huit cent vingt-deux de l'ère de 
la Création (= 26 octobre 1061), selon le comput dont nous nous ser- 
vons ici, en la ville de Barcelone. L'acquisition a eu lieu devant nous 
sous-signés. Ainsi écrit et signé : Nalan fils de Juda o ° . Salomon fils de 
Nahman. 

Observations. — Un Juif appelé Bonnom, comme il est désigné 
dans le texte latin qui précède, se trouve à Barcelone en 1035 
(Bofarull, /. c, p. 822). Bonnom Espia est un des Juifs assignés 
au comte Ramon Berenguer dans l'acte de partage des biens avec 
son frère, daté de 1079 (iô., p. 825) ; et plus loin, sous le n° IX, 
nous publierons un contrat de l'année 1095, contenant l'acte de 
vente d'un terrain sis à Barcelone par le Juit'Nombon. Or, si Ton 
observe comment est écrit le mot Bonom (voirie fac-similé) dans 
l'acte de 1061, et si l'on tient compte de la phonétique catalane, il 
pourrait bien exprimer indistinctement les deux noms Bon-nom ] 
et Nombon (= m-j dtd), ci-après n° IX. 

Quant à la Juive Regina qui a consenti l'échange des terres avec 
Mir Guadall, elle pourrait bien être la même dame que celle qui 
apparaît dans un document de l'an 1088, avec son fils David (Bofa- 
rull, /. c, p. 825). Une autre Regina (= Reina) se trouve nommée 
plus loin, n° XXI. 

La partie hébraïque parle de monnaies d'or appelées ?nines : 
o^e, ou plutôt ibt« (Inès). Consulté sur ce point, M. Botet a 
affirmé qu'il n'existait au milieu du xi e siècle, en Catalogne, 
d'autres pièces d'or que le « mancûs », ou dinar arabe. Or, le 
mancûs correspond exactement à dix l'once, proportion exprimée 
dans notre document. Il est donc hors de doute que le nom mines 
oulnes, doit être la transcription mal écrite, ou mal comprise par 
l'écrivain ou le copiste, du mot marieuses. 



i. On retrouve ce nom en France au xin* siècle et au *v e ; R, É. J., V, 307; XVI, 76. 



60 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

III. 

Vente de terre sise à Terrasa par le Juif Salomon et sa femme Bona- 
dona à Bonus, 30 décembre 4065 '. 

In nomine domini, ego Salamoni et uxor mea Bonadonna femina ven- 
ditoressumus tibi Bnnucii proie Sendredi emptore. Per hane scripturam 
uenditionis nostre uendimus tibi pecias II. de terra nostra aput ipsa 
ru u ira... est l'un data in ipsa pecia I. de iamdicta terra; quod michi 
aduenit ad me Sala mon e per mea comparatione et ad uxori mea per 
suum X 1 " aut per qna cumque nostras que noces et est ipsa terra et 
ru u ira in coin i ta tu Barchinona infra termine Terracia in locum que 
dicunt uila torta. Affrontad ipsa pecia I. de terra que est in uila torta de 
oriente in ipso torrente que est prope torrezela. De meridie in alaudio de 
Bemundus Suniarii. De occiduo in terra de Guitardus Lobeto. De parle 
circii in alaudio Sancti Cucufati cenobii siue in alaudio de Adalberto Gui- 
tardi. Alia sorte de terra aput ipsa ruuira aft'rontad de oriente in alaudio 
de Remundus Suniarii iam dicto. De meridie in terra et ruuira de Ger- 
bertus Suniarii. De occiduo in strada que pergit ad mata de pera. De 
parte uero circii in alaudio de iamdicto Adalberto Guitardi siue in terra 
de tiliis Borrellus longus. Quantum infra istas totid.. aftrunlationes 
includunt sic uendimus tibi predictas sortes II. de terra simul cum ipsa 
ruuira que ibi est fundata totas ab intègre cum exiis et regresiis eorum 
in propter precium uncias I. de auro et quar/a I. de ordio quod tu emp- 
tore precium nobis dedistis et nos recepimus et est manifestum. Quem 
uero predicta omnia que nos tibi uendimus de nostro iure in tuo tradi- 
mus dominio et potestatem ad tuum proprium. Quod si nos Lien di tores 
aut ullusque homo uel femina utriusque sexus que contra ista karta 
uenditionis uenerit ad inrumpendum aut nos uenerimus non hoc ualeat 
uendicare sed componat aut componam tibi supradicto alodio in duplo 
cum omni sua inmelioracione et in antea ista karta uendicione tirma 
permaneat modo uel omnique tempore. Hacta est bec III. Kalendas 
ianuarii anno V. rege Philippo. Signum Salomone. Signum Bonadona 
femina. Nos qui ista karta uendicione fecimus et firmamus et testes fir- 
mare rogauimus. Signum Borrellus cocorellus. Signum Bonofilii Gelmiri. 
Signum Gonter Borrelli. Signum Scndrct Iohanni Guitardus presbiter qui 
hcc scripsit et die et anno quod supra. 

Observations. — Le Juif Salomô du présent acte est peut-être le 
même Salomô qui, en Tan 1076, vend avec son frère Bolsac (?) un 
terrain à Bonûs-Bellhom (voir Bofarull, Jaime l cc y los Judios, 
p. 824). 

La terre vendue en 1065 par Salomô et sa femme Bonadona à 
Bonus Sendret était sise près la ville de Terrasa, l'ancienne ville 

1. Parchemin des Archives de Sainte-Anne, n° 63. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 64 

épiscopale visigothique nommée Egara, à 30 kilomètres, à peu 
près, de Barcelone. Avec cette terre il a vendu aussi une ruvira. 
Rovira ou ruvira, en langue catalane, est un petit bois de rouvres 
ou de chênes. 

On aura remarqué le nom de la femme juive « Bonadona », qui 
fait pendant au « Bonliom », du n° II. Ce nom correspond au fran- 
çais « Bonedame », tel qu'il est libellé dans un des Documents sur 
le commerce de Marseille au moyen âge, publiés par Louis Blan- 
card (I, p. 81, n° 5), en date du 2 avril 1235, et relevé par Isid. 
Loebf. 

IV. 

Vente de terre en franc alleu cédée par le Juif Bon Isaac à Gerbert 
Isarn, 25 juin 1067 (Archives de Sainte-Anne). 

In Dei omnipotentis nomine, Ego Bono Isach filium qui fui Viuano 
israelita idudum defuncti venditor sum vobis Gerberto Isarni emptore. 
Per hanc scripturam vendicionis mee vendo vobis alaudem meum pro- 
prium id suntcasacnm casalicios et curte simul cum solis et superpo- 
sitis guttis et fallicidiis, ostios et ianuas simul cum cloacas et foueas et 
cum parietes qui surit in circuitu et arboribus qui infra sunt. Est hec 
omnia infra muro ciuitatis Barchinone in locum vocitatum ad alaizins 
subtiis ipso Kastro regumir. Aduenit michi iamdicta omnia per mea 
comparacione vel per ullasque voces. Habet autem terminum iamdicta 
omnia a parte orientis in orto de Bernardo guanalgaudi. A meridie in 
cxio comune Ab occiduo in domos Guitardi Boetii A parte vero circi in 
orto de Viuanus Andres Quantum iste affrontaciones includunt sic vendo 
tibi iamdicta omnia integriter simul cum exiis uel regresiis earum 
propter precium mancusos XIIII. auri vel monete sive penso que hodie 
currit Barchinonam quas tu emptor precium michi dedisti et ego ad 
presens manibus meis recepi et est manifestum. Quem ne.. . 2 iamdicta 
omnia que tibi vendo de meo iure in tuo transundo dominio et potestate 
ab omni integritate est quic quid exinde facere vel iudicare volueris libe- 
ram in Dei nomine habeas plenam potestatem simul cum exios et 
rcgressios earum teneas ea omnia et possideas ad abendi. tenendi, vin- 
dendi, donandi, comitandi, agendi et possidendi cum petras vacuas et 
ediiicatas ad tuum plenissimum proprium. Quod si ego venditor aut 
aliquo homo sexus utriusque que contra hanc vendicione venero aut 
venerit ad inrumpendum. . . valead sed componat aut componam tibi 
iamdicta omnia in duplum cum omni sua melioracione et in super hoc 
maneat firmum omne perpetuum. Quod est actum VII. Kalendas iulii 
anno VII. regni régis phylippi. 

S. Arlu uin sacer qui hoc scripsit die et anno quo supra. 

1. R. É. /., XVI, 74. 

2. Les points représentent des lettres au\ mots illisibles. 



62 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



««icytf- «4«,f«ww«iA. ."J.*^ ^T mS «u*r«w«»p «fr «un^-k o*^ ««fy^,* co^ ,»^f-«*♦ n(? k r «. ct , 1lC '--• 
■^ ', , w .^v*^ iuua»* *•»' v»£>J *Jpw •>* '«-.»^»*,Nvir»M oVu/^iv ffjsyjs l* it»t> M «ig,^ 
à S o*7»i/W : ^**k'' >,H " •" M, ^^ ,v ,,M * l "' 1 ' °'>«' ( *J/l*!A»>Ww »u/.lu/j)JM,^ ni MSUto 

Traduction de la partie hébraïque : 

Moi,Isaac fils de Schaltiel, j'ai fait cette vente à Don Gerbert Isarn pour 
quatorze pièces d'or de la monnaie Mines, pesées une à une, à raison de 
dix par once, de la masure que j'ai dans ce territoire, sise au lieu appelé 
Regomer. Je lui ai vendu le tout comme il est stipulé ci-dessus dans 
leur écrit (texte latin), sans nulle réserve en ce monde. Il m'incombe 
d'aplanir devant lui, ou devant ses fondés de pouvoir, toute difficulté 
qui pourrait surgir de façon quelconque, en raison de cette vente, pour 
l'acquisition faite devant nous témoins soussignés : Mosi Isaac. Nous 
avons écrit et signé le présent acte ce mardi, neuvième jour du mois de 
Tamouz, l'an huit cent vingt-sept de l'ère de la Création (27 juin 1067), 
selon le comput que nous suivons ici, dans la ville de Barcelone (Le mot 
« sept » est écrit en interligne). Tout ce qui est écrit ici est valable et 
exact. (Signé) Nathan bar Juda „° . Salomon bar Juda 



o- 



Observations. — Dans les actes rapportés par M. Bofarull, 
ligure le Juif de Barcelone Bon Isaac ou Bonisac (pour les années 
1074, 1077 et 1079), propriétaire d'immeubles aux environs de la 
ville. 

Le Bono Isach du texte latin est évidemment le môme qu Isaac 
du texte hébreu; dans le premier texte, il se dit fils de Vivano et 
dans le second, fils de Schaltiel. 

Ce document confirme parfaitement l'explication de M. Botet sur 
le mot mines, indiquée pour l'acte antérieur. Le prix de la vente 
de l'alleu dans le texte latin est de 14 mancuses d'or, et dans le 
texte hébreu 14 mines d'or, à raison de dix par once. Les man- 
cuses étaient aussi frappés à Barcelone à raison de dix par once. 
Donc, le mot mine est ou l'abréviation du mot mancûs, ou le nom 
judéo-catalan de la pièce d'or appelée mancùs. 

L'immeuble vendu par Bon-Isaac se trouvait au lieu dit Alai- 
zins \ tout près du château du Regomir. Il existe encore à Barce- 
lone une rue appelée du Regomir, dans le même endroit (voir Lo 
Montjnich de Barcelone, par F. Carreras Candi, p. 309, dans les 
Memorias de la Beal Academia de Buenas Letras de Barcelona, 
tome VIII). 

1. Ce mut en vieux français a le sens de fortification. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATÀIANS 63 

V. 

Vente d'une maison et d'un terrain sis à Barcelone par Pons-Guillem 
au Juif Salomô Barô, 13 octobre 1067 (Archives de Sainte-Anne, n° 211). 

In nomine domini ego Poncius Guilelrni ucnditor suni tibi Salomonis 
Barone ebreo emptori. Per hanc quippae scripturam uenditionis mee sic 
uendo tibi chasa et chasalicios ctim curte, solis et suprapositis guttibus 
et stillicinios ..osteos et ianuis et foueas et cloacis parietibus et arbo- 
ribus qui infr. . Et decimam partem de unam peciam terre tibi uindo. Et 
sunt iamdictos domos cum eorum pertinenciis infra muros ciuitatis Bar- 
chinona in loco uocitato ad Alaizins subtus ipso chastro Regumiro. Et 
ipsam terra m decimam partem est in territorio Barchinona in loco uoci- 
tato ad collo de inforchatos. Et aduenit michi prescripta omnia ad me 
Poncius Guillelmo per genitorum meorum et per omnes que uoces. Et 
affrontatat prescriptas domos cum suis pertinenciis de parte aquilonis in 
orto de Bernardo Guanalgodi. De circi in orto de Uiuanum Andria. De 
meridie in exio comune. De occiduo in domos Guitardus Boucti. Et 
ipsa terra affrontât de parte aquilonis in terra de Neuia femina uel tiliis 
suis. De circi in uia. De meridie in terra de Rem un Bofil. De occiduo in 
terra de Iohannes presbiter. Quantum istas omnes affrontationes inclu- 
dunt sic uendo tibi prefata omnia in duobus locis separatim positum 
totum ab intègre simul cum ingressibus et exitibus earum propter pre- 
cium mancusos XXXV. auri puri monete barchinonae pensatos unum ad 
unum a penso de ipsa moneta curribile quos tu emptor precium mibi 
dedistis et ego uenditore manibus meis recepi nichil que de ipso precio 
aput te emptore remansit ut est manifestum. Quem uero prescripta 
omnia que ego tibi uindo de meum iure in tuum trado dominium et 
potestatem ut facias ex inde quod cumque uelis facere ad tuum plenissi- 
mum proprium. Quod si ego uinditor aut aliquis homo sexus utriusque 
qui contra ista charta uenditione uenerint aut uenerit pro inrumpendum 
siue infringendum nil ualeat sed componat aut ego componant tibi pre- 
fata omnia in duplum cum omni sua melioratione. Et in antea ista 
charta uenditio firma permaneat omnique tempore. Actum est hoc III. 
idus octobris anno VIII. regni Philippi régis Signum Poncii leuite qui 
ista charta uenditione fie ri iussi firmaui et testibus firmare rogauL 
Signum Guielmus. Signum Remundus Ghabannada, Petrus scriptor uel 
diachonis. Bonetilius presbiter. Ermegasus. Signum Uiuani leuite. Signum 
Remundus Guillelmi, Dbba "pis. Signum Mironis presbiter qui hec 
scripsit die et anno quod supra. 

Observations. — Salomô Barô est un des Juifs mentionnés dans 
la convention intervenue entre les deux frères Ramon Berenguer 
et Berenguer Ramon, comtes de Barcelone, en 1079. 

La maison achetée par Salomô Barô, dans la ville de Barcelone, 
était, comme celle du document précédent, sise tout près du châ- 



64 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

teau ou de la tour du Regomir, vers l'Est. Nous croyons que le 
quartier appelé d'A-laizins, à côté dudit château, était alors le site 
préféré par les Juifs, et c'est seulement plus tard, quand la colonie 
des Israélites devint plus importante, qu'ils furent enfermés dans 
le call, au centre de la ville. 

A la fin, la signature en lettres hébraïques doit se transcrire 
Dbba yns ; c'est celle du vendeur, Ponce Guillem. C'est un fait 
excessivement rare qu'un chrétien signe en hébreu. 

VI. 

Vente par le Juif Berzelaib. Joseph au prêtre Berenguer Adroer, de cinq 
pièces de terre sises aux environs de Barcelone, 13 juin 1070 *. 

In nomine domini. Ego Berzellay ysraelita qui fui filius Joseph ysrae- 
lite aurificis uenditor sum tibi Berengario Atroarii leuite. Manifestum 
est etiam quod uendo tibi terras meas proprias et uineas meas proprias 
simul et ipsas terras in qua ipse uinee sunt fundate quas etiam terras 
atque uineas habeo in territorio barchinonensi. Habeo namque prefatas 
uineas in loco uocitato Bederrida ; et habeo prescriptas terras in locis 
nuncupatis Mogoria et Trulleolis. Adnenerunt autem michi prephate 
terre atque uinee separatim in diuersis locis posite per meam compara- 
tionem uel aliis quibuslibet modis. Habent autem terminum prescripte 
uinee in Bederrida. A parte circii in uineis Sancti Pétri et in uineis tuis. 
Ab aquilone in uineis Sancti Michaelis et in uineis Gontardi. Ab occiduo 
in uineis tuis et in uineis Sancti Michaelis et in uineis Adalberti Erme- 

niscli iam dudum defuncti 2 Quinque uero peciarum terre quas 

habeo in Mogoria et in Trulleolis habet terminum prima pecia et maior a 
circio in uia ; ab aquilone in terra et uinea Moysi ysraelite. A meridie in 
terra Isarni Nacarri. Ab occiduo in semita et in terra Salomonis et in 

uinea Pétri Iohanis Hec omnia supeiïus comprehensa et a preno- 

minatis terni nis conclusa atque terminata tibi ad integrum uendo et de 
meo jure in tuum domini u m et potestatem trado propter. DCL. man- 

cusos auri puri et cocti monete Barchinone Quod factum est idus 

iunii anno X. regni régis Philippi. Signum Bertrandi subdiaconi qui hec 
scripsit cum litteris rasis et emendatis in linea VIII a et in XV. die et 
anno quo supra. 

Observations. — Le Juif Berzelai est peut-être le père de Jehuda 
ben Barzilai mentionné par J. Amador de los Rios (tome I, 
pag. 258), comme vivant à la fin du xi e siècle. Le père de Barzilai, 
le Joseph aurifex, apparaît dans un acte rapporté par Bofarull, de 
l'année 1073, et était aussi nommé Boni-Isaac. 

1. Cartulaire de la Cathédrale, II. fol. 15. 

2. Il y a ici des trous, représentés par dos points. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 65 

Notre document montre une fois de plus l'ancienneté du métier 
d'orfèvre parmi les Juifs de Barcelone. 

Une partie des terres vendues par Barzilai se trouvait au site 
dit Bederrida. Ce nom subsiste encore pour le territoire situé tout 
près du moderne cimetière de Las Gorts, en aval du monastère de 
Pedralbes. 

Notons que les bornes de la terre vendue, sise à Mogoria, nous 
révèlent les immeubles de deux autres Juifs, Moïse et Salomon. 



Vil. 

Vente d'un jardin potager, faite 'par Bonjuda et sa femme Belor au 
prêtre Ermengol, mai 1085 *. 

In nomine domini ego Bonajuda ebreo et uxori mea Belor femina 
cbrea venditores sumus tibi Bernardus Ermengaudi clerici emptore. Per 
hanc sfl'ipturam uinditionis nostre uendimus tibi peciam imam de ortale 
nostrum proprium quod habemus in burgo ciuitatis Barchinone prope 
ipso merdanciano siue in callo qui uadit ad Sancla Maria de ipsa mare 
et aduenit nobis per comparationem siue per qualicumque uoces. Et 
affrontât prefato orto de parte aquilonis in orto de nos uenditores et 
habet dextros IIII or et dimidio pede et de circi similiter in orto de nos 
uenditores siue intus in puteo et habet dextros VII. et dimidio pede. De 
meridie in calle publioo et habet dextros VII. et dimidio pede. De occi- 
duo in pariete de te emptore et habet dextros IIII or et dimidio pede. 
Quantum istas quatuor affrontationes includunt sic uindimus tibi pre- 
dicto ortale cum arboribus et cum quicquid habet uel in antea habuerit 
totum ab intègre propter precium solidos G V e de platea recipiente 
légitime pensatos ad pensum de ipsa moneta. Quos tu emptor precium 
nobis dedistis et nos uenditores recepimus et nichi de ipso precio apud 
te emptore non remansit et est manifestum. Quem uero predicto ortale 
que nos tibi uendimus de nostro jure in tuo tradimus dominium et 
potestate um facias ex inde quodeumque uelis facere cum exio uel 
regressio suo ad tuum plenissimum proprium. Quod si nos uenditores 
aut aliquis homo utriusque sexus qui contra ista Karta uenditione uene- 
rimus aut uenerit pro inrumpendum siue infringendum nil ualeat sed 
componat aut nos componamus tibi prolocuta omnia in duplum cum 
omni suam meliorationem et in antea ista carta uenditio firma perma- 
neat omnique tempore. Actum est hoc nonas madii anno XXV. Regni 
Philippi régis. Signum Mironi Gaucefredi qui hec scripsit die et anno 
quo supra cum litteras suprapositas et emendatas ubi dicit intus in ipso 
puteo die et anno prefixo. 

1. Gartulaire de la Cathédrale, I, fol. 41, n° 83. 

T. LXVI1I, n° 135. S 



66 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

VIII. 

Acensement d'une maison du fabourg de Barcelone, fait par le Juif 
Abraam surnommé cavalier, 19 décembre 1094 1 . 

Auctoritate legali decretum est.. . donatio per scripturam factam pie- 
nam in omnibus suam obtineat firmitatem, propterea pateat cunctis 
qualiter ego Habraam ebreo cauallario in Dei nomine donator sum uobis 
Martinez Escaraner uxorique tue nomine Rosse 2 femine 3 omnique pos- 
teritati uestre uel proieniae. Manifestum est enim quia dono uobis domos 
meas proprias cum curte et parietibus cum solis et suprapositis guttis 
et stillicidiis ab omnibus partis pauementis et tectis hostiis atque limitis 
foueis et cloachis ianuas et cum omnibus suis apertinentiis atque adia- 
centiis quod abeo in burgo ciuitatis Barchinone in terminio Sancti Gucu- 
phati martiri. Aduenerunt autem michi prescriptas domos per mea 
comparacione siue quibuslibet aliis modis uel uoeibus. Affrontant 
namque prenotatas domos cum curte. ab oriente in casalicios et in 
ortum et in terra qui fuerunt Bernardi Raimundi Diues holim defuncto. 
A meridie in carrera publica qui pergit ad foro Barchinone prephate. Ab 
occiduo in domos Guilielmi Seniofredi piscator. A circio in ortum et in 
terra de me donatore. Quantum predictum terminum concludunt atque 
circunneunt sic dono vobis prescriptas domos cum curte totas ab intè- 
gre pariter cum ingressibus et exitibus eorum tali convenientie ut pre- 
dictas domos melius edificetis et bene rehedificatas semper teneatis et si 
uobis placuerit alias domos ibi construatis atque hedificetis et omnibus 
annis dabitis michi et mei successores censum de prescriptas domos in 
termine Natalis domini solidos II. de bona plata recipiente sine enganno 
nos et omnique uestri successores uel uestra posteritas at proigenie 
uestre. Neque habeatis licentiam pro parte predictos domos et curte 
nullum seniorem siue senioraticum facere uel proclamare nisi me dona- 
tore vos neque ullus homo per vos at mei successores. Si necesse fuerit 
uobis ut eas impignoretis aut uendatis non sit uobis hoc licitum facere 
nisi ad me donatore ac mei successores uos neque uestri successores 
censum superius comprehensum in predictum terminum. Accepi namque 
a uobis propter hanc donationem de prelibatas domibus cum curte 
oncias V. q. auri Valentie recipiente in rem valente plate pure quod nos 
receptorcs pretium michi dedistis et ego donator cum manibus meis 
propriis recepi atque accepi nichilque de ipso pretio remansit apud uos 
receptorcs sicut hic auctorizo est manifestum. Quis quis autem ex 
utraque parte videlicet tam donator quam susceptoris haec que superius 
scripta sunt infringere siue disrumpere in aliquo modo dimouere... 

1. Archives de Sainte-Anne. 

2. Sous Ve, il y a le signe abréviatil' d'une diphtongue. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 67 

V m* uoluerit et intra XXX dies quibus ab illo cui damnum fecerit amonitur 

J* non emendauerit libram auri. I. fini et cocti alteri componat et in super 

^ hoc scriptum donationis firraiim et inconuulsum maneat omnem per 

- eum. Actum est hoc.fXIlil. Kalendas ianuarias anno.. XX V°. régnante 

YK rege Philippo. 

Signum Arberto Berengario. Signum Père Gérai. Signum Gaucefredus 

tlj Bonefilii. Signum Poncii subdiachonus qui hoc scripsit cum litteris rasis 

\ïf et emendatis de supra in reguloJVIIII et XI. et supra positis in tribus locis 

yj de supra, die et anno quo supra. 



\. 



Traduction de la partie hébraïque : 

« Je reconnais, moi, Abraham, fils de Joseph, le contenu de ce qui est 
^J écrit ci-dessus. (Signé :) Abraham bar Joseph. — Rarzilaï bar Eléazar. — 
yS*»-^ Joseph bar Juda. » 

h 



u 



tf 



Observations. — La date de cet acte n'est pas nette : la pre- 
mière lettre est presque effacée ; les trois qui suivent sont : XXV. 
La date doit être sûrement Tannée 35 du roi Philippe (1094-95, 
r^ nouveau style). Nous avons un autre acte du même Juif Abraham 
^>^/ surnommé Cavalier, que nous publions ci-après et daté du 
jQ 25 décembre de Tan 33 du dit roi (4092-93, nouveau style). 
^> ^C Abraam dit Cavalier (militi = chevalier) était peut-être le plus 
v riche et plus important personnage de la colonie israélite de Bar- 

J ^ celone, à la fin du xi e siècle. Il avait un fils Moises, qui vivait 
Vj {j encore en 1421. Un acte du 14 des calendes de septembre de 
y^ Tannée XIII e du roi Louis (4420-24 nouveau style) dit : « Ego Mose' 

W> "—"< filium qui fui Abraam cauallarium venditor sum vobis Raimundi 

Gavalgaudi et uxori tue Bonedomine femine petiam una terre 

quod habeo in territorio Barchinone in termino Montis judaici in 
> uJ canieles, ac venit autem michi per vocem paternam. . . » 

En 4142, on conservait encore le souvenir dudit Juif. L'acte du 4 
des noues de décembre an V du roi Louis le Jeune, réglant le déguer- 
pissement d'une terre du Montjuieh, octroyée par Estefanette à 
Jean Ventrellad, fixe ainsi ses bornes : « Ab oriente in alodio quod 
fuit de Mosé ebrei ; a meridie in alodio quod fuit Guilie femine et 
*) ^£ modo est Raimundi Gavalgaudi ; ab occidente in alodiis que fue- 
runt Abraam Gaualler. » 

Outre Moïse, Abraam Cavalier avait d'autres fils. Voici un docu- 
ment daté du Vides ides de mars an XXVI du roi I^ouis (1133-34 
\? - f ^S nouveau style) : 



1 






zi 



« Sit notum cunctis quod ego Baron hebreus filius cuiusdam Salo- 
monis Ganieto et uxor mca Preciosa vendimus tibi R. Gavalgaudi peciam 



68 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

imam terre quam habemus in territorio Barchinone in monte judaico 
prope ipsam serram. Advenit quoque nobis per nostra empcione quam 
fecimus de iiliis de Habram Gaualer vel aliis quibus libet modis. . . acce- 
pimus quoque a uobis pro hac venditione VI. morabetinos legitimos 
qnos nobis in auro dedistis sine nostro engan. » 

Voici l'acte sus-visé 1 de l'année 1092-93 : 

In nomine domini. ego Abraam hebreo cognomento militi venditor 
sum tibi Poncius Eldemari emptori. Ma n if est um est enim quod hanc 
scripturam uenditionis mee sic uendo tibi alaudem meum proprium 
quod habeo in territorio ciuitatis Barchinone in termino de ipso cucullo. 
Aduenit michi prephatum alodium per comparatione siue per aliis qui- 
buslibet modis. Et uidetur esse ipsum alodium in duabus petiis separa- 
tim positum. Et affrontât unam ex iilis ab oriente in torrente et in uinea 
Sancti Iacobi. A meridie in uia que pergit ad orta uel ubique. Ab occiduo 
in uia que pergit ad montem aquilarum. A circii in uinea Sancti Pétri. 
Aliam uero petiam affrontât a parte orientis et meridie in uineam Sancti 
Pétri. Ab occiduo in uia que pergit ad iamdictum montem. A circii in 
alaude de me uenditore. Quantum iste affrontationes includunt et isto 
termini ambiunt sic uendo tibi ibi très modiatas ex iamdicto alodio 
mensuratas ad ipsum dextrum qui uidetur esse mcnsuratum ad orien- 
talem portam iamdicte ciuitatis et de meo jure in tuam trado dominium 
ac potestate ab omni integritate simul cum exiis uel regressiis earum 
ad tuum plenissimum proprium ut facias ex inde quidquid uelis lacère. 
Accepi namque a te propter hanc uenditionem ducentis. LXXX. mancusis 
auri ualentie de rouais bono atque acceptabile quos tu emptor michi 
dedisti et ego uenditor manibus meis recepi nichique ex predicto precio 
apud te remansit ut est manifestum. Quod si ego uenditor aut aliquis 
homo utriusque sexus contra hanc uenditionem uenero aut uenerit pro 
inrumpendum uel infringendum nil ualeam nec ualeat sed componam 
aut componat tibi hec que tibi uindo in duplo cum omni sua meliora- 
tione... hoc maneat firmum omne perpetuum. Actum est hoc VIII. 
Kalendas ianuarii anno XXXIII . regni régis Philippi. Sig»ï«num Guil- 
lelmi leuite qui est caput scole qui hec scripsi cum litteris suprapositis 
in linea VI a et XIII a et fusas in VIIII a . sub die et anno quo supra. 



1. Cartulaire de la Cathédrale, I, fol. 61. 



4 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 69 

IX. 

•S 

H Vente d'une terre labourable par le JuifNombô à Ramôn Bertran, 
10 mars 1095 ». 



\^ *^S In nomine Domini. Ego Nomebonum ebreo, venditor sum tibi Rei- 

"^ J^ mundus Bertrandi emptore. Per hanc scripturam istius mee venditionis 

w}» . $^ vindo tibi fexam unam terre quod abeo prope civitatis Barchinone ad 

^f* ~JA ipsos arcos. Advenit michi per meam comparationem sive per nllasqiie 

— «C \^ # voces. Terminatur autem a parte orientis in terra comitale et Rodlendis 

o femina. A meridie in trilea que fuit Bernardus Reimundi. Ab occidente 

in strata. De circio in alodio Sancte Marie rivipolenti. Quantum iste 

^Jv^ affrontationes includunt sic vendo tibi iam dictam fexam terre ab intègre 

^> ^ simul cum exiis vel regresiis earum propter precium solidos G. plata 

— . -f quod tu emptore precium michi dedisti et ego manibus meis recepi 

ii C nihilque ex ipso precio aput te emptore remansit sicut satis est manifes- 

"^ff* tum. Predicta quoque fexam terre que tibi vendo de meo jure in tuum 

-^^ trado dominium et potestatem ab omni integritate ad omnia que volue- 

>*> Vf ris facere ad tuum plenissimum proprium. Si vero ego venditor aut 

5} ^ vllusque homo utriusque sexus qui contra bac ista carta venditione 

^ ^ venero aut venerit per inrumpendum siue infringendum nil valeat sed 

q ^J componat aut ego componant tibi prephata hec omnia in duplo cum 

^ omni sua melioratione et in antea ista carta venditione firma et stabilis 

permaneat modo vel omnique tempore. Actum est hoc XIIII kalendas 



<? çj aprilis an no XXYvVI. regni régis Philippi s . 

^ \J Sig»ï«nurn C.uillelmi Bernardi. Signum Bernardi Reimundi. 



V j Slephani Alefer. Signum Père Ramon. Signum Johannes lévite. 

îî ^ Signum Johannis presbiteri qui hoc scripsit cum littcris rasis et 

oï ^- immendatis in linea III. die et anno quo supra. 

Traduction de la partie hébraïque : 



III 



i 



Vf ~ « Je reconnais, moi, Moïse, fils de R. Joseph, avoir vendu à ce Ray- 

rf£ tj mond Bertrand une parcelle de ce champ comme elle est décrite ci-dessus 

V .* dans leur acte (en latin), et j'ai signé ici de mon nom pour lui établir ce 

U" {Ï-U *' lre ( * e P r0 P r iété, outre qu'un autre a signé avec moi. savoir Abba Mari 

A. ^ V fils d'Abraham. (Signé :) Moïse, fils de R. Joseph. » 



n 



<$ 



8* 



1. Archives de Sainte-Anne, n # 956. 

2. Ici est intercalé le texte hébreu, reproduit ci-contre. 



"0 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Observations. — Le Juif Nombon du présent document est peut- 
être celui qui figure sous le n° II, avec le nom Bonom; il est le 
même sans doute que celui d'un document de Tannée 1080-81 
dont voici les termes * : 

In Dei nomine Ego Bono-nomine ebreo comutator sum uobis Umber- 
tus episcopis et uniuersus grex canonicorum tibi subditus. Manifestum 
est enim quod comuto uobis alodium meum proprium quod habeo in 
suburbio ciuitatis Barchinone ad oceidentalem plagam iuxta puteum que 
uoeitatur moronta. Advenit raihi supradictum alodium per comparacione 
uel per quascumque uoees. Affrontât namque ab oriente in strata uel in 
supradicto puteo. A meridie in alodio uestre canonice. Ab occidente in 
terra de Guilia et filiis suis. A circio in strata publica siue in alodio 
Sancti Cueuphatis. Quantum iste affrontationes ineludunt sic comuto 
uobis supradictum alodium per alium uestrum alodium que uos michi 
comutastis sicut resonat in ipsa scriptura que uos michi fecistis et àddidi 
uobis decem uncias auri ad numerum atque de meo iure in uestrum 
trado dominium et potestatem ut faciatis ex inde quoeumque uolueritis 
ad uestrum plenissimum proprium. Quod si ego comutator aut aliquis 
homo sexus utriusque qui contra hanc comutatione uenero aut uenerit 
per inrumpendum nil ualeat sed componant aut componat predicta omnia 
in dupliim uobis que eiusdem meritis sit atque ualoris. Et in antea ista 
comutatio firma permaneat modo uel omnique tempore. Quod est actum 
XII. kalendas augusti anno XXI. regni régis Philippi. 

On notera la situation de la terre vendue par Nombon au lieu 
appelé els archs, tout près de Barcelone. Il se trouvait dans la 
direction N.-E. de celte ville, et cette dénomination provenait de 
restes, ou de ruines, d'un aqueduc romain (voir Carreras Candi, 
Les dygues y Banys de Barcelona, dans le Boletin de la Real 
Academia de Buenas Letras, tome II, p. 117). 

X. 

Garantie de dette, faite par le Juif Bonisac en faveur de Ramôn Guil- 
lem et R. Desplegad, 7 juillet 1095 \ 

In nomine Domini ego Bonisah ebreo et uxori mea Regina ebrea et 
socera mea Bonafilia impignoratores sumus tibi Reimundus Gnillelmi et 
Reimundus Desplegad. Manifestum est enim quod debitores sumus uobis 
chintarios II II . alum légitime pensatos. propter ea impignoramus uobis 
pecias III. de terra quod abemns in territorio Barchinone in terminio de 
trulols. Aduenit nobis per ienitorum et per comparatione siue per ullas- 

1. Cartulaire de Barcelone, I, f. 128, n° 322. 
1. Archives de Sainte-Anne, n° 152. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 71 

que noces. Terminatur autem imam ex ipsis a parte orientis in alodio 
Mironis Guifredi et Petrus Iohannis. A meridie in terra Balloni et ères 
suos. Aboccidente similiter. A circio in strata. Et alias duas pecias affron- 
tant ab oriente in terra canonicam Sancte Grucis et Reimund Enrici. A 
meridie et occidente in stratas. A circio in terra Ruben Mascod et Sancti 
Gucuphati. Quantum iste affrontaciones includunt sic impignoramus 
uobis iandictas pecias. III. de terra ab intègre simul cum exiis uel regre- 
siis earum atque de nostro iure in uestri tradimus dominium et potes- 
tatem in taliquoque modo et ordine ut uos teneatis hoc et laboretis 
omnibus fructibus quod inde exierint isto primo anno et in die quo erit 
festa Sancti Pétri apostoli quod est. III. kalendas iulii de ista transacta 
usque ad alia prima ueniente isto anno reuoluente sic faciamus uobis 
rendere iam dictum debitum quomodo superius resonat et uos rendatis 
nobis ista scriptura sine mora. Et si non potuerimus uobis abere perso- 
lutum prefatum debitum ad suprascriptum terminum sted in antea 
usque ad festam Sancte Marie mediante augusti, ita ut uos abeatis medie- 
tatem de omnibus fructibus quod ibi fuerint ipso alio anno. Quod si 
minime fecerimus et prefatum debitum uobis non persoluerimus ad 
iam dictum terminum Sancte Marie, tune abeatis potestatem predicta 
hec omnia que uobis impignoramus aprendere, tenere, uindere, comu- 
tare et omnia que uolueritis facere ad uestrum plenissimum proprium. 
Si uero nos impignoratores aut ullusque homo utriusque sexus qui con- 
tra hac ista impignoratione uenerimus aut uenerit pro inrumpendum 
siue infringendum nil ualeat sed componat aut nos componamus uobis 
prefata hec omnia in duplo cum omni sua melioratione et in antea ista 
impignoratione firma et stabilis permaneat modo uel omnique tempore. 
Actum est hoc nonas iulii anno XXXV. regni régis Philippi 1 . 
Signum Gerberti tolnarii. Signumlsarni Guillelmi. 

La partie hébraïque dit : 

■ji73^n 'jmbi "j&tpd db^a iw-i "jnb 2 laoTain i-pb^sana m» V 3 * iric« 
wanm "waroi D^a na^roa bw nairon it naïaœ» b^ wbïï*; 

mDTbi iranb nnb m^nb 
r.uîw na dvj du: ana du: na "nbn irrriT 

Traduction : 

« Nous, témoins soussignés, avons acquis du sieur Isaac Sefardi et de 
Dame Reina, son épouse, et de Dame Bonfilia Ghumaeeno, pour Don 
Raimon Guillem Ferran et pour Don Raimon Desplegad, cette habitation, 

1. Ici est intercalée la partie hébraïque, reproduite ci-après. 

2. La lecture de la syllabe finale est douteuse. 



72 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

décrite ci-dessus dans l'écrit des gentils (en latin). Nous l'avons écrit et 
signé pour leur servir de preuve et de titre de propriété. 

« (Signé :) Zerahia Halévi, fils de Schem Tob. Schem Tob, fils de 
Moïse. » 

Observations. — Dans le texte latin on fait mention du Juif 
Ruben Mascord, peut-être le même qui est mentionné dans un 
document de 4097 rapporté par Bofarull (Jaime I y los Judios, 
p. 826). 

XL 

Vente d'une terre faite par Benjamin et sa femme Reina au prêtre Beren- 
guer Bernât, 28 mars 1404 *. 

In xrispti nomine. Ego Beniamin hebreus et uxor mea Rcgina uendi- 
mus tibi Berengario Bernardi barchinonensis ecclesie clcrico peciam 
unam terre quam habemus in terminio Barchinonensi in parrochia 
Sancti Uincentii Serriani secus ecclesiam Sancte Gecilie. Aduenit autem 
nobis per comparationem siue quibuslibet modis siue uocibus. Affrontât 
namque hec petia terre ab aquilone et circio in terris et uineis Rigualli. 
A meridie in alodio canonice. Ab occiduo in alodio et uineis Bernardi 
Guanalgaudi et plocute canonice... Accepimus quo a te pro hac pecia 
terre uncias III monete curribilisBarchinone. . . Quod est actum V. calen- 
das aprilis anno XLIIII regni Philippi régis. Signum Mironis presbiteri. 
Signum Ardencius leuite. Signum Pétri Guillelrni. Signum Arnalli Bone- 
filii. Signum Pétri leuite qui hec scripsit eu m litteris suprapositis in 
linea III. et in V. die et anno quo supra. 

XII. 

Vente par le Juif Isaac Masip et son fils Saltell à Sunyer et à sa femme 
Béatrice d'une terre allodiale, 7 mai 1120". 

In nomine domini ego Ysaac Mancipii et filii mei Saltiel hebrei vendi- 

mus 3 [Vivas] Suniarii et uxori tue Béatrice emptores. Per 

hanc scripturam vendicionis nostre vendimus vobis XVI. modiatas terre 

nostrum alodium Barchinone juxta pariliatas comitale. 

Advenit nobis per jenitorum. nostrorum et per empeionem vel per 

ullasque voces. Terminant ab oriente in via et in torrente, et in 

alodium de Calvet et de Dorcha. A meridie in via publica. Ab occidente 
in alod A circii et in alodio Pétri Bernardi Marcucii et in alo- 

1. CartulaireMe la Cathédrale, II, fol. 18. 

2. Archives de Sainte-Anne, n° 958. 

3. L'acte est entamé en haut à droite, et les lacunes sont représentées, dans cette 
transcription, par des points. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 73 

dium prephatis Dorcha et Calvet. Quantum istas includunt sic 

vendimus tibi prephatas modiatas sesdecim terre nostrum alodium simul 

cum ingresiis vel regresiis eius atque de nostro jure in ad 

vestrum proprium alodium francum. Accepimus quoque a vobis in pre- 

cium predicte venditionis trec moabetinos venerimus au t. 

venerit per inrumpendum nil profit sed componamus aut componat 
prescript. . . . . in duplum et post modum hec vendicio. , . . . sa perma- 
neat. Actum est hoc nonas mai anno XIII régnante Lodoyco rege *. 
Sig>X«num Raimundi tavernarii Sancti Michaelis. Sig>î<num Amalrici. 
SigHf-num Berengarii subdiachoni. Sig»ï*num Pétri Arnalli. Sig+num 
Ademar 1. Sig>ï«num Guillelmi Bernardi. Sig*ï«num Pétri Raimundi de 
Alfoz. SigHf< num Pétri sacerdos qui hoc scripsit die et anno quo supra. 

it m^3[n] la-^yœ isa bcrnbaiDi bfipnbKia n"a prix* 158 D"[Tin] 
Dipaa it ns'HH biaaa îab ono mie imN72 "1^3© oa^a yns naibn 
D^airtî "ri riN73 ©béa it hts» ib la^uîsn "pabiDn nxn "p-iipta 
bs bn irb? nn»a nTnrwm ib i:-oïï niïn ib morai «rosira 
. Dnbœ na^naa rwnb mro© itjd ban i:b isjh 
inD?3 Kart niai iT>a rrnnb nnmnb D"nrb iso^di nra iSTanm 
bscî i«bina na pi" 1 .pris* 1 na b&TibwD .ôrnbauj na pnap .rrotb 

.^â Mttba na vwxo 

Traduction de la partie hébraïque : 

« Nous reconnaissons, nous Isaac, fils de R. Schaltiel et Schaltiel son 
fils, avoir fait cette vente définitive, à Don Vivas Suniar, des champs 
que nous possédons dans les limites de cette province, au lieu appelé 
Cour du Sultan 2 . Nous lui avons fait cette vente pour trois cent quatre 
pièces d'or maravédis. Nous déclarons lui céder ces champs, et nous les 
lui délivrons à cet effet en garantie formelle, à notre charge et sur tout 
ce que nous avons. Le tout tel qu'il est décrit ci-dessus dans leur acte 
(latin). Nous signons le présent et nous autorisons les témoins à le 
signer, pour servir de titre de propriété entre ses mains et aux mains de 
son fondé de pouvoir. 

« (Signé :) Isaac fils de Schaltia 3 . Schaltiel fils d'Isaac. — Judan fils de 
feu Barzilaï. — Scheschet fils de Salomo. » 

Observations. — Isaach Mancip était propriétaire, en l'an 1114, 
d'un alleu à l'endroit dit Mogoria, aux environs de Barcelone 
(Bofarull, p. 827). C'est probablement son fils Saltell, le môme 

1. Ici est intercalée une partie hébraïque, reproduite ci-après. 

2. Tout près de l'endroit appelé Mogoria, il existait depuis longtemps un lieu sur- 
nommé Las Corts: c'est probablement le lieu cité ici, dont il a été question au n° VI. 

3. La lettre finale l est omise. 



74 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

que Schaltiel, qui avait fait un prêt à Berenguer Guillem avant 
Tannée 1131, selon un document du Cartulaire de la Cathédrale de 
Barcelone. 

Dans le texte hébreu, il y a quelques déchirures ; il manque 
trois lettres au commencement de la première ligne et une lettre 
en tète de la seconde ligne. 11 est aisé de les rétablir grâce au 
contexte. 



XIII. 



Vente d'une vigne par Ermeniarda de Barbera au Juif Perfect, 6 mai 
1126 ». 

Sit notum cunetis quam ego Ermeniardis de Barbera cum filiis meis 
Bernardo atque Raimundo uendimus tibi Perfeto hebreo ipsam uineam 
cum terra in qua est fundata quam habemus in territorio. Barchinone in 
terminio ponte de Cidrano quam plantauit Senalla cum uiro suo qui 
nunc tenet mutus. Aduenit nobis uoce genitorum nostrorum aliisque 
uocibus. Sicut superius scriptum est sic uendimus tibi iam dicta uinea 
cum terra in qua est fundata cum terminis et aftrontacionibus suis simul 
cum ingressibus et regressibus, ac de nostro iure in tuum dominium et 
potestatem tradimus integriter ad tuum plenissimum alodium francum. 
Accepimus a te perhanc uenditione moabetinos duos et est manifestum. 
Si quis banc uenditionem infringere uoluerit in duplo tibi componat et 
post maneat firmum. Actum est hoc. II. nonas Maii anno XVIIII. regni 
régis Ledoyci. Signum Ermeniardis. Signum Bernardi. Signum Raimundi 
nos qui hanc uenditionem fecimus firmauimus et teste firmàri rogaui- 
mus. Signum Arnalli de Charcassone. Signum Arnalli Pétri. Signum 
Arnalli Prinana. Signum Pétri Bernardi clerici. Signum Berengarii 
leuite qui hec scripsit die et anno quo supra. 

Le môme Perfet assiste, et signe comme témoin, à l'acte de 
donation par le Comte Raymond de Barcelone à Félit de J. Guiri- 
bert, d'une terre dans la ville de Piera, qui porte la date du 
19 décembre 1121, en ces termes (mêmes Archives, n" 964) : 

In nomine Domini, ego Raimundus, Dei gracia Barcbinoncnsium chô- 
mes donator sum tibi Felit manso de Johanne Gniribert cum suis apcr- 
tineneiis que ilio habco infra terminio Apiaria ad tu i et ad progenita tua 
ad aloudium franchum... Facta carta donatione IIIIX. kalendas januarii 



1. Archives de Sainte-Anne, n° 58. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 75 

annoXIII régnante Ledouicus rex. Sig+num Raimundi Cornes. SigHf-nu m 
Arnal Mir. Sig+num Perelle. SigHf*num Perfecto ebreo '. Sig*ï«num 
Raimundi Cornes. Johannes sacer qui hec scripsit die et anno quo supra. 
>J«. Poncii scriptoris comitis qui hec firmavit. 







« Scheschet, fils de feu Salomon. » 

XIV. 

Convention entre Père Arnall et sa femme et la Juive Dolsa, à propos 
d'une terre inféodée, 6 octobre 1160*. 

Sit cunctis manifestum quod ego Petrus Arnalli miles et uxor mea 
Halliardis venimus ad contenciones et placita cum te Dulcia hebrea 
super illa vinea quam tu emisti in meo fcvo in alodio comitis de Ada- 
laidi femina uxore que fuit Stefani de Sancto Jachobo. Est autem pre- 
phata vinea in territorio Barchinone super cortem comitalem. Que ter- 
minatur ab oriente et a meridie in viis publicis, ab occidente in alodie 
filiorum condam Arnalli Suniarii. A circio in vinea que fuit Pétri Ferra- 
rii. Sicut ab istis terminis concluditur et terminatur prephata vinea cum 
introitibus et exitibus suis integriter laudamus et concedimus et damus 
tibi et tuis ad habendum et tenendum et bcne laborandum et in sana 
pace possidendum dum predicta vinea ibi fuerit. Tali conventu ut tu et 
progenies tua atque posteritas ex omni frnctu quem Deus ibi dederit 
tribuas nobis et nostris fideliter quartum. Atque ibi alium seniorem non 
proclames vel facias nisi tantum nos et successores nostros. Liceatque 
tibi vel tuis post dies XXX ex quo in nobis vel in nostris successoribus 
fatigati fueritis iam dictam vineam vendere et impignorare siue alienare 
cui volueritis prêter militi et clerico qui nobis nostrisque successoribus 
prephatum quartum tribuat et omnia superius comprehensa attendat et 
compleat. Accipimus a te per hac donacione V. morabatinos bonos aia- 
dinos in auro sine engan et est manifestum si quis hec fregerit supra- 
dicta in duplo componat et in super maneat firmum. Actum est hoc II. 
nonas octobris anno XXIIII. regni Lcdoici junioris. Sig>ï<num Pétri 
Arnalli militis. SigHf<num Halliardis uxoris eius. Sig Jf< num Raimundi 
filii eorum qui hec laudamus et firmamus Signum Guillelmi Catalani. 

1. Archires de Sainte- Aune, n° 965. 



76 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Signum Dursacci 1 . Signum Guillelmi Despidellis. Signum Pétri de Cor- 
ron scriptoris, qui hec scripsit die et anno quo supra. 

« Samuel, fils d'Issach. — Moises, tils d'Abraham. » 



XV. 



Cession par le Juif Mossé Roig et sa femme Aster à Ferraguda, d'une 
terre, moyennant redevances seigneuriales, 1 er décembre 1163 2 . 

Sit notum cunctis quod ego Mosse Rubeus et uxor mea Aster judea 
damus tibi Ferracuta femine et tue progeniei atque posteritati ad bene 
laborandum ad panem et vinum peciam unam terre quam habemus in 
territorio Barchinone apud Munterols. Que terminatur ab oriente in car- 
rera, a meridie et a circio in alodio canonice; ab occidente in torrente. 
Sicut ab istis terminis concluditur et terminatur iam dicta pecia terre 
cum introitibus et exitibus suis integriter damus tibi et tue progeniei 
atque posteritati ad bene laborandum et meliorandum ad panem et 
vinum et in sana pace omni tempore possidendum. Tali conventu ut 
usque ad VII. annos primos venturos bonam vineam ibi habeas planta- 
tam et advineatam et labores eam bene de cunctis suis laborationibus 
sicut bonam vineam oportet et de fructu vini dones nobis et nostris 
quartam partem salva tua advineatione uno tantum anno secundum 
consuetudinemhuius territorii et de fructu panis quintum et braciaticum 
leuato tuo locedo et batedura et cibo aree etannuatim quando expletum 
panis aut vini ibi fuerit dones nobis I. gallinam aut II. denarios. Atque 
ibi alium seniorem non proclames vel facias nisi tantum nos et succes- 
sores nostros. Liceatque tibi vel tuis post dies XXX. ex quo in nobis vel 
in nostris successoribus fatigata fueris tuum melioramentum et hed- 
ificium vendere et alienare siue impignorare tuo consimili salvo nostro 
agrario et senioratico. Si quis hec fregerit supradicta in duplo componat 
et in super maneat[firmum. Actumest hoc calendas decembris anno XXVII 
regni Ledoici junioris 3 . SigHH num Bernardi Laurete. Sig + num Pétri de 
Tolosa. SigHf- num Pétri de Gorron scriptoris qui hec scripsit cum litteris 
superpositis in linea XII a et superpositis et dampnatis in XVI a die et 
anno quo supra. 

1. Ici se trouve un petit texte hébreu, reproduit et traduit ci- après. 

2. Archives de Sainte-Anne, n° 966. 

3. Ici se trouve une ligne en hébreu, reproduite ci-après. 



f 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 

mAneitc fana' \cto£et$.j&&$îl t >ir*» 



Traduction : 

« Moi Moïse, fils de R. Hayyim, je reconnais le tout, tel qu'il est décrit 
ci-dessus. (Signé) : Azaria ou Ezra bar Barzilaï, [que Dieu garde], témoin. 
Joseph, fils de feu R. Moïse, témoin. » 



XVI. 

Engagement par Pierre Tayâ et sa femme Guillelmette au Juif Saltell, 
de la troisième partie d'un moulin, 3 décembre 117G 1 . 

Notum sit cunctis quod ego Petrus Taia et uxor mea Guillelma debe- 
mus tibi Saltello XXV morabatinos bonos aiadinos in auro sine engan 
propter quos impignoramus tibi et tuis nostram terciam partem de ipso 
molendino mediano quod adquisiuimus a domino Comité in casali noui 
super molendinis de solario quam terciam partem nostram ipsius molen- 
dini cum suis eximentis in sana pacé habeatis et teneatis et expletetis 
secure et potenter. Et sit annuatim terminus redimendi de festo in fes- 
tum assumpcionis béate Marie et si facere volueris possis impignorare 
hec pignus per quantum ibi habes et hec pignus sit nobis et nostris lici- 
tuin redimere in prefixo termino. Et nos et tu comendamus precariam 
nostram ipsius molendini Johanni macellario donec redimamus hec 
pignus et si ullus homo aliquid tibi infringerit habeas tan tu m et récu- 
pères de nostris rébus. Actum est hoc III. nonas decembris anno XL 
regni Ledoyci junioris. Sig^num Johannis macellarii. Sig+num Vitalis. 
Sig + num Guillelmi Mir 2 . Sig+num Pétri de Gorron scriptoris qui hec 
scripsit die et anno quo supra. 

« Saltiel, fils de feu R. Seset. » 

1. Archives de Sainte-Anne, n° 50. 

2. Ici se trouve une intercalation en hébreu, reproduite après le texte latin. 



78 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

XVII. 

Cession par le Juif Bonjucef et sa femme Druda à Vidal Frener et à son 
épouse Guillemette, d'une terre, moyennant redevances seigneuriales, 
5 octobre H81 l . 

Sit notuni cunctis. Quod ego Bonus Jucef et uxor mea Druda damus 
tibi Vitali frenario et uxori tue Guillelme et vestre progeniei atque pos- 
teritati ad'bene laborandum ad panein et vinum peciam imam terre que 
est plantata quod habemus in territorio Barchinone apud Munterols. Que 
terminatur ab oriente in carrera, a meridie et a circio in alodio canonice, 
ab occidente in torrente. Sicut ab istis terminis concluditur et termi- 
natur iam dicta pecia terre cum introitibus et exitibus suis integriter 
damus vobis et progeniei atque posteritati vestre ad bene laborandum 
et meliorandum ad panem et vinum et in sana paceomni tempore possi- 
dendum. Tali conventu ut de omni fructu panis donetis nobis et nostris 
quintum et braciaticum levato vestro locedo et batedura et cibo aree et 
de fructu vini quartum et annuatim per censum unam gallinam aut III. 
denarios monete Barchinone atque ibi alium seniorem non proclametis 
ncc faciatis nisi nos et successores nostros. Liceat que vobis et vestris 
post dies XXX. ex quo in nobis et in successoribus nostris fatigati fue- 
ritis vestrum melioramentum et hediticium vendere et impignorare et 
alienare vestro consimili salvo nostro prescripto agrario et censum et 
senioratico. Si quis hec fregerit supradicta in duplo componat et in 
super maneat firmum. Actum est hoc III. nonas octobris anno Domini 
MGLXXXI 02 . SigHHnum Martini serrador. Signum Boncti tabernarii. 
Signum Raymundi de Guardiola. Signum Adalteta uxoris ciusdem Mar- 
tini serrador 3 . Signum Pétri de Corron qui hec scripsit die et anno quo 
supra. 

JJJ i\*>v *u tii j£ w n ^ ^ 7rrnî« t)V>ù à *ilfl wj'jspïjy» 

Traduction : 

« Je reconnais, moi, Jucef Halévi, tils de R. Samuel. — Juda, fils du 
défunt Issach. — David, tils du défunt Jucef. » 

Le second passage en caractères hébraïques dit seulement : « Moyscs, 
fils de feu Hayyim. » 

1. Archives de Sainte-Anne, n° 954. 

2. Ici, il y a des caractères hébraïques, reproduits ci-après. 
:>. Autres mots en hébreu. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 79 

XVIII. 

Vente par Vidal Frener et Guillemette à Llobet Roig, d'une vigne dans 
la seigneurie du Juif Bonjucef, 8 mars 1 1 98 *. 

Noturn sit cunctis, quod ego Vilalis frenarius et uxor mea Guillema 
vendimus tibi Lopello rubeo et tuis illam nostram vineam cum terra in 
qua est fundata que tenemus per Bonum Jucef in territorio Barchinone 
apud Monterols, que terminatur ab oriente in carrera, a meridie et a 
circi in alodio canonice, ab occidente in torrente... Àctum est hoc VIII 
idus marcii anno domini MGXGVII. Signum Vitalis frenarii. Signum Guil- 
lelme uxoris eius. 



M 






« Moi, Joseph, fils de Moïse Lévy, [que l'esprit divin nous guide], 
reconnais tout ce qui est stipulé ci-dessus. » 

XIX. 

Vente par Saltell et sa femme Dolsa et ses frères Vidal Gracia et 
Bonastruch à Bernât Rapàs, de trois manses, 29 septembre 1201 \ 

Notum sit omnibus hominibus quod ego Saltellus qui fui filius Lupelli 
Graciani et uxor mea Dulcia et Vitalis Graciani et Bonastrug fratres mei 
tilii eiusdem Lupelli dicti Graciani vendimus tibi Bernardo Rapacii et 
tuis illos très mansos nostros cum omnibus eorum pertinenciis et tene- 
donibus cum arboribus diversi generis quorum scilicet unum tenet modo 
Petro Sardi per nos et olim tenebat Vives spiliarius per Lupellum iam- 
dictum Graciani genitorem nostrum in loco dicto lanera et alium tenet 
Vives lextoris quondam filius Pétri textoris et alium mansum tenet 
Ermessendis qui fuit uxor Pétri textoris sicut melius predictos très 
mansos ipsi iamdicti laboratores habent et tenent per nos cum eorum 
terminis et pertinenciis et cum censibus et usaticis et serviciis et senio- 
ratico et cum arboribus et cum introitibus et exilibus suis integriter 
et sicut nobis melius advenit et advenire débet per vocem patris nostri 
Lupelli prenominati et per emptionem quam inde fecit sicut in scripturis 
nostris continetur. Terminatur autem prefatus unus mansus quam tenet 
Petrus Sardi. Ab oriente in manso Guillelmi Oriol et in Alodio Dertu- 
sensis ecclesie et Dulcie uxoris Pétri de Palacio et terminis de Gastro- 

1. Archives de Sainte-Anne, sans numéro. 

2. Ibid., 961. 



80 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

felici. A meridie in manso Alegrete femine. Ab occiduo in alodio Sancti 
Cucuphatis et Ramundi de Picalquers. A circio in alodio Sancti Pétri 
de Circata. Alius vero mansus quem tenet Vives textoris terminatur ab 
oriente in alodio Sancti Cucuphatis et in alodio Pétri de Arhuiimo. A 
meridie in campo canonice Barchinone. Ab occiduo in manso de Pan- 
tarro quem tenet per Arnaldum de Villanova et in ipsa pecie terre que 
est alodium ipsius canonice. A circio in campo hospitalis. Ipse vero 
mansus quem tenet predicta Ermessendis uxor Pétri textoris terminatur 
ab oriente in alodio Sancti Baudilii et in alodio Sancti Cucuphatis et 
Sancti Pétri. A meridie in manso Fogueti quem tenet per Venrellum de 
pariliata et in manso quam tenet per nos Marchesa qui fuit uxor Pétri 
Carboni et infantes sui. Ab occiduo in alodio Sancti Cucuphatis. A circio 
in alodio Pétri Arluvini. Sicut infra hos terminos iamdictos inclu- 
duntur et terminantur hec omnia iam dicta cum omnibus que ad iam 
dictos mansos pertinent vel pertinere debent quibuscumque modis et 
vocibus vendimus tibi et tais ac ut melius dici et intellegi potest ad 
tuum salvamentum de nostro jure in timm tradimus et transferimus 
in tuum posse ad tuum proprium, liberum et franchum alodium ad 
quicquid ibi uel ex inde tu et tuis facere volueritis libère et in sana pace 
habendum et possidendum sine ullo nostro nostrorumque retentu. Sunt 
autem prefati mansi in comitatu Barchinone in parrochia Sancti Bau- 
dilii in lanera. Accipimus namque a te pro hac venditione Mille DCLXXV 
solidos denariorum barchinonensis monete valentis marche argenti 
XIJIII. solidos et de ipso precio iamdicto nichi ap... te remansit in 
debito. Si quis hoc disrumpere voluerit nil valeat sed supradicta in duplo 
componamus sive componat cum omni sua melioratione et in super hec 
venditio maneat omni tempore firma. Quod est acta quarto Kalendas 
octobris anno Domini Miliesimo CC° primo l . 

SigHf«num Pétri Hugonis. Signum Dominici de Rivopullo. Signum 
Raimundi Bardoner. Signum Berengarii Pellicerii. Signum Guillelmi 
Buscheti. Signum Pétri de Corrone qui hoc scripsit cum litteris eraen- 
datis in linea III. . . 

Signum Amati de Grua notario Barchinone qui hec translatum lideliter 
transcribi fecit et clausit in scribania Pétri de Bagis notario cum litteris 
emendatis in linea VI a , XVII calendas augusti anno Domini MCC° XXX 
septimo. 

-in nwn nnN spdt: nvjiûïi nbN "«npn^n -ien ncion msîaa 
.iï rma-B rrn» b'î prur na b-pi .rma pnr^ Sa btrobara pror* 
m» m*aan nms na73 -vainn d"hj la-^oa bf pw "Î3 rwirna 
i373nm "it nvD?33 ûmn: a->-nn banbsia naja N»bio m 73 wnsaia 
pnar* -Î3 Dma« ny nabia ny ït»d (?) "ma» nnmm nmataa 

.prer» aman ,iy *ibn 

1. Ici se trouve un texte hébreu, transcrit et traduit ci-après. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 81 

Traduction : 

« Par ordre du notaire Amad, j'ai transcrit les noms suivants d'un 
autre écrit : Moïse, fils de R. Isaac, Schaltiel, fils de R. Isaac, reconnaît; 
Vidal, fils de R. Isaac, reconnaît cette vente, et Bondia, fils de R. Isaac ; 
par devant nous témoins soussignés, l'excellente Dame Bonadona, dame 
Salomé, femme de l'éminent Schaltiel, a ordonné de signer cet acte de 
vente; et nous avons signé selon son ordre et avec son assentiment. — 
(Signé :) Aboui Samiah, témoin. — Salomon, témoin. — Abraham bar 
Isaac Halévi, témoin. — Le scribe : Isaac. » 

Nota. — Ce texte est en écriture orientale-africaine, pas tou- 
jours clairement lisible. 



XX. 

Vente d'une terre allodiale par Goig, veuve du Juif Bonjuda Cap à 
Arnau de Merolla, 12 mars 1220 l . 

Notum sit cunctis presentibus atque futuris quod ego Goyg uxor 
quondam Bonjuda Gap non vi non metu non dolo nec per errorem 

alterius persone inducta 2 concilio et voluntate fratris mei 

Samueli de Terre et Issach Gap filii dicti mariti mei, vendo tibi Arnaldo 

de Merola et tuis et quibus voluis unâm peciam terre meo 

proprio alodio habeo in burgo Barchinone ad Colle de Portello. Termi- 
natur ab oriente et a meridie et a circio in alodio Sancti Pétri. Ab occi- 

dente in Aragai. Addo etiam tibi et tuis cum podio quam 

habeo subtus colle de Portello in podio de Borrello juxtam viam. Termi- 
nanda ab oriente in vineis de Taluger, a meridie in prenominato podio 
de Borrello. A circii in collo de Portello apud ipsum heremum. Addo 
siquidem tibi et tuis huic vendicioni ipsum vinealem cum terra in qua 

fundatur quod est in dicto collo et terminatur ab oriente in 

torrente, a meridie in vineis Guillelmi de Sancto Michaeli et Raimundi 

de Bagnariis. Ab occidente in vinea Guillelmi Talugeri cum 

introitibus et exitibus et pertinences suis et specialiter cum omnibus 

accionibus que michi pertinent tibi dicto Arnaldo 

de Merola et tuis et quibus volueris et ut melius dici et inteligi potest 

ego de meo jure et posse in tuum et tuorum trado 

et mito te et tuos per secula cuncta in corporalem posessionem ad 

habendum et tenendum per tuum proprium, liberum et fran- 

chum alodium pro hac vendicione centum quinquaginta 

solidos monete Barchinone valenti marcha argenti LXXXVIII. solidos 

1. Archives de Sainte-Anne, n° 952. 

2. Une longue déchirure triangulaire, en haut à gauche du texte, a produit une 
lacune, figurée ici, dans cette transcription, par des points. 

T. LXVIIL n° 135. 6 



82 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

scilicet per unam quamque pecia terre L. solidos quos concedo mihi a te 

habuise Ne vero possim tibi aliquis nomine meo possit 

unquam contra presentem vendicionem in aliquo venire ego excepcione 
non habite et non numerate pecunie et omni auxilio et beneficio duplicis 
decepcionis et omni alii cuilibet juri scripto aut non scripto publieo et 
privato sive consuetudinario, divino et humano, generali et speciali, 
comuni et civili et ipsi legi recissorie in hoc mihi vel meîs competen- 

tibus et doli clausnle et et omnibus legibus romanis et 

goticis mihi in hec competentobus que contra te et tuos possem 

aliquo modo introducere Promitto etiam et interposita stipula- 

cione convenio tibi et tuis totam predictam vendicionem facere, tenere 

et habere in pace contra omnes personas Renunciando etiam quanio 

ad hoc omni consuetudini Barchinone et omni alii consuetudini. Actum 
est hoc IIII. idus marcii anno M GC° XVIIII '. 

SigH(-num Goyg predicte qui predicta concedo et confirme Signum 
Ferrarii de Bagnariis. Signum Bernardi Suavis. Signum Guillelmi de 
Bagnariis. Signum Raimundi Verdelo. Signum Ferrarii de Oltzeto. Signum 
Guillelmi subdiachoni notarii. Signum Pétri Vives qui precepto G. sub- 
diachoni notarii hec scripsit cum literis rasis et emendatis in linea prima 
ubi notavit Goyg, et sciliter in XXI a . die et anno pretixo. 

Signum Pétri Durandi presbiteri. Signum Guillelmi Vitalis presbiteri. 
Signum Raimundi de Riera notarii. Signum Pétri Frenarii. Signum Fer- 
rarii de Gheralto. Signum Andrée cursoris. Signum Guillelmi de Vilare, 
Nos septem huius translati présentes testes sumus. 

Signum Guillelmi subdiachoni publici Barchinonensis notarii qui hec 
coniirmo. 

Signum Berengarii Montenarii qui hec translato f. scripsit precepto G. 

subdiachoni publici barchinonensis notarii cum litteris rasis sexto 

kalendas junii anno MGG° XX septimo. 

naia ntt-nn labw ©npn navia ib oicaïib "»3B nbn -iDion ï-jt 
by mi» n^ïï ra^ m» ïrmatt mst»a .Tiana nmatnai it rmaîa 
• îtito !i33 ornaN . ïma rba mn-n t|0"P iy «bvb annaiz; îie ba 
mataa ïit ba inosan avn-ipn ma» "^ni .t* pmr .ibra» btnwta ny 

Traduction : 

« Le notaire m'a prié de lui libeller, en notre écriture sacrée (en 
hébreu), la signature du présent contrat de vente, et sur sa requête 
j'écris : A la demande de la dame éminente Goyesch Saria, est reconnu 
exact tout ce qui est écrit ci-dessus. Témoin : Joseph Zerahia, son fils, 



1. Ici se trouve un texte hébreu, transcrit et traduit «i-après. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 83 

qui le reconnaît. — Abraham, son fils, le reconnaît. — Témoin : 
Samuel Magdoli (ou : des Grands). — Isaac, témoin. — Et moi, Abram 
de Gordoue j'ai libellé tout ceci, sur la réquisition du notaire Guillem 
Estudina. » 

Nota. — Dans ce petit texte, en écriture orientale-africaine, on 
remarque la tournure serpentine des lettres « et n, à côté du a 
incurvé, comme en écriture provençale. 

(A suivre.) 

Jo. Miret y Sans. — Moïse Schwab 



SAMUEL LÊVY, RABBIN ET FINANCIER 

(fin *) 



PIEGES JUSTIFICATIVES 



XLVI 



12 avril 171 8 2 . 

Monseigneur, 

La joye et le bonheur que je reçois de votre heureux retour et de celuy 
de Madame Royale est si grand que j'ose prendre la libertée de le témoi- 
gner a Vostre Altesse Royale et rend mille actions de grâce a dieu, devons 
avoir ramené dans vos états en parfaite santé, ou votre peuple, qui vous 
adore attendoit leur souverain avec impatience et se trouve trop heureux 
de le posséder, de mesme que son zélé suiet, qui a bien souffert des 
maux avec patience depuis cette cruelle absence, dans une espérance, 
que Vostre Charité y apportera du soulagement. 

J'ose de mesme prendre la liberté de remarquer a V. A. R., sans le 
fatiguer, que la découverte des mines, dont elle est informé avant son 
départ, est si bonne, qu'il n'y a pas dix jours que l'épreuve s'en est faite 
chez le nommé François, dans laquelle il s'est trouvé or et argent fin et 
quantité d'argenté vif, ce que M r le président sçay parfaitement, que est 
un trezord pour Testât. 

J'ay l'honneur d'eslre avec un très profond respect de Votre Altesse 
Royale. 

Monseigneur, le très humble et très soumis 
obeisant suiet 

Samuel Lévv, m. p. 
Des prisons de Nancy, 
le 12 e avril 1718. 

1. Voir Revue, t. LXV, p. 274; t. LXVI, p. 111 et 263, et t. LXVII, p. S2 et 202. 

2. Air h. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 85 

XLVII 
30 may 1718 l . 

Monseigneur, 

Votre Altesse Royale n'auratelle pas compassion de moy, en considéra- 
tion du zèle, que j'ay eu pour son service ? J'ose luy dire que c'est ce qui 
m'a mis dans le misérable état ou je suis. Elle ma promis sa protection, 
je la luy demande très humblement. Il y a trois semaines que je suis 
relégué dans un cachot, ou je ne respire l'air, que par un troux, ce lieu 
est celuy des criminels condamnes a mort et cependant, Monseigneur, on 
ne sçaurait me convaincre d'être tel. Cent soixante tesmoins ouys contre 
moy et deux monitoire publiez n'ont pu opérer qu'un simple assigné pour 
être ouy, ce qui fait assez veoire, qu'il n'y a point de charge contre moy. 
Jay preste mon intérogatoire il y a tantost quinze jours et on ne fait 
aucune poursuite, en sorte qu'il semble qu'on prenne plaisir a me faire 
languir dans l'horreur d'un cachot. J'avoit donné ma requête au bailliage 
pour être remis dans ma première prison, on ny a point voulu faire droit. 
Je me plaint donc, Monseigneur, a Vôtre Altesse Royale de l'injustice 
qu'on me fait et j'espère qu'elle aura la bonté dypourvoire; l'affectation 
est si grande de la part de ceux qui me persécutent, qu'on ne veut pas 
permettre que personne me parle. Je me jette Monseigneur a Votre misé- 
ricorde, mes créanciers juifs veuillent bien avoir patience, il n'y a que les 
chrétiens qui, quoique nantis presque pour tout ce qui leur est deub, sont 
plus durs et plus impitoyables que ceux là ; que Votre Altesse Royale, 
Monseigneur, leur apreinne que l'humanité condamne un tel procédé. 

Je suis, Monseigneur, avec un très profond respect de Votre Altesse 
Royale 

le très humble, très obéissant 

et très soumis serviteur, 

Samuel Lévy, m. p, 



Nancy, ce 30e ma y 1718. 



XLVIII 



Mémoire que Samuel Lévy prend la liberté de présenter a Vostre Altesse 
Royale 2 

Monseigneur, 

Samuel Levy n'a pas crû devoir jusques a présent rendre compte de sa 
conduite pardevant les créanciers marchands de Nancy, d'autant que le 
dit Samuel a exécuté leurs traitez, ce qu'il est prest a justifier, de mesme 
que les pertes qu'il a faits avec les interests usuraires qu'on luy a exigez. 
Le jugement contre les Sekels est une première preuve, mais la liberté 

1. Arch. imp. de Vienne. 

2. Ibid. 



86 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

qu'il vient de perdre plus que jamais luy en oste les moyens parle décret, 
que la justice ordinaire vient de rendre, qui ordonne au geollier de ne 
luy laisser parler ny a femme et ses enfans et ses procureurs et avocats. 
Il implore votre miséricorde, pour ce qu'il luy soit permis de parler a 
ceux qui poursuivent ses affaires, comme avocats et procureurs, en 
suppliant Vostre Altesse Royale de luy donner des commissaires pour exa- 
miner ses affaires, pardevantqui il produira les pièces justificatives, telles 
que sont les registres de son commis de Francfort au consulat a Nancy, 
de mesme que le jugement des Sekels, joint aux autres preuves et pièces 
qu'il produira, qui seront des témoignages véritables des pertes considé- 
rables qu'il a fait et la bonne règle qu'il a tenu dans son commerce. 



XLIX 

12 juin 1718 1 . 

Monseigneur, 

Je pris la liberté la semaine dernière d'addresser a Vostre Altesse Royale 
un second mémoire, touchant le cour de vos monnoy et lequel je ne 
doute nullement que vous aurez ordonné, Monseigneur, de l'examiner 
étant d'une très grande avantage a vos états et a vos peuples ; j'espère que 
l'on ne tardera pas l'exécution du dit mémoire. 

J'en l'honneur de parler a M r de Beaufremont au sujet des 3.500 1., 
il me dit, que V. A R. pourrait me faire cette charité, qui m'est d'une si 
grande conséquence, que sans elle je ne puis avancer mes affaires, mes 
procureurs et avocats m'ayant abandonnez, faute que je ne peut leur faire 
aucunes avances et ne pouvant non plus mettre en exécution deux sen- 
tences que j'ay obtenu il y a un mois, contre les marchands de Nancy, 
qui ordonnent de liquider avec moy; ils ne demandent pas mieux de ce 
que je ne puis poursuivre, ny avancer mes affaires, faute de n'avoir pas 
un sole et refusant de jour en jour de présenter les billets qu'ils disent 
avoir de moy. C'est pourquoi je me jette aux pieds de V. A. R. afin de 
m'accorder cette grâce, qui me mettera en état de justifier ma conduite, 
qui a désia commencé a se faire connaître ; j'attend cette grâce, vous 
faisant resouvenir que la mine se trouve touiours bonne. 

Je suis avec une parfaite soumission 
Monseigneur de 
Vostre Altesse Royale 

le très humble et très obéissant et très 
soumy suiet Samuel Lévy, m. p. 

De Nancy des prisons royalles 
le 12 e juin 1718. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 87 



22 mars 1719 *. 

Monseigneur, 

Je prends la liberté d'informer Vostre Altesse Royale, que M r le prési- 
dent de Beaufremont m'ayant fait la grâce de me venir voir dans ma triste 
demeure, me parla d'un juif étranger, qui fut dernièrement a V. A. R., 
chargez de deux billets provenants d'elle et luy en demanda le montant; 
je ne sçai quelle a été la reponce. 

J'ose vous remarquer très humblement, Monseigneur, que celle qu'il 
est nécessaire de luy faire faire est, de luy dire, que ce billet provenant 
du temps, que j'eu l'honneur d'avoir la recette générale de l'état, qu'il ne 
peut être payé qu'a la deffinition de mes affaires ; promettant a V. A. R. 
de luy faire acquitter, sans qu'elle en débourse un sol, par les mesures 
que je prendray avec ce particulier. C'est sur quoi elle peut conter, 
ayant fait connoitre a M r de Beaufremont les moyens inévitables dont je 
me serviray, pour marquer a V. A. R. mon zèle. 

Il me dit qu'il n'avait reçue aucun ordre des 3.500 1., que votre charité 
me promet depuis si longtemps; je la suplierais d'avoir pitié de moy et 
des maux que je souffre, en m'en accordant quelque peut, n'ayant pas de 
quoy vivre. J'espère cette grâce de votre miséricorde, de mesme que celle 
que j'espère, qu'elle m'aura accordé il y a quelques jours en ordonnant, 
que mon procest soit finy avec les paques prochaines. 

Je suis avec une parfaite soumission 

Monseigneur de 

Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis et 

très fidèle suiet 

Samuel Levy, m. p. 

Des prisons de Nancy 

le 22 9 mars 1719. 

Lia. 
Monseigneur 2 , 

La charité et les bontés que Votre Altesse Royale vient d'avoir pour un 
homme, qui souffre depuis deux ans, en marquant qu'elle vouloit une 
fois pour le tout voir finir mes affaires, me font prendre la liberté de 
remercier très humblement V. A. R. de la commisération qu'elle veut 
bien avoir ; elle ne peut que de m'etre très avantageuse en tous les 
tems et particulièrement elle faira sans doute avancer le reste de mes 
créanciers, qui n'ont pas encore suivi l'exemple, que les principaux leur 
ont donné depuis huit jours, en terminant a l'amiable entièrement avec 

1. Arch. imp. de Vienne. 

2. Ibid. 



88 REVUE DES ETUDES JUIVES 

moy, en signant un nouveau traité, qui leur est autant favorable, qu'a 
moy agréable, puisque par ce traité ils m'accordent ma liberté du jour et 
du moment de leur signature. 

Un traité qui tire les uns et les autres d'affaires d'un mouvement 
volontaire et naturel est toujours plus agréable qu'une liquidation, qui 
semble forcer et contraindre. Je crois que ce moyen ne sera pas mis en 
usage a moins, que ceux qui restent à signer, ne s'éloignent a suivre 
l'exemple, que les principaux créanciers leur ont donnez, en nTaccordant 
comme eux ma liberté; en ce cas, Monseigneur, s'il arrive, qu'ils ne 
soient pas raisonnables de faire comme les autres, j'espère que V. A. R. 
me permettra la liberté de l'en informer et de souffrir, que je 
suplie, que ses bontés de m'etre touiours favorables étant mon plus fort 
appuy, Je crois, Monseigneur, que ma liberté leur sera plus avantageuse, 
que ma détention continuelle ; en l'obtenant je marqueray tant de bonne 
foy a travailler, que les chrestiens et juifs seront satisfait, quoyque l'on 
ait taché de donner une idée du contraire. 

J'espère que Vostre Altesse Royale aura la bonté d'examiner celle que je 
prend la liberté de luy addresser. 

Etant avec une parfaite soumission et fidélité 

Monseigneur de Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis et fidel suiet 

Samuel Levy, m. p. 

Des prisons de Nancy 

le 28 e juillet 1719 1 . 

Ub 

Des prisons 28e juillet 1719 *. 



Monsieur, 

Les bontés que S. A. R. vient d'avoir pour moy en ordonnant de finir 
mes affaires dans la quinzaine pour tout delay, j'ose en conséquence de 
cet heureux présage de vous remarquer, Monsieur, que depuis ce temset 
avant la plus part des principaux de mes créanciers viennent de finir 
aimablement avec moy, non par des liquidation, mais bien par des 
accomodements. Mais comme il pourroit dans le tems qui reste a finir 
il sy trouveroit peut estre quelques opiniâtres je ne pourroit me dispenser 
d'en avertir S. A. R., pour luy remarquer que la négligence ne provien- 
dera jamais de moy. Ce qui nest pas a présumer ny le peut être, puisqu'il 
est naturel, qu'une personne qui est dans la captivité cherche tous les 
moyens immaginables a sortir dun lieu aussi triste, que la prison. Je 
crois que la (sic) ma liberté sera plus avantageuse tant aux crestiens 
quaux juifs que ma détention, puisque qu'elle me donnera lieu a les 
satisfaire par mon travail et a rendre service a l'état, comme j'ay fait 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 89 

autre fois. Je vous suis sensiblement obligé des bontés que vous avez 
témoigné a la personne qui eu l'honneur de vous parler, Monsieur, der- 
nièrement de mes affaires, je vous suplie de me les continuer. 
Je suis avec un profond respect 
Monsieur 

Votre très humble et très obeisant 
serviteur. Samuel Levy. 
Des prisons le 28 juillet 1719. 

lu 

De prison le 11 aoustl.719 1 . 
Monsieur, 

Comme il y a longtems que je n'ay pas pris la liberté de vous écrire, 
Monsieur, je l'ose prendre par celle cy, pour vous dire, qu'il m'est bien 
sensible de voir, que tout le monde se retably — l'exemple se rencontre 
dans mon beaufrere Choiuiabe de Metz, qui étant auberé a gagnez en 
moins de quelque moy 500.000 1. a Paris — et moy il faut que je soye 
dans une malheureuse prison à ne m'occuper humainement qu'a des pro- 
cédures a soutenir contre quelques mutins, qui y reste encore n'ayant 
pas suivy l'exemple des principaux, qui se sont desja accommodez avec 
moy. Sera til possible qu'on ne songera jamais aux services que j'ay 
rendu a l'état et que S. A. R. ne sera pas un jour touche de pitié de ma 
misère et qu'il ne me redonnera la liberté qu'il m'aoste. Elle ne doit pas 
me la refuser sous prétexte qu'il y a d'autres devoumens, me pouvant 
valloir, — lorsqu'on est en prison par les ordres de son souverain. Si vous 
aviez dans l'occasion la bonté de luy parler vous tireriez un homme 
affligé extraordinairement. 

Je suis avec un profond respect Monsieur votre très humble et très 
obeisant serviteur. 

Samuel Levy. 
Des prisons le 11 aoust 1719. 

Demande son élargissement pour pouvoir travailler a remettre ses 
affaires et satisfaire ceux a qu'il doit. 

LUI 

Lettres du juif Samuel Levy s . 
Monseigneur, 

Je supplie très humblement Votre Altesse Royale de me permettre 
encore de luy rendre compte de l'état de mes affaires, afin qu'elle soit 
assurée que je n'oublie rien pour terminer avec mes créanciers, a qui 

4. Arch. imp. de Vienne. 
2. Ibid. 



90 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

V. A. R avait ordonné de finir entièrement dans la quinzaine; cependant 
en voila plus de vingt, sans que ceux qui ne se sont pas accomodés avec 
moy ait fait aucune dilligence, quoyque ie leur aye fait signifier une 
sentence, qui conformément a la volonté et aux ordres de V. A. R. les 
oblige a se présenter a la liquidation. 

Ils devroient s'y porter d'eux mêmes, puisqu'ils sçavent, que ma liberté 
leur sera très avantageuse, parceque par mon travail je me retabliray et 
ils seroient satisfait, delà même manière que quelques particuliers, a qui 
leurs créanciers aiant laissé la liberté de travailler, ont eu la satisfaction 
d'être payés entièrement parles soins et les mouvements laborieux, qu'ils 
se sont donnés dans les changements survenus en France. 

Si j'avais eu a faire a des créanciers aussy raisonables, j'aurois eu le 
bonheur de réussir comme eux et ma liberté me procurant la facilité de 
faire des remarques sur tous ces changements, mon zèle pour V. A. R. 
me mettroit en état de luy faire des remarques sur des affaires très 
importantes, dont elle seroit très content de mon attention. 

Il me reste, Monseigneur a suplier V. A. R qu'elle ai la bonté de con- 
sidérer, qu'après les ordres qu'elle a donné pour finir, je ne sortiray 
jamais de prison que par son autorité, tant l'opiniâtreté de mes créan- 
ciers à me faire finir mes jours malheureusement est invincible. 
Je suis avec un très profond respect, 

Monseigneur 

de Votre Altesse Royale 
le très humble très obéissant et 
très fidelle suiet et serviteur, 
Samuel Levy, m. p. 
Des prisons de Nancy le 12 e aoust 1719. 



LIV 

Le juif Samuel Levy 
de l'an 1719 ». 

Monseigneur, 

J'ay pris la liberté de remontrer très humblement a Votre Altesse 
Royale par la lettre, que j'ay eu l'honneur de luy addresser, la situation 
de l'état de mes affaires en conséquence de vos ordres, du peu de dilli- 
gence que mes créanciers apportoient a les exécuter. Je prends la liberté 
de remontrer dans celle cy a V. A. R. que mes créanciers ne prolongent 
le tems, que pour entrer dans les vacances et me mettre hors d'état pen- 
dant trois mois de rien avancer et me tenir en prison et rendre par la 
inutile l'ordre, qu'il vous a plu donner pour finir. 

Je suplie V. A. R. par ses bontés et son autorité de prévenir les mau- 
vais intentions de mes créanciers et de les obliger a suivre, ce qu'une 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 91 

partie a fait, en m'accordant ma liberté. Ils le fairaient, si la haine 
poussée par l'envie n'y était un obstacle. Il me reste a vous suplier de 
prévenir mes maux, en prévenant leurs mauvais desseins par un ordre 
conforme au précèdent, qui les oblige a finir. 
Je suis avec un très profond respect 
Monseigneur 

de Votre Altesse Royale 
le très humble, très obéissant et 
très fidelle suiet et serviteur 
Samuel Levy, m. p. 
Des prisons de Nancy le 16 aoust 1719. 



LV 

30 septembre 1719. 

Samuel Levi 
sur le même sujet \ 

Monseigneur, 

La crainte d'importuner Votre Altesse Royale ma fait rester dans le 
silence pendant tout le tems, que mes parties ont fait tout leur possible 
près de mes juges, pour faire une brèche a la réputation d'un homme, 
qui n'avoit d'appuy et de resource que dans la régularité des procédures 
et l'intégrité de ses juges, qui ont etéz si vivement convaincu de ma 
conduitte et de ma bonne foy, malgré les discours artificieux, les brigues 
et le crédit de mes parties, que par une sentence du bailliage ils ont 
déclaré une partie de mes créanciers decheus de leur prétentions, faute 
d'avoir produit leur liquidations dans le tems; et l'autre est obligé d'oter 
de leur demande des sommes que la tyrannie avoit exigée et leur 
enioint en outre, de prêter leur affirmation pour purger la légitimité de 
ce que l'on croit, non sans soupçon, leur être deub de mesme que de 
prendre mes effets sur le pied de la première estimation, c'est ce qui 
réduit les auteurs de mon oppression a deffendre eux mesmes leur répu- 
tation et leur conduite a mon égard. 

Voila, Monseigneur, en peu de mots le jugement, que la justice, qui 
protège l'innocence contre la persécution, vient de rendre publique, 
après l'avoir attendu avec toute cette patience, que V. A. R. a eu la bonté 
de fortifier, en me faisant dire, que je pouvois tout espérer de son auto- 
rité, si elle apprenoit qu'un jugement détruisit les impressions qu'on 
tachait depuis longtems a donner de moy. 

Ces assurances et les bontés si naturelles de V. A. R., qui porte ses 
suiets dans son cœur et particulièrement les oppressés, me font jetter 
avec confiance a ses pieds, pour la suplier de vaincre par son souverain 
pouvoir l'opiniâtreté du plus petit nombre de mes créanciers a suivre 

1, Arch. imp. de Vienne. 



02 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'exemple du plus grand, qui a consenti a ma liberté, plutôt que de dissi- 
per en procédures touiours trop longues des sommes, qui pourroient être 
mieux employées ; car je puis assurer V. A. R. que quoy que ma conduite 
soit bien établie par ce jugement, qu'il faudra que je périsse en prison, 
faute d'avoir de quoi fournir aux procédures que Ton me faira, pourpro- 
longer mes jours. Jusquesicy quelque personne, qui ont connu ma con- 
duite et ma droiture se sont saignés pour fournir aux fiais immenses, 
qu'on ma fait si injustement, puisque mes créanciers dévoient eux mesmes 
se faire la justice, qu'on vient de me rendre. 

Que V. A. R. me permette donc de la suplier, que je ne périsse pas 
par de nouvelles chicanes, elle est en état par ce jugement de tout son 
pouvoir, elle le faira sans doute, si elle a la bonté de rappeller mes anciens 
services et la bonté qu'elle a eu de me faire promettre sa puissante pro- 
tection ; ce qui me mettra en état de rétablir mes affaires dans un tems 
aussi favorable, que celui cy, comme mes beaux frères de Metz ont fait 
les leurs a Paris, ou tout le monde se retably, comme V. A. R. scait ; c'est 
ce que j'espère de votre charité. 
Je suis avec une parfaite soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumy 
et très fidel suiet 

Samuel Levy, m. p. 
Des prisons de Nancy le 30 e septembre 1719. 



LVI 

12 décembre 1719. 
Touchant ses affaires 
avec ses créanciers ' 

Monseigneur, 

Je prend la liberté de présenter a Vostre Altesse Royale l'imprimée cy 
joint, qui contient l'état des contestations évoquées a votre cour souve- 
raine entre moy et six ou sept de mes créanciers chrétiens. V. A. R. en 
ordonnant cette évocation a voulu, que les choses alassent viste et que 
vostre cour souveraine mit fin a toutes ces contestations. Vos ordres, 
Monseigneur, ont été donné pour cela déz le 13 e du mois passé. 

La cause fut plaidée contradictoirement a l'audiance du 20 e et parce que 
mes parties adverses affectèrent de l'embarasser de mille choses, dont il 
n'est plus question, cela donna lieu a un appointement, dont les délais 
ne sont que de trois jours a autres péremptoirement. 

Je n'ai pas été en état de lever l'appointement a cause des espices qu'il 

1. Arch. jrap. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 93 

fallait payer; mes parties adverses, qui ne cherchent que du retard, n'ont 
voulu le lever que le I e du présent mois et quoy que par cet imprimé qui 
est tout ce que j'ay a dire pour le soutient de mon droit, l'affaire soit en 
état de ma part, cependant pas un de mes parties adverses n'a encore 
écrit. Ce retard, Monseigneur n'est que pour me détenir toujours plus 
longtemps en prison et me faire perdre l'occasion de rétablir mes affaires, 
elle ne fut jamais cependant plus favorable. Je vois ceux de ma nation, 
tombé comme moy, qui se sont relevez dans les négociations qu'ils ont 
esté faire a Paris; j'aurai pu en faire autant, si j'avais eu ma liberté ; je 
pourrois le faire encore, si je l'avois. C'est, Monseigneur, vouloir m'abi- 
mer sans resource, que d'éloigner, comme on fait, le jugement de nos 
contestations ; ainsy, puisque j'ay fait mes diligences et que l'on voit 
d'ailleurs par mon imprimé la justice de mes prétentions, je supplie très 
humblement V. A. R. de m'accorder ma liberté. Six ou septde mes créan- 
ciers en me détenant n'en avanceront pas plus leurs affaires, au lieu que 
si je sors de prison, travaillant, comme ie me propose de le faire, a mon 
rétablissement, je me metteraye par la en état de les satisfaire ; j'ose dire 
que leur obstination dégénère en vexation et en malice, veu que le plus 
grand nombre donnent les mains a mon élargissement. Ces raison por- 
teront sans doute V. A. R. a m'accorder la grâce que je luy demande. 
Je suis avec un très profond respect 

Monseigneur de 

Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis 
et très fidel suiet 

Samuel Levy m. p. 

Des prisons de Nancy le 12e décembre 1719. 

LVII 

28 décembre 1719 '. 

Monseigneur, 

Les bontés que Vostre Altesse Royale a eu de me promettre il y a plus 
de deux mois de faire finir mes affaires et me donner ma liberté m'engage, 
dans la dure captivité ou je suis, de l'importuner, le priant très humble- 
ment, d'avoir la charité de se resouvenir de sa promesse que V. A. R. a 
bien voulu avoir la charité de m'accorder. 

Je suis persuadez, que si V. A. R. avoit vu les lettres continuelles, qu'on 
m'écris de Paris et les offres presantes, que Madame de Rozier me fait de 
me rétablir dans un tems si favorable et dont M r son fils, par rapporta ces 
offres, est venu ces jours passez signer l'accomodement de l'ordre de mad e 
sa mère, V. A. R. donneroit par ses bontés ordinaires un second ordre 

1. Arch. imp. de Vienne. 



94 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

a finir incessament, qu'on na pas encore pensé a exécuter, puisque mes 
affaires sont en la mesme situation. J'espère que la charité de V. A. R. se 
portera plus tost a mon humble prière, qu'a la sollicitation de six ou sept 
mutins, au preiudice de tant d'autres créanciers, qui me donnent ma 
liberté. 
J'attend de votre miséricorde cette grâce 
Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis 
et très fidel suiet 
Samuel Lévy m. p. 
Des prisons de Nancy 
le 28 décembre 1719. 



LVIII 



16 janvier 1720 l . 



Depuis plus de deux mois que Votre Altesse Royale à eu la bonté de 
donner sa parolle sacrée de faire finir incessament mes affaires et de me 
donner la liberté, on n'y a cependant aucunement songé puisque les 
choses sont dans le même état. 

Ce qui m'oblige Monseigneur, dans l'état pytoyable ou ie me trouve, 
accablé de chagrin de ne pas voir exécuter la parolle sacrée de V. A. R. 
de la suplier très humblement de scavoir a quoy je dois m'en tenir et si 
cest ses intentions, que je demeure toute ma vie en prison, pour satis- 
faire l'opiniâtreté de trois ou quatre mutins, qui ne veuillent pas 
suivre l'exemple de tous mes autres créanciers et qui sont cause que je 
ne suis pas desja retably, si ce sont les volontés de V. A. R. je ne prendroy 
plus la liberté de l'importuner. Je me jette aux pieds de sa miséricorde, 
d'avoir pitié de moy et de ma pauvre famille, qui est errante a demander 
son pain. 
Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble très obéissant 
et fidel sujet. 

Samuel Levy m. p. 
Des prisons de Nancy 
le 16 janvier 1720. 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 95 

LIX 
22 janvier 1720 l . 

Monseigneur, 

Je prends pour la dernière fois la liberté d'addresser a Votre Altesse 
Royale un factum, qui eontientgeneralementtoutes les injusticescriantes, 
que l'on exerce contre moy, cela de la part uniquement de six ou sept 
de mes créanciers, qui empêchent la bonne volonté de plus de cinquante, 
qui me donnent ma liberté. 

V. A. R., en considération, ordonna aussy, il y a plus de deux mois, de 
finir en dernier ressort mes affaires, en me donnant de mesme ma liberté 
ce qui fut dit par la bouche de M r le premier président ; néanmoins, 
Monseigneur, rien ne se finit. 

Ce qui m'oblige dans la dure captivité, ou je suis, d'espérer, qu'après 
que V. A. R. aura jette les yeux sur mon factum, ou de s'en faire rendre 
compte, qu'elle exécutera sa parolle sacrée, ou qu'elle aura au moins la 
bonté de me faire sçavoir ses volontés, sçavoir a quoy je dois men tenir, 
afin du moins que je n'importune plus davantage V. A. R. Je suis per- 
suadez que votre miséricorde se conformera a celle des pays étrangers 
qui ne cherche qu'a donner lieu a rétablir un homme tombé dans le 
malheur et que ne voulant pas m'accorder la grâce qu'elle m'a promise, 
elle me mest avec tous mes créanciers dans une triste situation, surtout, 
lorsque le temps est aussy favorable a me rétablir. 
Je suis avec une profonde soumission 

Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 
le très humble, très soumis et 
fidel suiet 
Samuel Levy m. p. 
Des prisons de Nancy 
le 22 janvier 1720. 

LX 

29 janv. 1720'. 

Monseigneur, 

La liberté que je prend aujourd'huy, Monseigneur, d'addresser a Votre 
Altesse Royale mes plaintes continuelles m'engagent a représenter a 
V. A. R. qu'il m'estbien dure de voir que cinq oppiniatres arrestent la 
bonne volonté de tous mes créanciers en général, surtout dans un tems 
aussy favorable et qu'ils se vantent d'estre lesmaistresde ma liberté. 

1. Arch. imp. de Vienne. 

2. lbid. 



96 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Je crois Monseigneur, que je suis sous l'honneur de votre protection et 
que V. A. R. y metera fin. C'est la grâce que je luy demande étant avec 
une profonde soumission 

Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 
le très humble et très 
soumis serviteur 

Samuel Levy m. p. 

Des prisons de Nancy le 
29 janvier 1720. 



LXI 



7 fevr. 1720 



Monseigneur, 



De tous les maux et les peines que j'ay jamais souffert et que j'ay si 
souvent pris la liberté d'en importuner Votre Altesse Royale, comme le 
plus miséricordieux prince du monde, ne sont pas en comparaison de 
ceux que j'apprend auiourdhuy, qu'un nommé Vincent, qui agit pour des 
Poulies, qui non content d'en avoir un jour imposé a V. A. R., qui est 
cause de mon emprisonnement, vient d'avoir encore le front, de repré- 
senter a V. A. R. que si votre charité m'accordait ma liberté, qu'elle 
m'a fait la grâce de me promettre il y a plus de trois mois, au cas que ces 
cinq oppiniatres ne s'accomodassent, comme ont fait tous mes créanciers 
indistinctement, qui me donnent ma liberté, que la bonté de V. A. R. 
pour moy tenderoit a la ruine des meilleurs commerçants de votre pro- 
vince par la raison qu'il a dit, que devant a des créanciers avec ceux 
qui ne consentent pas a ma liberté, n'étoient nullement inquiété tant et 
si longtems que je seroit détenu, mais que sitôt que j'obtiendrais ma 
liberté, que ceux a qui ils doivent tomberoient sur eux. 

Pour preuve du contraire, Monseigneur, ce qu'il est a remarquer, que 
la chose est d'autant faux que ceux qui restent auiourdhuy a suivre 
l'exemple de tous mes créanciers, qui me donnent main levée, sont 
M rs Antoine, Seinturier, Ruinard, Gollinetdes Poulies, tous gens, qui sont 
puissament riches et par conséquent ne doivent a qui que ce soit ; de 
plus V. A. R. doit être informé, qu'ils ont touchez plus de moitié suivant 
la seconde estimation, qui fait une différence delà première d'une somme, 
qui les auroient payez tout plaint; ainsy cest mal a propos de déguiser 
la vérité de cette nature. 

Il m'est donc nécessaire de prendre la liberté de faire connoistre a 
V. A. R. la ruse de ce particulier, c'est quand il su pose ces inconvenians il 

1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 97 

regarde ses interests, puisque si dieu me faisais la grâce de me donner ma 
liberté par votre charité, ce nommé Vincent serait obligé de se déguerpir 
de ce qu'il a a des Poulies et ses consors, qui va a 100.000, desquels 
deniers il se sert pour son commerce, qui luy est d'un grand secours, 
c'est ce qui l'a engagé a tacher d'interrompre la bonté de V. A. R. a me 
donner ma liberté. J'espère que sa miséricorde aura pitié de moy. 
Je suis avec une profonde soumission 

Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 
le très humble très soumis et 
très fidel suiet 
Samuel Levy m. p. 

Des prisons de Nancy 
le 7 e février 1720. 



LXII 



29 fevr. 1720 ! . 



Monseigneur, 

Le pitoyable état dans lequel je suis réduit depuis trois ans et presque 
a la veille de mourir de faim sans espérer davantage du secours de 
quelqu'un de mes amis, qui se fatiguent de m'en donner me fait prendre 
a la sortie d'une maladie ou j'ay manqué d'y laisser la vie, la liberté 
d'importuner Votre Altesse Royale, pour qu'elle aye la bonté de jetter 
son oiel de compation sur une personne qui s'est touiours fait gloire de 
servir fidellement V. A. R. et d'avoir en même temps la charité pour la 
dernière fois de décider, si elle désire m'accorder ma liberté qu'elle m'a 
promise il y a plus de trois mois, en cas que ces cinq créanciers qui 
restent a suivre la bonne volonté de tous les autres en générale ne 
s'accommodassent pas avec moy. V. A. R. peut le faire sans leur 
faire tort, tant par rapport que c'est par ses ordres, que je suis en 
prison, que parce qu'il est des lois que la voye de cinq particuliers ne 
l'emportera pas sur celle de tous mes créanciers en gênerai, qui n'ont 
pas eu le mesme avantage que ces derniers qui ont touché plus de moitié 
suivant la seconde estimation et suivant la première, faite de l'ordre de 
V. A. R. payé plaint ainsy c'est mal a propos qu'ils se plaignent journel- 
lement de n'avoir encore rien touché. 

Je dois donc espérer cette grâce d'autant qu'il y a de la justice de me 
l'accorder qui me donnera lieu de travailler a rétablir mes affaires, au 
lieu que ma détention sera la ruine inévitable de mes créanciers et celle 
de ma pauvre famille, qui n'est que trop avancé. Ainsy, Monseigneur, 

1. Arch. imp. de Vienne. 

T. LXV1H, n° 135. 1 



98 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

aye de la charité pour un pauvre père de famille qui à rendu tant de 
service à V. A. R. elle l'accorde a tant d'autres qui ne l'ont jamais si bien 
mérité. 
Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble très soumis 
et très fidel suiet. 
Samuel Levy m. p. 
Des prisons de Nancy 
le 29 février 1720. 



LXIII 



15 mars 1720 



Monseigneur, 

La personne qui eu l'honneur hier de présenter a Vostre Altesse 
Royale le mémoire, que je pris la liberté de luy faire remettre, me 
témoigna, que V. A. R. eu la bonté d'avoir la patience de se le faire 
expliquer et la charité, qu'elle en a la deffinition de ce détail de songer 
aux maux que je souffre depuis trois ans, ce qui m'oblige de redoubler 
mes vœux pour la continuation de sa personne sacrée. 

J'ay l'honneur d'avertir V. A. R. que deux des plus fameux banquiers 
de Nancy se sont donnés la peine de me venir voir, en me témoignant 
l'embaras dans lequel ils etoient pour les remises des pays étrangers, 
ne sachant de quelle manière faire. 

Si V. A. R. désire dy apporter remède pour soulager les commerçants 
de ses états, je chercheray des moyens pour en adoucir la peine, je 
n'attend que l'honneur de ses ordres pour les exécuter. 

Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 



Votre Altesse Royale 



le très humble, très soumis 
et très fidel suiet. 
Samuel Levy m. p. 



Des prisons 
le 15 e mars 1720. 



i. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 99 

LXIV 

s. d. 
(Pâques 1720?) 

Monseigneur l , 

La liberté que je prend auiourd'huy d'importuner Votre Altesse 
Royale ne tend humainement, qu'a luy représenter avec respect de la 
parolle sacrée, qu'elle a eu plusieurs foy la bonté de donner, qu'elle 
vouloit absolument faire finir mes affaires, en me donnant ma liberté au 
cas, que ces cinq oppiniatres qui restent a ne vouloir pas suivre le 
mesme exemple que ceux, qui m'accordent la main levée de ma per- 
sonne. Cependant, Monseigneur, je vois avec douleur la bonne volonté 
de V. A. R.; rien ne peut l'empêcher de l'exécuter, puisque c'est par ses 
ordres que je suis en prison et qu'il n'est pas des loix, que quatres voix 
l'emportent contre plus de cinquante; que V. A. R. aye la charité dans 
ces saintes festes de Pâques, d'examiner les maux que je souffre depuis 
trois ans avec une pauvre famille et le tort preiudiciable que ma déten- 
tion fait a mes créanciers, qui ne peut que m 'être fatalle, de mesme qu'a 
eux et la justice qu'il y a a me donner lieu de me rétablir. Si V. A. R. 
veut y penser un moment elle connoistra la vérité de ce que j'expose, 
sans se plaindre de la faim qui commence a me dévorer. 
Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis 
et très fidel suiet. 
Samuel Levy ni. p. 

LXV a. 
Nombre des créanciers qui n'ont pas signé le traité, sçavoir 2 : 



Il n'a pas encore exécuté 
la sentence de liquidation. 

Il n'a pas encore exécuté 
ladite sentence de liquidation. 

Par ladite sentence de liqui- M r Scinturier 
dation on luy osta de la somme 
prétendu jusqu'à 12.000. 



M r D. Anthoine 


pour 


30.150 


M 1- N. Anthoine 


» 


18.980 


M r des Poulie 


» 


67.464 


M' Collin 


» 


23.372 


M r Ruynat 


» 


39.450 



179.416 



1. Arch. imp. de Vieone. 

2. Ibid. 



100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il n'a pas encore exécuté la- M r Noël, de Paris 
dite sentence, environ 35.000. 

Montant de la somme des créanciers qui ont signé 

l'accomodement 186.100 

Montant de la somme de ceux qui sont echeù de leur 

deubtes 111.669 

Pour la monnoye et pour Alcan que j'ai aussi main 

levée, montant 91.247 

Total 389.016 

Le montant de la somme de ces cinq créanciers qui 

ne sont pas accomodé 179.416 

Voila les créances de ceux qui ne sont pas accomodé, 
qui ne monte pas au quars de toute la somme. 
11 y est encor M r Richard d'une somme de 6.000 1. et Vincent Martin 
d'une somme de 8.890 1., lesquels ne sont pas accomodé et qui ne sont 
pas en procès avec moy. 

LXV b. 

État des créanciers chrétiens de Samuel Levy ! 

Nombre des créanciers cretiens de Samuel Levy qui ont signé le 
traité. 



Princesse de Lisboun 


pour 


28.700 


Comte de Guril 


» 


1.700 


Comte de Freraris 


» 


2.000 


Comte de Rosier 


» 


29.000 


M r Royer 


» 


2.260 


M me d'Eguer 


» 


1.000 


M r Maugot 


» 


3.000 


M r Ollivier 


)> 


12.025 


M r Chailly 


» 


68.480 


M- Leal 


» 


2.800 


M r Chaumel 


» 


2.800 


M r J. Bernard 


» 


14.100 


M' s Moniers 


» 


8.750 


M r Chailly le fils 


» 


743 


M r Vander Huit de Paris 


» 


1.786 


M r Eurard, notair 


» 


2.000 


M 1 ' de Lorier 


» 


1.200 


M r Thomas, chardinier de S. A. R. 


756 


M r Vaudehaut 


» 


3.000 




£ 186.100 



1. Arch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 101 

Nombre des créanciers crestienne, qui sont echeù de leur deubtes, 
suivant la sentence de liquidation et que j'ay main levée d'eux, 
ça voir : 

3.920 

5.700 

49.600 

2 220 

141 

232 

420 

34.500 

7.700 

300 

430 

4.900 

1.600 



Mr 


Camel 


M r 


Labard de Paris 


M' 


F. Baillot 


Mr 


Taston 


II' 


Jeanot 


M-' 


Vermisse 


Mr 


George de Marchel 


Mr 


Michot 


M' 


Larchéz 


M' 


Espinay (?) 


M' 


Seintlet 


M 1 


Goguil 


M' 


Déliant 



111.669 



L'article de 35.247 1. que je dois a la monnoye 

S A. R. l'a fait réduire de l'état de créance. 35.247 
Moyse Alcan pour 56.000 



£202.916 
LXVa 



26 avril 1720 1 . 

Continue a demander sa 
liberté et envoyé un mémoire 
de ses créanciers chrétiens. 



Monseigneur 



J'ay touiours espéré aux bontés de Vostre Altesse Royale contre la 
persécution de quatre ou cinq de mes créanciers chrestiens, mais on vient 
de me dire qu'ils avoient demandez ma translation aux tours noires d'aine. 
Je ne suis point tant coupable d'aucune fraude dans mon dérangement 
pour mériter une pareille translation V. A R. me permettra de luy dire, 
qu'elle n'en deverait pas douter, car depuy l'on m'a convaincu par cent cin- 
quante témoins, qu'on a fait entendre contre moy et par deux monitoires 
qu'on a publié, on n'a pas justiffié, que j'aye détourné pour une obolle 
de mes effets. Ainsy mon dérangement n'est qu'un pur malheur qui 
mériterait, que mes créanciers me donassent les moyens de me rétablir et 
que V.A.R. y contribua de son autorité. Je 1 ay servis avec zel, elle le say. 
seray-ie le seul malheureux, dont elle n'aura pas compassion ? Elle peut 
bien être persuadée que si je pouvois donner satisfaction a mes créanciers 

1. Arch. imp. de Vienne. 



102 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

je ne languirais pas, comme ie fait, dans une prison ; la plus grande par- 
tie consent a ma liberté, au moyen del'accomodement quej'ay fait avec 
eux, ils sont au nombre de 19 pour 186.000 1. ; ceux qui sont déchus par 
sentence pour une somme de 111.669 L; avec celle de Moyse Alcan et celle 
de la monnoye de 91.247 font ensemble celle de 389.016 L; tandy que ceux 
qui ne se sont pas accommodez avec moy, ils ne leur est redus que 
179.416, qui fait une différence de 209.600 1., plus que celle de ceux qui 
s'opposent a ma liberté et qui sont payés plus de moitiée par les effets 
qu'ils ont eut de chez moy. Sy joint, Monseigneur, est un état de tous mes 
créanciers chrestiens qui est juste et véritable et non faux comme celuy 
qu'ils ont présentez a V. A. R. et d'avoir la malice de dire que je me 
regalois en gros seigneur dans ma prison, rien de plus faux, puisque je 
suplie V. A. R. de s'en faire informer auprès du concierge qui justiffira 
qu'a peine peu je avoir du pain, sans avoir pour toute douceur dans la 
rigoureuse saison de l'hyver qu'un peu de braisse pour me garantir du 
frois. C'est donc mal a propos, que les cinq créanciers s'obstinent à vou- 
loir ma perte. Cela doit bien faire connoitre a V. A R. que je n'ay rien de 
caché et que je ne suis point en état de m'aider à sortir; car sij'avois de 
quoy, je me tireroys de leurs mains. 

Que V. A. R. aye dont pitiée de mon triste sort et qu'elle aye en mesme 
la bonté de se resouvenir, que j'ay rendu service a l'état avec zel et 
fidélité. 

Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur 

le très humble, très soumis 

et très fidel suiet 
Samuel Levt mp. 



Des prisons le 26 avril 1720. 



LXVI 



7 may 1720 l . 

Demande de n'estre pas mis 
au nombre des prisonniers 
civiles et que sa chambre en 
particulier luy soit rendue. 

Monseigneur, 
Les dernières plaintes que quelqu'un dejmes créanciers firent de moy a 
Vostre Altesse Royalle, en luy représentant qu'éloigné d'estre dans une 
triste situation je goutois tous les plaisirs inimaginables tant de la bonne 
chère, que ceux d'estre a mon aise, ce qui détermina V. A. R. a consentir 
a leur demande d'estre dans la mesme chambre que les civiles, qui y sont 
au nombre de plus de quinze tant malades que convalessants. Je puis 
assurer V. A. R., que si elle s'etoit fait rendre compte exactement de ce 

1. Ârch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 403 

qu'ils ont avancez avec trop de hardiesse, qu'elle verroit tout le contraire, 
puisque a peine puije avoir du pain. Ce n'est point la peine que je récent 
d'estre avec tous les civiles, qui méfait plaindre, mais seulement celle 
de voir, que je ne puis travailler a mes affaires, ny a me deffendre contre 
mes ennemis et qui me faitaussy un tort considérable dans l'esprit de 
ceux qui doivent juger le procest, qui est a la cour, de voir, quoyque 
civile, il ne m'est pas permis d'avoir une chambre particulière, ce qui est 
néanmoins accordé a gens détenu civillement. Il est facile a remarquer 
qu'ils n'agissent que par vexation, qu'ils pourraient estre pour ainsy dire 
excusables, si encore ils accusoient juste a V. A.R. Les maux et les peines 
dont je m'ay si souvent plaint, qu'ils me faisoient souffrire, font bien 
connoistre leur mauvais caractère. Si je prend la liberté de demander a 
V. A. R. ma première chambre, rien ne souffre difficulté a m'accorder 
cette petite grâce. Elle en accorde a tant d'autres qui ne l'ont pas si bien 
mérite; j'espère de l'obtenir de mesme que celle que V. A. R. se resou- 
viendra, s'il luy plait, que je me suis sacrifié pour le bien du service, 
sans qu'on ait pitié de moy. V. A. R. sçait cependant, que je n'ay jamais 
mérité d'estre traité de la manière, que je le suis. Mes créanciers y cou- 
rent avec encore plus violance, puisque mon procest étant la semaine 
dernière prest a juger, quelquun des plus oppiniatres viennent de pré- 
senter une nouvelle requeste a la cour, pour empêcher la deffïnition 
du procest. V. A. R. sera informé incessament de la vérité, qui luy 
fera connoistre, qu'ils ne tendent qu'a ne vouloir pas finir; enfin, 
Monseigneur, si V. A. R. ne finy par elle mesme, jamais mes affaires ne 
finiront. 

Je suis avec une profond soumission 
Monseigneur de 

Votre Altesse Royalle 
le très humble, très soumis 
et très obéissant serviteur 
Samuel Levy mp. 



A Nancy le 1* may 1720. 



LXVII 



18 may 1720 ! . 

Touchant un arrest du Parlement 
rendu en sa faveur ; et redemande 
sa chambre pour pouvoir travailler 
a ses affaires et a la liquidation de 
ses comptes. 



Monseigneur, 

Toutes les plaintes que j'ay touiours pris la liberté de faire a Vostre 
Altesse Royale de la justice que ie demande depuis trois années etl'iniuste 



1. Arch. imp. de Vienne, 



104 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

procédé de la pluspart de mes créanciers de Nancy vient enfin avec l'aide 
de Dieu en quelque façon de m'estre rendue par un arrest que votre cour 
souveraine vient de rendre, qui déboute le sieur Seinturier, marchand 
de Nancy de sa créance et aux dépens; c'est cependant, Monseigneur, le 
plus opiniâtre, qui se plaignoit continuellement a V. A. R., ce qui luy fait 
connoistre le peu de bonne foy de ce créancier et la droiture de mon 
costé. Alcan a eu le mesme sort, que le dit Seinturier avec quelques 
autres, sans les nommer de crainte de fatiguer V. A. H. tandis que la plus- 
part de ceux la ont preste serment, il y a plus d'un an, que je leur 
dévoient légitimement, néanmoins auiourd'huy leurs créances se trou- 
vent fauce ; c'est donc avec justice, que je me suis touiours plaint 
a V. A. R. 

Gomme par cet arrest, Monseigneur, je suis obligé de compter avec 
mes créanciers, ce qui mérite un travail des plus pénible, je demande 
pour cet effet a V. A. R. de m'accorder la grâce, de me faire remettre 
dans ma première chambre, m'etant de toute impossibilité de pouvoir 
travailler a mes affaires parmy une vingtaine de personnes dans une 
mesme chambre, mesme la plus part malade ; j'espère que V. A. R. aura 
la bonté de me l'accorder. 

De toute la satisfaction que je doive recevoir de ce jugement qui 
m'oblige a prier Dieu pour mes juges, j'ay néanmoins la douleur de voir, 
qu'ils n'ont pas finis au fond et que le party qu'ils ont pris entrenera après 
du temps et encore des procédures, qui ne finiront pas de sitôt. Il n'y a 
donc que V. A. R. qui peut, si elle souhaite, terminer d'un seul coup mes 
affaires; quand je demeureray encore un et deux ans en prison, quel 
avantage est ce que ceux qui ne me donnent pas ma liberté en tireront, ils 
feront tort a moy et a tous mes créanciers qui me donnent main levée. 
Ainsi V. A. R. voit la vérité de tout ce que ie luy ay représenté. Si j'osois 
envoyer a V. A. R. une copie de l'arrest, elle connoitroit comme la cour 
a reconnu la justice qui m'étoit duc, ce qui porteroit V. A. R. a me don- 
ner la liberté ; mes juges l'auroient pu faire, mais ils n'ont osé, sçachant 
que je suis emprisonné par vos ordres ; qu'elle ay donc la bonté d'exa- 
miner ce que j'ose luy remarquer elle se portera avec charité a m'accor- 
der ma liberté. C'est l'espérance dans laquelle je suis 
Je suis avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse royale 

le très humble, très soumis et 
très fidel suiet 
Samuel Levy m. p. 

Des prisons de Nancy le 18 e may 1720. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 105 

LXVIII 
20may 1720 1 . 
Demande d'estre tiré 
d'avec les prisonniers 
civils. 

Monseigneur, 

La liberté que je pris dernièrement d'informer Vostre Altesse Royale 
de l'arrest que la cour souveraine avoit rendue au suiet de mes affaires, 
qui m'est très favorable, grâce a dieu, j'obmis d'y insérer un des princi- 
paux articles, qui est, que mes créanciers sont obligez, de représenter 
tous mes effets en gênerai, si mieux ils n'aiment m'en tenir compte sur 
le pied de la première estimation, jugement qui m'est très avantageux et 
qui fera connoitre naturellement a V. A. R. la justice qu'on devoit me 
rendre depuis trois ans ; ce qui l'engagera aussy en mesme tems d'avoir 
la bontée de se resouvenir, s'il luy plait, qu'avant son départ pour Lune- 
ville elle déclara a mes créanciers, qu'elle ne vouloit plus entendre parler 
de mes affaires et que dans un mois pour le plus, elle avoit pris son 
party de me mettre en liberté ; pour preuve de ce qu'elle accedoit a leur 
demande de me mettre avec les civils, avec qui je suisauiourd'huy, Mon- 
seigneur, sans pouvoir travailler a mes affaires, étant avec une quinzaine 
au moins de personnes la plus part malades ; je suplie donc V. A. R., 
que si elle n'exécute pas ce qu'elle a promis a mes créanciers dans le 
tems quelle a fixé, qu'elle aye au moins la charité de me faire remettre 
ma première chambre pour y pouvoir travailler; c'est ce que j'espère. 
Je suis avec une profonde soumission 

Monseigneur de 

Vostre Altesse Royale 

le très humble, très soumis et 
très rldel suiet 
Samuel Lkvy, m. p. 
Des prisons de Nancy ce 20 e may 1720. 

LXIX 

8 avril 1721 \ 

Monseigneur, 

La liberté, que je prend d'importuner Votre Altesse Royale, est sou- 
tenu avec mon bon droit, que par le saint tems, ou nous sommes, qui 
engage la charité, surtout celle de votre miséricorde a prendre pitié des 
personnes qui pâtissent. 

Je suis du nombre, Monseigneur, lorsque j'auray l'honneur de luy repre- 

1. Arch. imp. de Vienne. 

2. Ibid. 



le très humble, très soumis, 

très fidel suiet et serviteur 

Samuel Levy, m. p. 



106 REVUE DES ETUDES JUIVES 

sentcr très humblement, qu'a force d'avoir fatigué mes amis depuis 
quatre ans a leur demander de quoy a emprunter s'en sont tellement 
fatigués, qu'ayant recours a eux ces jours derniers pour pouvoir subsister 
ils m'ont refusés ; ce qui m'a mis dans une nécessité a me passer (avec 
une pauvre femme malade depuis deux ans et ma famille) deux jours 
sans avoir que du pain. 

Dans une si dure nécessité j ay recours a la commisération de V. A. R. 
de m'accorder les 4.500 1. qui me sont deub sur la monnoye, ou ce qu'elle 
jugera a propos, pour pouvoir vivre, jusqu'à ce que j'ay la consolation 
de voir finir les mouvements, que je me suis donné a terminer avec mes 
créanciers. Si ce ne sont pas ses volontés, je luy demande par grâce 
specialle quelques unes de ses bontées charitables, pour ne pas trouver 
cette vie si insuportable. 

J'espère que le resouvenir de mes services passés engageront votre 
miséricorde dans ce saint tems a ne pas me refuser ce secours si néces- 
saire a l'homme. 

Je suis avec une très profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

Des prisons de Nancy le 8 e avril 1721. 

LXX 

17 7 b re J721 '. 

Il implore la clémence 

de S. A. R. pour obtenir 

sa liberté. 

Monseigneur, 
Votre Altesse Royale a eût la bonté de promettre a mon épouse que je 
sortirois dans quinze jours de la captivité ou je gémis depuis quatre ans 
passés ; ces quinze jours, Monseigneur, sont écoulés et ma détention 
continue toujours. Votre Altesse Royale a vu par le mémoire imprimé, 
que j'ay pris la liberté de luy envoyer et par le jugement, que le com- 
missaire et les arbitres ont rendu l'état de mes affaires, jamais en nulle 
part du monde on n'a retenu un débiteur en prison l'orsqu'il paye les 
deux tiers de ses dettes; depuis quatre ans j'ay payé presque plein tous 
mes créanciers et il y en a même qui le sont entièrement. La justice 
veut donc qu'on me donne ma liberté. Je l'attends de Vous, Mon- 
seigneur, le zèle avec lequel j'ay travaillé pour le service de Votre Altesse 
Royale doit exciter vos bontés en ma faveur; mon épouse seroit allé se 
jetter encore aux pieds de Votre Altesse Royale, mais la misère l'accable 

1. Avch. imp. de Vienne. 



SAMUEL LEVY, RABBIN ET FINAiNCIER 107 

et la réduit dans un état a ne pouvoir se mouvoir. A mon égard, je n'ay, 
Monseigneur, que la voix pour vous crier du fond de ma prison, que mes 
créanciers sont durs et impitoiables et que Votre Altesse Royale est 
pleine de clémence, espérant qu'elle mettra fin a mes maux par une main 
levée absolue. J'ay l'honneur d'être avec un très profond respect, 
Monseigneur, 

Votre très humble et très obéissant 
suiet et serviteur 
Samuel Levy, m. p. 
Des prisons ce 17 e 7 re 1721. 

LXXI 

29 8 re 1721 ». 

Demande après l'obtention de sa 
liberté autant de temps qu'il en faut 
pour finir ses affaires avant de sor- 
tir des états de S. A. R. 

Monseigneur, 

La justice que Vostre Altesse Royale vient de me faire la grâce de me 
rendre avec l'assurance inévitable de m'accorder ma liberté dans la quin- 
zaine me fait prendre auiourd'hui la liberté de la remercier très humble- 
ment et de l'assurer en mesme tems, que tout ce que j'ay avancé pour 
ma justification, comme on en est plainement convaincu, n'est rien 
encore en comparaison, Monseigneur, de ce qui en est ; néanmoins je 
rend grâce a Dieu de m'avoir donné les lumières nécessaires pour parer 
les coups de mes adversaires, qui ne laissent pas encore de faire courir 
le bruit dans le monde, qu'en m 'accordant ma liberté, que V. A. R. me 
faira sortir hors de ses états, ce que je ne peu croire; mais sy se sont 
ses volontés, j'espère qu'elle ne me refuseroit pas la grâce de m'accorder 
un delait de quelque tems, pour finir mes affaires, avant que les ordres 
soient donnés à cet effet; c'est ce qui a été octroyé a ceux de ma nation, 
qui résident dans l'état. 

Que V. A. R. ait la bonté de considérer mes anciens services joins aux 
maux que l'on m'a fait souffrir depuis cinq ans, qui sont cause de ma 
ruine, je suis assuré qu'elle aura pitié de moy et de ma pauvre famille. 
C'est la seule espérance qui me reste. 
J'ay l'honneur d'estre avec une profonde soumission 
Monseigneur de 
Votre Altesse Royale 

le très humble, très soumis 
et, 1res fidel suiet 
Samuel Levy, m. p. 
Des prisons de Nancy le 29 octobre 1721. 

1. Arch. imp. de Vienne, 



108 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

LXXII 

Arrest du Conseil d'Etat entre 

les syndics et créanciers 

de Samuel Lévy. 1 

Nous estant en notre dit conseil, sans nous arrêter aux appellations et 
demandes des ditles Glavel et Reynard (femmes Olivier), non plus qu'aux 
appellations, oppositions et demandes des directeurs des créanciers des- 
dits Alexandre et Mathieu Olivier, faisant droit sur les appellations et 
demandes en interprétation des sindics des créanciers dudit Sam. L. 
avons mis les appellations et jugements dont est appel au néant, Emen- 
dant avons receus lesd. sindics a rendre séparément compte des effets 
contenus dans les lots a eux obvenus ledit jour 18 octobre 1717 et en 
conséquence avons réglé et liquidé le prix des effets rapporté dans les 
chapitres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 8, 9 et 10 de l'Etat dudit Dominique Antoine a la 
somme de 40830 1. 14 s. 2 d., celui des effets contenus dans les chapitres 
4, 2, 3, 4, 5, 6, 7 et 8 de l'état produit par ledit Seinturier a la somme de 
37.730 1. 9 s. 7 d. ; celuy des effets contenus dans les chapitres 1, 2, 3, 4 
et 6 de l'Etat présenté par les Olivier a la somme de 55.652 1. 2 s. 11 d. et 
celuy des effets contenus dans les chapitres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 1, 8, 9, 10, 11, 
12 de l'Etat fourny par ledit Despoulles a la somme de 43.260 1. 7 s. 7 d. 
toutes lesdites sommes ensemble revenantes à celle grosse de 177,476 1. 
14 s. 3 d. payables en pièces de 5 livres 7 s. 2 d. par lesdits sindics per- 
sonnellement et relativement à chacun de leurs états suivant qu'ils sont 
cy devant réglés et quant aux pierreries et bijoux contenus sçavoir dans 
le chapitre 7 de l'Etat dudit Dominique Antoine, dans le chapitre 5 de 
l'Etat dudit Seinturier, dans le chapitre 5 de l'Etat dudit Olivier et dans le 
chapitre 13 de l'Etat dudit Despoulles nous ordonnons que lesdites Pierre- 
ries et Bijoux seront représenté par lesdits sindics chacun a son égard sui- 
vant leurs offres pardevant notre très cher et féal Gon ei d'Etat et en notre 
Cour souveraine le S r Claude François Riboucher que nous avons commis a 
cet effet pour et en sa présence et celle d'un desdils créanciers qui sera par 
eux nommé en estre fait la reconnaissance par Claude François et Albert Le- 
noirquien ont fait la dernière estimation et de suite estre lesdites Pierre- 
riesetBijoux vendusenlamanière accoutumée au proffit desdits créanciers 
et les deniers en provenans partagés entre eux par contribution un sol la 
livre ; faisant droit sur la demande en sommation desdits sindics avons 
condamnés lesdits Alcan, Chailly, Ruinât, Colin, Monier et autres desdits 
créanciers qui en cette qualité ont receus desdits sindics des deniers ou 
effets de leur en faire incessament la représentation, et en ce qui touche 
la bague à un gros diamant des deux cotés et autres effets énoncés dans 
l'inventaire fait ledit jour 12 aoust 1717 et non rapporté dans aucun des- 

1. Arch. Nat. E. 2872, page 377 et ss. 



SAMUEL LÉVY, RABBIN ET FINANCIER 109 

dits quatre lots, nous avons condamnés solidairement néanmoins après 
discussion, lesd. Seinturier, Olivier et Antoine qui ont déclaré au bas 
dud. Inventaire avoir reçu en nantissement les effets y contenus d'en 
payer le prix, sçavoir laditte bague sur le pied de 15.000 livres et des 
autres effets sur le pied de l'estimation portée audit inventaire sauf leurs 
recours contre qui ils aviseront bon estre et deffenses au contraire, nous 
avons pareillement condamné lesd. 4 sindics personnellement en paye- 
ment de la somme de 10.000 livres pour peine stipulé par le compromis 
du 20 avril 1721, et quant aux frais du sindicat mentionnés dans l'Etat 
produit par lesdits sindics nous avons réglé les articles rapportés dans 
les chapitres 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, il, 12, 13 et 15 à la somme de 
19.216 1. 16 s. 3 d. et en ce qui touche le chapitre 14 dud. état avons 
ordonné que dans la huitaine a compter du jour de la signification du 
présent arrest pour toute pretixion et delay, lesdits sindics produiront 
par devant led. S r Reboucher un mémoire deument vérifié de la dépense 
faite par le nommé Lemoisne sur son lot de la somme de 2.525 1. y rap- 
portée pour estre ledit mémoire réglé sommairement par ledit commis- 
saire, laquelle somme de 19.216 1. 16 s. 3 d. et celle qui sera allouée sur 
le compte dudit Lemoisne seront deduittes sur celle de 202.476 1. 14 s. 
3 d. faisant le montant des sommes liquidées par le présent arrest et 
après ladite déduction faite seront prélevé sur le surplus de laditte 
somme grosse les despens des créanciers ainsy qu'ils seront taxés par 
le con er raporteur, et les frais du présent arrest et le restant d'icelles 
incessament partagé aussy par contribution au sol la livre aux dits 
créanciers de Samuel Levy, après néanmoins qu'ils auront affirmé si 
san'est fait pardevant led. S r Reboucher que les sommes a eux adjugées 
leur sont bien et légitimement dues, ordonnons que les 4 Etats repré- 
sentés par les sindics et celui contenant les frais de leur sindicat, tous 
lesquels sont réglés par le présent arrest, demeureront joints a la minute 
d'icelui pour en estre par les parties pris telle communication ou expé- 
dition qu'elles aviseront bon estre, sursis en ce qui touche les Olivier à 
l'exécution du présent arrêt pendant six mois, faisant droit sur les de- 
mandes respectivement formées en réparation d'injures avons ordonné 
que l'imprimé dont est fait mention dans la requeste en plainte desdits 
sindics demeurera supprimé et que les termes injurieux dont est plainte 
par lesdits créanciers seront rayés, et sur les surplus des autres fins 
demandes et conclusions des parties avons sur icelles mis les parties 
hors de cour, fait et jugé aud. conseil tenu à Lunéville le 29 juin 1724. 

LÉOPOLD. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES LEXICOGRÀPHIQUES ET GRAMMATICALES 



I. ba^. 

La construction des phrases b:n:n bn:n ^pn (De ut., 3, 16) et ynm 
b(i)a:n (ibid., 3, 17; Jos., 13, 23, 27), Voyi brran (n)»**! (Jos., 15, 12, 
47) a arrêté les exégètes et grammairiens, qui n'ont pu expliquer 
remploi insolite de la conjonction waiv. Ce waiv, à notre avis, ne 
répond pas du tout à la conjonction « et », mais équivaut à Yalef 
prosthétique de sn'nïi*, qui se rencontre à côté de yi-rt. Valef s'em- 
ploie avec les voyelles a et è ; mais ici la voyelle auxiliaire est ou, 
la voyelle radicale étant elle même où ; on s'est donc servi de la 
graphie n, usitée pour la conjonction t se trouvant devant un 
schéma et prononcée alors ou. Les locutions ba:n bron "]in, 
bnm ïtt»ï"ï, etc., sont des propositions subordonnées sans con- 
jonction et doivent se traduire : « le milieu du torrent formant 
frontière », « le Jourdain formant frontière », etc. La construction 
et la signification de ces phrases deviennent ainsi très claires. 

II. VI» « VETEMENT ». 

Le suffixe de i^E dans Lév., 6, 3, est difficile à expliquer. On ne 
peut guère admettre, en effet, une terminaison poétique dans un 
texte aussi prosaïque. La Masora paraît y avoir vu le suffixe pro- 
nominal, mais, à côté de in ^dd^td, un tel suffixe est peu naturel. 
Le même mot dans II S., 20, 8, paraît être expliqué par isjab, qui 
suit; mais là aussi le suffixe est inutile. Dans Ps., 109, 8, le suffixe 
est tout à fait inadmissible. Nous croyons donc que le mam est de 
la racine aussi bien que dans ami» (II S., 10, 4 = 1 Chr., 19, 4). 
Si le dages est exact et n'est pas dû à une confusion avec la 



NOTES ET MÉLANGES lil 

racine tto, il faudrait supposer une forme i^a pour "ta, comme 
ipK (type pa'al). En ce cas, on pourrait y rattacher t% (Jug., 
3, 16; I S., 4, 12 ; 17, 38, 39 ; 18, 4). ■nni'ro (Ps., 133, 9) 'pourrait 
être un pluriel à forme féminine pour "r-nii». yrçja dans Juges, 5, 16, 
s'il signifie « vêtement », est peut-être une forme altérée du même 
substantif. Mais ^yrn dans Jér., 13, 25, paraît n'avoir rien de com- 
mun avec ma. 

III. ÏVTÙl « DUPERIE, DÉCEPTION ». 

En prenant niym dans le sens de déception on donnerait peut- 
être une interprétation acceptable à la phrase an ^tmn aba ïixnn 
(Prov., 12, 20), qui autrement paraît une sorte de tautologie : « la 
ruse est dans le cœur de ceux qui méditent le mal ». Nous expli- 
quons : « La déception est dans le cœur de ceux qui méditent le 
mal », ils sont victimes de leurs propres machinations, ce qui 
cadre bien avec la seconde partie du verset : « Et la joie est pour 
ceux qui conseillent la paix ». Ce sens de rranE nous paraît aussi 
convenir dans la phrase énigmatique de Pr., 14, 8 : û->b^oa nbiai 
ïWitt, que l'on traduit : « la sottise des insensés est une ruse ». Il 
vaut mieux y voir l'idée que la sottise des insensés est (pour eux- 
mêmes) une tromperie, c'est-à-dire que les sots sont victimes de 
leur sottise. 

IV. -np « courbé ». 

Les dictionnaires attribuent à la racine mp le sens de « noir, 
sombre »,et au figuré « triste ». Cette interprétation est admissible, 
en effet, dans une série de versets : rrm D^a* vnprn D^um « le 
ciel a été assombri par des nuages et du vent » (I R., 18, 45) ; 
Dmaaa na vi-npm « et j'assombrirai leurs étoiles » (Ez., 32, 7). — 
-pb* û-mpK trttun tin ma» bsn « et tous les luminaires dans le ciel, 
je les assombrirai sur toi » (iô., 8). — inp rrm tdeœ « le soleil et la 
lune se sont assombris » (Joël, 2, 10; 4, 15) en parallélisme avec 
ûiiM isotf û^aaiai « et les astres ont retiré leur éclat ». — ûrpb* Tjpn 
DTT5 « et le jour s'assombrira sur eux » (Micha, 3, 6), en parallé- 
lisme avec di&raarï b* raiin r^an « et le soleil se couchera pour les 
prophètes ». — amoa û^m pun rrmp dtq© îû^ab» « je revêtirai le 
ciel d'obscurité et je leur mettrai pour couverture un cilice » (Is., 
50, 3). 

Le verbe *vrp est employé au figuré dans b?727: û^rcn vnpT « et 



112 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les deux seront assombris en haut » (Jér., 4, 28), parallèle à 
y-iNtt bnan « la lerre sera en deuil » — lisab vhy -np&'î « et j'ai 
assombri sur lui le Liban » Ez., 31, 15). 

La signification n'est pas très claire dans wby mp *?n d*mprt 
abc ûbym « (les torrents) qui s'assombrissent (?) par la gelée et sur 
qui se cache la neige » (Job, 6, 14). 

Dans Jérémie, 14, 2 : y-iab mp "ibb^K !m*;m rmrr iibdK « Juda 
est en deuil; ses cités sont languissantes, elles sont attristées à 
lerre », mp répond, comme dans Jér., 4, 28, et Ez., 31, 15, à baN, 
mais il devient difficile de traduire mp par « être triste » à cause 
du complément ynab. Il serait beaucoup plus naturel d'expliquer 
ce mot par « se courber, s'affaisser ». Cette interprétation s'im- 
pose, croyons-nous, pour le participe mp dans un certain nombre 
de passages, à savoir : Tnrna mp d« baao TobîTrti *»b n«d ra 
« comme (pour) un ami ou un frère, je me suis promené, comme 
(si j'étais) en deuil pour une mère je me suis affaissé, courbé » 
(Ps., 35, 14). Les mots vobïinn et surtout imra indiquent pour 
*rrp une attitude corporelle. — mp dvn bd *ixn v Tinia *rpw 
■roVn « je me suis plié et affaissé extrêmement tous les jours, j'ai 
marché courbé » (ibid., 38, 7). — a^iN ynbn^bN mp 1112b « pourquoi 
irai-je courbé par l'oppression de l'ennemi?» (ibid., 42, 10). Le 
même verset avec ^bnna pour ^b^ se trouve ibid., 43,2. - drab 
9V* laatt û"mpi d"nmb d^bsuî « pour mettre les humbles dans la 
hauteur, et les courbés sont élevés par le salut » (Job, 5, 11). Ici 
le parallélisme avec tnVoo montre bien que D">mp signifie « courbés, 
abattus. » — rran aba vobn iip « j'ai marché courbé sans soleil » 
(bien qu'il n'y eût pas de soleil) (ibid., 30, 28]. — On doit ajouter 
à ces passages "n^bn mnrrp « nous avons marché le corps courbé ». 
Dans tous ces endroits il serait difficile de penser que mp désigne 
un aspect du visage. Il s'agit manifestement d'une attitude de 
l'homme affligé. 

Il y a donc deux acceptions différentes pour mp : l'une est la 
disparition de la lumière; toutefois mp ne parait pas exprimer 
l'idée de noirceur, mais répondrait plutôt à l'idée exprimée en 
français par « temps couvert ». L'éclat du ciel est intercepté par un 
corps opaque, les nuages. C'est ce qui explique l'expression tomba 
rvrnp. Le mot mmp désigne l'enveloppe qui recouvre le ciel et qui 
dans Is , 50, 3 est comparée à un cilice. — On retrouve la même 
idée dans I R., 18, 45 : le ciel se couvre de nuages accompagnés 
de vent. On comprend ainsi bien mieux le passage de Job où le 
mot û-mp s'applique à des torrents grossis par la fonte de la 
neige. L'eau recouvre le lit de la rivière qui était à sec. 



NOTES ET MÉLANGES 113 

L'autre acception de -np est : affaissement, et, dans ce sens, la 
racine 'M'p peut être rattachée à np « se courber ». 

Nulle part cette racine ne présente l'idée d'obscurité, de couleur 
- sombre. Là même où il est dit que le ciel perd son éclat, ce phé- 
nomène est expliqué par le fait qu'une substance non transparente 
empêche de voir la lumière du firmament et des astres. 

V. p™ SIGNIFIE-T-IL NUAGE? 

Les dictionnaires ont tort d'attacher plus d'importance aux éty- 
mologies qu'à l'étude impartiale des textes. Parce que le verbe 
pma veut dire « broyer » et que pnp signifie « poussière », on en a 
conclu que le mot D^rnp, là où il était question du ciel, devait 
s'expliquer par « nuages », les nuages étant formés de particules 
liquides extrêmement ténues. Que cette étymologie soit sérieuse 
ou non, il faut, avant tout, voir les passages bibliques où nrprmi 
(deux fois prnp au singulier) se rencontre, et examiner si le sens 
de nuage s'impose ou est admissible. 

Tout d'abord les dictionnaires reconnaissent la signification de 
« ciel » pour Job, 37, 18 : para "«aon trprn d^pmab *iny anpnn 
« Voûtes-tu avec lui le ciel, solide comme un miroir de fonte? ». 
Ps., 89, 7 : trba ma 'nb ïtot 'fib ïtqt -privi ^ -o « Car, qui égale 
le Seigneur dans le ciel, qui ressemble au Seigneur parmi les fils 
des dieux? ». Ibid., 38 : }»*« pmaa w ab-tf \\d^ m-o « Gomme la 
lune il subsistera à jamais, et le témoin dans le ciel est fidèle. » 
Mais ils admettent le sens de « nuages » dans les passages sui- 
vants : II S., 22, 42 : trpra -a* tnn mion mao Tmaïao *\xàn nti^i 
(dansPs., 18, 12 : trprrc) ->a* cpïï mion viao vma^ao vino ^ran mir) 
« 11 s'est entouré de ténèbres comme d'une cabane, d'un amas 
d'eau, d'épais nuages (Kautzsch) ». Pour donner à trprni) le sens 
de nuages, on a été obligé de changer ^ny en 13*, car, a* signifiant 
lui même « nuage », le complément de ce mot ne pourrait plus 
avoir ce sens. — Ps., 68, 35 : trprraa itjti se traduit bien plus 
naturellement : « Sa puissance est dans le ciel » que « sa puissance 
est dans les nuages ». — Ps., 77, 18 : d^prua ian3 bip « Les nuages 
ont tonné » (Kautzsch). Il n'est pas vraisemblable que le psalmiste 
ait cru que la foudre provenait de l'électricité des nuages, il dit 
simplement que le ciel fait retentir le tonnerre. Pour lui, le ton- 
nerre est la voix de Dieu. — Prov., 3, 20 : bu ibw a^pnuî. L'auteur 
n'a certainement pas pensé que la rosée venait des nuages, d'au- 
tant plus que la rosée se produit surtout quand le ciel est décou- 

T. LXV1H, n° 135. 8 



114 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vert. Mais il a admis que le ciel distille la rosée ». —16., 8, 28 : 
byj2f2 û*>pnuj ix&tta. L'idée « de consolider les nuages » serait sin- 
gulière. Si l'on pense à la voûte céleste, qui supporte les eaux 
supérieures, l'image est naturelle. — Job, 36, 28 : û^prttt ibp nm 
« (la pluie) que font couler les nuages ». L'auteur a pu penser au 
ciel aussi bien qu'aux nuages. — Ibid., 37, 21 : trpmm airs -pi-n 
« il est éclatant dans les nuages ». Le mot « ciel » serait tout 
au moins aussi approprié que « nuages ». 

Dans une série de passages : D., 33, 26 ; Is., 65, 8; Jér., 51, 9 ; 
Ps., 36, 6; 57, 11 =108, 5; 78, 23; Job, 35, 5; 38, 37,1e mot D^rro 
est parallèle à tma, et, par conséquent, il est naturel de le traduire 
par « ciel », d'autant plus que dans Ps., 78, 23, il s'agit de la 
manne. Pourquoi ce pain céleste serait-il tombé des nuages? 

Il est à remarquer que le Thésaurus de Gesenius (achevé par 
Rodiger) ne reconnaît l'acception de « nuage » que pour Job, 38, 
37, à cause du parallélisme avec tr»© "'bas, traduit « les cruches 
du ciel ». Mais il serait surprenant qu'en un seul passage d^prra 
ait eu le sens de nuage. Il est donc vraisemblable que le paral- 
lélisme porte sur d^ETii, et non sur ibaa. D'ailleurs, le mot "idd* 1 
devant nynxô est sûrement altéré, et c'est peut-être le mot ori- 
ginal dans lequel se trouvait l'idée parallèle à ^bns. 

En résumé, l'acception de « nuages » pour d^rns ne s'impose 
nulle part; elle est très peu vraisemblable dans un grand nombre 
de textes. Ce mot signifie, en réalité, « ciel ». Quant à l'étymologie 
on en trouverait une dans l'arabe sahiq, qui signifie « éloigné ». 
trprnD désignerait les régions éloignées (en hauteur). 

VI. IffiÔ « AURORE ». 

Entre les deux significations de cette racine « noirceur » et « au- 
rore » il semble difficile de trouver un rapport. Cependant la diffi- 
culté est, croyons-nous, purement apparente. En effet, l'idée d'au- 
rore n'est pas contenue, tout au moins à l'origine, dans nrvi, mais 
dans l'expression complète nn^n nb*. On a méconnu le sens du 
verbe nb? en le traduisant « apparaître », le verbe veut dire, au con- 
traire, « se retirer ». A l'aube, le voile noir qui couvre le ciel semble 
monter et disparaître, c'est donc le noir qui monte. Le mot nrrâ 
signifie donc toujours, en principe, noirceur. Mais, par une abrévia- 
tion abusive, comme il y en a dans toutes les langues (p. ex. en 
français guère —peu, pour « ne guère = pas beaucoup »), le sens 
d'aurore s'est attaché au mot imô seul, qui en est arrivé ainsi à 
signifier « matin ». 



NOTES ET MÉLANGES 115 

Le verbe nnrâ a du rapport avec le sens de « matin » comme 
Delitzsch (Commentaire des Proverbes, sur \, 28) Ta pensé, mais 
ce savant ne paraît pas avoir assez précisé l'explication du verbe 
nnu3; ce verbe ne signifie pas, comme le disent les dictionnaires, 
« chercher » , mais « rechercher » , c'est-à-dire « fréquenter, 
visiter souvent ». Il nous semble que ce mot a dû s'employer 
d'abord des clients, qui tous les matins, vont saluer leur patron. 
Cette coutume a dû exister en Palestine aussi bien qu'à Rome, 
comme l'indique le verset des Proverbes, 27, 14 : « Si quelqu'un 
salue à (trop) haute voix de bon matin, cela lui est compté comme 
malédiction. » De l'idée de « venir tous les matins » on a passé à 
l'idée de « visiter souvent, fréquenter ». 

VIL pTin et rvpDbn. 

Il ne paraîtra pas surprenant que l'on trouve des mots grecs 
dans le Cantique, étant donnée la date moderne que la critique 
assigne à ce livre. Nous nous permettrons donc d'émettre la sup- 
position que pnin (1, 3) n'est autre que le grec ôrjptâx^, un remède 
à base de gomme arabique, et rrpcbn (4, 4) viendrait du mot 
TpoTcouov « trophée » avec changement de r en /, dû à l'influence de 
la dentale, comme dans NEbn pour opa^a (ï-hzîje) usuel dans le 
Talmud de Jérusalem. 

Mater Lambert. 



NOTES EXÉGÉTIOUES 



1. Exode, 10, 21. 

Les mots 'pn ©jffn, qui terminent le verset, sont à la fois obs- 
curs et superflus, le verset 22 se rattachant tout naturellement 
sans eux au v. 21. Il nous semble que rrajfc'n est une dittographic 
de ï-rde cm, par quoi commence le v. 22. La lettre a sera tombée 
devant la lettre », et r> devenu n aura été complété à tort en *pn, 
parce que ce mot exprime l'idée principale du paragraphe et se 
retrouve dans les deux versets 21 et 22. 



116 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2. Nombres, 35, 4-5. 

On n'est pas parvenu jusqu'ici à concilier d'une manière satisfai- 
sante les indications de ces deux versets. Dans le premier, il est 
dit que la banlieue des villes lévitiques formera une bande de 
mille coudées autour de l'enceinte de la ville; d'après le second, 
on mesurera de chaque côté de la ville (est, sud, ouest, nord) 
deux mille coudées, la ville étant au milieu. La plupart des com- 
mentateurs ont pensé que, dans un verset comme dans l'autre, 
il s'agissait d'une zone circulaire, et ils se sont efforcés d'ex- 
pliquer pourquoi d'abord on parlait de 1.000 coudées et ensuite 
de 2.000 coudées. On a supposé deux zones concentriques chacune 
de 1.000 coudées de large, ou bien l'une de 1.000 et l'autre de 
2.000 (voir L. Wogue, a. /.). Mais le texte ne fournit aucun appui 
à ces hypothèses. 

Ce qui a échappé aux exégètes, c'est que le deuxième verset, 
contrairement au premier, ne parle pas d'une zone circulaire, 
mais d'un carré de deux mille coudées de côté. En effet, le second 
verset s'exprime tout autrement que le premier. Dans celui-ci le 
texte prescrit de mesurer à partir de la muraille tout autour un 
espace de mille coudées (de large). C'est bien une zone circulaire. 
Mais dans le second verset l'écrivain enjoint de mesurer 2.000 
coudées aux quatre côtés. Dans un cercle il n'y a pas de côtés. 
L'auteur du verset 5 n'a donc pu penser qu'à un carré de 2.000 cou- 
dées de côté, au centre duquel se trouve la ville, considérée comme 
un point géométrique ou tout au moins comme une quantité 
négligeable. Quelles qu'en soient la grandeur et la forme réelle, 
elle est au milieu d'un espace d'environ 1 kilomètre carré (la 
coudée étant environ un demi-mètre), qui forme la banlieue, 
ou 1.000.000 de mètres carrés. Si, comme il est probable, l'auteur 
du verset 4 considère lui aussi la ville comme un point, la zone 
aurait 3,1416, X 1000 2 (tt R 2 ), soit plus de 3.000.000 de coudées 
carrées ou environ 800.000 mètres carrés 11 y aurait donc d'après 
ce verset une mesure inférieure d'un cinquième à celle que donne 
le verset 5. 

3. I Samuel, 20, 19. 

Le Targoum interprète ine Tin nrabun par « et dans trois jours 
tu seras recherché beaucoup ». Il traduit Tin, qui est inintelli- 
gible, par i^nnn « tu seras recherché », et paraît avoir lu ipsri; 



NOTES ET MÉLANGES 117 

cf. v. 6 et 18. Ce serait une nouvelle variante à ajoutera celles 
que l'on peut tirer du Targoum des Prophètes. Voir Revue, 
t. XLVIII, p. 273-274 

4. Isaïe, 10, 13-19. 

Ce morceau présente une série d images très incohérentes : 
V. 13-14. Le tyran se vante d'avoir bouleversé les frontières des 
peuples, comme on ramasse des nids d'oiseaux. — 15. La hache 
peut-elle traiter avec dédain le bûcheron?— 16. L'embonpoint des 
tyrans sera détruit par la consomption. — 17. La lumière d'Israël 
sera une flamme pour embraser les broussailles de l'ennemi, — 
18. Dont les forêts et les champs seront détruits corps et âme (!) et 
qui se dissoudra. — 19. Les arbres restants seront peu nombreux. 

Cette incohérence ne nous paraît pas devoir être imputée au 
poète, mais au copiste, qui a mélangé deux chants différents. Une 
fois qu'on les sépare, la suite des idées devient très raisonnable. 

Premier chant. 
V. 13-14. Le tyran se vante d'avoir bouleversé le monde et 
ramassé ses populations comme des nids d'oiseaux. — 16. Le 
prophète répond en annonçant que le tyran périra de consomp- 
tion. — \%a$b. Corps et âme il se dissoudra. 

Deuxième chant. 

V. 15. La hache peut-elle traiter avec dédain le bûcheron ? — 
17. C'est pourquoi Israël embrasera l'ennemi orgueilleux et con- 
sumera ses broussailles, — 18 «a. Puis ses forêts et ses champs. 
— 19. Et les arbres restants seront peu nombreux. 

Nous établirions ainsi le texte hébreu : 

1 er chant (trois strophes de trois pentamètres). 
Tttaa-ia via^rm -m'a* "h -1 non (n?3N ^a) 13 

1 ^nraia Dï-PZTWsn ^fty mbaa t»oki 

pvnnttn] o^aa^ [i] [D"n*l -rato -rm&o 

D'wn b"TP "H"» ipa N£73m 14 

tdon (* | 3N) ynNïrba m aï? a^a cp&on 

lin T»aja«»a (maas 'h) ivnxn nba-> pb 16 

aN—nprD ip^ "ip"> naa nnm 

003 00730 nbO-« -Iaa-I3»1 \23D373 48 apb 

1. Sur ce verset voir M. Lambert, Revue, XXX, p. 416. 



118 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

2 e chant (trois strophes de deux hexamètres). 

iD^E-b* TH2)»n b^am-aa* ■o-aatnrrbj fnarï -iNemn îs 

ys>-ab rvûn D^nna ■pfc'naa-nN aara spna 

ttaïibb [np:r] to^pi ta«b b&nun— n« mm n 

nr« û"na i-poti im\a [?] ï-rbatn muai 



[ ] *i5»na-i -nan -naan i8« a 

Dana-> [pp] wi rm -iddej cnsn) yjr-iN\ai 19 

5. Is., 16, 1. 

Les commentateurs se sont vainement évertués à expliquer dans 
ce verset le sens de yna biantt. Ne serait-ce pas une mauvaise 
variante des mots rnna aara, qui figurent dans le verset précédent 
(15, 9) ? En effaçant yna biai» on enlève tout au moins une diffi- 
culté dans ce verset obscur. 

6. Job, 6, 26. 

On interprète d'habitude ce verset ainsi : « Est-ce que vous 
pensez critiquer des mots (c.-à-d. mes discours) et l'esprit de 
paroles désespérées », ce qui n'est pas très clair. En outre, on ne 
voit pas pourquoi Job parlerait si dédaigneusement de ses propres 
plaintes. Nous croyons que le véritable sens de la phrase est : 
« Est-ce que vous considérez comme une argumentation des mots 
et comme une inspiration des paroles désespérées?» Ce sont les 
discours de ses amis que Job traite de verbiage et qu'il oppose à 
une argumentation sérieuse et à une inspiration prophétique. 

7. Job, 40, 19. 

Les mots -lann toa* "nwïi sont très obscurs. On traduit d'ordinaire: 
« Celui qui l'a créé l'a gratifié d'un glaive », ce qui ne cadre ni 
avec le texte ni avec le contexte et ne s'applique guère à l'hippopo- 
tame. On nous permettra de proposer une correction qui consiste 
à lire : ia pnu:b lynyn « qui est fait pour s'en amuser ». Le verset 
rappelle les paroles du Ps., 104, v. 26 : ta pntab ptsp« m ïrvnb, « le 
léviathan que tu as créé pour t'en amuser ». En outre, la première 
partie du verset de Job : ba "OTi nvoim K"in ressemble à ce qui est 
dit de la sagesse dans Pr., 8, 22 : iam mioan ^ap n, et la seconde 
à ce qui est dit ensuite (v. 30) : vaeb npniaB ai" 1 dt crama*© rnïTRl 
r\y baa. 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MÉLANGES 119 



LE TÉTRAGRAMME ET L'ÉCRIT SADOKITE DE DAMAS 



Une des particularités les plus curieuses de récrit sadokite 
dont il a été si souvent question ici 1 est la suppression complète 
du tétragramme, même dans les citations de versets bibliques, et 
son remplacement par le nom commun et, ba, « Dieu ». Cet ostra- 
cisme procède d'un scrupule religieux. On a rapproché cette 
pieuse terreur de celle qu'affichaient, au dire d'Aboul-Fath, les 
Dosithéens, qui substituaient au tétragramme le mot trïiba, appa- 
renté à ba 2 . Cette coïncidence prouverait, dit-on, l'origine dosi- 
théenne de la secte sadokite. 

Évidemment si ce trait distinctif n'avait de parallèle que dans la 
secte dosithéenne, ce serait un argument, d'une valeur relative 
d'ailleurs, en faveur de la parenté des deux sectes, et peut-être 
aussi de la modernité de celle des Sadokites. 

Mais on n'a pas pris garde que cette mise à l'index du tétra- 
gramme divin se constate antérieurement à l'ère chrétienne. Est-il 
nécessaire de rappeler que la Septante a obéi au même scrupule 
en traduisant par xupioç « Seigneur » le nom propre de Dieu, que 
chez les Juifs de Palestine le vocable sacré avait fait place dans les 
prières et dans la lecture de la Loi à celui de ^ik « Seigneur», 
que seul le grand-prêtre avait le droit de le prononcer? 

Il y a mieux : dans certaines parties de la Bible même ce boy- 
cottage se remarque : c'est le cas pour l'Ecclésiaste, Job et 
Daniel (sauf au chapitre 9, dans une prière). 

On dira que ce scrupule n'a jamais été jusqu'à l'élimination 
du tétragramme des textes où il était primitivement écrit, comme 
on l'observe dans notre document. Les Juifs le prononçaient 
« Adonaï », mais le conservaient religieusement dans les rouleaux 
sacrés, et les auteurs des livres que nous venons de mentionner 
se bornaient à lui préférer un autre nom divin. 

Mais a-t-on pensé à l'exemple fourni par un groupe de Psaumes, 
où la chasse au tétragramme a pris nettement la forme d'une 
revision systématique ? Tous ceux qui sont familiarisés avec les 
Psaumes savent que les livres II (42-72) et III jusqu'au cil. 85 tran- 
chent sur les autres par l'absence du tétragramme, auquel est 
substitué trnba ou •«rra. 

1. Revue, t. LXI, p. 160 ; LXII, p. 190, 197 ; LXIIT, p. 1. 

2. Sacy, Ckrestomatlrie arabe, I, p. 335. 



120 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

C'est Élohim qui est employé le plus fréquemment. Cette préfé- 
rence, instructive en soi, est décisive quand le passage où figure 
ce nom se retrouve ailleurs dans la Bible ou même dans les autres 
parties des Psaumes. Ainsi, le Ps. 53 est le doublet du Ps. 14, qui 
appartient au livre I. Or, tandis qu'aux versets 2, 4, 6 et 7, il y a le 
tétragramme, dans les passages correspondants du Ps. 53, 3, 5, 6 
et 7, il y a D^nbN. D'autre part, le Ps. 68 est en grande partie la 
réplique du cantique de Debora (Juges, 5). Qu'on mette en regard 
Juges, 5, 4, 9 et 5, et Ps. 68, 8 et 9, et l'on reconnaîtra qu'à mm a 
été substitué ûtiba. 

Il va sans dire que le reviseur s'est parfois oublié, négligeant de 
rayer le mot censuré ; l'original et la correction sont alors juxta- 
posés. C'est le cas, Ps. 59, 6 (cf. 84, 12), où on lit : rà 'n nn^i 
5»"Tffli w« maat. Par là s'explique ce fait anormal que seuls les 
livres II et III des Psaumes se servent de l'expression maaas a*».nb», 
tandis que les Prophètes ont toujours msas 'n. 

•*3TN remplace le tétragramme très souvent aussi. Ainsi 44, 24; 
51, 17; 55, 10; 57, 10; 59, 12; 62,13; m, 18 ; 68, 12, 19, 21, 23, 27; 
73, 20; 77, 8; 78,65; 79, 12; 85, 3,4, 5, 8, 9, 12 et 15 ». 

Comme pour trnbN, le censeur a quelquefois laissé côte à côte 
l'original et la correction. Ainsi : 68, 21 : ^i» 'nbi; 69, 7 : 'n ■rç-r» 
m«aafc; 71, 5, 16; 73, 28 : 'mrat 

Les exceptions ne sont pas rares : 42, 9; 46, 8, 9, 12; 47, 3, 7; 
48, 29 ; 50, 1 ; 55, 17, 23 ; 56, H ; 58, 7 ; 59, 4, 6, 9 ; 64, 11 ; 68, 18 ; 
69,14, 17,32,34; 70,2,6; 74, 18; 75, 9; 76, 13; 78, 4, 21 ; 79, 5; 
81, 16; 83, 19; 84,2, 4, 12. Mais souvent ces exceptions s'expli- 
quent : le tétragramme a été consolidé parce qu'il était en paral- 
lélisme avec trnbN, ou parce qu'il appartenait soit à un refrain, 
soit à une phrase consacrée. 

Notre auteur sadokite a donc de qui tenir et, loin que sa har- 
diesse témoigne de sa modernité, elle révèle plutôt son antiquité. 
C'est dans les temps reculés qu'on a pu prendre de ces libertés 
avec le texte sacré ; avec les siècles de pareils changements 
auraient été taxés de sacrilège. 

L'analogie qu'offrent, sous ce rapport, l'écrit sadokite et ce groupe 
de Psaumes, va peut-être nous conduire à une conclusion inatten- 
due. Les Psaumes ont dû, de bonne heure, être accaparés par les 
prêtres pour l'usage du Temple, comme bien des indices le prou- 
vent. De là les contradictions qu'on relève parfois dans un même 

l. Le Ps. 86 est très curieux : tout en conservant le tétragramme en trois versets, 
pour le reste il se sert toujours de ^3*7N. 



NOTES ET MÉLANGES 124 

Psaume et qui révèlent des retouches. Après que l'auteur a déclaré 
vains les sacrifices, par exemple, tout d'un coup il les recom- 
mande. C'est que les privilèges du sacerdoce étaient en jeu et qu'il 
fallait les défendre. 

Or, nous le savons par Josèphe et même par le Talmud, ces 
prêtres, à partir du n e siècle avant l'ère chrétienne, formèrent le 
gros du parti sadducéen. 11 n'est donc pas inadmissible que la revi- 
sion des livres II et III des Psaumes soit une œuvre sadducéenne. 

Les Sadokites, qui quittèrent la Judée au 11 e siècle et qui repré- 
sentent les Sadducéens de la première heure, n'ont donc pas 
innové : ils ont suivi l'impulsion donnée dans la Ville Sainte. 

C'est peut-être aux Sadducéens aussi que se rattachaient les 
Juifs qui fondèrent des communautés en Egypte et traduisirent le 
tétragramme par « Seigneur » '. 

Ainsi l'éviction du nom divin dans le document sadokite, au lieu 
d'être l'indice de la modernité de la secte, peut, au contraire, en 
attester la haute antiquité. 

Israël Lévi. 

1. L'hypothèse a déjà été soutenue. 



BIBLIOGRAPHIE 



Benamozegh (Élie). Israël et l'Humanité. Étude sur le problème de la religion 
universelle et sa solution avec un portrait de l'auteur et une préface de Hyacinthe 
Loyson. Paris, Leroux, 1914; gr. in-8° de xli + 735 p. 12 fr. 

Élie Benamozegh, le rabbin connu de Livourne,qui, dans sa vie labo- 
rieuse, avait écrit abondamment et à peu près sur toutes les branches de 
la science juive, laissait à sa mort, survenue en 1900, un ouvrage aux 
vastes proportions, portant le titre susmentionné, et qui devait être 
comme la synthèse de ses recherches et de sa pensée, constamment 
tournées par quelque côté vers l'action. A vrai dire, ce manuscrit rédigé 
en français, — langue que l'auteur affectionnait et où il voyait le meil- 
leur véhicule pour la diffusion de ses idées — ne comprenant pas moins 
de dix-neuf cents grandes pages « d'une écriture compacte, sans alinéa, 
coupure, ni division d'aucune sorte », formait moins un livre véritable 
qu'un énorme amas de matériaux entassés sans plan, ni règle. 

Une pareille méthode de travail suffirait presque à elle seule à révéler 
un esprit sans doute nourri et fécond, qui peutavoir sa puissance et son 
originalité, mais que sa nature particulière, réfractaire à Tordre et à la 
mesure et assez trouble dans le fond non moins que dans la forme, 
empêchera toujours de tirer de ses richesses un parti convenable. On 
conçoit ce qu'il aura fallu de patience, de sagacité et d'abnégation pour 
débrouiller ce chaos et pour nous présenter à sa place une œuvre qui 
forme un tout suivi et organisé, avec ses nombreuses divisions et subdi- 
visions logiquement agencées, et qui se lit sans peine et même avec agré- 
ment. C'est M. A. Pallière (Loëtmol), le judaïsant né chrétien bien connu 
dans le judaïsme français, qui fut le disciple de l'auteur et qui reste 
l'apôtre de ses idées, qui assuma et mena à bien cette rude tâche. A lui 
ira la reconnaissance que mérite un tel effort. Il faut dire cependant 
que l'éditeur est resté scrupuleusement fidèle à la pensée de l'auteur, 
dont il a respecté jusqu'aux moindres nuances, et c'est ce qui fait entre 
autres que l'ouvrage reste diffus, chargé de redites et de digressions qui, 
bien élaguées, eussent pu soulager le livre, et le lecteur, de bien des 
pages. 

La thèse centrale de l'œuvre, autour de laquelle viennent se grouper 
une profusion d'idées secondaires d'un intérêt fort inégal, est de carac- 
tère théologique; elle appartient au domaine de la spéculation et de la 
propagande religieuses. Mais par les moyens de démonstration que Tau- 



BIBLIOGRAPHIE 123 

teur met en œuvre et qui, en tant qu'ensemble de documents, faits et 
textes , valent indépendamment même des fins auxquelles on les fait 
servir, cette thèse relève de la science historique du judaïsme. Elle est 
une contribution au débat sans cesse renaissant sur le caractère national 
ou universaliste de la religion d'Israël. 

Dans ce débat où tout semble avoir été dit, B. apporte un élément 
nouveau du moins par la forme: l'argument du noachisme. On connaît 
la conception des Rabbins, fondée surtout sur le ch. ix de la Genèse, 
touchant les préceptes noachidcs antérieurs à la révélation du Sinaï, et 
qui forment une espèce de religion naturelle donnée en partage aux 
peuples de la terre, descendants de Noé. B. y a trouvé le point de 
départ de sa doctrine et l'idée maîtresse de son ouvrage. 

Voir dans la religion d'Israël une religion nationale à prendre ou à 
laisser en bloc ou la considérer comme ayant jamais été destinée à dé- 
pouiller ses formes, pour se réduire à quelques principes universalistes 
accessibles à tout le genre humain, est également s'éloigner, suivant 
B., de la vérité historique. L'erreur est vieille, puisqu'elle est au fond 
même et à l'origine du christianisme et que, dès les premiers temps de 
son développement, à l'époque des apôtres, nous trouvons déjà deux 
partis représentant respectivement les deux tendances. Mais ce n'en est 
pas moins une grande méprise historique. La réalité est que dans la reli- 
gion d'Israël ces deux éléments furent toujours associés et comme orga- 
niquement unis. Ils en forment les deux aspects inséparables. Et l'on est 
si peu fondé à se demander si elle est l'un ou l'autre seulement que, 
très exactement, elle n'est l'un que parce qu'elle est l'autre. Elle est na- 
tionale parce qu'elle est universaliste, et réciproquement. 

C'est que pour l'hébraïsme (B. entend par là le développement total 
de l'israélitisme, devenu le judaïsme, avec toutes ses manifestations litté- 
raires), le monde ressemble à une seule et même famille, soumise comme 
telle à quelques-unes des lois qui réglaient les rapports religieux des 
membres de la famille antique. Dans cette institution, le fils aîné occupe 
une situation à part. Il est le principal dépositaire des croyances ances- 
trales. Il a la garde des traditions. C'est lui qui récite les formules de 
prière consacrées, qui célèbre les rites, accomplit les cérémonies au nom 
de tous. Il est leur prêtre. C'est dans la même situation qu'Israël s'est tou- 
jours envisagé à l'égard des nations. Il s'est considéré commele fils aîné 
de Dieu, légataire et gardien de la religion de la famille humaine, mais 
soumis de ce chef à des devoirs particuliers. De là, deux parts dans sa re- 
ligion : Tune, le noachisme, qu'on peut appeler aussi messianisme ou 
encore, et au véritable sens du mot, catholicisme, si souvent évoqué par 
les Rabbins, doctrine dénuée de toute complication, d'une simplicité 
idéale, mais de haute noblesse, puisqu'elle contient lasubstance morale du 
monothéisme; l'autre, le mosaïsme, religion savante, aux données com- 
plexes et aux formes multiples, — la première destinée au genre humain, 
la seconde, appropriée aux fonctions sacerdotales particulières qu'Israël 



124 REVUE DES ETUDES JUIVES 

s'était assignées. En sorte que dans l'hébraïsme, l'élément universalistc 
non seulement accompagne toujours et enveloppe l'élément national ou 
particulariste, mais en est encore visiblement la cause et la fin, l'expli- 
que et le justifie. 

La démonstration de cette assertion une fois poursuivie dans l'ordre 
historique, Fauteur s'attache à en tirer les conséquences pratiques pour 
l'action religieuse. Le judaïsme, ne disons pas étant une religion uni- 
verselle, mais ayant une religion universelle, a encore son rôle à jouer 
dans la destinée religieuse de l'humanité. L'essai n'en a pas encore été 
réellement tenté. Les expériences que les hommes ont faites du chris- 
tianisme ne doivent pas faire préjuger la valeur de la grande expérience 
qu'il reste à faire du judaïsme. — Mais nous n'avons pas a suivre ici 
l'auteur sur ce terrain. 

Une très vaste érudition, assez mêlée à la vérité, et une ingéniosité 
certainement plus remarquable soutiennent ces vues et d'autres analo- 
gues, qu'il faut décidément regarder, pour en apprécier tout lintérèt et 
la valeur, sous l'angle théologique plutôt que comme des conceptions 
historiques et critiques. Pour la thèse principale de l'auteur, que nous 
n'avons fait qu'indiquer sèchement, il serait facile de montrer comment, 
de faits et de témoignages exacts en eux-mêmes, et qui sont du reste fort 
remarquables et très significatifs pour l'histoire religieuse du judaïsme, il 
tire des conséquences systématiques qui les dépassent beaucoup par leur 
portée. Il faut dire d'ailleurs que B. n'a jamais bien distingué, ce semble, 
entre ce qui est histoire pure et ce qui est interprétation théologique, 
spéculation religieuse ou métaphysique. Sa tournure d'esprit est à cet 
égard très curieuse. Il y a en lui du moderne et de l'ancien, et leur mé- 
lange déconcerte. Avec du savoir scientifique et philosophique, il tient 
invinciblement de l'agadiste, du darschan. Il nous a souvent rappelé 
Philon aussi. Son attachement connu à la Kabbale, qu'il considère comme 
la plus authentique et la plus haute expression théologique du judaïsme, 
son zèle à montrer que sans la Kabbale il n'y a partout que des diffi- 
cultés et qu'avec la Kabbale, toutes ces difficultés disparaissent comme 
par enchantement, achèvent de caractériser cette curieuse et forte person- 
nalité en qui deux âges de l'histoire se sont étrangement rencontrés. 

Nous tenons cependant à répéter en terminant — et ici nous songeons 
à l'ensemble de l'œuvre du célèbre rabbin livournais — que, quoi qu'on 
puisse penser de B. comme savant, historien, exégète ou grammairien, 
son intrépidité spéculative, la hardiesse et la grandeur de ses conceptions 
religieuses, la fraîcheur et la spontanéité de son sens théologique font de 
lui, dans le domaine de la théologie juive, une des apparitions les plus 
notables des temps modernes. 

M. Vexler. 



BIBLIOGRAPHIE 125 

Sola Pool (David de). The old Jewish-Aramaic praycr, the Kaddish. 

Leipzig, R. Haupt, 1909 ; in-8° de xm + 121 p. 

Cette thèse consciencieuse et soignée sur le Kaddisch aurait gagné à 
être mieux conduite. Rien que la table des matières montre combien le 
plan est défectueux. L'histoire du Kaddisch, ou plutôt son origine, est 
traitée dans une introduction; le nom du Kaddisch, son emploi comme 
prière de deuil et dans la liturgie, dans des appendices. Le gros du travail 
est une étude minutieuse des termes du Kaddisch, introduite par des 
recherches sur la langue et la date de cette prière. Pour mettre en lu- 
mière l'origine du Kaddisch et son évolution, il aurait fallu commencer 
par analyser le texte, le décomposer en ses éléments, dégager ainsi 
la forme la plus ancienne et en déterminer la signification, puis suivre 
le développement de la prière sous ses formes successives et dans ses 
différents usages. 

L'auteur croit que le Kaddisch original consistait dans le premier para- 
graphe et dans le répons qui suit (p. 26). Ce n'est pas tout à fait cela. 
L'analyse linguistique permet de déceler ce qui est addition hébraïque 
ou développement superfétatoire. La première phrase est certainement 
originale; le répons des fidèles aussi. Dans la reprise de l'officiant 
(...mmZ5"n ^inn" 1 ), l'accumulation des synonymes, qui sont plutôt de 
l'hébreu aramaïsé, trahit l'addition : c'est l'officiant qui étire la réponse 
des fidèles. (L'auteur a raison de ne pas en faire honneur aux Yordê Mer- 
caba de Ph. Bloch, mais il l'attribue avec aussi peu de raison, p. 57, aux 
mystiques qui s'inspiraient des Esséniens.) Mais le développement s'arrête 
à ton -pin Wimpn nïïiD ; la suite reprend la tirade : Nroia *?D p xbyb 
se rattache à 'pa» Nan rviv nh\ Les deux termes anttn:i ...Nrûia, 
qui sont si bien anciens qu'on ne les a plus compris par la suite, se rap- 
portent, comme l'auteur le montre avec une grande richesse d'exemples 
(p. 62-65), aux doxologies messianiques qui suivaient les prédications 
aggadiques. 

C'est qu'en effet le Kaddisch primitif est la prière eschatologique qui 
termine le sermon; elle est dans la même langue que le sermon, l'ara- 
méen (p. 11) ; elle est si bien soudée au sermon que le nom de Dieu 
y manque, non parce qu'on évitait le tétragramme (p. 29; on l'aurait 
remplacé par un équivalent), mais parce que ttttp se rapporte à la men- 
tion de Dieu qui devait figurer dans la péroraison du prédicateur. 

C'est sous cet aspect, et sous cet aspect seulement, que le Kaddisch appa- 
raît dans le Talmud (p. 8; il aurait fallu classer les textes dans l'ordre 
chronologique : Ismaël, José — c'est plutôt Elie que la Bath-Kol qui lui 
parle — et Rabba) et même dans des textes de l'époque des Gueonim 
(p. 9) l . Ce n'est pas assez de dire (p. 43) que les textes talmudiques insis- 

1. Mais dans le dernier texte qui, du reste, n'est pas du Yohassin, mais de Natan 
ha-Babli, M. J. C, II, 8i, auquel Zaccuto l'a emprunté, ce n'est plus le prédicateur, 
c'est l'officiant qui dit le Kaddisch ; noter les mots "jTn et ;Z3"Hp. 



126 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tent sur le répons 1"V* fTDN : ils ne citent que lui, et ce répons n'est pas 
ici (p. 43-49) une acclamation après le nom divin, qui ne figure pas dans 
la prière, mais une adhésion solennelle des fidèles à la prière pour 
l'instauration de la royauté divine, et le Talmud fait ressortir le mérite de 
la communauté qui s'associe ainsi activement à la glorification de Dieu. 
Ce qui précède est, comme la Ueberleifung zum Kaddisch des derniers 
rituels réformés, une transition du prédicateur, qui veut provoquer la 
réplique des fidèles. Cette introduction devint stéréotypée et, dans les 
textes gaoniques, elle apparaît déjà comme la prière elle-même, ayant sa 
valeur propre. Elle a, du reste, été elle-même développée et les stades 
du développement sont représentés par la formule aschkenazite, par la 
formule sefardite et par la formule des funérailles (qui est chez les Orien- 
taux celle du Kaddisch rabbinique; si Mrmafc nnp" 1 ! était primitif, sa place 
serait avant rtmab» "p?^* 1 ).— D'autre part, le Kaddisch dévie un peu de sa 
signification à l'époque des Gueonim. Dans les académies babyloniennes, 
où l'agada devient une derascha, l'acte de foi populaire devient une 
prière savante : c'est le Kaddisch rabbinique, qui est rabbinique de par 
son usage et de par l'addition bjoup by. Ce Kaddisch était récité chaque 
fois que les docteurs s'assemblaient pour étudier. Ces réunions avaient 
lieu en particulier à l'occasion de la mort d'un rabbin ou au jour anni- 
versaire de sa mort (voir la consultation gaonique citée par Raschi sur 
Yebamot, 122 a). Peu à peu, suivant une tendance dont on pourrait citer 
d'autres exemples, on rendit à tout Israélite les honneurs d'abord réser- 
vés à un docteur (cf. Masséchet Soferim, xix, 12. Notre Kaddisch des 
funérailles est donné par Maïmonide comme le Kaddisch rabbinique). 
C'est ainsi que je m'explique l'origine du Kaddisch de deuil : les considé- 
rations résumées p. 103 ont tout au plus favorisé cet emploi du Kaddisch. 
Après coup on s'est appuyé sur la fameuse légende de R. Akiba, et encore 
celle-ci, à la serrer de près, signifie-t-elle que R. Akiba a appris à l'or- 
phelin à dire le Kaddisch et B are chou, c'est-à-dire à officier. 

C'est qu'en effet, par une évolution parallèle, le Kaddisch, profession 
de foi messianique, avait pris une si grande importance aux yeux du 
peuple qu'on voulut l'avoir non seulement après le sermon, mais aussi 
dans la prière; il devait accompagner les louanges des Psaumes comme 
il suivait les consolations des Prophètes. Pour l'approprier à cette desti- 
nation, on introduisit les mots NnrDSïrn MTTnD, qui ne peuvent se rap- 
porter qu'à la récitation des psaumes (et non aux aggadot du prédicateur, 
p. 65). On voulut aussi clore l'office par cette prière favorite et, à cette 
intention, on y ajouta la phrase bnpnn, qui n'a rien de commun avec ce 
qui précède (je ne vois pas pourquoi elle serait si ancienne, p. 66; ce 
n'était pas l'avis de Maïmonide). C'est ainsi que le Kaddisch était entré 
dans la liturgie proprement dite; le Kaddisch de l'office, et de l'officiant, 
pouvait également être récité en cas de deuil, mais le Kaddisch de deuil 
dérive plus directement du Kaddisch rabbinique (remarquer que dans les 
maisons de deuil on ne dit pas bapnn). 

Une fois incorporé à la liturgie, le Kaddisch se plia sans difficulé au 



BIBLIOGRAPHIE 127 

mode de récitation qui était autrefois celui des bénédictions : la pre- 
mière phrase de l'officiant suivie d'un répons, les suivantes d'un simple 
Amen l . Car, quoique partie intégrante de l'office, le Kaddisch ne doit pas 
être considéré comme une beracha ; c'est pourquoi il n'est pas mentionné 
dans Meguilla, iv, 3 (p. 21, n. 53). C'est après coup qu'on lui a appliqué 
la règle de TOYlpa© 131 ba (p. 108) et l'auteur a tort de lui appliquer 
deux autres règles talmudiques visant les bénédictions (p. 26 et 67). 

Le Kaddisch ayant évolué dans son texte et dans son usage, on ne peut 
pas parler, comme fait notre auteur, de la date du Kaddisch. On peut 
tout au plus se demander jusqu'où il faut chercher son origine. Mais 
les hypothèses de Kohler sur les Esséniens et les combinaisons de Har- 
nack avec le Pater manquent d'une base solide. Tout ce que nous pou- 
vons affirmer, c'est que le Kaddisch est né en Palestine et qu'il a passé 
en Babylonie. Rien ne permet de soutenir qu'il est écrit en araméen baby- 
lonien et savant — car en quoi serait-il différent s'il était en araméen 
palestinien et populaire? — et on ne peut tirer aucune déduction des 
parties hébraïques aussi longtemps qu'on n'aura pas prouvé qu'elles ne 
sont pas traduites de I'araméen. Dans les formules citées p. 18, l'hébreu 
est visiblement interpolé dans I'araméen et il en est ainsi dans notre 
Kaddisch. En tout cas, la question se pose tout différemment pour les 
livres d'Ezra et de Daniel. Quant au nom du Kaddisch, il est difficile à 
expliquer. Notre auteur admet (Appendice A) que le mot a été employé 
substantivement et désigne la partie sacrée par opposition au reste du 
sermon. C'est bien forcé. 

Comme nous l'avons dit, M. de S. -P. a porté son principal effort sur 
l'explication détaillée du texte du Kaddisch. Cette partie de son travail, 
qui est bien longue — 75 pages pour une prière d'une demi-page ! — 
aurait pu être allégée (il n'était vraiment pas nécessaire de renvoyer 
pour des mots comme ÛT à Barth et à Lagarde!) Mais du reste, elle est 
digne d'éloges. L'auteur a recueilli avec soin les variantes des différents 
rites (p. x et passim, lire Lisle pour Lille; c'est Lisle-sur-Sorgue, dans 
le Comtat, une des « quatre communautés ») et il a dépouillé utilement 
la littérature talmudique et surtout les Targoumim pour illustrer l'em- 
ploi ou fixer le sens des termes importants. Il corrige les vocalisations 
erronées des éditions (mais pourquoi KM^a, p. 41 ? p. 59, lire Nbjrrn). 

Peut-être l'explication du fond, des idées, aurait elle gagné à ne pas 
être confondue avec la discussion des formes grammaticales et lexico- 
graphiques. Certaines interprétations sont contestables. Je crois que le 
mot fimïna (p. 27-28, 33-34) se rapporte seulement à ana^ et que le 
sens est que Dieu a créé le monde par un effet de sa volonté, de sa 
grâce. La phrase "'bann (p. 97) ne se rapporte pas aux préliminaires de 

1. Ce que l'auteur dit p. 44-45 et p. 112-115 de la récitation « antiphonaire » des 
psaumes est à côté de la question, car les prières étaient récitées suivant un autre 
mode que les psaume*, et aurait besoin d'une forte mise au point, v. Blau, Revue, 
L1X, 195. 



128 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

l'ère messianique (rp'Jîa ^bnn), puisqu'on demande à être délivré de ces 
maux. — La bibliographie est copieuse ; on pourrait y ajouter mainte- 
nant Berliner, Randbemerkungen, II, et Elbogen, Gesch. des jùd. Got- 
tesd. Les références sont généralement indiquées avec précision; mais 
quelques-unes n'ont pas été complétées et les citations sans références 
sont trop nombreuses (p. 17; p. 20; p. 100, n. 2; p. 104, n. 12; p. 105, 
n. 19; p. 107; p. 108; p. 109 bis). 

Voici encore quelques remarques de détail. P. 2-3, l'auteur croit voir 
un schéma fixe dans les prières insérées dans les livres postexiliques (ne 
pas oublier que Daniel est de l'époque maccabéenne !); ce n'est pas très 
évident et en tout cas, c'est de la littérature et non de la liturgie ; la 
comparaison avec le 1 er paragraphe du Schemoné-Esré manque de base. 
Voir maintenant sur cette question E. Bayer, Daniels tndien (Munster, 
1913). P. 4. Le culte du Temple comprenait, à côté des récitations bi- 
bliques, des prières ou bénédictions; voir maintenant sur la mischna de 
Tamid, Elbogen dans les Mélanges Kohler. P. 4, n. 10, rvrsaD est le plu- 
riel de î"P03D; inutile de supposer une forme rPD333. P. 8, n. 39, dans 
ïmon NŒiHp, N"HD ne signifie pas « maison d'étude », mais étude 
(Friedmann, Tann. B. EL, p. 79, lit NnumpT niid!) Cf. L. Ginzberg, 
Geonica, II, 299. P. 10, le rapprochement avec Abot, i, 2, est de l'homilé- 
tique, non de la science. P. 19, sur la date du Tanna de-Bé-Eliahou, v. 
Z. f. H. B., XIII, 132. P. 20, il ne faut pas prendre trop au sérieux le motif 
de la persécution et inquiéter Justinien. P. 27, n. 4, interprétation fan- 
taisiste de 03^313 TlïTrn tT£Dn. P. 33, n. 44, il n'y a pas d'opposition 
entre la volonté créatrice de Dieu et ses conseillers ou ses plans. P. 35, 
mi nui, de ï"»3n, n'a rien de commun avec l'araméen nmsnD. P. 39, 
d'où sait-on que la croyance en un Messie personnel date du temps 
d'Hérode? Ibid., mxp n'est pas le pluriel de yy, qui n'a pas de pluriel. 
P. 52, la communauté ajoute ^pan" 1 pour amorcer le développement 
suivant, que l'officiant reprend. P. 57 (et 102), ni R. Simon b. Yohaï, ni 
R. Josué b. Lévi ne sont authentiquement des mystiques. P. 71, 
Ps., cxxvm, 5-6, n'a pas été ajouté au psaume, mais est, dans la bouche 
des prêtres, une citation du psaume. P. 76, la phrase t3*ibtt5 TOy ne doit 
pas avoir été ajoutée d'abord à la fin de la Tefilla, car sa place n'est que 
dans le Kaddisch. P. 80, le rapprochement du Kaddisch des funérailles 
avec la prière 1*im "TP des lundi et jeudi est artificiel. P. 92, sur I3n, 
voir Revue, LXV, 32. P. 93, TpD3> est mieux que VP^, car à l'époque 
talmudique le to se confondait avec le D. P. 94, pourquoi son N73b*a est-il 
une interpolation? P. 106, sur la commémoration des morts, v. aussi 
Salfeld, Martyrologium v. Nùrnberg, Introduction. P. 108, n. 11, sur 
l'abus du Kaddisch de deuil, v. aussi Berliner, Randbemtrkungen, I, 26. 

Lirnpression est très soignée. P. 9, n. 46, lire Ltg., 19. 

M. Liber. 



ASSEMBLÉE GENERALE 



SÉANCE DU l« r MARS 1914. 
Présidence de M. Sylvain Lkvi, président. 

M. le Président prononce l'allocution suivante : 

Mesdames, Messieurs, 

L'exercice qui s'achève aujourd'hui a été assombri par des deuils 
trop nombreux. Au moment de rendre à nos morts, au nom de la 
Société, un légitime hommage, j'ai plus que jamais le sentiment de 
mon insuffisance ; appelé par un excès de bienveillance à présider 
une société à laquelle je ne pouvais apporter que le faible concours 
de ma bonne volonté, je manque à coup sûr de compétence et d'auto- 
rité pour apprécier les services des personnes qui l'ont honorée par 
leur science et qui l'ont soutenue par des libéralités éclairées. Avec 
M. Lazare de Poliakoff la Société des Études juives ne perd pas 
seulement un de ses souscripteurs, et des plus généreux ; ce deuil la 
frappe, si je puis dire, au cœur même. C'était une de ces âmes 
rares où les nobles traditions du judaïsme ? expriment spontané- 
ment avec une netteté lumineuse ; voué avec passion au service 
du bien, il combattait l'injustice et le mal sans haine, rasséréné dans 
les pires épreuves par une confiance inaltérable dans l'avenir. 
Madame Gubbay, qui lui était alliée, n'était pas moins attachée 
au Judaïsme et laisse derrière elle des regrets inaltérables. 
M. Abraham Cahen, absorbé de bonne heure par les fonctions diffi- 
ciles du rabbinat, et plus tard par les tâches graves de l'enseigne- 
ment, avait su toujours, avec une fidélité pieuse, réserver aux 

ACT. ET GONF. A 



ACTES ET CONFÉRENCES 



recherches historiques les trop courtes heures de loisir qui lui étaient 
dévolues ; ses travaux sur la communauté de Metz, publiés dans les 
premiers volumes de la Revue, affirmèrent dès le début cette 
méthode sévère et forte qui fait l'honneur et la valeur durable de 
notre périodique. Si j'essayais d'apprécier l'œuvre de M. Wilhelm 
Bâcher, mon incompétence risquerait de faire tort à cette grande 
mémoire; en présence de ce nom illustre, de cette érudition immense, 
de cette production presque surhumaine, les ignorants — et j'en 
suis — ne peuvent que s'incliner avec respect. D'autres sauront 
analyser comme il convient les mérites du philologue et de l'exé- 
gète. Mais j'ai le devoir de déclarer à la gloire de nos Études juives 
que chez Wilhelm Bâcher le caractère était digne de l'intelligence. 
S'il est vrai que l'esprit intime des textes finit par pénétrer ceux qui 
les étudient, il faut bénir l'heureuse influence des vieux rabbins de 
Palestine et de Babvlonie qui auraient inspiré à Bâcher sa bonté 
souriante et affable ; on l'aimait autant qu'on l'admirait. 

En dehors de ces deuils, l'année s'est écoulée sans incidents 
notables. On a dit, et répété à satiété, que les peuples heureux n'ont 
pas d'histoire. Faudra-t-il donc nous applaudir de notre atonie ? 
Je ne le crois pas. La vie vraie ne va pas sans heurts, sans crises, 
sans éclats ; entre les forces qui préparent l'avenir, le conflit est la 
règle ; le Messie espéré ne siège point dans une académie somno- 
lente. Notre Société s'est vouée, avec une prudence louable, exclu- 
sivement à l'étude du passé ; mais, en dépit de tous les artifices, le 
passé ne se sépare pas du présent ; il s'y prolonge, il s'y continue; 
la connaissance des jours éteints ne serait qu'un vain passe-temps, 
si elle ne posait pas, en les retournant, les problèmes des temps à 
venir. Le rôle du judaïsme, si glorieux dans l'histoire, serait-il 
donc achevé? Par indifférence ou, disons le mot, par lâcheté, trop 
de Juifs inclinent à le penser. A l'heure où l'esprit historique 
triomphe dans le monde, où nations, Eglises, doctrines cherchent 
laborieusement dans les ténèbres de leurs annales la garantie d'une 
force durable et d'une action grandissante, le judaïsme français a 
vu disparaître sans un mouvement de regret, sans un effort de 
reprise, la vieille chaire du Collège de France instituée jadis par un 
roi très chrétien, pour marquer la part glorieuse d'Israël dans la 



ASSEMBLEE GENERALE DU I e ' MAHS 191 



civilisation du monde. Quand le vote d'une assemblée savante effa- 
çait l'hébreu du rôle des langues civilisées, Israël n'a pas su trouver, 
dans ses forces languissantes, assez d'énergie pour réparer l'erreur, 
ni parmi ses savants le maître que sa science désignait. Avant de 
résigner des pouvoirs que j'aurais souhaités plus utiles et plus effi- 
caces, j'ai saisi l'occasion de confesser publiquement l'humiliation 
subie ; je souhaite à mon successeur d'être plus heureux et de 
rétablir au nom de la Société l'enseignement des études juives dans 
un cadre où leur absence a trop l'air d'une désertion. 

M. Edouard de Goldschmiut, trésorier, rend compte ainsi qu'il 
suit de la situation financière : 

L'anné sociale 1913 s'est maintenue à peu près au même niveau 
que celle de 1912. On pourrait même constater une légère augmen- 
tation dans les cotisations et dans les ventes par les libraires. 

Ces deux chapitres sont extrêmement variables par suite des décès 
et des démissions, mais nous avons plaisir à constater que les vides 
ne tardent pas à être comblés par de nouveaux souscripteurs ou 
abonnés, ce qui prouve que notre Revue maintient l'intérêt de ses 
lecteurs. 

Votre trésorier, dont le seul devoir est de chercher à augmenter 
la prospérité matérielle de notre Société, saisit l'occasion qui lui est 
offerte par cette assemblée générale pour faire appel au bienveillant 
auditoire qui écoute son aride exposé et prier instamment chaque 
personne qui s'intéresse déjà à nos travaux à recruter de nouveaux 
adhérents et de nouveaux lecteurs. 

La situation s'établit comme suit : 

Actif. 

En caisse au 1 er janvier 1913 1 .(505 fr. 60 

Cotisations 6 . 9*72 50 

Vente par les libraires 2.220 » 

Coupons et titres amortis 3.404 85 



Total 14.202fr. 95c. 



IV ACTES ET CONFËKENCES 

Passif. 

Frais d'encaissement 210 fr. 15 

Secrétaire de la rédaction 2.400 » 

Conférences et assemblée générale 93 20 

Frais d'envoi, timbres, etc 131 10 

Frais d'impression de la Revue 4.341 05 

Honoraires des auteurs 2.610 50 

Solde 4.416 95 



Total 14.202 fr. 95 

Balance. 



Doit : 



Frais généraux 2. 794 fr. » 

Publications 4.731 55 

Chez MM. de Rothschild frères 3.542 50 

Espèces en caisse 874 45 



Total 11. 942 fr. 50 

Avoir : 

En caisse au 1 er janvier 1913 1 .605fr. 60 

Cotisations et ventes , 6 . 762 35 

Coupons et titres amortis. 3.574 55 



Total.... 11. 942 fr. 50 



Le Président met aux voix les conclurions du rapport financier, 
qui sont adoptées. 

Il est procédé à l'élection pour le renouvellement du tiers des 
membres du Conseil et le remplacement de M. Abraham Cahen, 
décédé. 

Sont élus : MM. Henri Becker, Edmond Bickart-Sée, Edouard 
de Goldschmidt, Lucien Lazard, Joseph Lehmann, Isidore 
Lévy, Léon Lévy, Moïse Schwab, membres sortants, et Maurice 
Liber. 

M. Albert Cahen est élu président de la Société pour l'année 
1914. 

M. Mayer Lambert fait une conférence sur Babylone et la Bible. 



PROCÈS-VERBAUX DES SÉANCES DU CONSEIL 



SEANCE DU 9 MAI 1912. 
Présidence de M. Isidore Lévy, président. 

M. Israël Lévi fait une communication sur les papyrus ara- 
méens d'Éléphantine. 

M. Isidore Lévy fait une communication sur la dispute entre 
les Egyptiens et les Juifs devant Alexandre. Les Alexandrins 
n'ayant pas connu la Bible, le récit ne peut pas avoir été imaginé 
dans un but de polémique. M. Israël Lévi répond. 



SEANCE DU 30 OCTOBRE 1912. 
Présidence de M. Isidore Lévy, président. 

Est admis comme membre de la Société M. Paul Alphandéry, 
directeur à l'Ecole des Hautes-Études, présenté par MM. Isidore 
Lévy et Israël Lévi. 

M. Israël Lévi parle de nouveaux documents trouvés dans la 
Gueniza du Caire. 

M. Moïse Schwab fait une communication sur l'expression 
Kemin Ki dans le Talmud. 

Des observations sont faites par MM. Théodore Reinach, Julien 
Weill et Israël Lévi. 



SÉANCiï DU 27 FÉVRIER 1913. 
Présidence de M. Isidore Lévy, président. 

Sont admis comme membres de la Société M. le Commandant 
Roger Levylier, M me Paul Hildenfinger, et membre associé 
M. le rabbin Salmann Zeitlin, présentés par MM. Israël Lévi et 
Julien Weill. 

M. Israël Lévi fait une communication sur la Coupe d'Élie à 
Pâque. 

M. Mayer Lambert montre que la division des livres des Pro- 
phètes en Premiers et Derniers Prophètes n'est pas massorétique. 



VI ACTES ET CONFERENCES 

M. Isidore Lévy montre dans Deutéronome, xxxm, 9, relatif à 
Lévi, l'origine de la scène évangélique où Jésus répudie sa mère et 
ses frères. 



SÉANCE DU 15 MAI 1913. 

Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

Le Conseil s'entretient de la situation faite à la Revue par la 
grève de l'imprimerie. 

M. Julien Weill fait une communication sur un passage du 
Talmud relatif à l'emplacement du Temple. 



SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 1913. 
Présidence de M. Moïse Schwab. 

Le Conseil décide la publication d'un recueil de Conférences 
faites à la Société des Études juives. On choisira celles qui offrent 
le plus d'intérêt pour le grand public. 

Sont admis comme membres de la Société MM. Adolphe Rei- 
nach et Ernest Lévy, agrégé de l'Université, présentés par 
MM. Isidore Lévy et Israël Lévi. 

Le Conseil autorise le secrétaire à mettre à la fonte les papiers 
sans intérêt de la Société. 



SEANCE DU 3 MARS 1914. 
Présidence de M. Sylvain Lévi, président. 

Le Conseil s'occupe de la prochaine Assemblée générale. 
M. Mayer Lambert fait une communication sur le deuxième 
verset du Décalogue. 

Le Secrétaire, Julien Weill. 



Le gérant : Israël Lévi. 



VKRSAILLK8, IMPRIMERIES GSBF. f>S, RUB DUPLES8IS. 



TABLE DES MATIERES 



ARTICLES DE FOND 

Ghapira (B.). Fragments inédits du Sèfer Haggalouï de Saadia 

Gaon 1 

Ginsburger (M.). Samuel Lévy, rabbin et financier {fin) 84 

Lévi (Israël) . Lilit et Lilin 15 

Marmorstein (A.). Les Gueonim en Palestine aux xi e et xu e siècles 37 

Miret y Sans (Jo.) et Schwab (Moïse). Documents sur les Juifs 

catalans aux xi e , xn e et xm e siècles 49 

Zeitlin (S.). Les « Dix-huit mesures » 22 

NOTES ET MÉLANGES 

Lambert (Mayer). 1. Notes lexicographiqucs et grammaticales 110 

— IL Notes exégétiques lin 

Lkvi (Israël). Le Tétragramme et l'écrit sadokite de Damas lto 

BIBLIOGRAPHIE 

Liber (M.). The old Jewish-Aramaic prayer, the Kaddish, par David 

de Sola Pool 126 

Vexler (M.). Israël et l'humanité, par Elie Benamozegh 123 

ACTES ET CONFERENCES 

Procès-verbal de l'Assemblée générale de 1914 i 

Procès- verbaux des séances du Conseil iv 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 

ET LE ROI DE PERSE SIROÈS 



La littérature apocalyptique, si abondante au tournant du 
I er siècle de l'ère chrétienne, n'a pour ainsi dire jamais tari chez 
les Juifs, môme après la chute de Bétar et le dernier essai de res- 
tauration de l'État d'Israël. Toutes les fois que les maux de ce 
peuple décapité étaient arrivés au paroxysme ou que les grands 
empires étaient ébranlés dans leurs fondements, il ne manquait 
pas de visionnaires pour prédire la délivrance finale et l'avène- 
ment imminent du Messie. Cet espoir ardent se traduisait dans un 
écrit de circonstance qui faisait prophétiser cet avenir prochain 
par un héros de l'histoire sainte. Celui-ci s'imposait à la créance 
de tous par la soi-disant exactitude avec laquelle il décrivait les 
temps futurs, temps passés pour les lecteurs. 

Ce genre littéraire, qui a produit à l'origine quelques œuvres 
d'une réelle beauté, après le ne siècle n'a plus rien donné qui 
satisfasse notre goût. Ce ne sont plus que de pauvres fictions, mal 
composées, faites de redites, incohérentes et puériles; les idées 
y sont rares, sinon absentes, les vastes perspectives se sont voi- 
lées, l'horizon s'est rétréci, et le drame fatidique qui doit changer 
la face du monde est réduit à des luttes confuses et sans éclat. 

Et tout de môme, ces rêves naïfs, sans prétentions artistiques, 
nous émeuvent, parce qu'ils sont le contre-coup des misères en- 
durées par un peuple malheureux et des espérances qui n'ont 
jamais cessé de le soutenir et parce qu'ils ont été la consolation 
d'âmes ardentes qui s'échappaient du présent pour se réfugier 
dans l'avenir. 

De ces apocalypses du haut moyen âge, la plus curieuse assuré- 
ment est le Livre de Zorobabel, qui a exercé sur ses émules une 
influence considérable. 

T. LXVIU, n° 136. 9 



130 REVUE DES ETUDES JUIVES 

Le texte. 

Il en existe deux recensions connues. La première, qui a paru 
à Gonstantinople, en 1519, dans un volume de Midraschim divers, 
intitulé ntd p 'o, est introuvable. De cet ouvrage il n'est resté, 
paraît-il, que deux ou trois exemplaires. Cette édition a été réim- 
primée à Wilna, en 1819, dans le barsb» 'o, puis à Jérusalem, 
en 1903, par Wertheimer, dans le û'mdtïïï apb. L'autre, repré- 
sentée par les mss. 22 et 28 de la Bibliothèque de Leipzig, a été 
éditée par Jellinek, dans son Bet Hamidrasch, II, p. 34-37. 

L'édition de Gonstantinople est apparentée à deux manuscrits de 
la Bibliothèque Bodléienne. Le n° 160, plus étendu que les deux 
textes imprimés, tient à la fois de l'un et de l'autre et a des 
chances de représenter plus fidèlement l'original. Mais il le repré- 
sente mal, car le copiste, qui était un Allemand du xvn e ou du 
xvm e siècle, ne s'est pas piqué d'exactitude; sa transcription four- 
mille d'incorrections et est gâtée par de nombreuses lacunes. 
Le ms. qui lui a servi de modèle est presque in extenso { reproduit 
dans le fameux mrrDî 'o, appelé aussi Yerahmeéi (n° 2797, f os 248- 
250), dont l'auteur a utilisé deux exemplaires de notre opuscule, 
comme on le voit par les variantes notées à la marge. 

Un fragment de cette recension s'est conservé dans le n° 2642 
(9a) de la même Bibliothèque; il a été imprimé par Wertheimer, 
dans ses iiman tû, II, p. 29, sous le titre — forgé par lui — de 
rnzîEn nw rv»«, l'éditeur n'ayant pas reconnu l'identité de ce 
morceau avec le Livre de Zorobabel. Un autre, provenant sans 
doute de la Gueniza du Caire, a été joint par le même savant à sa 
réimpression de l'édition de Wilna-Gonstantinople 2 . 

Enfin, le ms. 326 de la Bibliothèque nationale de Paris, qui a vu 
le jour sur les bords du Rhin entre 1160 et 1180, contient une 
paraphrase partielle de notre libelle. Elle a été éditée par M. Àlexan- 
der Marx, dans Jewish Quarte ri y licview, nouvelle série, I, p. 77. 

Nous donnons ici le texte du Yerahmeël, en l'accompagnant des 
variantes fournies par les autres mss. et les imprimés 3 . 

1. La ressemblance est si grande que parfois on serait tenté de croire que ce 
manœuvre a travaillé sur ce ms.; mais il n'en est rien. 

2. M. Wertheimer en a ajouté un troisième, qui n'a rien de commun avec notre 
ouvrage et qui provient d'une apocalypse rédigée au Yémen. 

3. Voici la signification des sigles qui seront employés par la suite : A = ms. 
n° 2797 d'Oxford, B = les gloses marginales de ce ms., C = ms. 160 d'Oxford, D = 
éd. de Wertheimer, E = éd. de Jellinek, F = variantes de cette édition, G = frag- 
ment 2642 d'Oxford, H := fragment édité par Wertheimer, Lekel Midraschim, p. 13, 
I = ms. 326 de Paris. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 131 



^NYlbNff 12 ?22T(\ ÏW DlblTI ntfQ3 



rwaian a^ma^a rmm nno barnbata p baainT b« rrn nia» imn 
■rçsb nb^ana baan» wrf ^to , 3 a'a ^ " , afcon nTn nannn /^^ïïh iainb 
mn» ^ nna ^n: 6 (D)"n73iNai 5 maaa *mfin nia» nsittn lima Hnb« ^ 
D^avan mnbn» "rçayn ■aittbi* ma mac 8 rpn nTaab "02 ">ab 7 dhd c^n^n 
■jani ^pa* ^aa -wini miïi 1 nns b&nnb«o p baaviT "ann nnN *b nTaan 
"vpk-i Kb "inaowi inynio ibip inj*i b« o^« 13T "icks ^ny lam »ib 
tin ava-i ,imab "{sic) &ra«i 13 ^nb^an rnJttfin nb^nnaa bsannb aip&n 
-1731N1 -na* baafiT nn« -ba n»K"»n "de ■«»* na^a "rpn *ns ta-mb "nia* 
■o bwDM n?3 nTai&n pan ,*p toki b««J l9,, bx« a*a ^b naavn i8fc pa* "»dn 
mi ^Nttîm , M, «n «fin n»N"'n T'tin ^aa ib« nTatm ■"»•' " l iNb»n rstyp 20 \wp 
nv2[i]n -p* &nm "nbrran -p* rma^aa "•aaib'rn y-iNn "pai a^Taiari ,3 ^a 



1. c bfinnbfiwî p baai-iT naa bTin» ban mT3>a. 

2. D ajoute i^na (?). La date manque en E. 

3. Ce mot manque en C. 

4. d in ba ">aab On b«, lapsus pour ^nb«). 

s. b nïmaa; c r!7n7:n TPfin -11a n nxmm ; d iman nia» rwinn pmi 

*b* TDD2 (laaa est une lecture fautive de naa) ; E irPKI "IttîN nfiHTan "JTTnn 

naa nn3 b*. 

6. CDEi-i73Na; F -|731N1. 

7. b apaji); d bna. 

8. d Epabiyn -nac m» ; e o^abw man rmac ppït "pa- c'est ainsi qu'il 

faut corriger A. 

9. La phrase manque en C. 

10. E nPNrî. 

il. Manque en C; E bip ">b MaPT 

12. D im&ri Nb TOiani Tl^ntD '^p, d'après Deut., 4, 12. Il est à remarquer 
que ce copiste corrige souvent le texte par des centons bibliques. 

13. Manque eu D ; E "inban rnWlN"). 
U. B n3">1ZJ»1 {sic); DE n3S81. 

15. C «"a. 

16. c 'm. 

17. Manque en CE. 

18. Cette phrase manque en DE. 

19. Manque en CD. 

20. Pareillement CE ; en D a"|p, qui est suspect ; F "naCp, qui vaut mieux. 

21. e «b*:»!. 

22. Manque en C ; ces mots sont, d'ailleurs oiseux ; en D manque tfnn- 

23. C 173, lapsus. 

24. BCD U^72in ; CD n'ont pas TÙTA71 W ; E = A. 



132 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bbsnnb "mrs aipan is?a ^tasa *b narm *ab 'pbna ^a ^b "na mnwi 
•(■»ab pbna -o) ^nxam vidd 5 (ba) rrmnfifi ba-mr» ■wk ^ *aia ns mbnbi 
io« û^nb^n ^ nih nnN (*ab 7 nbn3 ^3) Tison "wiod tpi3» ^ s:s "i7ai«i 
n^a b« "]b "bs "irN^i .rn^ &T173 "pneo 8 -m3i ^d 173S7J3 ban ns mia* 
n n»bn(73) -p nsD ^bs -iw^i / l0 "»3T , s tûnd "p*" /P r ^ n ^P* 3 DN 9 cpinn 
ffi^Nn u (ims) ^bs i73K , n,aisa73i l3 sai anaroi nT33 ©•»« "Tram ^a ya/n nassi 
-^ mi 1731N1 i3»si , 16 aibn ^sran ^ in nta 15fc ]nasb?3 nw baanT rtT33H 
,8 nNain "jms-n }y?ab ^a s-pn bs ^bs iTas^i ,7 mp73n nra ^aarbiam ^asias 
■•ans ib Tibroai ^b 20 («c) a^rr tishi Tiwn-a mai ns vnicsi , 1, nan 
n73iNi ,"na -nas i 3 «d «»v»an ^n sn it ^bs -i73S"H .mn aipTan au? H7a 
,aip73n nia rr«piJ> nns htji 2, n3rî TiîpaTa nns n73i ^wïî "721 nns ^72 ib 
veiiddi ,yp ny iy M sbaa -nos *ae«3 ^in^pïn p) "" n^73 r:s ^bs -i7as"n 
173^1 Tnnsi "lanvasi 28 T?2n ia vam rasb ^as itosi Tiunnn nsT 
nnan bs -i7asii ^a pinn m nb«5"n ,"»""ia ,, H -ican "»b i72S3i ,**»b« ©a "«bs 

1. Lapsus pour rîbtia ; D 12£, qui est suspect; ces mots manqueut en E. 

2. b -rm ; d ^asai ^mi. 

3. d mrna, suspect. 

4. BE 13s : C Dian, sans la suite, naturellement. 

5. Manque en CDE. 

6. Est aussi en C, quoique superflu. 

7. Ici la bonne leçon reparait; G pbîia; E ^3S3 ibna "O, cf. Is., 17, 11. D passe 
toute la phrase; omission suspecte 

8. D, fautivement, nanï; E ^-|721S31. 

9. Ces trois mots manquent en C; D pvfin 01p73 Epinn n^a *]bT ; E ma bs 

pnion ûip73 rpmn ; f piian aipTa marbn n"*a. 

10. D 13 M {sic). 

H. c rrâbîTi; de rtNbn. 

12. Ce mot manque en D. 

13. Manque en C; D p|11 71331 7TTa3 ; E yiiCDT HT33. 

14. Manque en DE. 

15. E rtD ^b H73. 

16. Manque en DE. 

i"?. E aip?an ma " , 3a" | bi'>i y*i$ 56 i«sa ^3x^:3 'n mi ; F, au lieu de 
Tsata ,nvn nia ; d, fantaisie: nriN 1721N1 i^ni nbiian t* mrs by ain^i 
nTa ■'anab'on. 

18. C n^a, par erreur; toute la phrase manque en D. 

19. c ajoute : D^masi a^imi D^aiza Dnai ^b« ian*«T; d ^ny nan^i 

B^3i33i û^ma: a^nan. 

20. C aZ3" , rï. La phrase manque en DE. 

21. C Nnai ; E nan "7311, forme hébraïque. 

22. Ces mots manquent en D. 

23. Ces quatre mots ne se retrouvent qu'en F ; E "^p N3 iy ria 1TDN ^aNO. 

24. Ces mots, qui ne sont dans aucun autre texte, doivent être effacés. 

25. C ajoute bina ; D abrège beaucoup. 

26. D inrn 13, puis il ajoute: K'3NT aVJJNI "Pm73b;Z3 ISH'^^I 1">3D ITa^nN^I 
1311123N1 ^y. 

27. B 13TliZ5'«1 ^3 3^D»1 ; E ^PN-i^ ^d 113» TTinom vbx L3*"3K1 aiU5«1. 

28. D isbNTÛ, suspect. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 133 

"ittiKi '^7373 T'as nnnnôn(a)i npiannn nttb nttfiri ^atiofioi kv b« ^abi 
rimai 3-, b Taeri *bKTCP m»i ^n in^ttïTai ^ Taa> n-i^Nu: -est: ib 
ib "nnaai ^tt-iia" 1 tin 5 K3^ "T173 (1*) ib \T3Ki ,nB*«73i n«a mna *na>aa 
dkto tipn n73 baaint "*b t^ni ,a^a 7 t^ ibi rasa «a mu cn nan 
b«e Taari /wion yp N3-> ^p73 bai© "^n ib im»Ki -rpaan ,*>^ "rroab 
'■stora Nin mn "to&pi n ^i , 1d w»k nn« ^73 ib vnnKi "p vaan "»b 
rr-irijD a a* "nrnbaia b&nttji wa i"^ lk nnx nia nih ^aa "mia pk ^pneaia 
aa> m«nbnn vuanbaw banc bic nu; n«i /o*^ nba d"*ai»iai newa ^n^m 
T*3db a«3T»t3 enn ht ^ TT»©» Ut "^ niTanbTa ûnbnb "ppy ""afin ,paa ^ab» 
, 18 pe*n {sic) nnbat p Kxr- «in© pc p Dib^an» a*i d^a t* *jbE d? 
b«D^B p"n / 6 D" , 73iN na ny dnbnb nbb -pâma ban 1733* br ->^ "OTTO-n 
yne< baa [ûmas] pn TiamaiD n;eÔ73n eon ^:e* ">be* nram («c) "ïnosanb 
r:eo ;V5ï imai pnsp pn "wtimd «m r:eo /^ Dca ipik "^panai paa 
Sema* 1 pk wmsia eon "^eo ,pa-< S1 naa>[73]3 apa" a? ,0 ^Ppae<ra nih 
^:eo ,babaa yvir^ be* "wbMia «in ^:eo ,^ aiaa [na«] d'tfanN nan733 
***<3-ipa 173© ùcn 4î iaeo mneia min* ban ano b* Tntantn]© eon 

i. E. abrège tout ce morceau: U5"nn73 HnN fittb nnP beo KTn b« ^b« n73eOi. 

2. D, incompréhensible, eon bfiniZJ^ TINT "^N 'H T1D731 133? nn73N;d " , :D73 ; 

k hpn ">nb« mûîr ^a ^^73^ ■ ) P3 , 73© n^ai^T- 

3. E H73H3 T>73T, qui vaut mieux; C 7173111 (!)• 

*. e mi733 V N nin^i D^ai nc^ bibaja nysa. 

5. G fcaa (sic) ; E H3 TNV 

6. D paraphrase : Db"l3'b nblMATI N3P ">n73- 

7. D W. 

8. C n ,, '*I373. La phrase manque en E, mais est en F. 

9. Au lieu de cette phrase, DH ont: ^pIX "^K bfiNZ)b ib 173'iNT, leçon invrai- 
semblable. 

îo. h inaïaa nih hpn ib -i73iNi. 

11. DH ajoutent D^ bipa. 

12. Tout le passage depuis "173^^1 est remplacé en D par ces mots : Nin "^N 

i»B3 bt<a" , 73i d^:Dn ne pmaîdTa ; en h par: 'n ^a^ ns bfio^n inaa» «in ^n. 

E résume : VP3H ^33 •'DZni DJ1 3"«nn30 D^ DnMC bfimd" 1 Nai: n© Nin ^3 

pN p Dib^7anxi D^as tj* -pwn d^i *n n^"073 a^ 'n nnnbîa nnbnb Nin 
■ja«n "J73 tiEsrw. 

13. Manque en E. 

14. e b^n©^ Na^. 

15. c niTabs. 

16. La phrase entière manque en E, les derniers mots en DH. 

17. Lire "pn:ûZa73 N"in. C dit simplement : *jma!1273 p""1. 

18. c vona;a. 

19. Manque eu G; D i^bj-" "^P^DaT, qui est la bonne leçon; H v'^y 1331 
IpJH D^bNnN 'PDl D" , D«b73n, correction d'un scribe savant. 

20. d -«npaia© (!) ; h ■nnpairna. 

21. Pareillement C; DH -,n:n "13^3 (!), ce qui appuierait la leçon de AC. 

•22. g wbaia [sic) ; dh nisn:n. 

23. DH D"»33"Cn p 'n PN73 Sincai GwS [H n^7373n] T«sinc wSin •'3N. 
Toute la phrase manque en E. 

24. GH itfiaD ^TaiB dCI; D n'a rien de cela; E [13*1] 13n d©3 ^TS©© «in "'SN 

copa i»»i. 



434 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

vaai "»b bac ■ïtW' ■paiera baonbara p baant tnnan »(>nra 'Ta^aa ynrasaTa) 
anpTarr rrra "pair V\ mraTa m *b. nTaan /diwi n-nnata anp" 1 nrat< na* ^b 

^b» 5 th *73^a nbia nns bar?aa» p an37a T73irn nn p -mra?3 *nn ;yp ny 
■^nbatra baaw ^an , 6 vp na» ^ anpïarr rsra insain mi mara-n ^bi 
un na ^anb Oi im rrban mania* nu» ^ba* n?aarn ^ «ai: nra 'p-itaEttb 
'ibbinra^ a^aiarr bai rraab (sic) 8 rr:n ^a-na aaïai bar?33> p ana^a 
taa^abja 130 ant-im ban»* [p] an37a a[a*](a>) m *£sn Katm ,arpmb*<OB?a 
vr M ïpan nia** fa-n ^ba "spa a*ab7a ^ara arai , 1- annb ûaab arrarai 
rnmam 14 n«Tn ï-sttnbjam ^raïaaat ^b?a "'jrno^N mien aran ,abrain* ba» 
ï-Wtaab nann 18 n7aao /^"bran ra-ina 15 manaran ana (sic) mm nb^n 
TOffi a"nraybi , ir m^ara anm mra û^B3>i mra a»an«b ranpTam T*n 
,m?aiN a*a»ara 19 iasa aaiaba fcara?ara m naj"»b»"»n aoain ma» 18 n3a*raab 
"bnrm ""panan a*nm aort rrnDjïi ^ba î0 ao a*ab7a mcy nn»:praab 
nba"» ana a^am njainTabn nrabi a-inb asrm a^ranp aa> "isncn T»nn 
DVTan ,"raa*» nra» inTa^ abraarm amassa» -nan ^ min naTsm anmna 



1. Ne se trouve dans aucun autre texte. C'est une addition tardive, peut-être même 
du copiste du ms. 

2. D maia* 1 p. Rien de cela dans les autres textes. 

3. Cette phrase manque en DH. H ajoute : ib "TES Tbïl ra^attf "lb n731N"l pan 

rba> manan 'n mra» aon ^«. 

4. A partir d'ici jusqu'à yp manque en CE. Rédaction différente en D, mai» 
semblable pour le fond. F = A. 

5. h -m mab nbian; d abrarr by natansnaa a*aa ibis nn. 

6. d yp na» na* mn aipTaa -irwraNi 'n mna irra*raari. h {sic) ittB^am 
nsi3*jaïa3 aoaa nbia nn bar»* p anaTa aon ht ra^p aa» rma Y'M rvrmb 'n 
yp na> na> ntrr anpaa -inmra-n 'n rma [sic) -întrwn DvraYvb. 

7. D ajoute nT bfcTTaa* p Dm» niDJ^ n^M mmNH H73- 

8. C ÏT'iP; D différent par la rédaction. 

9. c ibbino^ ; d Dn-^myanbn mboTaTa Tnm a^aaian bai. Toute la phrast 

manque en E. 

10. Ces trois mots manquent en E. 

H. C gp. 

12. D n*^. Cette étymologie manque en E. 

13. Plus loin p-nON; C "jn-ON; D D"lC3N ; F "iS^aN; manque en E. 

14. Ces deux mots manquent en DE. 

15. d 'rrb sn b«nn5^ ^33 a^oia» n^N ^ttî^bttîM onna n^^Tann n3u;a. 

16. Au lieu de tout ce morceau, D a simplement ces mots: pnnbl bn&O mNbTab 

'nb rtynujn n^nn ib nan ■p" 1 **! 1 n:d73 ™^ D^eni mNTa yïïn a^bo-n* 1 . 

C'est probablement un abrégé. 

17. Manque en C. 

18. E nanaab 

19. C ia>a (sic). Ces mots, qui sont une addition, manquent en E. 

20. CE na. 

21. bë unpTan. 

22. c b-nrrn; e nom. 

23. c yitlD^I. 

24. c «l'asn ma» ^^y^ (sic). 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 135 

mwa yor ïrjiDnbi ,*b3ir« yip^o 2 i?30o tr*ttn '■nscn ironn b-imo 
rroTa -p 53» Dsapbi ûbaub 5 o-7p a? m ^d^ ^ nna 1 mm mo o^on 
ma &nn 7 npo 173 bar 7a* [p] ûn37a ! 'ûN na ^atenb "^ fm "ion maTam , 6 ^ 
jujimbi pn»bi ïTOTabi 9 D-iab ^ ira ton n-j73r; Mirs "-brisa m» npnrn 
**imb&o prrN m ba> bn«a ■pirm fl mD ton rm?3n &om , l0fc p5!3tt ^nnbn 

m73H3 "I7300 DTN DO Tiaai ,«^130 NIÏTl "WSa 1^ np-]3 IDIN T3a Wb» p 

{sic) bôCPTabi inaattb nTatm baaviT H p^i /tpT p û*nB« p b&^o-in p 
,pnt ba "nnN mm n73i 15 ^ mo7a n^ ^nu ^y^inia -aa natYi ■'a-na '-ion 
na "San 17- nnN û^ao OT3n «ai 16 b&win p rran: ann ^ mo73 ^b -w&n 
la^np^i D">bo-i-pa 20 nao o^ana ■nnj'n nriN 19 o^Na bfinsp ba pn 18 yi3p-n 
moai ,ûmnB07ab bjrnsi 2i an^n?3 aim , s|, ^b niri pnp bano* ^aa 
p msana 53? ans ^73 m " , vp© ï"^*" 1 ^a^np 'papb'i mnnab "»rp©Tonrî 
ïta ^rn «atm bano^a mma rnisz mmi "bano** 4^1 26 baroin 
bfinia^ TrbN ^ fm noa* ï-rtattri d* 88 b&T7a* [p] Dna73 Da* araan ina noa* 

1. C 173VO^. 

2. Manque tjbaS, qui est en C. 

3. La phrase manque en E. 

4. Ajouter avant ce mot m3P"l. 

5. E a simplement "itfnp Û3*. 

6. B bfitlTD^ "11N- Manque en E. 

7. d np-in pi 73 Nim ano anrtn maTam. 

8. Manque en E. 

9. CD ajoutent : E|0"pbl 3p3^ priat^ DmaaÔl D'Obi mbl- E n'a rien de tout 
cela. 

10. D ajoute: imbaÔT 

11. D fiOanïTO (sic). 

12. L'incidente qui vient manque en D. 

13. E a simplement O^IDN p m073 1T35 ÛOL 

14. d baaviîTJN n7aiao. 

15. b barmr n« ; e bano^ na. 

16. d rp^ p D^nsab noa* baro-in p maar»; e qov» p mo7a. 

17. D iasb. 

18. Sic, également en C. 

19. d. irnu ^oaa* ina* yiap3. 

20. Manque en D. 

21. Ces deux mots manquent en E. 

22. G 10rPrH"|. La phrase manque en E. 

23. C rPOOn; D marub Û^Oin HObo naî^ai ; manque en E; Pirkè 
Hèchalot, 39, naO '73 "inaôl. 

24. Manque en DE. 

25. B nO ; C, Pirkè Hèchalot, 39, "nTO ; manque en DE. 

26. Manque en E. 

27. G et Pirkè Hèchalot ajoutent: -ima* VJD01 Û^boima m73ri3 na* mpmi 

ni^aan nvmna n^b^ i-73i73nii b^no^ ba. 

28. Au sujet de ces événements il y a divergence entre deux groupes de manuscrits, 
1° ÀCEF et 2<» DG. Ces derniers ont la leçon suivante, qui paraît meilleure : 

mm«m -m p [pD don] bfiT23^ p dh:73 dn na ^atcn Nnn p nn*o 
noon 3N oin ain -^o^nn oin3i ,n^^n nsoa vm my-iann m«n 



136 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

,vnN pn ur&o inan rN c*n ia-imi a^ana» rm arta V\ im ,rsb 
«in nw "ô n-nan ^ "itsini ^:d bar ^nbsa ^a^atsai /ar^n mxr arai 
ib iîa«*i ^rpDVD m^ai yan aiai bas? na»n dtb fcraarj rra?^ nr^'o 
-ra: bar biKiab *ncoin atai ,Nm min Rin a^ain na> ma^a ht baa» 
dis "Qi*rm *mNbn cpinn na b« («c) ■yiara-n ^a paTi tznip •nia 
rwn n«a matin rrwfci nbina ï-isîa nTna ta^œ nna pa 
N3^i 6 nih banba {sic) wn pnt p» raa n»fin "jan /m*nb t«b na> 
■piobai aaar 7 ann^ oib^-iK i?au:i p na?37a Ram mar aara-n pia 
rrarp nan yn»n narpTa na>a?a 9 inbuj737ai Sa Sa» ^ibn* Km 8 mi3ar 
,0 -i3T> naibi haa ^nbN rmaar naian ma vit piitiin Taan ,y"i«ri 
mxp n^a-n anna "n»*» ia "(*c) ^eét "pNia bai ,vaab ■n»** ^?a y&o 
S^na dwm miaar iz-pn arai "a^ai^bar ■rçrnp ^csn ba» u K3"h ,"ana 
ma?a r->« aiim 18 anb nba^i a-ia'np aaa» rranbn nwn bna naai 
iba^i vjy ia-im a^mat miaa» 18 -au;i 7 bertain p mana «in rpv p 

D^biSTva btriain p maria n« oid •pn (d *pma) ■nT'ttJ mpT la-nnb 
&tjidyy» "naiTab iirici into anb nam bas Sa» bas a-Niur b« ara^i 
(D imaa-n b&w ba iniN vraci) mana Saab nabab (D mm) 
nanai aitn abuîm "nartaa na?iai7a inbaa mnn dt nrtNi a^arai» 
rf'apn (D yiap->) n-pro** ar «"a in»bi ,na a-a-b ibai-> ab rpa»i mm 
rmff na mnapa. 

1. Ces mots manquent en C par suite d'un bourdon. 

2. bg -»b« ba nnNi. 

3. DG réunissent cette question et la suivante, E la résume : n?aNïl ^b m^an 

©np aa» bar. 

4. Il faut : matbn aip?a C]"1inn n^a bM< Mêmes fautes en C. En D simple- 
ment mxbn na, g matbn C]iinn n^n b«. Le tout manque en e. 

5. d utn narm» «b n-CN nbina ^asa nbi; g -^aaa a^ac nb ^a-»^ p» 
ns?a ana> n^Di-> nam ya^N narn^ «b =ivm nbina ; e abrège : n^JN nrna p». 

DG ajoutent : iDN O"»» aba: l^b» "17J1N1 HK1T nnat 7P3 baailT "•"?« 1)3N^1 

hd^ nia:sa naD n7am nctin. 

6. Même lapsus en C; DG ruât*. 

7. G aa*a im; d oib^Tan» nx -ibm nnm bar^ban iniN nan^a narioai; 
g oib^73*n« hn nbm nnn abaan na« ba>"»ba nNi-iia na>u;ai ; e n^T p« 
oib-7a"iN na7:7a Narn riTaa» tm aaaiz^. 

8. G ^laar *|1^abl. Cette étymologie du mot Armilus manque en E, autrement 
semblable à AC; D tout différent: HIT miaa» bab TaN"l H^rrn «VPI. 

9. A partir d'ici et jusqu'à 131^ manque en E; DG passent tout le morceau. 

10. Ces deux mots incompréhensibles manquent en C. 

11. Pareillement G. 

12. e niTa^. 

13. Ces trois mots manquent en CE. 

14. Tout le morceau qui vient est ainsi résumé en E : aar bc^lMa" 1 V1N3 N3^1 

rpv> p m-a72 aia ianm ara^ai-pb a ,, ab7an nnpar, 

15. G \fo9 ">\anp bar. Lire ^aT'bar. 

16. G 31"lb ibD^I. 

17. Manque en E. 

18. DC Qiai, 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL *37 

mjai* btrw p ans» un na ^om 'mma îabia nai73a ^an^ 'na 
Mb ûa»n nrvn 'aia m: û*»pb a»Tin mis aai ab dibi tht» na*;aa 
ba-is^a mx rrrm *aa unna rnnn n^Tn n7anb[»]m hvn p nnD " 1 
iba-p abi nvuiaai ■D'nttai DTn-ixa icnri B bKwa nm»a nn^n abiz) 
/ia irwN"' «buî bai^» fin viriN iTta* 1 matnan "na bai 7 v3de inob 
inbaa wi 8 a"n irwn a^ana ba^win p mare na barns- ba ■nso'n 
/n w< ab 10 n7anan s]i^i rum ■ronaYin obiarp ^yw -»b robrai» 
r ii,% û33n .| nbna mas van prmn a vie ^ ba ba-NO 1 * *3a ipyarn 
n?3N ba *rbai aipai naja "ô nasm ^ba ^ 13 naia:)a nann 12 ^73"naai 
naab» nbcn niaa ba viba banc ^nba ^ r>nb nia l *p*pai ar3n 
"•ba naj<b73 ^ nbicn , l8 T>pBDn ab paotn ^a *pna nb^cn fian ^ba 
a^ai^a-in o^nann Sa na -^a wrn ^a:>73n ann ann *a anai nanan 
fb ma ^ba infini ïTCairs aa»aa ^a wn rpri ,v:ab mnnoNi anaai 
•ba n^aa-n piocha p*n /^siaa rm» ■'aban "^na "pb« n^an^i baariT 

"Olia *lb -)73iai 12 b«U33 t^Oiai ^733*73 "pN DnU3 "P ""^^l ^ b«D 

^nb*a nca ■•"i ^n "»b i?aa*n p"n , 17 banu^ un aa-< inja 'p-izatrTa 
nTaa lavrpr: l9 ban ^a ^ niBa*53 "p T>aa -o 18 b«nw ba» ^73ia -usai 
Saa^a ib« -i73^t ,1b -1173a "jb ba«P -usai i-ia* baainr ba ^b "b 
n73N ^a ^izy na-iTa "oa -no a bab *pb D"»ffii n^n ^:a "p-ia^a «im 

i. e b«-i^-> -iba-n. 

2. c mma ©bttîb banur iba^i; d nan7aa. 

3. e abrège : y^n imx Na"> «b D^a m73ir anD73 un na ->iram; F «b"i 
Jia-i mm nwT'. 

4. c ajoute uninn ba. 

5. c Dria*73; e nb-ia»a. 

6. e mian73ai. 

7. La phrase manque en E. 

8. Ce détail manque en E. 

9. C mipTlK (sic); manque en E. 

10. Manque dans tous les textes, mais se trouve en D plus haut. 

11. La phrase manque en E. 

12. Ici reprennent DG. 

13. c m«i33; dg baai-tf ba 'n njoasa hth nanrt; e simplement ^Ta^aai 
v-ian. 

14. c du: ny Ï-W1 (sic) ; d bbsnai D^73u:n «jn-i oip^i ; g Y^t ûp^i 
au: inwi DmrOT ; e 'n 139b bbsnnb aipNi. 

15. La phrase manque en CE ; G *Dp^ODÏ"n. 

16. c ->3aa nn ; d mn; e mi îsb^nan. 

17. Tout le morceau se réduit à deux mots en D : 'n rPU573 ba', qui suivent 

mi ^b^nan. 

18. Manque en DE. 

19. E b^H (sic). Tout le paragraphe est devenu inintelligible en D : Pina» v^ 

-iiïîN ^naa» baa-iTb ^^int T»a«i nb m»aa ^iTpn «in 'n ma3>73 -ib i^ia 

ba©"' ; E résume. 

20. b a»T»rri. 



138 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fcana» ^bN nwan ,'a^n D^fisM nmn "pba> "m'a ^:n nia» na*i:i 
'-ïïjj rwa-iNa p^a -ann Nin iTCSNnn ttnna dinpd «a^ ^«-e* p 
iKarn pan *piinrr p rcnrrb "TON ■bKana n:'pa ba» "nîam na 

313 rirai P.572 p TT^NVOI tTOJTa ^D D"nNl23H bfiTlia^ ^«an ba rba 

û^apïb ^tra? p anaa 'lacm ûpin 6 ia^-a a^oion pi "oi'ana^Ki 
toan« bixnbi Da-iiaab ^ ^anbia n©N "^ rroa Nin ">3n a^aanbi 
ra^N mis itt"p ^a ima ma-n ia 8 a^:pTn ica^an 'ib^ari o'nasn -ra 
ia nrnrn l0 im« mïa nnara laa îmïa'n , D T nba D^iaiabai rrraa 
"vœ Sa ta p' n /?wap S^aa "sa^i nïsnabn apa "Haa ibab"H man 
rara'a niaar? ib noam "moa u a , a un na lasso aam /"D^biDT-p 
maria ^n ^a b&n^ "aa -iN-m bantzr apï ba nab^i mm«n n« na 
^nffi ■pnaaa warcrr ^ai miaaa 12 îrnan *na ""pban b* -nas-n 
rr*iD^ nanaaa arwa oibia nata> ^a ,8 nTn lain mm nasa ^ Nas 
•D'ho» ns mar* «b rmrm rmrr n» aap^ «b a"nc« 

mN73 3>"an cbtaim mannb m«bab "pcann la-inb irwl û^ïïjdi 
^tra* p anaa Nia^i banœ^b ^ 16 ri'r:n mnn naia ûv«m 
"i&np'n Snart a^n S? 18 naani "araan imban barioin p manai 
a^a "aaat? n^ wbttjmD a^n p bvrw* n nac ba nwm ^ nanaaa 
tassnm pa*a î3 a^n ûb^bcn par^a-n a^n ba "barn "ama^N -aca 

i. c 'n naia ^r» naia "aa ; e a^n a^nbN Dtaa nain anaa ^a ; 
d a^rrbN 'n nan n^ "jb "i^^n r.ENa ^a. 

2. C 3>2*1Na. Le quantième du mois manque en E. 

3. C b»a*r«. 

4. C pTatin^b TÛN; d H n ^ P ^^l^" 1 ; manque en E. 

5. C aVmttlN 513 («c) niT31 p ; manque en DE. 

6. G 172" , Uî^ia; D DP18 DÏ3 HUÎN a^TOCn "{72 ; manque en E. 

7. La phrase manque en D. 

8. b a^ann na. 

9. G D^lba; D rjblba; manque en E. 

10. Manque en CD, mais est en E ; F ajoute : 13 "irttfrT «bl. 

11. C -jn. La phrase manque en DE; D apU "•'"tta «5ab"<1 T^b^W l^l^a la" 1 !. 

12. Il y a ici une lacune due à un bourdon. C 1iT3p^1 N">a3n WOIH V2Z' N3"«1 

a^b^in^ n^tta -npan bs^ein p ïrona nN n-^n^i [iafp^]; d aip^. 

13. C bN^y p arij73 b*a 1T:N. Cet épisode manque en DE ; il est d'ailleurs 
inutile ici. 

14. Mal rédigé en D, très résumé en E. 

15. d n»Na 'n nds -itd 'a^Ta lai -«c« 'n nai nn; e ^^a-art "[ai 

■l1*IZaîa73, puis tout de suite après mtfbttb ^3; rien du verset d'isaïe. 

16. G myuan ; D 'nb n>Tan. La date manque en E. 

n. d onaa p. 

18. D 11733?^!. 

19. Manque en C; DE VfcPaaa lNnp" , T- 

20. D -|bD3«. 

21. c a^imN "rnD73; e an^ara. 

22. D 23*1 (sic). Tout ce paragraphe manque en E. 

23. Manque en D. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 139 

n^Na ^ttrt rainai »■ û*nan b* -jc^w ït»ït aia ^a ' D^ao bna b* 
•mo» basa ini^i a^ia b;a bra b* ynrm ma-ira *nTip nw "nbar 
'notaTanm mjaan onn to^t la Tas* rraiTsraai •D'rnpïi ban ëjcni 

,na n©N bai a^ mb* -ndk San ynan 

Sitn 8 orpnaa lena-n nan73 ^73 vm *»"»biDtt ta*inb hhn av 
."b«n«^ yn^n ^t™ ^ y i sr^" 1 P^ tainb niay nai»»ai •troTOn bna 
^m ïarrPTn nrrn S^ïï' wk ^ T32 rra-in snna ^rrana 
p-oid» mai 18 naD ■•ïibK bai bina navaa *pm "irnao» ypm a^n^irr 
ûmoio Sa nt* ^- na^ ^ynab iba^ nruxn main bai ynab ibs-» 
Kitt "^ mon Na*n ïwàp Tr mwnbM ia^a tann 15 û"naa anb-n 
ann ^ im ^nsTiwi 18 otb^3"iN Su: va^a na^i l7 bfipja3» la an;73 
îa-n a^anp ay "wam ^'dtie D"nas ibo* "heisi irwi -î^i^d ck 
ya"iai m»nb» i^Na banu^ ,5 Sa S4 imN in-p yya "y* ■^ n?va^ 
"oib'WK b^nai an se aia 26 n[73]nb?3a ûnb"H ]ma unabri i^N-ia nyw 

1. C D1Ï3 "^ (sî'c). Manque en D. 

2. D D^p"H3*b rsn73U3T. 

3. E reprend ici; par suite de la lacune, l'événement a lieu au mois précédent. 

4. d ajoute : nto dïtto nj-n ûma nybai ma n« n72iNn mate ~,£tf 
bmbr». 

5. E ajoute : na*ltt TE Tm. 

6. C D^n"!pn ^bil EpON^T Toute cette fin manque en D. 

7. C "lUtt'lEnm ; D *m:nm. Manque en E. 

8. b arraN bm 

9. d a^aia bna ba» arma aa> rvnan m-nan îcan ^.sth ^na iNia^ 

E a mêlé cet épisode à celui des Korahides. 

io. d ïraiavn y-ian mm D^bia»ai m?annai a^naa raan mm. 

il. Tout ce morceau relatif à Tammouz manque en D. En E il est extrêmement 

réduit : ann a^iaa an'm-i îmjwra 3>pa^ Snm ûtitïi nna i'©n t-pi 
riNsp T'y m?anb73 icwa. 

12. c vnnnTa. 

13. c naan. 

u. c mm»m m»an bar 

15. Manque en C. 

16. Lapsus en C. 

17. Lapsus en C. 

18. Lapsus en C, qui, par contre, a en plus : 'jvifc "^Dl a"y aiaa !"î' s nN aiaa 

19. e lïnrPTm. 

20. G -1N1231. 

21. La phrase manque en E. 

22. G N2"n. Lacune en E. 

23. C -pan. 

24. B 'n DN. 

25. G bai; e yya i^ 'jt'ï an^a 'n na In-ji bïn^ bai; F ajoute : 
yrx 'n anu:a i^n^ "j^a pj» '3©, 

26. c aiaa mnnbtt. 

27. E oib^Tansa et n'a pas Gog et Magog. 



«40 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

anwiw n» tj'jïïi bana*» ba isan ^«a-.» n^paa ûti» obis ibcn 
ana isap-n *o^no lab?^ rrantn a^ann a n3?aa DïTTna r« 'irai 
mK?3 onm 7 qb« hn» ïma TOaibi a**» nsn 6 \a::n *qb«n 3>:>j:a 
'•nbia am» lann-n aa&na 9 baai"iï 8 nnai wbKi rronai banara a^a 
abai (sic) ^cberî rranb»a n^n^ nn ,"C|b« epi-r inx utn dut 
,o"id ^373 "n-ra or nn ^san n^^na nn« bana^ yn&n vm nranba 
'•maan "oib^mK a? ber»* p amtn bena" 1 \"ib« ^ naa^a inai 
rp»na naana span aôsa '^a^bam ,ana73"! ! ^nai an?3? -ras a^ab» 
nNT ba nnan , ,6 ai* aina ïytp "na^an rrenbjai baa*Hn barain p 
t3T«an ban i72a> bana^ bai barain p mariai ^mvzy p an:a »a^ 
pn nco naa a&* annai , IT a*»bï»"rb iba^i arsay »"»aan imbai ,ttp 
p-ip ia*np-n M bfintDT3 navna nn7aa rrm "D'bïïiT ann iaa 18 n^n: 
"aiai73Tp"i a^ai naïaanaa banc nn:?: ^b anarn anb ^i hs-pi 1V5 
nx ■ , ' , • , nn nN7o ^i nra-i ^ana* 1 ira* mrra nn n« ^ nn^i 
nban fc-niapn )w\ aat 111211 yntà nba^b n^iran "n^an 
"D^bai-p , na»ab an^bana TnnN btna-< bai mis» initi "a^aab 



i. c b»aiN nraaa (sic). 

2. c inai. 

3. G *ryi. Tout l'épisode manque en E. 

4. B nb&03, sans doute glose de H73n731. 

5. e qb« 'n a>boa (sic). 

6. g 'n. 

7. C ajoute Daab^l, qui est inintelligible. 

8. Manque en G. 

9. Les deux mots manquent en E. 

îo. e aianmi. 

11. La phrase manque en E. 

12. cpan [p]. 

13. Manque en C. 

14. G aia. 

15. Manque en C. 

16. Tout ce développement depuis rPa^ban "73115733 ÏIT^ HT manque en E. 
C'est jusqu'ici que s'étend en D la lacune, beaucoup plus grande. 

17. d bcna* 1 bai enaan imb«i b&rain p rpnnai barra» p ana?3ï 
ûbavr»b iban 'n a^rn naN D^nm D-pirnm a^anpn. 

18. c barain p. 

19. G ajoute p 17333. 

20. d nb*na nn?3a ia inTaa^ maria ba» nao na« ara ia; E as annal 
bana-ô nbna nn?aa mmi a^bai-p ma-rn iaa^ (iaac pour iaa, 
main pour nain). 

21. G nraïaip a^aaai abia» wa; d résume; e ana^i amaanp ^a^np"»*! 
rma&naa bN-ia^ mi^ nnaTa 'nb. 

22. E rpaîl mna nN?3 nTaa^i; à partir d'ici grande lacune en E. 

23. d u« mTaan 1N73 Da^T 1N73 binaia n73a^"i vzy -p-ip nx 'n rrvn 
a^an ixb nba»^ 'n ba^na na» mapn- 

J4. D ajouu : DT^a 1H bva. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABÈL 441 

"•wot Ep;qïJ?i sa* "maai inTaw 'd^mn -ina mttan u:npn b«ni 
'û^nmo 1 Sr cra^aai mwin ^>ai rrmvnm y-ian bai d^ian 
nm awrn nna "ban iaa a*nb« ■»*■' ^nb:a ^a n72iaa ba Nit72a abn 
fret na'Wim , 7 BTnïn inb iba" a^biai-p rrnbai ,"vnnn ypa^ BTPîn 
rrona 9 *iba>-n 8 nb« *nn nid^-i nba nN nab nb^ ^72 na-iwam d^biai-pi 
•iba -hbki r-nb^ -im "pas nan nb wafin tzrbïji-pb 10 baarm 

•irsc na livn ^a ^7272 

B^bœi-p -a'w-in -wn i^ Na^r nia ^Tstaanb bwab "Tibmn Tian 
nb a">aa a^bianT mmn ^aanm .rw^aai nam n723i nanî* n723 
y 12 n-iD -ma na» "p-iriNn a"n -ta> bman na-iTan i» cn nsu: main 
"hna -iu:n ,8 a^nn ^n-i H ma7an ba» "naa ba^nm "marn ba^nn "O^a-pi 
"■jam iimm bmai -nam nm»n im ,8 paab "iiaipE n«ob ■ ,% « 
nau; B^anam mara 3"£n araïai-p ma-nnb m«b»b "*b« n»fim b^a^» 
*1W ,3 "nn« pram -mn ^b ia-pD nui '•"bs^cb "nancn ï0 mps 
co3-> "anaian nu?72na .vn» "m© -para wan on n nb^nna "»b -iek 

i. c btith nn by ennn ava -nba-i vraan a-»naT; d nnn œso ba». 

2. c naa^; d naan nmKm. 

3. d an"'n , mo , H dnnn ban dn^aiam a^an a>an. 

4. c nba>\ 

5. c ba^n. 

6. La phrase manque en D. 

7. Ces trois mots et les trois suivants sont tombés en C, toute la phrase en D. 

8. Première persoune du singulier en D, conformément à Is., 49, 21. 

9. d bm. 

10. Manque en D. 

il. b ^nsain. 

12. c •pnnNn a^ iy me -ina bnan nai7an 17a ; e passe tout ce qui 

précède depuis nb*îab ï"P13an et il reprend ici: TV\ ami ai "JT1N3 H3 EPDim 

me nna "aman nna- njn p-in«n a^n iy binan -13172721 mT72n 172; 
d na-iN3 cbEîTr* pni nb«n d'nain ba n« ^a navrn 'cacara ^arm 
*nnan im "paabm nanjan p mma^ao a"»2" , p72 n^m72in ^n^Nii rtarrn 
linnsn a^n w\ dhd -ina bvtan. 

13. Manque en CE. 

14. Manque en C. 

15. d n««b 'n in3 -ton annn nb» ^bx -172^1. 

16. c -in3. 

17. Manque en D; B ajoute : 13 172^^1 372'^ 7Î72 ib biSONI ; DE bfiWDRI I^NT 
■»b« -172^1 BPÏTaiD H72. 

18. C ^335 (sic). 

19. B'nnnb m«bab ^b yaoa Tia»i. a partir d'ici jusqu'à BWTa nittîa* p ib«i 

manque en E. 

20. Manque en D. 

21. CD na»iœn. 

22. CD 'nb. 

23. Manque en C. 

24. Toute la phrase jusqu'ici manque en D. 

25. D rpta^nn roiaa. 



142 HEVUE DES ETUDES JUIVES 

(tic) 'js^nn naœn miaœai ,b«-i^ ba n« yip^ b«^©in p maria 
S)i3 tram ^a© annm "piana "mbian 'apaatt i*" 13 nCN n:: ^- n 
mw «mip^i b«m* p an:?3 na"* ©ma par» "«Tin n:©ai /pnom 
'na©a na© *p'mb ipw «b ans© iatm 3>ia©i ,rn73itfn p T ûwn 
Dnaïï nb«i , 8 a^a© ja©a mm«n b^ i?2ip^ owa m©* ib^ai 
Nin 10 "i^do [i-pj>] û©i 'ûipb^o ïi©enii ^bnn ,Dnmip[»]:a ûrpub 
^b7a:i /"M^ao^a in*»* û©i 12 oi7û"iann *»a©rs "jbioïi t ll u^n na"*i73 n">72do« 
■vpj a©i l6 o«iba v^ann 7b 7371 " 1 /"o^finbe tt3> d©i '"oisrbD ""©^©n 
^©©n É p 72rn "«a^im tw d©i ,8 D"»i©i73n ^miin Y 57 -"" 1 / ,7 N"»ba 
it»* û©i "cnraaia ijnaiDn ta |b» rn /''^ba*»» m* d©i ao oiabpiB 
v»onn Y 3aïT1 "a^'iïia nn«73 **oiaoibc« *a"»73©n ^bnm "o'nann 
«arm M po p oibmi» n^©»n "^b^m , 27 ohd "p 73 **nT© 
n^pan marfm nvi aia^i 31 ûbia ba> *]"\bw «in p«n ï0 mattbxa 



1. C N12P. 

2. Manque en C ; D ajoute: ~m p. 

3. d ibian. 

4. d ona«i. 

5. d rranaioïi. 

6. D "|72ip"> TODSai. 

7. C n'a pas m©3*. 

8. Manque en CD. 

9. c oipb^©; d o^p^bo; e oip*»bo. 

10. G ^TiDTD. 

il. B 2TJ n3"H7273 ; l'identification manque en D; E N^WDONTa D1p"»bo. 

12. Manque en C ; D OIXPaiK ; E O^aTaiN ; F OITa^aiK ; BDE ont ensuite 

ûti wits». 

13. c ara©^. 

14. BE «a^S Dlb"»p ; C OlfirbD sans rien d'autre; DF D"»ba. 

15. D N^aïa. 

16. D oblKDJ E DIKibs; f obias. 

17. d oib^a ; e «155. 

18. B 0-nU?:tf: G 01Ha"l"3l, mis par erreur pour le nom du 4' roi; D "mfiflg ; 

e onann. 

19. b Na^ama ; g oia*»iio; d «^smaiw ; e jrona. 

20. c oia">bpm; d oiabipi» ; e oiabpn; F oiaipim. 
2i. cdf firba^»; E «^abî. 

22. g oi3">aa-i«; d Diaïaa-'N; e o^aa-ia; f oi3iaa«. 

23. D Dm; E D"i73l«; F «73111. 

24. G DiaOTÔ^DN; D 01731E8; E dWÔDOTa ; F Oiaob*B«. 

25. G û , nHa©p«E {sic). 

26. DF yrpw ; E 011D. 

27. Manque en C. 

28. D, ayant passé ce qui est dit d'Armilus, rattache ce qui suit à "«VP©; ce n'est 
qu'un lapsus. Tout le morceau manque en E. 

29. E p©. 

30. g mnbat. 

31. D reprend ici. 



L APOCALYPSE DE ZOROBABEL 143 

rrbam /naibîati mnn anbiî» mp ^aai -rpp "ob» saaa> SionK 
«in fN'isnaa» «in rtbana aillai ibia obwi ^ao nN ïïid^i *imaa 
^■i c^ao nu:» sa^ba>a *Tiaa»bi "tanan nnas ba ns ansaab b^nrv 
7 a»aiNi nar» rranan na-ai ûiw\n nata G 2-7rr; pi^ai , 5 rî73lNrï ^c ba» 
"JK73 rrapi bna aam / û" , *nn YnDarçn " , "'- pn •oiao'n ,naa^ mnara 
m© "ôa* mbn nya p ,0 a7:nb 9 di^ ùvans y-inr* ba ^:d ba* rrr^ 
bro na npom tf£"< "^ ma7a "p^a "Dira 121 arwTtfab a^acaip amm 
rpinn maTa rima bcaia na7.:7a ibia tcn -i?ûn aib^aiK ni m ^ûion 
laNn nm« l *nayi ini:^ u a"Han ^aai mmpjan ban "B^b b© 
,6 msr ":e7j rras rjianb 'mai an» "pai 15 2 n ao: nb wcn nb map'n 
'-aia p*»on 18 -n l7/ a^n wa na^a m7a^ n:> ninnus"' Nb© 173 bai 
ras u anm vban ^jb "aa 20 piTi 19 anaa: ania v©an na>© oi'anTana 
^rcnE "o^aa ^pbsa'n nba^i "THipiip û^a©! ,mpi733» iia*>an ,mî 
&ta©n bna» tan^a ba>"n ,137373 îanr i^in bai "byba ^3N p©i 

1. C ïiaibïan "*ÏT D tibia. La mention de ces rois manque en D. 

2. C 1"pa lba*"n. An lieu de tout cela, D porte : n^paa ÏTOnbjO ^Tia^l 

n^pa imaa ^ibw^i frna^i so*i a-i©a vba» Ban b«a?«. 

3. c a^ian mTwton ba pi©3»b bTim «m; d imiiDN jçrb burina Nin 

4. C. "naa^l. Les deux mots manquent en D. 

5. C yiNH. 

6. d &otn ara ^a. 

7. G 'il. 

8. c ■piyjai Dia>^aa"»i {sic). 

9. c nb^b D*»a»a-iNi ; d a^aiNi n©7an ; il ajoute : amabtti ben©^ 
n©7an ban©i ba trû'VDn bna ban û"o©i-p na-rca ba» [ ] ûrpôraai 

DV» D^aiNI. 

10. c nrpTrab ami a-»Daipi ma rja* mb» D"Vaaiai; d rria ^ba» mb7ai 
ûrrrtTab a^Dûaip. 

il. d ora 13. 

12. g nm« baa^i n:737a inaa -nas pxn &nn i7a^i aib^ttis sim 
û^ab bœ qiinn mam; d maaio ©to p« p oib^m» Nin ">i^©^n ^bnm 
a^b bia qmnn. 

13. d ni7aip?an baTa trian bai. 

14. d vrayn. 

15. Manque en D. 

16. d ajoute: bai -1 xb Tin» a"»anb lab naa^ ion bai. 

17. Cette phrase manque en D. 

18. Ici reprend F. 

19. c y^n-z ainTa; d y^x. ; F biaai anTa. 

20. df i n^i. 

21. c -75»; f vain ^Dpa? ia». 

22. D ^iini ; F ^yh i^a» "j^a niT ia"»a» (?) tiTl. 

23. Manque en G; DF ib n" 1 ""' l^lplp ^31D1. 

24. c Tas by^bn n» p© n^i7a a^rr "'Ka; d p©n ma^iTa oi7a"^a 

1^3N baa 1©N. Tout cela manque en F. 

25. f ajoute: niTaixn ba» iTaip-» i7aa> [ima^©] ixia^a a^abTa ni'aa'i. 



144 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

i-irpï-n ,rcn m?r ttibeî mim «roio n?3D * wwn "hâ«a nc**i 

n^N fiinain nb« ^"pb* no'np *Nmab» pbap*i 5 naib»n " bN-no^b 

-wa 5 nbian fva rmm n(i)ns bïrnb«c p baaTttb ïntacaH nai 

.rwbtt mbaa 'imbai p* p rrnaT ûnna^i ,d~id 6 mab» 

Traduction 

Prophétie et songe de Zorobabel, fils de Schealtiel*. 

Parole qui fut adressée à Zorobabel, fils de Schealtiel 9 , satrape de 
Juda, le 24 e jour du 7 e mois 10 . Voici la vision dont Dieu me gratifia 11 . 
Pendant que j'étais prosterné, priant devant le Seigneur, mon Dieu, 
lors de la vision que j'eus près du Kebar 15 et alors que je disais : 
« Béni sois-tu, Seigneur, qui fais revivre les morts 13 », mon cœur 
gémit et je dis : « Quel sera le plan du Temple éternel? 1 *» Alors une 

i. C û^nwi {sic). 

2. B 'ï-îb. 

3. E reprend ici : il ajoute pour finir : nia» HaiO*!! ÏTHptt rî3finn "ir^Jn 

naia?23 nbmnn n:rt n* irNum nau:?ûD mbaa; f dit simplement: mnaa 
lawa. 

4. Pareillement D ; C ûmabtt. 

5. Pareillement D; G ïlbian nttD- 

6. D ^b». 

7. Ici s'arrête C; D ajoute : baSTlt HN 'n np*n Û^MTT miriKa 1^^U5 Û3>b 

ba ie* «ai yp ny ûTian D"3tBbi n^b DN^ay p arro a? in»"»©^ 
rnanbi îa^aa 'ûnpan rra manb i:an mpan aibffl "nan barra* bnp 
ïibo nbo nba pa* "p-tf pa îa^a mrraa ispis: trcp». 

8. C : « Avec l'aide de Dieu je commence le Livre de Zorobabel, fils de Schealtiel.» 
Le titre « Livre de Zorobabel » est probablement le bon. Inutile de faire remarquer, 
en outre, l'incorrection, que ne commettaient pas les anciens, dlbm nN132-Ces mots 
sont de l'auteur du Yerahmeël ou du copiste. 

9. Voir plus loin la raison pour laquelle Zorobabel a été pris pour héros de cette 
révélation. 

10. La leçon de D est probablement une faute pour « lendemain de la fête. » Cette 
date a peut-être été choisie parce que, d'après Ezra, 3, 4, Zorobabel, avec les autres 
Juifs, au retour de la Captivité, célébrèrent la fête de Souccot, qui se termine le 23 
du 7 e mois. Seulement, il faudrait pour cela supposer que l'auteur affiche dès les 
premiers mots l'incohérence propre aux faiseurs d'apocalypses, en oubliant que son 
héros n'est pas encore à Jérusalem. 

H. A ajoute, ce que n'a pas C, « là », qui désigne la Babylonie. 

42. Lire-QD. C'est une imitation d'Ezéchiel,43,3. Zorobabel s'identifie arec ce pro- 
phète, qui est aussi un apocalyptique et qui a vécu également en exil. Il se prosterne 
comme le fait Ezéchiel à cette occasion; mais ce geste, chez lui, accompagne la récita- 
tion de la prière du Schemoné Esré, qui comporte ce rite. 

13. Cette résurrection, comme celle dont parle Ezéchiel (37), est, pour lui. la résur- 
rection d'Israël. 

14. Zorobabel aies mêmes préoccupations qu'Ezéchiel (40 et suiv.): voilà pourquoi il 
voudrait connaître le plan du Temple futur. Ces mots ont dérouté les copistes. D 
porte : « Où est le Rocher éternel ? rmx a été confondu avec Tilt. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL J 45 

voix m'interpella des portes du ciel : « Es-tu Zorobabel, fils de Schealtiel, 
satrape de Juda? » Je répondis : « Je suis ton serviteur ». Il (Dieu) me 
parla, comme on parle à son semblable 1 ; j'entendais la voix, mais je 
ne voyais pas celui qui me parlait. Je me remis à prier, terminai mon 
oraison et revins chez moi*. 

Le 11 adar 3 , il m'adressa de nouveau la parole et me dit : « Approche- 
toi de moi, interroge-moi et je te répondrai ». - « Que demanderais-je 
puisqu'il me reste peu de jours à vivre et que j'ai rempli ma destinée ?» 
— «Je te donnerai la vie ». - Là-dessus, il dit : « Sois vivant l ». Puis un 
vent m'enleva entre ciel et terre] 5 , me transporta à Ninive, la grande ville 6 , 
la cité sanguinaire 7 , et je m'écriai : «Malheur à moi », car mon cœur 
était tout malade et ma détresse extrême 8 . Dans mon désespoir, je me 
mis à prier et à implorer le Seigneur, Dieu d'Israël, confessant mes fau- 
tes et mes péchés 9 : « De grâce, Seigneur, j'ai commis des fautes, des 
transgressions et des iniquités. Tu es le Seigneur Dieu qui as créé l'Uni- 
vers par ta parole, et par ta parole aussi les morts revivront ». Il me dit : 
« Rends-toi à la maison d'impudicité 10 , au lieu de frivolité " ». Je me con- 
formai à cet ordre et il me dit : «Tourne-toi de ce côté. » Je le fis et je 
vis un homme à l'air méprisable, meurtri de coups et de douleurs 1 *. Cet 

1. Ex., 33, 11. 

2. On n'aperçoit pas l'utilité de cette introduction. 

3. C: le 21. Ces dates ne doivent servir qu'à donner plus de créance au récit. 

4. Ces derniers mots ont l'air d'une variante ; ils manquent en C. L'auteur veut-il 
dire que Zorobabel vivra longtemps ? Toute cette partie du dialogue n'est guère utile 
non plus. 

5. Ez., 8,3. 

6. Jonas, 3, 3. L'auteur dira plus loin que c'est Rome. 

7. Ezéch., 22, 2 ; 24, 6, 9 ; Nah., 3, 1. 

8. Cet abattement a sans doute pour cause la comparaison entre Rome prospère et 
Jérusalem détruite. 

9. Comme Daniel, 9, 4 et s. 

10. Il est remarquable que sauf E (et peut-être Jellinek a-t-il corrigé la leçon du 
ms.), tous les textes ont Cp^nn n^D « le palais d'hiver, » qui est sûrement une mau- 
vaise lecture du copiste. Comme l'a bien vu Eisenmenger, II, p. 516, ces mots dési- 
gnent une église, comme tels autres termes analogues. Cf. Elias Levita, Tischbl, s. 
v. rpn. 

11. p"llZ3 « rue » doit être corrigé en pinttî, comme l'atteste la variante « maison 
des railleurs, impies », qu'on verra plus loin. La faute est également commune à 
tous les mss. 

12. L'auteur rapporte Isaïe, 53, 3, au Messie, reprenant ainsi une vieille interprétation 
rabbinique qui parait avoir toujours été hors cadre et qui n'a laissé que des vestiges 
presque informes au nretau iv e siècles, dans Sanhédrin, 98 6, 93 6 et 98 a. C'est de ce 
dernier texte qu'il s'inspire : là le Messie est représenté se tenant à la porte de Rome, 
au milieu de malheureux qui pansent leurs plaies. La Pesikta Rabbati (161 6), qui 
est d'une époque assez tardive (vim e ou ix e siècle), a exploité aussi cette tradition, 
mais en la modifiant : ce n'est pas à Rome, mais au ciel que le Messie est soumis à de 
rudes épreuves. On sait que l'auteur anonyme de cet ouvrage a subi l'influence chré- 
tienne, qui est particulièrement sensible dans cette page. Cette influence est aussi 
notoire dans le Midrasch Conen (Bet Hamidrasch, II, 29), qui assigne pour demeure 

T. LXVHI, n° 136. 10 



146 REVUE DES ETUDES JUIVES 

homme me dit : « Zorobabel, que fais-tu ici et qui t'y a conduit?» — C'est 
le vent de Dieu qui m'a transporté et jeté en ce lieu. — Ne crains rien, 
car c'est pour te faire voir qu'on t'a amené ici'. » Ces paroles me rassu- 
rèrent et mon esprit me revint. Je demandai ensuite : « Mon seigneur, 
quel est ce lieu 1 ? » Il me répondit : « C'est Rome la grande, où je suis 
emprisonné 3 . — Qui donc es-tu, quel est ton nom et que fais-tu ici? — 
Je suis le Messie de Dieu (tils d'Ezéchias 4 ) et je suis enchaîné ici 5 , où 
je resterai jusqu'à l'époque de la fin ». 

A ces mots, je restai muet et me cachai la face devant lui; ma colère 
s'enflamma, je le regardai encore une fois et je frémis. Il me dit : 
« Approche-toi de moi ». Mais ces paroles eurent pour résultat de me 
faire trembler encore plus. Il étendit alors la main et me saisit, me disant 
de ne pas avoir peur 6 . Il me réconforta et me demanda pourquoi je 
m'étais tu et m'étais caché la face. « C'est parce que tu as déclaré être le 
serviteur et le Messie de Dieu et la lumière d'Israël 7 ». Là-dessus il se 
transforma en un jeune homme d'une grande beauté*. Je lui demandai 
alors quand se montrerait la lumière d'Israël. Incontinent vint à moi un 
homme revêtu de deux ailes 9 , qui me dit : « Zorobabel, quelle question 
poses-tu au Messie de Dieu ? — Je demande quand arrivera l'époque 
du salut. — C'est à moi qu'il faut t'adresser et je te répondrai. — Qui 



au Messie le 5 e palais de l'Eden. Là, Elie lui dit : « Supporte les épreuves que ton 
Maître t'inflige pour les péchés d'Israël ». Et, à l'appui de ces paroles, est cité le 
verset d'Isaïe. Que le Messie soit dans l'Eden, c'est ce qu'on voit déjà dans Dérech 
Ereç Zoulta, 1. 11 y est entré vivant, de même qu'Elie, Enoch et six autres per- 
sonnes. 

1. Encore ici l'auteur copie Ezéchiel, 40, 4. 

2. La question paraît superflue après les mots disant qu'il a été transporté à Ninive, 
alias Rome, la ville sanguinaire. 

3. On a vu que d'après Sanhédrin, 98 a, le Messie est à Rome: pareille idée dans le 
Targoum palestinien sur Exode, 12, 42, dans Tanhouma, Schemot, 8, de là dans 
Exode Rabba, 1 ; Agadat Bereschil, 23, 1 (Jellinek, Bel Hamidrasch, IV, p. 35) ; 
elle est aussi dans la Pesikta Rabbati, p. 90 b. Elle est née de cette conception que 
Rome renferme en son sein celui qui doit la détruire. Elle n'en est pas moins obscure. 

4. Ces mots doivent être rayés ; ils ne figurent, d'ailleurs, dans aucun autre ms. et 
sont en contradiction avec ce qui sera dit de la naissance du Messie. 

5. Notre texte porte : « Je suis incarcère dans une prison » ; C « dans des chaînes 
de fer », leçon préférable. C'est une nouvelle allusion à un mythe ou à un « mystère» 
que nous ne connaissons plus. Dans le passage de Sanhédrin cité plus haut, il n'est pas 
question de chaînes ; ces chaînes reparaissent dans la Pesikta Rabbati, où elles jouent 
le rôle d'instruments de torture ; ici elles servent à retenir le Messie à Rome ; c'est le 
symbole du triomphe momentané de l'empire impie. 

6. Zorobabel tremble comme Daniel et, comme celui-ci, est réconforté par son 
interlocuteur (ch. 9) ; mais il parait surtout interdit par l'affirmation du prétendu 
Messie. 

7. Synonyme de Messie. — Zorobabel ne peut en croire à ses yeux ; le Messie, dans 
sa pensée, ne saurait se présenter sous cet aspect. 

8. Ce trait ne tigure dans aucune autre Apocalypse. 

9. Ou six (D). 



L'apocalypse de zorobabel 14? 

es-tu donc, mon seigneur? — Je suis Michael 1 , qui ai apporté la bonne 
nouvelle à Sara* ; je suis le chef de Tannée du Seigneur, Dieu d'Israël, 
qui ai combattu avec Sennachérib et exterminé 180.000 de ses sol- 
dats 3 : je suis le prince d'Israël qui ai mené les combats contre les rois de 
Chanaan et c'est moi qui conduirai la lutte en compagnie de ce Messie 
de Dieu qui se tient devant toi, contre le roi impudent 4 et 5 contre 
Armilus, fils de Satan, né d'une statue de pierre 6 . Dieu m'a conféré, au 
profit de son peuple et de ses amis, le rôle de chef 7 pour lutter contre 
les princes des gentils.» Michael-Métatron 8 ajouta 9 : « Je suis l'ange qui 
ai guidé Abraham dans tout le pays de Chanaan 10 , qui l'ai béni en pre- 
nant le nom de Dieu 11 ; c'est moi qui ai sauvé Isaac 12 et ai pleuré sur 
lui 13 ; c'est moi qui ai lutté avec Jacob au gué de Jaboc u ; c'est moi 
qui ai conduit Israël dans le désert pendant quarante ans au nom de 
Dieu 15 , qui suis apparu à Josué, à Guilgal 16 , qui ai fait pleuvoir sur 
Sodome et Gomorrhe de la poix et du feu 17 . Dieu a mis son nom en 

1. L'ange Michael devait jouer son rôle ici en vertu d'une tradition remontant à 
Daniel. 

2. Baba Mecia, 86 b. 

3. Exode Rabba, 18. 

4. Daniel, 8, 23. 

5. La conjonction peut être un lapsus, le roi impudent ne faisant qu'un avec Armilus. 

6. Voir plus loin. 

7. Daniel, 10, 21. 

8. Il n'a pas encore été dit que Michael est le même ange que Métatron. Cette 
identification est inconnue au Talmud, aux Midraschim classiques et au Targoum. Elle 
est même contraire à l'opinion régnante dans la littérature mystique ancienne, que 
Métatron est Hénoch depuis son assomption au ciel. 

9. Le texte porte simplement « dit ». Ce paragraphe a tout l'air d'une addition ; 
autrement, les éléments en seraient entrés dans le précédent. Il faut remarquer, en 
outre, que tandis qu'au paragraphe précédent ces renseignements sont commandés par 
le rôle que l'auteur assigne à Michael, ces notices supplémentaires sont des hors- 
d'œuvre ; ee sont probablement les élucubrations d'un copiste désireux d'étaler sa 
science. 

10. L'Ecriture ne connaît rien de semblable; c'est une conception philonienne, ana- 
logue à celle des sectes pseudo-caraïtes qui, pour écarter les anthropomorphismes, 
remplaçaient Dieu par un ange, le démiurge, dans les récits de la Bible. 

11. Ces mots peuvent, à la rigueur, faire allusion à la bénédiction du Moriah, où 
c'est un ange qui parle (Genèse, 22, 17). 

12. Voir, entre autres, Midrasch Vayoscha, Bet Hamidrasch, I, 38. L'ange est 
Michael. 

13. Ce n'est pas en particulier Michael, mais tous les anges qui pleurent sur Isaac, 
d'après Isaïe, 33, 8 : Pirkè de R. Eliézer, 31 ; M. Vayoscha, ibid. 

14. Berèschit Rabba, 76; Pirkè R. E., 37; Pseudo-Jonathan, Genèse, 32, 25; 
Abchir. 

15. Cette donnée est la plus curieuse et s'appuie probablement sur ce qui sera dit 
tout à l'heure de Métatron, qui a le même nom que son Maître. 

16. Josué, 5, 13 ; identification du « chef de l'armée du Seigneur » avec le « chef 
d'Israël » de Daniel. 

17. C'est contraire au dire du Talmud Baba Afecm,86 6, et de Berèschit Rabba, 50, 
qui attribuent ce rôle à Gabriel. 



448 REVUE DÉS ÉTUDES JUIVES 

moi 1 (car Métatron, en guematria, égale Schadaï 2 ). Donc, toi, Zorobabel 
fils de Schealtiel (dont le nom estYechonia)*, interroge-moi et je te révé- 
lerai ce qui arrivera à ton peuple à la fin des jours. » 

Puis il me dit : « Le Messie de Dieu restera caché ici jusqu'à l'avéne- 
ment de la tin. C'est le Messie fils de David 4 et son nom est Menahem 
fils d'Ammiel 5 . Il est né au temps de David 6 , roi d'Israël, et a été trans- 
porté par un vent 7 ici, où il attend la fin". » 

Après que je l'eus interrogé. Métatron, chef de l'armée divine, me dit : 
« Dieu donnera la verge du salut 9 à Hefsi-Bah 10 , mère de Menahem fils 

1. Sanhédrin, 38 b : « Un hérétique dit à Idi » : « Pourquoi est-il écrit : Dieu 
dit à Moïse : « Monte vers Dieu » ? Ce devrait être : « Monte vers moi ». A quoi Idi 
réplique : « Le Dieu dont il est question dans ce verset, c'est Métatron, dont le nom 
est le même que celui de son Maître, ainsi qu'il esl écrit : « Mon nom est en lui ». 

2. 314 : Otiot de H. Akiba; Raschi sur Exode, 23, 21. 

3. Lire avec C : fils de Yechonia, I Chron., 3, 17. 

4. Par opposition au Messie fils de Joseph. 

5. Le nom de Menahem est un de ceux que le Talmud donne au Messie, Sanhédrin, 
98 b; j. Berachot, 5 a. C'est, en particulier, celui du Messie né le jour de la des- 
truction du Temple, et emporté par le vent, d'après un récit populaire composé 
d'éléments folk-loriques, j. Berachot, ib. — Ammiel est inconnu au Talmud ; ce nom 
appartient en propre à notre opuscule et dénonce les ouvrages qui l'ont imité. Il est 
fréquent dans la Bible, voir, entre autres, Nombres, 13, 12; II Samuel, 9, 4. etc. — 
Peut-être faut-il le lire Immiel « Dieu est avec moi » ; ce serait alors le pendant de 
l'Emmanuel « Dieu est avec nous » des Evangiles. Il désignerait ainsi le véritable 
Messie. Il est à noter que, par la suite, il aura un autre père, ce qui montre que 
ce nom n'indique pas une parenté véritable. 

6. Cette donnée est d'accord avec celle qu'on lira plus loin et qui en fait le fils de 
Nathan fils de David (Il Sam.. 5, 14). H : « De la dynastie de David »». — DH disent 
qu'il est né lorsque Nabuchodonosor vint attaquer Jérusalem. Ce serait une variante 
du récit de j. Berachot : le Messie est né en même temps que le Temple a été détruit. 
Sous-entendez : il reparaîtra pour reconstruire le Temple. Même idée dans Agadat 
Bereschit, Bet Hamidrasch, IV, p. 92. 

7. Voir j. Berachot, loc. cit. : « Dieu l'a caché pour qu'il soit le prince de l'al- 
liance du peuple saint » (voir plus loin). 

8. Jamais les auteurs ne s'expliquent sur cette conception d'un Messie caché ; tout 
au plus, certains rabbins disent-ils que, de même que le premier libérateur — Moïse 
— a été caché quelque temps, ainsi le dernier libérateur devra être dérobé aux 
regards (Pesikta, 49 a,- Ruth Rabba, 2, 14). Est-ce une déformation de la croyance à 
un Messie préexistant — croyance qui a eu peu de succès chez les Juifs, — ou le 
dernier écho de l'aventure d'un Messie dont la mort, qui scandalisait ses partisans, 
a été prise pour une éclipse momentanée? — Les Apocalyptiques n'ont pas jugé à 
propos, non plus, de dire par quel miracle le Messie caché, qui a toutes les appa- 
rences d'un mortel, peut subsister pendant tant de siècles parmi les vivants. La ques- 
tion ne se posait pas lorsqu'on prétendait qu'il était entré dans le P;iradis — après 
une existence terrestre — [Dérech Ereç Zoutta, 1), ou qu'il y habitait depuis l'ori- 
gine du monde. 

9. C'est une réplique de la verge de Moïse, le premier libérateur. 

10. Dans la Bible, ce nom est celui de la mère du roi Manassé (II Rois, 21, 1), qui 
n'a rien d'un précurseur du Messie. Il est choisi sans doute à cause de sa siguificatiou : 
« Mon plaisir est en elle »>, et peut-être parce que Hefsi-Bah était la femme d'Ezé- 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 149 

d'Ammiel ; une grande étoile brillera devant elle ! et tous les astres sor- 
tiront de leur orbite 2 . Hefsi-Bah, mère de Menahem fils d'Ammiel, sor- 
tira et meltra a mort deux rois aux mauvaises intentions. L'un sera 
Nof\ du pays du Yémen, ainsi nommé parce qu'il agitera la main 
contre Jérusalem, et l'autre Esrogan \ roi d'Antioche 5 . Cette guerre 6 et 
ces signes se produiront 7 à la Pentecôte, le troisième mois. 

C'est une chose véridique 8 : lorsque la ville et le Temple auront été 
rebâtis depuis 420 ans, ils seront détruits une seconde fois 9 . Vingt ans 
après la construction de Rome ,0 , y régneront soixante-dix rois 11 (parallè- 



chias, qui aurait été une façon de Messie d'après certains rabbins (Sanh., 94 a). 
— C'est la première et seule fois qu'une mère du Messie est appelée à jouer un rôle 
dans le drame messianique. Piien dans la Bible, ni dans le Talmud, ni dans les 
Midraschim n'a fait prévoir une telle imagination, qui a d'ailleurs cboqué tous ceux 
qui ont pris pour modèle notre auteur, car tous l'ont éliminée. 

1. L'étoile révélatrice d'un mystère divin est dans le folk-lore universel un des élé- 
ments mythiques des apparitions messianiques ; qu'on se rappelle l'histoire des rois 
mages dans les Evangiles. Toutefois, dans la théologie juive des premiers siècles de 
l'ère chrétienne, on ne voit rien de semblable, même pour le Messie. On a donc le droit 
de se demander encore ici si cette donnée ne serait pas un emprunt à la croyance 
chrétienne. 

2. Est-ce une imitation de Juges, 5, 20 ? 

3. tpS de la racine gpa. Aucun nom de ce genre dans l'onomastique du Yémen. 

4. Variantes : C Abartan, D Atras, F Asarno. Autant d'énigmes. 

5. 11 n'y a eu de rois d'Antioche, ni avant ni après Mahomet. 

6. Comme cette victoire sur les rois du Yémen et d'Antioche ne fait pas partie du 
scénario messianique, il faut qu'elle se rattache à quelque fait. Comme, d'autre part, le 
Yémen et la Syrie après Mahomet ont toujours été administrés par des chefs arabes, 
dont les noms sont d'ailleurs connus, on est autorisé à placer avant l'hégire l'événe- 
ment qui a donné naissance à ce dire. Enfin, comme Antioche est au nord et le 
Yémen au sud-est de la Judée, il faut supposer que le seul pays où les Juifs pou- 
vaient avoir à souffrir de ces deux Etats était nécessairement la Palestine. Mais qu'est- 
ce qui a pu faire croire à l'action d'une femme dans la défaite de ces peuplades, défaite 
qui aurait été considérée comme l'annonce d'une prochaine révolution plus grave 
encore, c'est ce que nous renonçons à découvrir. 

7. D ajoute : la cinquième année. C'est la cinquième des sept années qui précéde- 
ront l'arrivée du Messie, voir [dus loin. 

8. Ce morceau n'est pas ici à sa place, qui serait plutôt avant le paragraphe qui a 
trait au Messie tils de David. D'ailleurs, on verra que malgré la précision de la date 
révélée ici par l'ange Michael, Zorobabel n'en continue pas moins à demander anxieu- 
sement quand arrivera le Messie. 

9. 11 s'agit de la destruction de Jérusalem et du Temple par Titus (l'an 70. ou 68 
du comput juif). 

10. On ne sait pas s'il ne faut pas rattacher ces mots a ce qui précède : la destruc- 
tion du Temple aura lieu vingt ans après la fondation de Rome. Comme nous les 
avons traduits, on ne découvre pas la raison qui fait commencer l'histoire des rois 
vingt ans après la naissance de la ville. Tout cela montre déjà que l'auteur est peu au 
courant de l'histoire romaine. 

11. Ce nombre est purement mythique, car même si l'on fait partir ces rois 
d'Auguste et si l'on s'arrête à la tin de l'Empire d'Occident, il est de plus de 70 ; à plus 
forte raison, si on y ajoute les empereurs d'Orient. 



150 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

lement aux soixante-dix nations) l . A la fin du règne de dix rois 2 , vien- 
dra un dixième roi qui détruira le Temple ; le sacrifice perpétuel cessera 
d'être offert, le peuple des Saints sera dispersé, livré au glaive, au pillage 
et à la destruction ; beaucoup défaudront dans leur foi, abandonneront 
la Loi de Dieu et adoreront des idoles 3 ; « durant leur chute, il recevront 
un peu d'aide* ». Depuis le jour où aura été aboli le sacrifice et où les 
méchants auront installé l'abomination dans le Temple 5 , au bout de 
990 ans 6 , se manifestera le secours de Dieu, « quand la puissance du 
peuple saint sera brisée 7 , » pour les délivrer et les rallier par l'intermé- 
diaire du Messie de Dieu. 

La verge que Dieu donnera à Hefsi-Bah, mère de Menahem fils 
d'Ammiel, sera en amandier ; elle est cachée à Raccat 8 , ville de 
Nephtali. C'est celle que Dieu a donnée à Adam 9 , à Moïse, à Josué et au 
roi David 10 ; c'est celle qui a fleuri dans la tente d'Aron, et Élie, fils 
d'Éléazar u , l'a enfouie à Raccat 12 , ville de Nephali, qui est Tibériade. Là 
aussi est caché un homme du nom de Nehémia, fils de Houschiel, des- 
cendant d'Ephraïm, fils de Joseph 1S .» 

1. Cette addition manque en E. 

2. Sur ces dix rois, voir la discussion plus loin. 

3. Ces détails ne doivent pas être pris à la lettre; c'est un mélange de souvenirs de 
la chute de Jérusalem en 70 et des descriptions de Daniel relatives à l'époque des 
Macchabées. 

4. Daniel, H, 34. L'auteur, par cette citation, veut dire probablement que ce ne 
sera pas cependant la fin d'Israël. 

5. Ces mots se comprennent dans Daniel, où ils font allusion à la statue de Jupiter 
installée dans le Temple, mais ils sont hors de propos pour la tin du Temple. C'est un 
nouVel exemple du caractère composite et fallacieux de ces renseignements. 

6. Le Temple ayant été détruit en 68 (d'après la chronologie juive), l'auteur atten- 
drait donc l'ère messianique en l'année 1058. Nous dirons plus loin ce que nous pen- 
sons de cette date. Il est à noter qu'elle revient plusieurs fois dans notre opuscule et 
qu'elle est la même dans tous les textes. 

7. Daniel, 12, 7. 

8. Il sera dit plus loin que c'est Tibériade. Cette identification est celle des deux 
Talmuds, voir Neubauer, Géographie du Talmud, p. 208. 

9. CD ajoutent : à Noé, Sem, Abraham, Isaac, Jacob et Joseph. Cette donnée est 
dans le goût du Pirkè R. Eliézer, qui aime à refaire l'histoire des objets prédes- 
tinés. 

10. Inutile de chercher dans l'Écriture un appui à ces fantaisies incohérentes. 

11. Il est le fils d'Éléazar, fils d'Aron, étant identique avec Pinhas, fils d'Éléazar, 
voir les références dans l'Introduction de Friedmann (p. 7) à son édition du Eliahou 
Rabba. 

12. Rien de tel dans aucun Midrasch. 

13. C'est la seule fois que ce renseignement est donné. D'ordinaire, le Messie, fils de 
Joseph, apparaît, sans qu'on sache rien de sa vie antérieure. Il est caché pour faire 
pendant au Messie fils de David, qui l'est aussi. Le seul Midrasch qui fournisse un 
trait analogue est le Sèder Eliahou Rabba, 18 (p. 97 de l'édit. Friedmann), qui en 
fait un fils de la .veuve de Sarepta (I Rois, 17, 17), ressuscité par Élie. Il aurait con- 
tinué à vivre» mais çaché^ à Tibériade. — Nehémia est un doublet de Menahem ; 
quant à Houschiel, c'est probablement, comme Ammiel (Immiel), un nom symbolique; 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 151 

Zorobabel dit à Métatron Michel, le prince : « Seigneur, je désire que 
tu me fasses savoir quand viendra le Messie de Dieu ! et ce qui arrivera 
après tout cela. » Il me répondit : « Le Messie de Dieu, Nehémia fils de 
Houschiel, viendra cinq ans après Hefsi-Bah 9 ; il réunira tout Israël 
comme un seul homme ; les enfants d'Israël resteront à Jérusalem pen- 
dant quarante années 3 et offriront des sacrifices qui plairont à Dieu. Les 
Israélites seront enregistrés selon leurs généalogies. 

La cinquième année de Nehémia et du ralliement des Saints 4 -, mon- 
tera le roi de Perse Chirouï 5 pour combattre contre Nehémia fils de 
Houschiel et Israël 6 , et il y aura une grande détresse en Israël. Alors 
Hefsi-Bah, femme du prophète Nathan et mère de Menahem fils d'Am- 
miel, sortira, armée de la verge que lui confiera le Seigneur, Dieu d'Is- 
raël. Dieu les frappera de l'esprit d'aveuglement, ils s'entretueront et là 
mourra le méchant 7 . » 

A ces mots, je tombai sur la face et je m'écriai : « Seigneur, apprends- 
moi ce qu'a voulu dire le prophète Isaïe par ces mots : « La génisse 

housch signifiant « se liàter », ce serait un synonyme de « précurseur» (Cf. Nombres, 
32, 17). — En disant fils d'Éphraïm, fils de Joseph, l'auteur veut concilier les deux 
appellations connues de son temps; en outre, il montre que, pour lui, Joseph est bien 
le patriarche, l'ancêtre de la tribu. Ce surnom du Messie fils de Joseph est également 
caractéristique de notre opuscule; tous les auteurs ou ouvrages qui l'emploient révèlent 
par là leur dépendance. 

1. Ce Messie de Dieu est le Messie fils de Joseph. 

2. Cinq ans avant d'après D. 

3. Les quarante années correspondent à la durée du règne messianique d'après 
Sanhédrin, 99 a; Pesikla Rabbati, p. 8; Psaumes Rabba, 90. Comme ce laps de 
temps semblait trop court pour l'ère tant rêvée, on l'a attribué au règne éphémère 
du Messie précurseur. Mais le contexte semble exiger que « quarante » soit ici 
pour « quatre ». 

4. La sixième d'après C; trois mois après l'avènement de Nehémia, d'après D, 
qui doit être fautif. Comment cet événement peut-il se produire la même année, ou à 
peu près, que l'apparition de Nehémia, si celui-ci doit vivre en paix pendant 
40 années? Aussi le Pirkè Héchalot dit-il : « Après 40 années ». Toutefois, si l'on 
corrige « quarante » en « quatre », il n'y a plus de difficulté. 

5. Variantes fautives: Sar (B), Chidouï (C et Pirkè Héchalot), Chiron (E plus loin). 
Sur ce roi, voir plus loin. 

6. G. et le Pirkè Héchalot ajoutent: « Et il percera Nehémia à Jérusalem. Tout 
Israël mènera le deuil et versera des larmes amères ». 

7. Le méchant est sans doute Chirouï, qui joue ici le rôle d'Antichrist. Le texte ne 
dit pas ce que devient Nehémia pendant cette lutte, car c'est seulement plus tard qu'il 
est tué par Armilus. — A, comme CEF, est différent de DG, ainsi conçu: « Après 
cela viendra Hefsi-Bah, mère de Menahem fils d'Ammiel et femme de Nathan, fils 
de David. Ces événements se produiront la sixième année. Le 6 du 5° mois, qui est 
le mois d'Ab, Chirouï, roi de Perse, transpercera Nehémia, fils de Houschiel, à 
Jérusalem, et deuils sur deuils fondront sur Israël, qui sera dans une extrême 
détresse. Les Israélites se répandront dans les déserts de Jérusalem (D: de Juda), 
après avoir mené le deuil de Nehémia. Pendant quarante et un jours son corps 
restera étendu devant les portes de Jérusalem; ni hommes, ni bestiaux, ni fauves, 



152 BEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

y paîtra, elle s'y couchera et elle en détruira les jeunes pousses f »? Il me 
répondit: « La génisse, c'est Ninive, la ville sanguinaire, à savoir Rome, 
la grande ' ». 

De nouveau j'adressai une question au sujet du prince de l'alliance 
sainte 3 . 

Alors il me prit et me conduisit dans la maison d'impudicité, lieu de 
raillerie \ et il m'y montra un bloc en forme de vierge, dont l'aspect 
était d'une beauté extrême 5 . « Cette pierre, me dit-il, est la femme de 
Satan. Celui-ci aura commerce avec elle, et d'elle sortira un fils, du nom 
d'Armilus, le destructeur de peuple, en hébreu le dominateuruniversel 6 . 
Son empire s'étendra d'un bout du monde à l'autre. Il portera dix 
signes 7 ; il adorera des idoles s .... Personne ne pourra lui résister, et tous 
ceux qui ne croiront pas en lui, il les exterminera par le glaive. Beau- 
coup périront ainsi*. Puis il attaquera les hommes saints 10 , avec l'aide de 

ni oiseaux ne pourront y toucher. Au bout de ce temps, Dieu le fera entrer dans les 
tombeaux des rois de Juda. » Dans cette version, on ne s'explique pas que Nehémia, 
mis à mort la 5 e ou la 6 e année de son avènement, préside à la restauration du 
peuple, restauration qui dure quarante ans. 

1. Isaïe, 27, 10. 

2. Ce paragraphe et le suivant, qui paraissent sans lien avec ce qui précède, ser- 
rent vraisemblablement de transition : du roi de Perse l'auteur passe à Armilus- 
Byzance. 

3. Daniel, 11, 22. — Il n'est pas impossible que l'auteur ait pris le mot *r:o dans le 
sens d' « adversaire », au lieu de « prince ». 

4. Ici encore ces mots sont altérés de plusieurs façons dans les mss. 

5. Sur ce mythe, voir le paragraphe qui y sera consacré plus loin dans le corps de 
l'article. 

6. Cette étymologie du nom d'Armilus a l'air d'une gageure: en hébreu, ce mot 
n'a rien qui rappelle soit « le destructeur de peuple », soit» le dominateuruniversel». 
En outre, si c'est ce dernier sens que doit avoir ce mot, la phrase: « et il détruira un 
peuple » paraît en l'air. L'énigme se résoud facilement par cette considération que la 
terminaison d'Armi/?<s fait penser au grec /aôç. Une l'ois sur cette voie, on recon- 
naît que Armi a été rapproché de Èç,y)\Lû. Précisément, c'est l'étymologie qui a été 
déjà donnée par plusieurs savants, Philippe d'Aquin, Buxtorf, Graetz. Au lieu des 
mots « dans la langue hébraïque », il y avait « dans la langue grecque ». Un 
copiste, ne comprenant pas ces mots, parce qu'il ignorait le grec, a cru bon de con- 
vertir le grec en hébreu. Sa correction étant encore plus obscure que le texte primitif, 
les autres copistes ont sauté tout le passage. — Cette étymologie avait été recueillie 
par l'auteur ou est de son crû; en tout cas, elle atteste qu'il vivait dans une région 
où le grec était connu, même des Juifs. — Il faut rétablir ainsi le texte: « Son nom 
sera Armilus, en grec « le destructeur de peuple ». Il régnera sur tout et son empire 
s'étendra d'un bout du monde à l'autre ». 

7. Ces mots sont obscurs. Il ne peut être question de son signalement, l'expression 
TT'S ne s'y prêtant pas. S'agirait-il de moyens magiques destinés à tromper la 
foule? Ce serait, en tout cas, un détail propre a notre écrit. 

8. La pensée est trahie par l'expression : il n'adorera pas des idoles, mais il se fera 
adorer comme un dieu. — A la suite de ces mots vient une courte phrase, qui est 
absolument inintelligible: « et il parlera au mâle » ! Elle ne figure d'ailleurs que 
dans notre ms. 

9. Ces mots superflus manquent en C E. 

10. D'après Daniel, 7, 21, 25. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 153 

dix rois 1 et d'une grande armée. Il fera la guerre aux Saints et les 
massacrera; il tuera aussi le Messie fils de Joseph, qui estNehém'.Li fils de 
Houschiel', et seize justes*. Les Israélites s'exileront dans le désert*, 
divisés en trois bandes 5 . Quant à Hefsi-Bah, mère de Menahem fils 
d'Ammiel, elle se tiendra à la porte orientale [de Jérusalem*, et là ne 
pourra venir le méchant. Ainsi s'accomplira le verset: « Mais le reste 
du peuple ne sera pas arraché de la ville 6 . » 

Cette guerre 7 aura lieu au mois d'Ab, et ce sera pour Israël une 
détresse comme il n'y en a jamais eu dans le monde. On s'enfuiera dans 
les tours, sur les montagnes et dans les cavernes, mais sans pouvoir lui 
échapper". Tous les gentils se laisseront tromper par lui; seuls, les Israé- 
lites ne croiront pas en lui. 

Tout Israël pleurera Nehémia fils de Houschiel 9 pendant 41 jours 10 , et 
son cadavre restera étendu devant les portes de Jérusalem ignomi- 
nieusement 11 , mais ni les bêtes sauvages, ni les oiseaux, ni les autres ani- 
maux ne le toucheront. Alors les Israélites imploreront le Seigneur dans 
leur grande détresse, et Dieu les exaucera. » 

En entendant ces termes de la prophétie divine, je ressentis une grosse 
peine; puis j'allai au canal et là j'invoquai le Dieu d'Israël, Dieu 
de toute chair. Il m'envoya son ange, alors que j'étais encore occupé à 
prier, sans m'être interrompu. Je vis et reconnus que c'était l'ange qui 

1. Ces dix rois sont précisément ceux dont il est question dans ce passage de 
Daniel. Seulement là, ils ne font que précéder celui qui opprime les Saints (cf. 
Apocalypse de Jean, 17, 12-14). A la tin de notre opuscule vient un morceau, en 
contradiction arec celui-ci, qui fait d'Armilus le dixième des rois. 

2. Cette donnée ne se concilie pas avec celle qui attribue à Chirouï la mort de 
Nehémia. 

3. Ce chiffre n'est pas en proportion avec le massacre qu'on vient de lire; il est 
probablement le vestige d'une tradition perdue. Faut-il penser à un collège de « pairs » 
qui auraient entouré le Messie? 

4. Cf. plus haut, p. 151, note 7. 

5. Encore un détail inexpliqué. 

6. Zachane, 14. 2. L'auteur veut dire qu'il restera quelques habitants à Jérusalem, 
parce que Hefsi-Bah en interdira l'entrée à Armilus. Autant d'énigmes. 

7. La guerre dont il a été parlé plus haut, l'auteur revenant sur ses pas. 

8. Cependant ces mêmes Juifs persistent à ne pas croire en Armilus. L'incohérence 
est frappante. Au lieu de « montagnes », il faut peut-être « fentes, trous », 0^*nn 
ayant été lu 3"^"ir!. 

9. D'après Zacharie, 12, 11, que le Talmud (Soucca, 52 a) applique au Messie fili 
de Joseph. 

10. Ces 41 jours doivent s'encadrer dans les 45 jours qui sépareront la mort du Messie 
fils de Joseph de l'avènement du Messie fils de David, ou si l'on veut, de la période 
de détresse des Israélites. Cette période, comme on sait, a été déterminée par la diffé- 
rence entre les 1290 et les 1335 jours de Daniel, 12. 11-12 ( « Et depuis le moment 
où sera supprimé l'holocauste perpétuel et établie l'ahomination de la désolation il y 
aura 1290 jours. H«ureux celui qui attendra avec confiance et terra la fin de 1335 
jours ! ») 

H. Cf. Apocalypse de Jean, 11, 7-9. La rencontre atteste une tradition. 



*S4 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

m'avait déjà parlé; je m'inclinai et me prosternai devant lui. Il me 
toucha comme il avait fait la première fois et me dit : o Zorobabel, 
qu'as-tu? » Je répondis : « Seigneur, le souffle de mes entrailles m'épou- 
vante 1 ». Il reprit: « Interroge-moi et je te répondrai, avant que je ne 
prenne congé de toi. » Je l'interrogeai donc à nouveau, disant: « Sei- 
gneur Métatron, quand viendra la lumière d'Israël? Par Dieu, qui m'a 
envoyé et m'a préposé en qualité de prince sur Israël, je te révélerai ce 
que Dieu fera, car le Dieu saint m'a enjoint de me rendre auprès de son 
serviteur Zorobabel et de répondre à toutes ses questions ». 

Donc Michael-Métatron me dit: « Approche-toi et applique ta pensée à 
toutes mes paroles, qui sont les paroles du Dieu vivant. Menahem' fils 
d'Ammiel arrivera soudainement le 14 du 1 er mois, qui est le mois de 
Nissan 3 . Il se tiendra dans la vallée d'Arbel\ qui appartient à Josué fils 
de Yehosadak, le pontife 5 . Près de lui se rendront les sages d'Israël qui 
seront de reste, et peu auront survécu au massacre et au pillage con- 
sommés par Gog et Armilus 6 et les pillards qui les auront pillés 7 . 
Menahem fils d'Ammiel dira aux anciens et aux sages : « Je suis le Messie 
divin envoyé par Dieu pour vous apporter la bonne nouvelle et vous 
sauver de ces ennemis». Les anciens, le considérant, n'auront que mépris 
pour lui, car ils le verront sous .son air méprisable, avec des vêtements 
usés; ils le mépriseront comme tu l'as fait toi-même s . Alors sa colère 
s'enflammera, il revêtira l'habit de vengeance, et s'enveloppera de la 
tunique de jalousie 9 ; puis il se dirigera vers les portes de Jérusalem l# . 
(Alors viendra Hefsi-Bah, sa mère, et elle lui remettra la verge opéra- 
trice de miracles) 11 . Ensuite, marcheront tous les anciens d'Israël 1S . Les 
Israélites, voyant la résurrection de Nehémia, qui se tiendra debout, 
croiront immédiatement au Messie. » 

1. Cf. Job, 17, 1. 

2. Tout ce morceau a été utilisé par Kalir, dans la poésie commençant par les 
mots 'DnTl CH^ (Mahzor de Romaine, Casai Maggiore, 1486). Voir plus loin. 

3. Le Messie doit apparaître ce ;jour-là, qui a été celui de la première libération 
d'Israël. 

4. L'Écriture ne connaît que Bet-Arbel, détruit par Salman (Hosée, 10, 14). Mais le 
Sêder Olam Zoutta (Neubauer, II, 71 et 75) mentionne « la colline d'Arbel apparte- 
nant à Josué fils de Nasraph, le pontife, à l'ouest de la ville ». 

5. En D : Josué fils de Saraph. Voir la note précédente. 

6. L'incorrection des mots nPDT rO?3 "J73 révèle une main très tardive. On De 
s'étonnera donc pas de l'introduction inattendue de Gog, qui a été probablement 
ajouté par un copiste savant. 

7. 11 faut corriger D^OIOn en D^Diœn. 

8. Nouveau trait inédit, qui parait n'être qu'un calque de l'histoire de Jésus et que 
le ch. 53 dlsaïe justifie en partie. 

9. Isaïe, 59, 17. 

10. C ajoute ces mots, qui ont dû tomber en A: « Et avec lui viendra le prophète 
Élie. Ensemble ils ressusciteront INehémia fils de Houscbiel, mis à mort aux portes de 
Jérusalem ». 

11. Ce détail, qui ne figure pas en?DE, paraît oiseux, [puisque le Messie ne se sert 
pas de la verge. 

12. Cette phrase doit suivrt celle qui parle de l'arrivée du Messie et d'Élie. 



L'APOCALYPSE DE ZOROBABEL 4S5 

Métatron, chef de l'armée divine, m'adjura en ces termes: « En vérité, 
ainsi en sera-t-il, car un accord régnera entre eux (les deux Messies), 
conformément à la prophétie d'Isaïe : « Éphraïm ne jalousera pas Juda, ni 
Juda ne sera l'ennemi d'Ephraim 1 . » 

Le vingt et un du premier mois de la 990 e année après la destruction de 
Jérusalem se produira le salut d'Israël par Dieu. Menahem fils d'Ammiel, 
Nehémia fils de Houschiel et le prophète Élie iront se placer devant la 
Grande Mer et proclameront la prophétie divine*. Alors sortiront de la 
mer tous les cadavres des Israélites qui se sont précipités dans les flots 
pour échapper à leurs ennemis \ Les vagues de la mer les rejetteront en 
vie dans la vallée de Josaphat, près du torrent de Chittim *, car là sera 
le jugement de toutes les nations. 

Le 2 e mois, qui est Iyar, remonteront les gens de Goré dans les plaines 
de Jéricho, près du torrent de Chittim ; puis ils se rendront près de Moïse, 
qui ralliera le drapeau (la légion) des gens de Goré. 

Le 18 de ce mois, il y aura un tremblement des montagnes et des col- 
lines ; le continent et la mer, avec tout ce qu'ils renferment, vacilleront. 

Le 1 er du 3 e mois ressusciteront ceux qui sont morts dans le désert; ils 
réintégreront leurs demeures près du torrent de Chittim. 

Le 18 de ce mois de Siwan, il y aura un grand tremblement de terre 
dans le pays d'Israël. 

Dans le 4 e mois, qui est Tammouz, le Seigneur, Dieu d'Israël, des- 
cendra sur le mont des Oliviers, et le mont des Oliviers se fendra sous 
sa colère '. Il sonnera du grand schofar 6 ; alors tous les dieux et tous les 
temples et toutes les murailles et toutes les forteresses s'écrouleront. Il 
frappera aussi ious leurs pillards 7 et combattra contre ces nations, comme 
un guerrier qui réveille sa colère 8 . Puis le Messie divin, qui est Menahem 
fils d'Ammiel, soufflera sur le nez d'Armilus et le fera ainsi périr 9 . A 
l'instigation de Dieu, ils s'entretueront et tomberont morts 10 . Le peuple des 
Saints assistera au secours de Dieu, et tout Israël verra Dieu de ses yeux, 
sous les traits d'un guerrier, avec le casque du salut sur la tête et revêtu 



1. Isaïe, 11, 13. L'auteur veut dire que les deux Messies vivront en harmonie. 

2. Cela signifie -t-il qu'ils liront un passage des Prophètes, ou qu'ils crieront con- 
formément à la prophétie divine? 

3. Est-ce une allusion historique? L'Apocalypse de Jean, 20, 3. parle aussi de la 
mer qui restituera les morts qu'elle contient. 

4. Singulière géographie, puisque Chittim est une localité sise près de Jéricho ! 
L'erreur provient sans doute de Joël, 4, 18, d'après qui« une source jaillira de la maison 
de Dieu et arrosera la vallée de Chittim. » 

5. Cf. Zach., 14, 4. 

6. Isaïe, 27, 13. 

7. Ici encore QH^OTO « leurs chevaux » doit être mis pour Q!TOY*!3. 

8. Isaïe, 42, 13. 

9. D'après Isaïe, 11, 4 : « Par le souffle de ses lèvres il fera périr le méchant ». 

10. Sans doute les compagnons d'Armilus. 



456 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

du sirion l . Il combattra Gog et Magog* et l'armée d'Armilus, qui tom- 
beront dans la vallée d'Arbel. Tout Israël sortira, pillera ses pillards et 
rendra la pareille à ceux qui l'auront mis à sac, cela pendant sept mois. 
De ceux-là 3 peu seulement s'échapperont ; ils se réuniront a Séla-Elef 4 au 
nombre de cinq cents soldats 3 et de cent mille porteurs de sirion. 
Cinq cents hommes d'Israël, avec Nehémia, Élie et toi, Zorobabel, à leur 
tête, les mettrez tous à mort 6 ; chaque homme en fera fuir mille 7 . 

Ces faits se produiront lors de la troisième guerre. 

Il y aura donc trois guerres dans le pays d'Israël, la première, que fera 
Hefsi-Bah à Chirouï, roi de Perse, la deuxième, que soutiendront le Sei- 
gneur, Dieu d'Israël, et Menahem fils d'Ammiel contre Armilus et les dix 
rois qui l'accompagneront et Gog et Magog, et la troisième qui aura pour 
théâtre Séla Haélef et que mèneront Nehémia fils de Houschiel et Zoro- 
babel». 

Cette dernière campagne aura lieu dans le mois d'Ab. 

Après tout cela arriveront Menahem fils d'Ammiel, Nehémia fils de 
Houschiel avec tout Israël et les morts qui seront ressuscites. Elie le pro- 
phète sera avec eux. Ensemble ils monteront a Jérusalem. 

Ainsi au mois d'Ab, où l'on aura pleuré Nehémia et où a été détruite 
Jérusalem, il y aura une grande joie pour Israël. On offrira à Dieu des 
sacrifices, qui seront agréés; l'oblation d'Israël plaira à Dieu comme au- 
trefois 9 ; le Seigneur accueillera avec faveur l'encens de son peuple et en 
sera entièrement satisfait. Puis Dieu fera descendre sur la terre le 
Temple édifié au ciel; une colonne de feu et une nuée d'encens monte- 
ront vers le ciel. Le Messie et tout Israël à sa suite iront à pied aux 
portes de Jérusalem, et Dieu se tiendra sur le mont des Oliviers 10 . Sa 
crainte s'appesantira sur les cieux et les deux des cieux, sur la terre et 

1. Cf. Isaïe, 59, 17. 

2. Ici encore Gog et Magog arrivent à l' improviste; ces mots manquent en E et doi- 
vent être sans doute effacés. 

3. L'armée d'Armilus. 

4. Josué (18,28 , énumérant les villes de Renjamiu, nomme Séla Haélef. Comme dans 
cette liste, sauf naturellement pour la première, toutes les localités sont précédées de 
la copule vav, on a fait de ces deux mots un nom composé. Mais le contexte exige 
que ce soient deux villes différentes, puisque autrement il n'y aurait pas le chiffre 
de quatorze villes expressément donné par le texte. Notre auteur a passé outre ; 
vraisemblablement il a été guidé, dans le choix de cette localité, par létymnlogie 
qu'on va voir. 

5. Ce nombre ne serait pas en rapport avec la suite. Il faut le, corriger, d'après le Kalir. 
en 190.000. 

6. Il est remarquable que le Messie fils de David cède sa place aux autres acteurs 
du drame messianique, entre autres à Zorobabel, qu'on n'attendrait pas. 

7. Jeu de mots sur Séla Haélef, « le côté des mille ». 

8. Cette troisième guerre ne se justifie guère, après que Dieu lui-même a mené la 
deuxième. 

9. Malachie, 3, 4. 

10. D'après Zacharie, 14, 4. 



L'APOCALYPSE DE ZOHOBABEL 157 

ses régions souterraines, sur les murailles et les édifices jusqu'à leurs 
fondements. Ou n'entendra plus aucun souffle 1 , car Dieu apparaîtra 
devant tous 2 , sur le mont des Oliviers, et cette colline se fendra sous 
lui 3 . Alors les Israélites venus d'exil se dirigeront vers cette montagne, 
et, à leur vue, Sion et Jérusalem s'écrieront : « Qui nous a enfanté toute 
cette multitude? » Et on répondra : « Ce sont tes enfants, qui t'ont 
quittée pour aller en captivité; réjouis-toi infiniment, fille de Sion*. » 

Ensuite 5 , je me mis de nouveau à interroger Métatron, chef de l'armée 
du Seigneur : « Montre-moi, lui dis-je, Jérusalem avec ses dimensions 
en longueur et en largeur et ses constructions. » Il me fit voir alors les 
murailles de Jérusalem, qui étaient de feu; elles allaient du grand désert 
à la mer postérieure [et de la] à lEuphrate*. Il me montra aussi le 
Temple, bâti sur les sommets des cinq montagnes choisies par Dieu pour 
porter son sanctuaire, à savoir le Liban, le Moriah, le Tabor,le Carmel et 
le Hermon 7 . 

Puis Michaël, continuant, médit : « C'est 990 ans après la destruction 
du Temple que j'ai fixé la date du salut d'Israël. » Ensuite, il m'expli- 
qua la chose et la vision, après m'avoir dit : « Si vous voulez être 
sauvés, priez et repentez-vous et alors arrivera le Messie*. » 

La 5 e année de la Septaine 9 viendra Nehémia ben Houschiel, qui 
ralliera tout Israël. La 6 e apparaîtra Hefsi-Bah, femme de Nathan le pro- 
phète, née à Hébron ; elle mettra à mort les deux rois Nof et Isrogan 10 . 
La 7e année fleurira la souche de Jessé, Menahem ben Ammiel. Alors se 
lèveront dix rois païens. Mais ils n'arriveront pas à régner une semaine 
et demie, chacun une année entière 11 . Ces dix rois commanderont 



1. La phrase est obscure; littéralement : « Il ne s'y trouvera aucune àme ». 

2. D'après G : « devant le Temple ». 

3. Zacharie, ib. 

4. Isaïe, 49, 21. 

5. Ici commence un morceau qui ressemble à une variante de ce qui précède. Le 
tond est le même, mais les divergences sont nombreuses : 1° les événements ne se 
produisent pas dans le même ordre ni de la même façon : 2° les rois comprennent 
Armilus; 3* ils paraissent régner successivement et non simultanément; 4° des faits 
inattendus et inexplicables sont consignés. 

6. Cf. Deutér., 11, 24. 

7. Cf. Pesikta, \'tkb. 

8. Isaïe, 21, 12, traduit conformément à l'interprétation talmudique {Sanhédrin, 
94 a), qui précisément rapporte ce verset à l'ère messianique. 

9. Plusieurs traditions anciennes contenues dans le Talmud (voir, entre autres, 
Sanhédrin, 97 a) décrivent les événements jui se produiront dans la semaine 
d'années qui précédera l'arrivée du Messie. C'est ce cadre qu'utilise notre auteur. 

10. Plus haut cette action de Hefsi-Bah précède l'arrivée de Nehémia. 

11. Cette phrase est incompréhensible, étant donné la suite qui parle seulement de 
sept années. L'auteur a-t-il reproduit ici les mots : « une semaine et une moitié de 
semaine» de Daniel, 9, 27, sans s'apercevoir qu'ils sont en désaccord avec sa pensée? 



ib8 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

aux païens pendant ces sept années ! . En voici les noms avec ceux de 
leurs villes et provenance : 

Le premier roi sera Selcum*, [de la ville] de Sefarad (Espagne), 
qui est Aspamia, d'Outre-mer* ; le second, Hartomos*, de la ville de 
Gitania 5 ; le troisième, Plius 6 , de la ville de Flavès 7 ; le quatrième, Gal- 
vas 8 , de Galia 9 ; le cinquième, Ramosdès 10 , de Moditica •* ; le sixième, 
Moclanus 12 , d'Italia ,5 ; le septième, Ochtenus u , de Dormes 15 ; le hui- 
tième, Aplostos 16 , de Mésopotamie; le neuvième, Chirouï, roi de Perse, et 
le dixième, Armilus, fils de Satan, issu d'une statue de pierre. Celui-ci 
régnera sur tous 17 . Il viendra et engagera la bataille dans la vallée 
d'Arbel, avec les rois de Kédar et d'Orient 18 . Ils auront l'avantage 19 . 
Grâce à sa force, il fera la conquête du monde entier. De là il passera à 



1. On ne voit pas bien si ces rois sont contemporains d'Armilus ou s'ils sont ses 
précurseurs. Mais, s'ils sont ses précurseurs, pourquoi appartiennent-ils chacun à un 
État différent ? 

2. Séleucus, d'Apamée. On sait que Séleucus Nicator avait donné à Pharnake, ville 
située sur l'Oronte (aujourd'hui Kalaat-el-Moudik), le nom d'Apamée, en l'honneur de 
sa femme. 11 l'avait agrandie et fortifiée. On voit tout de suite que l'auteur a puisé 
au hasard dans ses souvenirs. Pour avoir connu le lien qui rattache Séleucus à cette 
ville, il faut qu'il ait vécu dans la région ou ait utilisé un document composé dans 
ces parages. — Ispamia (Apamée) étant aussi le nom de l'Espagne, il n'est pas éton- 
nant qu'un copiste ait introduit ici cette singulière notion géographique. E ne l'a 
pas, peut-être simplement parce qu'il abrège. 

3. Ces mots sont le complément de l'identification fautive commise par le copiste. 
Peut-être doivent-ils être rattachés à la phrase qui vient, comme en DE. 

4. DF : Artémos ; E : Armamis (ou plutôt Armamos). 

5. C : Gischania, qui est sûrement une faute; B E : Géta; D : Gotia (c'est évidemment 
ici qu'il faut placer ces mots dans ces trois mss). S'agit-il des Gètes ou des Goths? 

6. Ou Flavus ; DF: Paulus; E: Flavus. Ces mss., il est vrai, font de ce person- 
nage énigmatique le quatrième roi, mais il y a sûrement ici transposition. Pour le 
troisième BE ont Celus de Géta, C Plius, DF Taies. 

7. D: Gotia. 

8. Lire probablement Gallus. 

9. Gallia, la Gaule. Gallus est alors un roi imaginaire. D : Gelos. 

10. B : Omatris, C : Dematros (peut-être Démétrius), D : Mador, E : Romatros. 
H. B: Mortica, C: Sorinos, D: Martothania (Mauritanie?), E: Murtia. 

12. C : Mocletos, D : Marcelnos, E : Maclanus, F : Morculus. Dans le Sèder Malkkè 
Romi on trouve "l^bpft, qui est peut-être Macrin. 

13. E : Zalatia, qui est un lapsus. Il ne s'agit pas nécessairement de l'Italie; ce 
mot désignait aussi Byzance, ['Italie des Grecs, comme dit le Talmud. 

14. C: Arbatinus, D: Eptonares, E: Architones, F: Achtonos. 

15. D: Dores, E: Adamis, F : Rodama. C'est peut-être Rbodes. 

16. C : Apiliostos, D : Aparmos, E: Asplisnes, F : Apelestos. 

17. Est-ce sur le monde eutier, ou sur ces neuf rois? Dans ce dernier cas, ces rois 
seraient ses contemporains. 

18. Détail nouveau et qui ne s'accorde pas avec les récits antérieurs. Il s'agit sans 
doute des Arabes. 

19. Phrase incompréhensible, car ces Arabes ne doivent certainement pas l'emporter, 
Faut-il traduire : « Et ceux qui auront la royauté »? 



I/APOCALYPSE DE ZOROBABEL 159 

Ribla, qui est Antioche 1 . C'est lui qui commencera à planter tous les 
bocages des nations 2 et à adorer les idoles que Dieu a en abomination. 
En ce temps il n'y aura de salaire ni pour hommes ni pour bêtes 3 . 11 
érigera quatre autels* et irritera Dieu par ses méfaits. Pendant qua- 
rante 5 jours sévira une grande famine sur tout le pays. On aura pour 
toute nourriture des lentisqucs salés ; on cueillera des feuilles de ces 
arbustes et des genêts pour s'en sustenter. Ce jour-là une source sortira 
du Temple du Seigneur et arrosera la vallée de Ghittim 6 . 

Cet Armilus transportera hors de la maison d'impudicité des railleurs 
la mère dont il est issu 7 ; de toutes parts les nations viendront adorer 
cette statue, et elles lui offriront de l'encens et des libations 8 . Personne 
ne pourra la regarder tant elle sera belle, et quiconque ne se proster- 
nera pas devant elle mourra dans les tortures 9 . 

Voici le signalement d'Armilus. Ses cheveux sont comme de l'or ; il 
est vert jusqu'à la plante des pieds ; la largeur de sa face est d'un empan; 
il a les yeux profonds et possède deux crânes 10 . 

1. Le Talmud {Sanhédrin, 96 b) rend Ribla de Nombres, 34, H, par Antioche; 
le Pseudo-Jonathan et Jérôme par Daphné, qui est également Antioche. — Nouveau 
détail inédit. 

2. Le mot que nous avons lu rmiZJK n'est plus très lisible; ce sont les autres 
textes qui nous ont suggéré ce déchiffrement. Cest absolument inintelligible et d'une 
incorrection flagrante : « Il commencera à les faire toutes les caravanes les nations ». 
D : « Il commencera à planter son niTOK qu'il déteste ». Ce détail est-il simplement 
du remplissage ? 

3. Zacharie, 8, 10; signe de la misère qui régnera alors. Cf. Sanh., 98 a. 

4. C: sept autels. Est-ce une réminiscence des sept autels érigés par Balaam? 
Tous ces détails nouveaux sont des énigmes. 

5. D: quarante-cinq. Ce texte ajoute: « Et Israël et leurs rois et leurs prophètes 
[se tiendront] dans le désert de Jérusalem et dans la vallée de Chittim, tout Israël, 
pendant quarante-cinq jours. » 

6. Joël, 4, 18. 

7. Allusion au transport de la statue ou de l'image de la Vierge. 

8. Tous ces traits sont nouveaux. 

9. Voir plus loin l'essai d'explication de ces données inédites. 

10. Le portrait d'Armilus n'est pas le même dans les divers opuscules qui dépen- 
dent de notre Apocalypse. Nistarot de Rabbi Schimonb. Yohaï {Bel Hamidrasch, III, 
80) : « Il sera chauve, aura de petits yeux, la lèpre au front, l'oreille droite fermée, 
l'oreille gauche ouverte, la droite, pour le bien, la gauche pour le mal. » Même des- 
cription dans le Midrasch Vayoscha [ib., I, 56), sauf que des deux yeux l'un est petit 
et l'autre grand et que le bras droit mesure une palme, et le gauche deux palmes et 
demie. Tefillat Rabbi Schimon b. Yohaï (ib., IV, 124): « Il aura douze coudées de 
de long et de large, les yeux rouges et ronds, les cheveux rouges comme l'or, la 
plante des pieds glauque, et deux crânes. » Même portrait dans les Otot Hamaschiaà 
{ib., II, 60), sauf que les yeux y sont dits profonds (mpiE^, variante de nittip?). 
La description du S. Éliahou {ib., III, 65) est différente: « Il aura la figure longue, 
une bosse entre les yeux, les jambes grêles, les plantes des pieds hautes (?). »> Dans 
l'Apocalypse judéo-persane de Daniel, il a cent aunes et onze palmes de haut, dix 
palmes de large, une bouche d'une palme et la figure velue. On sait que ce portrait 
d'Armilus est à peu près celui de l'Antichrist dans les textes chrétiens (voir Bousset, 
Antichrist). 



160 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Il montera et régnera à Emès, ville de Satan, père de Belial l , et tous 
ceux qui le verront trembleront devant lui. 

Alors Menahem, venu de la vallée de Chittim, lui soufflera à la face et 
le fera mourir, comme il est dit : « Et par le souffle de ses lèvres il fera 
mourir le méchant. » Alors l'empire passera à Israël et les saints supé- 
rieurs recevront le pouvoir 2 . » 

Telles sont les paroles adressées par Métatron àZorobabel fils de Scheal- 
tiel, satrape de Juda, dans la captivité, à l'époque de l'empire perse; elles 
ont été mises par écrit par Zacharie lils d'Anan et Elie dans l'exil com- 
plet». 

(A suivre) Israël Lévi. 



1. Texte altéré: littéralement: « à Emès la ville, et Satan, père de Belial, et tous ceux 
qui le verront... ». C : Il régnera sur les iles avec l'assentiment (ou à l'instigation) de 
Satan, son père ». D : « Il régnera à Emous, villes (sic) de Satan, que son père aura 
emporté (?) ». S'agit-il d'Emmaus ? 

2. Daniel, 7, 18, 

3. Amos, 1, 6, 9. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE 
APOLOGÉTIQUE JUIVE 

i 

L'idée que les patriarches ont observé les commandements de 
la Tora et étudié la Loi se trouve déjà dans des sources tannâïtiques. 
On dit de Jacob « qu'il a observé tous les préceptes de la Loi, 
d'après Gen. 25, 24 { ». Le passage que nous résumons ici a un 
caractère apologétique et répond à la critique tirée de Gen., 36,12. 
Ge verset est également cité parmi ceux qui ont produit les hérésies 
de Manassé 2 . 

L'argumentation fondée sur Gen., 25, 24, présuppose la agada 
d'après laquelle Jacob aurait suivi assidûment l'enseignement de 
Sem et d'Eber et y aurait appris les préceptes de la Tora 3 . A la fin 
de la Mischna Kiddouschin 4 se trouve ce dire anonyme : « Nous 
voyons que le patriarche Abraham a observé tous les préceptes de 
la Tora avant qu'elle ne fût promulguée , ainsi qu'il est écrit 
(Gen., 26,5) : « Afin de récompenser Abraham d'avoir écouté 
ma voix et observé mes commandements, préceptes et ensei- 
gnements. » On peut, il est vrai, se demander si cette agada 
appartient à la première rédaction de la Mischna 5 ; mais, en tout 
cas, elle est sûrement d'origine tannaïtique, car elle est déjà cité 
par Rab. L'enseignement qu'elle reproduit est sensiblement anté- 
rieur à Rab, car R. Simon ben Yohaï rapporte déjà qu'Abraham a 
appris et observé tous les préceptes de la Tora 6 . 

L'idée qu'Abraham a observé tous les commandements est 
souvent enseignée par les docteurs de Palestine au ni siècle. 
R. Alexandre (cité par R. Aha) dit même que le commandement 

\. Sifré, Deutér., 336. 

2. Sifré, Nombres, 112; Sanh., 99 b; cf. R. Simon ben Lakisch, Houllin, 60 b, 
au sujet des passages qui paraissent superflus fou méritent d'être brûlés) et con- 
tiennent pourtant les propositions les plus importantes; sur les hérésies de Manassé, 
cf. Revue, t. L1V, 1907, p. 192. 

3. Gen. r., 63, 15, sans nom d'auteur. 

4. Kidd., 82 a. 

5. Yoma, 28 a. 

6. Gen. r., 95, 2, Midrasch Tehillim, éd. Buber, p. 122; Tanh., éd. Buber, I, p. 
6 a. 

T. LXV11I, n° 136. 11 



162 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

de Eroubé Tabschilin a été rigoureusement observé dans la 
maison d'Abraham, en se fondant sur Gen., 26,5 \ R. Yonathan * 
(cité par R. Samuel ben Nahman) dit quelque chose d'analogue- 
Nous trouvons déjà ici le désir de prouver qu'Abraham a connu, 
non seulement la loi écrite, mais encore la loi orale. R. Yohanan 
(avant 280) pense qu'Abraham a observé le commandement de 
l'Orner et que c'est pour cela que la Terre sainte a été promise 
à ses descendants 3 . R. Samuel ben Nahman et les Rabbins dis- 
cutent sur ce que Melchisédec a enseigné à Abraham  . 

Un anonyme veut trouver dans la Rible la preuve que les 
hommes pieux depuis Adam jusqu'à la promulgation de la Loi ont 
observé tous les commandements : Adam a offert des sacrifices 
(Ps. 69, 32); Noé a construit un autel (Gen., 26, 5); Isaac s'est 
offert en sacrifice; Jacob a supprimé les idoles (Gen., 35,8); Juda 
a accompli la loi du lévirat (Gen., 38, 8); Joseph celle du res- 
pect des parents (Ex., 20, 12) 3 . Un anonyme prouve encore 
qu'Abraham, Isaac et Jacob ont observé également les commande- 
ments du Décalogue 6 . Nous avons déjà vu plus haut qu'Abraham 
et Jacob connaissaient en général la Loi dans tous ses détails, et 



1. Gen. r. 49 et 64, où il faut lire rmafcTl "0"ny,au lieu de r\"y ; ibid., 95, il y a 
•pb-UBari ^aiT^; cf. Tosafot Yebamot, 71 6, qui a la môme leçon ; Tank., 
1, p. 29 b; III, p. 53 a, qui porte R. Samuel ben Nahman au nom de R. Alexandre, 
au lieu de R. Aha ; R. Asclii, Yoma, 28 b, cite la même phrase. On remarquera 
aussi à cet endroit la discussion des Amoraïm de la Bahylonie, qui soutiennent 
qu'Abraham n'a observé que les sept commandements des Noachides et la circon- 
cision. Il résulte, en outre, de cette discussion que les docteurs babylonieus ne 
connaissaient pas ou ne voulaient pas connaître l'idée qu'Abraham a observé la Loi. 
On en verra clairement la raison au cours de notre étude. — Cf. eucore Tank., 1, 
30 a. 

2. Dans quelques passages ce docteur s'appelle Hl^n "lia : Gen. r., 95, 2 (sous 
le nom de celui qui le rapporte); ibid., 64, 4 (avec une fausse leçon: II. Yonathan 
au nom de R. Yohanan); de même Agadat Bere'schit, éd. Buber, p 28; Tank., 
I, p. 211 (R. Samuel ben Nahman au nom de R. Yonathan ben Elazar îTVan W«). 

3. Dans Lév. r., 28, 6, R. Yohanan reproduit aussi une sentence qui provient du 
Tanna R. Yosé ben Halafta et qui se rapporte à notre sujet: Le patriarche Abraham, 
de qui il n'est pas dit expressément qu'il a observé le sabbat, n'a, comme il ressort 
de Gen., 13,17, eu qu'une part restreinte de la Terre promise; Jacob, au contraire, 
qui est dit expressément avoir observé le sabbat, a eu sans restriction sa part de la 
Terre promise (Pesikta Habbati, éd. Friedmann, p. 120 b; Sabbat, 118 a). 

4. Samuel b. Nahman (Gen. r., 43, 7) croit que ce sont les lois des prêtres; les 
rabbins croient, au contraire, que c'est toute laTora. 

5. Lév. r., 2, 9; Sèder Eliahou Rabba, éd. Friedmann, p. 35. 

6. Pesikla Rabbati, éd. Friedmann, p. 127 b. On- doit encore citer R. Simlaï 
[Sola, 14 a), qui considère Abraham, Isaac et Jacob comme « puissants dans l'obser- 
vation des commandemauts et de la Loi ». 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 163 

pour les autres qui sont cités dans l'homélie dont nous parlons 
plus haut, nous pouvons invoquer encore quelques textes 4 . 

Adam et Noé sont comptés parmi les hommes pieux et consi- 
dérés comme ayant observé les commandements. Un anonyme 2 
déclare : Adam et Noé ont tous deux suivi les commandements et 
étaient pieux. On dit aussi, d'accord avec les sources citées plus 
haut, que tous deux ont offert des sacrifices 3 . Dieu a donné à 
Adam le paradis pour le travailler, c'est-à-dire non pour y faire un 
travail proprement dit, mais pour y étudier la Tora 4 . Les rabbins 
se représentent des usages et coutumes tardifs, et en grande 
partie rabbiniques, comme déjà connus dès l'époque d'Adam b . 
D'après de nombreuses homélies, Joseph, représentant d'une des 
dernières générations précédant la promulgation de la Loi sur le 
Sinaï, observait les commandements et étudiait la Tora. D'après 
un anonyme, Benjamin nomma un de ses fils irsiE pour indiquer 
que Joseph lui avait appris toutes les traditions et tous les principes 
qu'il tenait de son père 6 . R. Yohanan enseigne aussi que déjà 
en Egypte Joseph a observé le sabbat 7 . 

On voit nettement que depuis le milieu du 11 e siècle environ on 
enseignait généralement que les hommes pieux avaient observé 
les préceptes de la Loi avant la promulgation de celle-ci. 

Qu'est-ce qui amena les rabbins à cette idée? Pourquoi l'expo- 
sèrent-ils si souvent et avec une telle insistance dans leurs ser- 
mons, alors que c'était un anachronisme dont ils devaient certaine- 
ment se rendre compte? Joël dit dans ses « Vues sur l'histoire de 
la religion » 8 : « Les commandements ont un but, non plus relatif, 
mais absolu; ils ne sont plus seulement un chemin prescrit à 
l'homme par Dieu ; ils sont un chemin que l'on croyait suivi par Dieu 
lui-même, sous la réserve convenable de la distance qui sépare 
Thomme de Dieu ». Nous parlerons plus en détail de ce point dans 
le paragraphe suivant ; nous cherchons seulement ici à expliquer 
comment, pour « fortifier la foi et la morale », on a dit des 
patriarches qu'ils ont observé la Loi. On pourrait croire qu'il n'était 



1. On y admet en général qu'Adam et Noé font partie des hommes pieux parmi les 
ancêtres, ce qui n'a pas été reçu sans contestation par tous les Agadistes. 

2. Nombres rabba, 14. 

3. Abotde R. Nathan, 1. 

4. Pseudo-Jonathan sur Gen., 2, 16; Pirkè R. Eliézer, 12. 

5. Pirkè, 12 fin (cf. 16), 20. 

6. Tanhouma, éd. Buber, I, p. 206; cf. Z. A. W., t. XXV, p. 374. 

7. Nombres r., 14. 

8. Blickein die Religionsgeschichte, II, p. 172. 



164 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pas possible de se représenter autrement les hommes pieux de la 
Genèse; mais il y a à ce fait une raison bien plus profonde. La 
valeur de la Loi était une des questions brûlantes dans les discus- 
sions entre juifs et chrétiens, comme entre païens et judéo- 
chrétiens. Justin demande à Tryphon : « Les justes avant Abraham 
ou Moïse n'ont rien connu de ces préceptes de la Loi, et pourtant 
ils ont tous été admis à la béatitude éternelle ». » Et Tryphon 
est fort embarrassé. Justin, semble-t-il, ne connaissait nullement 
la réponse faite plus haut à cette objection. 

Dans l' Altercatio Simeonis et Theophili, qui serait, d'après 
Harnack, une adaptation de l'ancien dialogue grec entre Jason 
et Papiscus 2 , datant du n ft siècle (entre 135 et 165), est posée 
la question suivante: « Potuerat aulem Deus , si vellet, Adam 
circumcisum formare, haec est circumcisio Christianorum, quam 
et primi sanctorum habuerant, scilicet Enoch, Noe, Job et Mal- 
kizedek» 3 . Nous retrouvons cette question, à savoir pourquoi 
la circoncision n'a pas été prescrite à Adam, dans le dialogue entre 
une matrone et R. Yosé ben Halafta 4 (vers 160), chez un ano- 
nyme 5 , et dans le dialogue entre un philosophe et Rabbi Osaya 6 . 
Ce sont sans doute des circonstances spéciales qui font que dans 
Y Altercatio on traite uniquement ce point de la loi religieuse. 
Tertullien, Adversus Judaeos, en. 2, se place à un point de vue 
spécial. Il admet qu'avant la révélation du Sinaï les patriarches 
ont obéi à une loi naturelle, mais que celle-ci n'avait rien de 
commun avec la législation de la Tora. Dans la Didascalé syrienne, 
qui date du m' siècle, on ne fait également à un précepte de la loi que 
l'objection suivante : « Si Dieu avait voulu que nous fêtions un des 
six jours de la semaine, les patriarches, les justes et tous ceux qui 
ont vécu avant Moïse l'auraient déjà fêté 7 ». Voilà trois témoignages 
attestant de façon certaine qu'aux n e et ni siècles on a objecté à la 
conception juive de la Loi qu'avant la révélation du Sinaï, les 
hommes pieux n'ont connu ni observé la Loi 8 . En Palestine, on 
répondait à cela que les patriarches avaient des écoles où ils ensei- 



1. Dialogue, chap. 46; cf. Haruaek, Texte und Untersuchungen, vol. 39, p. 84. 

2. Texte und Untersuchungen, t. I, fasc. Il, p. 128, 399. 

3. P. 28, 11-14. 

4. Pesikta Rabbati, éd. Friedmanu, 116 b. 

5. Gen. r., 46. 

6. Gen. r., 11. Cf. mon ouvrage, The Apolegetics of the Rabbis, p. 12, et les pas- 
sages qui y sont cités. 

1. Texte und Untersuchungen, tome 25, 1904, p. 137. 
8. Dans Yoma, 28 a, R. Hama bar Hauina. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 16H 

gnaient la Loi, qu'ils l'observaient eux-mêmes et la propageaient. 
C'est en ce sens qu'il faut entendre les aphorismes des rabbins 1 . 



II 



Dans les deux ouvrages chrétiens dont nous venons de parler, 
en traitant la première question, on demande aussi pourquoi Dieu 
n'observe pas tous ces commandements. Le Dialogue de Justin dit 
au sujet du sabbat : « Pourquoi Dieu n'observe-t-il pas le sab- 
bat 2 ? » Et la Didascalè pose nettement le problème en disant: 
« Dieu lui-même travaille en faisant naître et souffler le vent. 3 » 
Mais la question avait déjà été posée avant l'an 135. Comme les 
rabbins en mission politique à Rome prêchaient en public, pro- 
bablement au jour du sabbat, ils furent interrompus par un Min 
qui s'écria : « Tout ce que vous dites est faux. Vous prétendez que 
ce que Dieu commande, il le fait lui-même. Pourquoi donc n'ob- 
serve-t-il pas le sabbat'? » Et les rabbins de répondre : « Dieu 
observe le sabbat. » Un autre témoignage prouvant que cette 
question était brûlante se trouve dans le dialogue — fictif ou non 
— entre R. Akiba et Tineus Rufus. Celui-ci demande d'abord : 
« Qu'est-ce qui distingue le jour du sabbat des autres jours? » 
R. Akiba fournit des preuves de la différence. Finalement son 
adversaire lui objecte : « Mais alors, si Dieu observe le sabbat, 
aucun vent ne devrait souffler, aucune pluie tomber, aucune herbe 
pousser. R. Akiba lui réplique, comme les Anciens l'avaient fait, 
à Rome au Min, que Dieu a le droit dans son domaine de faire 
accomplir ce travail. Et il met en avant comme argument que la 
manne tombait tous les jours, sauf le sabbat 5 . 

Avant d'énumérer chronologiquement les vues des rabbins sur 
cette question, nous allons voir les opinions des savants qui 
ont étudié de plus près ce point de la théologie juive. 

D'après Gfroerer, les rabbins avaient de leur Dieu une concep- 
tion comparable à celle des anciens Hindous, qui voyaient dans le 

i. Une tendauce analogue semble déjà dominer dans le Livre des Jubilés et la Vita 
Adami et Evae. Cf. J. Mann, The Observance of the Sabbath and the Festivals in 
the first two Centuries of the C. E. y Londres, 1914, p. 531. 

2. Loco cit., p. 40, chap. 7. 

3. Dialogue, ch. 29 et 38 ; Harnack, op. cit., p. 68, n. 3. 

4. Exode rabba, 30 ; Joël, Blicke, II, p. 173, et mon ouvrage, The Apologetics of 
the Rabbis, p. 9. 

5. Gen. r., 11, 1. 



166 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leur un pieux brahmane, ou des Grecs, qui voyaient dans leurs 
dieux et leurs déesses les souverains particuliers de leurs petites 
villes, ou des Romains, qui parlaient en peuple militaire de Janus 
et de Jupiter comme d'officiers d'un grade élevé, ou des chrétiens 
du moyen âge, dont le Dieu était une sorte de petit pape. A 
l'époque de Luther et de la Réforme, Dieu était un docte théologien ; 
les contemporains de Hegel et de Fichte se représentaient Dieu 
pour le moins comme un professeur de philosophie très célèbre et 
fort content de lui; de môme, le Dieu des rabbins était pour eux 
comme le grand rabbin du royaume céleste. Telle est à peu près 
l'esquisse tracée par Gfroerer 1 . « Pour étrange que nous paraisse 
cette idée que Dieu observe les commandements, nous pouvons 
être persuadés que c'était la pensée de l'immense majorité des 
Juifs, Telle est la conception grossière que le peuple se fait de son 
dieu national. » — Weber résume ses impressions et ses observa- 
tions en ces termes : « La Tora est la sagesse émanée du plus pro- 
fond de l'essence de Dieu, son image, avec laquelle il vit dans une 
communion d'amour, et c'est pourquoi elle règle aussi sa propre 
existence divine 2 . » — Les théologiens anglais W.-O.-E. Oesterley 
et G. -H. Box disent sur ce point de la doctrine des rabbins : « Les 
rabbins étaient parfois amenés à des vues diamétralement oppo- 
sées (à la conception par trop transcendentale) et émettaient sur 
Dieu des aphorismes qui sonnent irrévérencieusement à nos 
oreilles 3 . » Et ils concluent ainsi : « Il est à peine nécessaire de 
rappeler que pour les oreilles orientales l'exagération est la 
manière normale d'exprimer les choses. » Tous ces jugements 
n'expliquent toujours pas ce qui a déterminé les rabbins à exposer 
et à répandre de tels enseignements. Il a fallu des raisons sérieuses 
pour les y amener. 

Dans un fragment midraschique copié par le commentateur 
de la Bible Ezékia ben Manoah 4 , qui vivait en France vers 
1260 3 , et qui a connu et utilisé un grand nombre de Midra- 
schim aujourd'hui perdus, nous trouvons ce passage : « Dieu, 
pendant les six jours de la création, a déjà réglé que le ciel et la 
terre accompliraient leurs fonctions et ne modifieraient plus leur 
organisation. » Et il continue : « Nous trouvons là une réponse 
aux Minim, qui disent que Dieu travaille le sabbat en faisant tom- 

1. Dus Jahrhundert des Heils, I, p. 279. 

2. System der altsynagogalen palaeslinensischen Théologie, p. 16. 

3. The Religion and Worship of the Synagogue, Londres, 1907, p. 165 et suiv. 

4. Sur Gen., 2, 3. 

5. D'après Zunz, Zur Geschichte und Lift., p. 91. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 167 

ber la pluie et pousser l'herbe. Cela n'a pas de sens, puisque 
tout a été déterminé et ordonné pendant les six premiers jours de 
la création de façon que (le ciel et la terre) accomplissent leur 
tâche. » La manne en est, pour lui, la preuve. 

Au m 6 siècle cette thèse est exposée avec le plus de force par 
Rab, R. Yohanan, R. Elazar, R. Isaac et R. Aaba ben Hanina : 

1° Rab (rapporté par R. Yehouda) : Le jour a douze heures, dont 
trois sont consacrées par Dieu à l'étude de la Loi. Et le môme 
Amora dit dans une légende : « Lorsque Moïse arriva dans le ciel 
pour recevoir la Tora, il trouva Dieu qui attachait des couronnes 
(aux lettres) 1 » . 

2° R. Yohanan (rapporté par R. Rerekhia et R. Hiyya) enseigne 
que Dieu s'est enveloppé d'un vêtement garni de cicith et a mon- 
tré à Moïse comment on doit proclamer solennellement la nouvelle 
lune 2 . 

3° R. Elazar dit : « Dieu ne peut pas être comparé à un roi 
mortel. Celui-ci édicté des lois et des ordres auxquels les autres 
doivent se conformer, mais dont lui-même ne tient pas compte; 
Dieu, au contraire, a donné des lois et les a observées 3 ». 

4° R. Isaac va plus loin : selon lui, Dieu met tous les jours des 
phylactères (tradition de R. Abin ben Ada /é ), et il admet que Dieu 
s'est fait relever par les docteurs de la Loi du vœu qu'il avait fait 
d'anéantir les Israélites lorsque ceux-ci ont commis le péché du 
veau d'or. Car, de même que le docteur qui veut que les autres se 
conforment à ses décisions doit les observer lui-même, de même 
Dieu a agi d'après la règle 3 . Ici en même temps on enseigne à 
nouveau que les péchés commis à l'occasion du veau d'or ont été 
pardonnes aux Israélites. Comme nous avons déjà trouvé dans 
plusieurs sentences de R. Isaac une tendance à réfuter des attaques 
servant à la polémique 6 , il paraîtra tout à fait vraisemblable que 
dans les enseignements qui viennent d'être cités il y a des ten- 
dances de cette nature. C'était, en effet, depuis l'apparition de la 
Lettre de Rarnabé, une doctrine constante chez les chrétiens que 
de considérer le péché du veau d'or comme la preuve de la 
déchéance d'Israël. 

5. R. Aha ber Hanina imagine une légende semblable à celle de 

1. Abocla Zara, 3 a. 

2. Pes. Rabbati, éd. Frieclmann, p. 78 a. 

3. Lév. rabba, 35, 3. 

4. Berakkot, 6 a. 

5. Exode rabba, 43 (tradition de R. Berakhia et R. Helbo). 

6. Voir mes Religionsgeschichtlicho Studisn, I, p. 62, n. 17. 



168 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Lorsque Moïse entra au ciel pour recevoir la Loi, il trouva Dieu 
discutant sur la question de la vache rousse et mentionnant les 
opinions des docteurs 1 . 

Rappelons encore deux sentences qui ne tendent à autre chose 
qu'à montrer que Dieu étudie avec ardeur la Tora. L'une émane 
de Oula, qui était né en Babylonie, mais qui séjourna souvent en 
Palestine : « Depuis que le Temple a été détruit, Dieu n'a plus que les 
quatre coudées de la Halakha 2 ». L'autre appartient à R Yehouda, 
qui l'avait certainement entendu émettre par son maître Rab, ou 
qui l'a énoncée dans l'esprit de son maître : « Il n'y a pas de jour 
où Dieu n'enseigne une nouvelle halakha, et ces halakhot étaient 
très familières à. Abraham 3 ». 



III 



Dansles œuvres des Pères de l'Eglise du ii e etduin° siècles se ren- 
contre une expression, ou, pour mieux dire, une manière de réfuter 
les objections bien connue des talmudistes. 

Nous savons par Justin que Juifs et Chrétiens se reprochaient 
réciproquement d'avoir altéré la Bible. Harnack écrit à ce propos : 
« Dans la controverse entre Justin et les Juifs concernant l'intelli- 
gence exacte des passages bibliques la question du texte joue un 
rôle. Le texte original est, on peut le dire, complètement hors delà 
portée de Justin. Il s'agitdoncdu texte grec. Les accusations ne man- 
quent pas chez Justin, mais, comme on le verra, elles manquent de 
fondement 4 . Justin cite une controverse 5 au sujet d'Isaïe (7, 14), et 
dit que docteurs juifs soutiennent qu'il y a rrab^ïi, et non m*an. 
Nous voyons par là que les Juifs ont insisté sur les mots et ont 
invoqué le texte exact comme argument dans les entretiens 
polémiques. » Tout le monde sera d'accord avec Harnack, quand il 
dit : « Il n'est donc pas réel que des falsifications juives de l'An- 
cien Testament dans des vues antichrétiennes puissent être indi- 
quées ; mais le contraire est vrai 6 ». 

Nous voulons montrer d'abord que les Pères de l'Eglise, eux 
aussi, ont cherché à découvrir cette méthode chez les rabbins, 

1. Pesikta, éd. Buber, p. 40 a. 

2. Berakhotj 8 a. 

3. Gen. r., 49, 96. 

4. Texte und Untersuchungen, 39, i, p. 65. 

5. Dialogue, ch. 43. 

fi. Texte und Untersuchungen, 39., 1, p. 67. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 469 

pour renvoyer leurs adversaires au texte exact. Citons au hasard. 
L'évêque de Lyon, Irénée (entre 185 et 192) \ démontre qu'aucun 
autre que Dieu n'a créé le monde 2 . A la fin de ce chapitre il dit 
littéralement : « Au début de la description de la création du monde 
(Moïse) a dit : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre etc. » 
(Gen., 1,1), mais non pas: « Les dieux et les anges créèrent ».Dans 
le Midrasch la phrase serait : « Il n'est pas écrit : Des dieux 
créèrent, mais Dieu créa. » De même le savant évêque de Gésarée 
Origène, vers 248, écrit : « Si Celse avait eu la persévérance et la 
patience, pour reprendre sa propre expression, de lire les livres de 
Moïse et les Prophètes, il se serait demandé pourquoi les mots : 
« Dieu créa », « Dieu a fait » sont employés à propos du ciel et de 
la terre, etc. L'expression « Il fit » n'est cependant pas employée 
pour les autres choses. De la lumière il est dit simplement : « Et 
la lumière fut », et dans le récit rapportant que toute l'eau sous 
le ciel entier s'est réunie en un endroit, il est dit « Il fut ainsi » 3 . 
Ici la môme méthode est employée : il est écrit telle chose et non 
pas telle autre; donc la thèse hérétique est fausse. Nous retrou- 
verons cette méthode, pour citer un troisième témoin, dans la 
Didascalè syrienne, qui date du même siècle. On y prêche contre 
les Judéo-Chrétiens en ces termes : « Isaïe n'a pas dit : Vous devez 
vous laver », mais « lavez-vous » 4 . 

Bâcher, qui dans sa Terminologie exégétique a noté cette 
formule, écrit à ce sujet : « Une formule constante pour désigner 
une locution inusitée est : jkd sto 'pa 5 », et « l'une des formules 
les plus importantes et les plus employées de l'exégèse agadique 
est : aba f&o avo y>a. On s'en sert lorsqu'un mot ou une tournure 
du texte biblique, au lieu desquels on aurait pu mettre un autre 
mot ou une autre tournure, forme la base de la déduction 6 . » Si 
l'on se rappelle notre exposé sur l'emploi de cette formule 
étrange chez les Pères de l'Eglise, on ne pourra pas accepter 
cette définition de Bâcher. Mais en considérant de plus près les 
données abondantes que nous avons trouvées, nous nous convain- 
crons que les rabbins, en s'appuyant sur le texte réel, ont voulu 
détourner une attaque ou une polémique quelconque. Il sera donc 



1. Zahn, Forschungen, 6, 28. 

2. Contre les Hérésies, 2, 2, 5. 

3. Contre Celse, I. 4, ch. 55. 

4. Texte und Untersuchungen, 1904, ch. 24. 

5. Die exegetische Terminologie, 1. 1, p. 88. 

6. Ibid., II, p. 92. 



170 REVUE DES ÉTUDES JURES 

nécessaire de ranger les matériaux en question sous certaines 
rubriques : 

à) Au lieu du pluriel, que l'on attendrait d'après la déduction 
des adversaires, il y a le singulier. Voici quelques exemples qui 
sont manifestement dirigés contre l'opinion des gnostiques ou des 
chrétiens. R. Samuel ben Nabman dit : « Il aurait dû y avoir : 
irrtba « nos dieux » (c'est-à-dire notre dieu) ; mais il y a yrb& «ce 
sont tes dieux, ô Israël ». Il est donc prouvé que ce ne sont pas 
les Israélites, mais les prosélytes qui ont fabriqué le veau d'or 1 . » 
R. Simlaï fut interrogé au sujet du pluriel trïib» et répondit : « Le 
nom divin est-il joint à un verbe au pluriel ou au singulier? Il n'est 
pas dit : û^rtba nim^i, mais îmV. » R. Isaac emploie le même pro- 
cédé, non seulement pour Gen., mais encore pour Ex., 20,1 3 . On 
pourrait donner encore bien d'autres exemples, mais nous nous 
bornerons à ceux-ci. Le Midrasch de R. Mosché Hadarschan 
mentionne quatre tentatives faites pour démontrer que le nom 
divin implique une dualité 4 . Mais dans ces passages on renvoie 
au singulier qui suit immédiatement. 

b) Tandis que, dans le premier cas, le nombre du verbe sert 
d'arme pour affaiblir des conceptions polémiques, nous choisissons 
ici quelques exemples où ce sont les temps qui sont décisifs. R. Méir 
démontre par l'emploi du futur, au lieu du passé, dans Ex., 15,1, que 
la résurrection des morts se trouve indiquée dans la Bible. Il n'est 
pas dit ("Wkd ab est presque aussi souvent employé que avo "p** 
et n'en est qu'une variante) niDtt -mi tn, mais "W în; donc la 
résurrection des morts est enseignée dans la Bible; de même, il 
n'est pas dit ymrv naa îk (Jos., 8,30), mais rrcrr, d'où ressort le 
même dogme 5 . R. Josué ben Lévi 6 et R. Yohanan 7 (rapporté par 
R. Hiyya bar Abba) suivent la même méthode pour prouver 
ce dogme. Il est superflu d'insister sur ce que l'idée de la résur- 
rection a été une des questions les plus discutées. 

Nous ajouterons encore deux exemples anonymes : \axûn *bo 
(Job, 39, 28) répond à ceux qui disent : « Il est exact que Dieu a 
dit qu'il rétablira le sanctuaire. Il l'a rétabli. Mais vous avez péché 



1. Lév. rabba, 27,38. 

2. Berachol, 12 d ; Gen. r, 8; Tank. Gen, 7; Ex. 29 ; Deut. r. 2; M. Ps., 50, 1 
Jellinek, Bet-Hamidrasck, V, 68; mes Religionsgeschichtliche Studien,\,p. 63-5. 

3. Gen. r., 8. 10. 

4. Pugio fidei, p. 485. 

5. Sanhédrin, 91 6. 

6. Ibid. 

7. Ibid. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 171 

et il ne le rebâtira plus jamais ». Réponds-lui : Il n'est pas dit "pun 
mais }Dttp ; il n'est pas dit }b, mais pnbm 1 . L'objection à laquelle 
il est répondu ici est celle qui était dirigée contre la foi en l'avenir 
d'Israël 2 . A un autre endroit on prouve par l'emploi du futur que 
la joie d'Israël, comme la joie de Dieu, ne sera complète que dans 
le monde futur. Il est dit, en effet, dans Ps., 104, 31, non pas 
ïtesd, mais nmr 3 . 

c) Ici nous visons le groupe de passages présentant une for- 
mule dans laquelle il est dit qu'un mot ou une expression de 
l'Ecriture auraient pu être remplacés par un autre mot ou une 
autre expression. D'où la preuve que l'opinion de l'adversaire 
manque complètement de base. Dans beaucoup de cas, la sentence 
reste tout à fait obscure, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne ren- 
ferme rien ou ne donne à entendre rien de spécial. Les rabbins 
ont passé par des temps si graves qu'ils n'avaient pas de loisir 
pour les fleurs de rhétorique. Pour ne pas trop nous étendre, 
nous nous bornerons à un exemple. Dans l'entretien bien connu 
entre R. Josué ben Hanania et Ben Zoma, celui-ci dit : « Il n'est 
pas écrit nnutttt, mais ncrra 4 . » Qu'a voulu dire par là le 
docteur s ? A notre avis, il y a là la même tendance que nous 
retrouvons dans l'Apologie de Justin, qui dit 6 : a Vous pouvez 
reconnaître par ce qui précède que les démons ont introduit 
l'usage de dresser près des sources l'image de celle qu'on appelle 
Koré et qu'ils donnaient comme étant une fille de Zeus. Moïse 
raconte, en effet : Au commencement Dieu créa le ciel et la terre; 
mais la terre était encore invisible et informe, et l'esprit de Dieu 
planait sur les eaux. Donc, pour imiter l'esprit de Dieu, qui, comme 
il est dit, planait sur l'eau, ils inventèrent la légende que Koré est 
une fille de Zeus ». Ben Zoma, qui était peut-être tourmenté par 
des questions semblables, se tira d'affaire tout autrement : dans la 
Bible il n'y a pas du tout « planait », mais « volait » comme un 
oiseau ; donc personne n'a le droit de mettre en relation la 
légende de la fille de Zeus avec Gen., 1, 2. A cette catégorie appar- 
tiennent encore des passages tels que la sentence de R. Isaac 
(rapportée par R. Hagi), à savoir qu'il n'est pas dit vny ûtiba, mais 



1. Pesikta Rabbati, éd. Friedmann, p. 190 b. 

2. Voir mon ouvrage précité, II, p. 110. 

3. Lév. rabba, 20, 2. 

4. Gen. rabba, 2, 6. 

5. Le Targoum a, de fait, n 31253)3. 

6. Apologia, I, ch. 64, 



d72 REVUE DES ETUDES JUIVES 

aatt (Ps., 82, 1) ', et la parole anonyme sur Ex., 17, 10 : tow "Oîîh 

ass NbN a'aN 2 . R. Jnda ben Zeman dit : « Il n'y a pas n« ara wn 
m«n, mais wn 8 . * Un anonyme dit : ï«a aTofpa -irra b:\yb sn 
r nb an «b«\ Il y a an nombre infini de passages analogues dans les 
Midraschim 5 . 

e) Dans beaucoup de cas on insiste sur l'expression exacte. 
R. Juda, par exemple, dit : « 11 n'y a pas "p* naa, mais m* naa. Ce 
suffixe se rapporte à Dieu 6 . » Il veut sans doute indiquer que la 
doctrine de la déchéance d'Israël telle qu'elle est affirmée cons- 
tamment parles Chrétiens, est fausse. R. Hosaya dit : Il n'y a pas 
■»aa rttt, mais *na ; par là on entend les lois et les préceptes 7 . — Le 
passage rtna *aa Kba ^ein mu rinx -h p 8 est sans doute apologé- 
tique. — On attire souvent l'attention sur l'emploi de ba 9 et de 
na<°, pour appuyer des paroles agadiques. R. Eliézer fils de 
R. Yosé le Galiléen démontre par le mot minnn (Is., 65, 47) que 
même le monde futur a été achevé dès la création 11 . Une agada 
anonyme confirme notre observation avec une clarté particulière. 
On y cite neuf versets qui, certainement non par hasard, con- 
tiennent tous des reproches adressés au peuple juif sur les tons 
les plus énergiques et présentent la préposition a; ce qui, dans 
Nombres, 11, 1, indique que les Israélites paraissent comme des 
gens qui se plaignent; dans Is., 1, 9, qu'ils ne sont que semblables 
à des Sodomites; dans Ez., 36, 17, que leur conduite ressemble 
seulement à l'impureté d'une femme, mais n'est pas entièrement 
telle; dans Lam., 1, 2, que Jérusalem n'est que semblable à une 
veuve; dans Os., 7, 11, qu'elle ressemble à une femme insensée, 
dans Lam., 1, % qu'elle ressemble à un voleur qui est honteux 
parce qu'il a été pris sur le fait; dans Os., o, 10, que les Israélites 



\. Pesikta Rabbati, 72 a. 

2. Ibid., 49 a. 

3. Ibid., p. 192 b. 

4. Lév. rabba, 10, 3. 

5. Pesikta Rabbati, p. 37 b : NIDn ""3 N^N a"a'N TpDn "»3. — Ibid., p. 150 b 
(anonyme) : nSEl «58 D"aN nbm. — Ibid., 10 a (R. Azaria) : "0833 N3 bia™ 

msn Nbtf a"aN. — Ibid., 135 b (r. Tahlifa) : narKn ba d"zh iD^oin b«. — 

Yelamdénou, Nombres, éd. Grûnhut, p. 41 b : D^bl* SON D'aN N2D N2. 

6. Sifré Zouta, éd. Horviti, p. 86. 

7. Lév. rabba, 12, 4. 

8. Midrasch Tehillim, p. 4 6. 

9. Pesikta Rabbati, 25 a; Ex. rabba, 1, 20. 

10. Pesikta Rabbati, 39 6; 16 a. 

11. Gen. rabba, 1, 18. C'est une sentence de R. Houna; voir mes Religions- 
gasckichtliche Studien, I, p. 16. 



QUELQUES PROBLÈMES DE L'ANCIENNE APOLOGÉTIQUE JUIVE 173 

sont semblables à ceux qui déplacent les bornes ; dans Jér., 12, 8, 
qu'ils sont comme un lion dans la forêt, et enfin dans Lam., 2, 5, 
que Dieu semble pareil à un ennemi 1 . Les rabbins ont dû ensei- 
gner que partout le kaf comparatif doit indiquer que la compa- 
raison est boiteuse et ne doit pas être prise à la lettre. Dans 
cette petite collection nous avons devant nous quelques-unes 
des principales preuves alléguées dans la polémique antijuive 
pour démontrer qu'Israël a été rejeté. Naturellement dans ces 
années de l'enfance du christianisme on ne pouvait saisir le 
véritable caractère des prophètes d'Israël qui jetaient à la face des 
grands et des petits, de l'individu comme des masses, la vérité 
nue. 

Londres, décembre 1914. 

A. Marmorstein. 



1. Yelamdénou, éd. Grûnhut, Nombres, p. 23 a. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 

AUX XI e , XII e ET XIII e SIÈCLES 

(suite et fin 4 ). 

XXI 

Vente d'une vigne par la juive Regina et son fils Vidal d'Espayfta à 
Ioan del Estany, 26 novembre 1227*. 

Sit omnibus notum quod ego Regina filia condam Lupelli de Ispania et 
filius meus Vitalis de Ispania et eius uxor Alba vendimus tibi Iohanni de 
Stagno ettuis medietatem tocius illius vinee et terre in qua fundata est 
quam vineam nos et Bonadona soror mei Régine et maritus eius Salomon 
de Gerundacum terra in qua eadem vinea fundata est habemus in simul 
perproprium alodium interritorio Barchinonein loco nominato mogoria. 
Terminatam ab oriente in aragay, a meridie in alodio Canonice, ab 
occidente in alodio tuo et in alodio canonice ; a circio in alodio Rai- 
mundi Botarii. Predictam itaque medietatem et totum directum nostrum 
integriter tocius dicte vinee et terre supra confrontate cum omnibus arbo- 

ribus sponte et mera liberalitate nostra per nos et omnes nostros 

présentes et futuros vendimus tibi et tuis ac ut melius dici potest 

tradimus dominium et potestatem cum omnibus eciam accionibus 

tam voce et successione dicti Lupelli de Yspania quam racione sponsa- 
licii mei dicte Albe vel aliis modis aliquibus ad habendum et possiden- 
dum per tuum et tuorum proprium plenissimum liberum et franchum 

alodium Pro hac enim vendicione accepimus a te trecentos decem 

et octo morabetinos et médium bonos anfussinos novos fini auri et recti 

pensi de quibus in debito nil remansit Et quatenus ad hec renun- 

ciamus barchinone et omni alii consuetudini et iuri omnique legi qui- 
bus possemus tueri. Actum est hoc septimo kalendas decembris anno 
Dominij M. ce. vicesimo septimo. Sig Jf< num Régine supradicte. Sig + 
num Albe prenotate que hec laudamus etfirmamus 3 . Sig+ numDeusdc 
de Columbario scriptoris. Sig 4« num Bonifacii de Columbario. Sig + 
num Bernardi de Boscho. Sig + num Poncii de Serriano publici Ba rchi 
none notario qui hec scripsit die et anno quo supra. 

1. Voir plus haut, p. 49-83. 

2. Parchemin de Sainte-Anne. 

3. Ici il y a deux lignes en hébreu, reproduites ci-après. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 17$ 

Traduction : 

« Vidal d'Espagne reconnaît et atteste, comme témoin. 

« Par ordre de la Dame Reina je signe ici mon nom, Abraham bar 
Juda, témoin. 

« A la requête de Dame Alba, je signe ici mon nom, Abraham bar 
Juda, témoin. » 

XXII 

Déclaration des témoins de la vente d'une vigne par Dolça, épouse de 
R. Schechet, à R. Schaltiel (en hébreu 1 ; avril-mai 1230). 

Traduction : 

Nous, soussignés, affirmons savoir en témoignage clair ce que nous ont 
déclaré l'honorée dame Dolça et son mari le Nadib (généreux) R. Sche- 
chet fils du Nadib R. Zerahia, en ces termes: Soyez nos témoins et acqué- 
rez de nous la suivante acquisition ferme ; écrivez et signez pour nous, en 
due forme, et donnez-la au jeune R. Schaltiel fils de R. Ruben, fils de R. 
Juda, pour lui constituer en toute propriété, parce que nous avons consenti, 
de plein gré, sans nulle contrainte, mais d'un coeur content, selon notre 
vouloir, etquenousavonsprisetaccepté desamain cent trente cinq grandes 
pièces d'or, maravedis Saadia, belles et bonnes en orfin, choisies, de plein 
poids ; contre cette somme, nous lui avons vendu de façon ferme, en acqui- 
sition définitive, à partir de ce moment, toute la vigne d'une contenance de 
trois modias, un peu plus, un peu moins, que nous possédons dans ce ter- 
ritoire, au lieu dénommé Pont Sedra ; vu que moi Dolça j'ai acquis cette 
vigne, en vertu de la donation que m'a faite l'excellent R. Makhir fils du 
Naci R. Schechet, tel que c'est écrit et signé dans l'acte de donation que 
j'ai en main ; et moi, Schechet, j'ai acquis la totalité de cette vigne en 
vertu de la dot de ma susdite femme. Voici les bornes de cette vigne, 
que désormais nous lui avons vendue : du premier côté, la route publi- 
que ; du second côté, le canal ; du troisième côté, le terrain du chrétien 
Miol ; du quatrième côté, le terrain du chrétien Peré Dekir ; le tout tel 
qu'il est délimité dans les susdites bornes. Nous lui avons vendu à titre 
définitif et ferme, à partir d'à présent, avec toute faculté, pouvoir et part 
que nous avons sur ce bien, moi Dolça, soit en vertu du contrat de 
mariage et de donation, soit par suite de toute autre capacité ou faculté 
en ce monde, et moi Schechet, soit par suite de la dot de ma femme, soit 
en raison de la possession ou de toute autre capacité ou faculté en ce 
monde. Nous lui avons vendu le tout désormais, définitivement, contre 

4. Archives de Saiate-Aune. 



176 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la susdite somme que nousavons reçue de sa main, en terroir, en terrain, 
en ceps, plantés ou non, appelé vigne ou non, en haies et clôtures, entrées 
et sorties, avec tous les avantages et préjudices qu'il y a là, le tout depuis 
le fond de la terre jusqu'à la voûte du ciel. Dans cette vente, nous 
n'avons rien réservé, fût-ce d'une valeur minime, ni au-dessus ni au- 
dessous d'une obole. Désormais, que le jeune R. Schaltiel susdit aille 
prendre possession, lui ou ses ayants-droit, de toute ladite vigne, comme 
une personne prend possession de son bien. Il lui sera permis de cultiver, 
planter, ou arracher, faire venir ou sortir un gardien jardinier, hériter 
ou transmettre en héritage, vendre, donner en hypothèque, faire don à 
qui il voudra, en disposer comme il lui plaira, lui ou ses ayants-droit sans 
notre permission ni celle d'un tribunal, ni celle de personne en ce 
monde, puisque désormais nous nous sommes retirés, qu'il a notre auto- 
risation ou celle de nos ayants-droit sur toute cette susdite vente, en 
retrait définitif, par suite de la vente ferme ; nous n'avons réservé, ni nos 
ayants-droit dans cette vente, aucune participation ou jouissance en ce 
monde ni pour nous ni pour nos ayants-droit de repousser, de rendre vain 
ou d'enlever au susdit R. Schaltiel ou à ses ayants-droit, à quiconque 
viendrait de l'un des quatre coins du monde, par écrit ou verbalement, 
juif ou non juif, homme ou femme, qui puisse venir arguer, quereller, 
ou contester, à lui ou à ses ayants-droit, de notre fait ou par tout autre, 
quoi que ce soit contre cette vente. Nous le maintenons en sa possession 
et en celle de ses ayants-droit, depuis ce jour à jamais, à titre de maintien 
définitif, nettement dispensé et libéré du droit de dîme et de tout impôt, 
sans nulle contestation, sans qu'il subisse de perte ou de préjudice, soit 
lui, soit ses ayants-droit. Déjà nous avons pris et accepté de sa main tout 
le montant de cette vente payé sans nulle réduction. Aussi, le présent 
contrat de vente est arrêté et décidé, régulier et constant, rédigé selon la 
loi et le règlement de façon à ne rien changer ni à y revenir jamais. Le 
bien lui est remis, d'une façon complète, à lui et à ses ayants-droit ; nul 
ne pourra le lui contester, à lui ou à ses ayants-droit, en cette vente, 
puisque nous la lui avons faite, le cœur content, de plein gré et d'un bon 
œil, le tout en raison de son aptitude et de la valeur de sa faculté ou de 
ses ayants-droit, sans nulle condition, ni réserve en ce monde. Nous avons 
accepté la garantie et la teneur du présent contrat de vente, d'une façon 
définitive pour chacun de nous, basée sur tous nos biens meubles ou 
immeubles, que nous avons acquis ou que nous acquerrons plus tard 
selon les garanties et l'importance de tous les contrats valables de vente, 
selon l'usage en Israël, rédigés comme l'ordonnent les Sages, de ce jour 
et à jamais. Ce n'est pas une simple promesse ou une formule, mais par 
annullation de tout ce que nous aurions livré ou livrerons à l'avenir. 
L'acquisition a été faite de l'honorée dame Dolça et de son mari Nadib 
R. Schechet les susdits en faveur du jeune R. Schaltiel susnommé, pour 
le tout tel qu'il a été stipulé et formulé plus haut, de façon valable à 
l'acquisition, en ce mois de Iyar, l'an quatre mil neuf cent quatre-vingt- 



DOCUMENTS SUK LES JUIFS CATALANS 177 

dix de l'ère de la création ( — avril-mai 1230), d'après le comput en usage 
ici en cette ville de Barcelone. Nous l'avons écrit, signé et remis aux 
mains du jeune R. Schaltiel fils de R. Ruben fils de R. Juda susdit pour 
lui servir à lui et à ses ayants-droit comme preuve et comme titre. Le 
tout est régulier et constant. 

(Signé) Moïse, fils de feu R. Abraham ; 

Samuel, fils de R. Azaria d'honorée mémoire. 



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pp(*f «»i wiimiM^ Mua if j*w {^r } r {J ^r "m *w#*i 



XXIII 

Quittance d'un versement de 1.836 sols remis à Saltel de Manresa pa 
le bailli royal Guill. de Lacera, 16 mai 1232 1 . 

Sit omnibus notum ego Saltellus de Minorisa concedo et in veritate 
recognosco tibi Guillclmo de Lacera bajulo domini Régis me a te récé- 
pissé et habuisse per Raymundo Fulchonc et mandato ipsius illo s 

1. Longue bande de parchemin des Archives de la Couronne d'Aragon. 

T. LXVIII, n° 136. 12 



178 ftEVUE DES ÉTUDES JUIVES 

MDGGG. XXXVI. solidos quos ipse R F michi debebat quos michi solvisti 

de ipsis XXX mille solidis quos ei solvere debebas per domino Rege 

Actum est hoc XVII. Kalendas junii anno dominiMCOtricesimo secundo. 



VWh^TéhL^c 



« Saltiel reconnaît (le versement ci-dessus). Moïse témoin. » 

XXIV 

Bail à cens établi par Ramon de Serra, percepteur de la maison des 
Templiers de Tortosa, à Bernât de Costa, 17 novembre 1235 l . 

In xrispti nomine. Notum sit cunctis quod ego f rater Raimundus de 
Serra preceptor dertusensi asensu et uoluntate conuentus nostri per nos 
et per omnes successores nostros damus et stabilimus ad censum tibi 
Bernardo de Costa et tuis in perpetuum duo locca honoris in uilla noua. 
Quorum unus affrontât ab oriente et circio in honore Guillelmi Jordanis; 
a meridie in honore Barberani. . . Etiam quod donetis inde nobis et 
successoribus nostris annuatim omni tempore in festo Natalis domini per 
censo predicti honoris très canteros olei boni pulcri nitidi et reciptibilis 
sine enganno. Etiam inde alium dominum non faciatis neque eligatis nisi 
nos... tamen si uendere uel impignorare predicta duo locca honoris 
uendere uel impignorare volueritis primum per spacium XXX. dierum 
nobis uel successoribus nostris scire faciatis et si retinere uoluerimus 
eodem precio quantum unus et alter ibi dare uoluint. .. Quod est actum 
XVI kalendas decembris anno domini M CC° XXX quinto. Sig Hf* num 
fratris Raimundi de Serra preceptoris Dertusensis. Sig + num fratris 
Guillelmi de Tornello, nos qui hec laudamus... Sig. Raimundi de 
Cintillis. Sig. Michaelis de Sancto Felicio. Sig. Pétri de Orta. Signum 
Guillelmi Guerrelli, testium*. Guillelmus Vitalis scripsi et hec + signum 
feci die et anno prenotatis. 

>..V(4- <«£ <nCinA -pax<r. OLVfrt-X.a.».. vvi"BTT ^^ . ànno V^.<» OC.^r <^nn>. f4^T. fnÇ P-«mu n S VjW ^yrvzf Vmù^~~ 
ji^.^î? É^tfmi *^wtl» • 2^jf ^ U»Axm« ^«rW^frmA»^ txjhrflç firmawr -rc^m^. «Ui-f. p-^^^Si, Vcnrifrr M^% . ^ 

/ ' 

Traduction : 

« Moi, Yahia fils de feu Amraniel Naci Bonafos, j'ai reçu le bien sis à 
Villanova, par devant le noble Don Guilem de Cervera, qui a cédé la 
Commanderie en la ville de Barcelone contre trois jarres d'huile à livrer 
chaque année à Bernard del Costa ». 

(Yahia = Vitalis, caractères judéo-africains, langue arabe). 

i. Archives du grand prieuré de Catalogne; série 4 de Tortose, n° 32. 
2. Ici se trouvent des mots en caractères africains, reproduits ci-après. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 179 

XXV 

Cession de droits seigneuriaux faite par l'alfaquin royal Bahil à Ramon 
de Plegamans dans le quartier de Barcelone, 12 juillet 1238 '. 

Manifestum sit omnibus quod ego Bahil alfachimus domini Régis non 
dolo vi vel metu inductus... per me et omnes meos présentes et futuros 
diffinio, solvo ac cedo tibi Raimundo de Plicamanibus et tuis et cui velis 
in perpetuum liberum et franchum alodium ipsam octabam et mediam 
et totum jus, locum et accionem que ex donatione domini Régis predicti 
habebam vel habere poteram in quartaria Barchinone sicut fuerunt de 
Mira judea et Perfecto bajulo et Tolsana uxore sua quam octabam et 
mediam et totum aliud jus que in dicta quarteria habebam dominus Rex 
michi dédit cum aliis rébus in uno publico instrumente. . . Actum est 
hoc 1111° idus julii anno Domini Millesimo GG° XXX octavo *. 

Signum Bonifacii scribe qui me pro teste firmo. Signum Guillelmi de 
Lacera testis. Sig Hh num Magistri Vgonis, testis. Signum Berengarii de 
Villafreser. Signum Bernardi de Unbrera. Signum Guillelmi Cassardi 
Signum Pétri Ferrarii notarii publici Barchinone qui hec scripsit in 
obsidione Valencie die et et anno prefixis. 






« Je reconnais tout ce qui est écrit ci-dessus. (Signé) Bahia fils d'El 
Kastraterria. 

« Celui qui a signé plus haut m'a attesté pour moi-même qu'il reconnaît 
tout ce qui est stipulé ci-dessus. (Signé) Isaac bar Moïse [que l'esprit divin 
nous guide!] fils de Gresbin. » 

XXVI 

Vente de maisons à Barcelone par les exécuteurs testamentaires de la 
veuve de Joan d'Orto à Berenguer de Sant-Llorens, 12 octobre 1243 3 . 

Sit omnibus notum quod nos Bernardus Xrisptiani, Bernardus de 
Tolosa et Geraldus Mayol manumissores testamenti Barchinone uxoris 
quondam Johannis de Orto quondam mortui vendimus tibi Berengario 
de Sancto Laurencio et uxori tue Ferrarie et vestris omnes ipsas domos 
que quondam fuerunt ipsius Barchinone et uiri sui iamdicti et tenentur 
pro dominum Regem in burgo Barchinone in alfundico eiusdem domini 
Régis de mari apud ipsam scilicet piscariam sicut confrontantur ab 
oriente in carraria publica, a meridie in domibus mei dicti Bernardi de 
Tolosa, ob occiduo in domibus Balaronis, a circio in domibus similiter 

1. Archives de Sainte-Anne n° 962. 

2. Il y a ici une ligne et demie en caractères hébreux, reproduits ci-après. 

3. Archites de Sainte-Anne. 



180 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mei dicti B. de Tolosa. . . fro hac enim vendicionem à vobis récépissé 
concedimus quingentos decem solidos barchinonenses valente marcha 
argenti LXXX VIII. solidos de quibus bene paccati sumus... Actum est 
hoc IIII. idus octobris anno domini MCC° quadragesimo tercio. SigHH num 
Bernardi Xrisptiani. Sig. B. de Tolosa 1 . lacobi de Podiolo publiée Bar- 
chinone notarii tenentis locum P. Garbonelli notarii qui hanc cartam... 

« Salomon Bonafous, trésorier à Barcelone; j'ai reçu deux cent dix 
dinars (= sous) ». 



XXVII 

Bail de la baylie des moulins de Llobregat fait par Salomon Bonafous, 
bayle royal. Sans date (12*3 ?) \ 

Sit omnibus notum quod ego Salomon Bonafnsius bajulus Barchinone 
vendo vobis Raymundo rustico et Bernardo ferrario et vestris a transacto 
festo Sancte Crucis madii usque ad unum annum primum venturum 
bajuliam integriter molendinorum de Lupricato cum dictis molendinis 
cum omnibus apparatibus ipsorum molendinorum et cum censibus et 
jum omnibus exitibus, redditibus ac proventibus ibi vero domino Régi 
pertinentibus vel pertinere debentibus et ut melius dicti emptores vel 
aliqui unquam habuerunt faciendo vos et vestri per totum spacium dicti 
termini dictis molendinis sua necessaria tam scilicet in resclosa quam in 
reggo et tam scilicet in molis, canalibus, ferramentis quam etiam in 
aliquibus ipsorum molendinorum apparatibus, quos vero reddatis in 
capud dicti termini in illo statu in quo ipsos hodie emperatis sine aliqua 
missione domini Régis vel suorum. Retinemus etiam in dicta venditione 
ad opus domini Régis et Régine exorchiis, intestiis, homicidiis, invoncio- 
nibus et institucionibus in quibus vero retentis vestrum habeatis retro- 
decimum sub tali vero condicione hanc vendicionem vobis et vestris 
facio quod inde dabitis domino Régi et domine Régine et mihi pro eis 
tria milia solidos presentis monete Barchinone quos divisibiler pacabitis 
per très terminos anni scilicet de IIII 01 * in IIII or menses pro ut consuetum 
est. Dominis vero Rex et domina Regina et ego per eis faciamus hec 
vobis et vestris tenere et possidere et expletare in pace per totum spacium 
dicti termini. Ad hoc nos predicti R. Rustici et B. Ferrari quisque nos- 
trum pro toto promittimus ea que dicta sunt domino Régi et domine 
Régine et tibi dicto Salomoni Bonafusio per eis attendere et complere et 



1. Ici se trouve une ligne en hébreu, reproduite et traduite ci-après. 

2. Archives de la Couronne d'Aragon. Parchemin non classé. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 181 

dictos cienarios solvere in forma premissa, obligantes inde vobis nos et 
omnia bona nostra mobilia et in mobilia. laibat^a nan ^12313 timbra. 

« Salomon Bonafous bayle du Roi, à Barcelone. 

XXVIII 

Quittance délivrée par Llobet Blanquer à Ferrer Burguet, 8 juin 
124S 1 . 

Sit omnibus notum quod ego Lupellus blancher profiteor et reco- 
gnosco tibi Ferrario Burgeti et tuis meflbene esse paccatum a te de toto 
viuolario quod habebam in tribus pecietis terre quas per LU morabatinos 
minus tercia emisti a Iacobo Grunni et uxore sua Maria quod viuolarium 
dederant michi dictus Iacobus et G. Grunni et Petrus Grunni sicut conti- 
nebatur in carta quam inde habebam quam Petrus de Bages notario 
Barchinone scribi fecit scilicet XII calendas aprilis anno domini Mille- 
simo CC° XXXVIII quam cartarn cum omni jure meo et accionibus per 
ea michi eonpetentibus tibi reddo et solvo in perpetuum absque vinculo 
et retentu mei et meorum. Et est sciendum quod de predicto viuolario 
habui ei recepi per manum tuam de predictis LU. morabatinos minus 
tercia XII. morabatinos minus tertia de quibus sum bene paccatus renun- 
ciando quantum ad hoc excepcioni non habitorum et eorum non recep- 
torum. Actum est hoc VI idusjunii anno domini M CG° XL quinto. 
Huius rei testes sunt Petrus de Tarrega et Andréas Gorreger *. Sig + num 
Raimundi de Ulmo subdiachoni et notarii barchinone qui hoc scribi fecit 
et clausit die et anno prefixis. 

,iy ïfiwHBi ïtoh ,!toh baVs 
« Lobel reconnaît. Moïse de Tarrejan, témoin. » 

XXIX 

Cens établi par le juif Salomon à Bernât de Gosteja, sur un terrain, à 
Girone, 5 juillet 1246 a . 

A la suite de la date il y a des mots hébreux dont voici la traduction : 

« Salomon fils de Hasdaï, défunt, reconnaît (la teneur de l'acte). Moïse, 
fils de Salomon, fils de feu Hasdaï, reconnaît. » 

Sit notum cunctis, quod ego Salomon lilius Vitalis Dulcie per me et 
per Mosse filium meum et per omnes meos dono et stabilio et concedo 
tibi Bernardo de C< stega corregerio de Gerunda et tuis in perpetuum 

1. Archives de Sainte-Anne, n° 963. 

2. Ici se trouve une ligue en hébreu, transcrite et traduite ci-dessous, 

3. Archives de la maison Sarriera. 



182 REVUE DES ETUDES JUIVES 

unam fexiam terre sicut terminatur et consignatur et vadit et tendit de 
pede montanee usque ad virum elarum de Oyar, in illo meo campo de 
alodio quem habeo ad pontem fretum. Que dicta fexia terre affrontât ab 
oriente in meo alodio quod mihi remanet versus montaneam predictam ; 
a meridie in alio meo alodio et ab occidente in carrerio et in rivo claro 
de Oyar et a circio in alio meo alodio quod in presenti dono et stabilio 

Berolomeo Macellario sic habeas et teneas tu et tui in perpetuum 

ad faciendum ibi domos vel ortum vel triliam vel quicquid volueritis ad 

vestrum planum intellectum salvo tamen jure meocui dabitis annua- 

tim per censum in festo sancte Marie septembris très solidos et dimi- 
dium huius monete dupleni et accipio a te per accapte quatuor soli- 
dos barchinonenses renunciando excepcioni non numerate peccunie 

Actum est hoc III. nonas julii anno domini MCC. XL. sexto. Sig + num 
Bertolomei macellarii. Sig+num Bernât de Cervaria. Matheus Eimerici 
qui hoc scripsit mandato Bernardo de Vicco publici Gerunde notario. 

XXX 

Transcription et vérification pour les membres du tribunal juif de 
Barcelone de l'acte de donation d'une vigne par Astruga et son mari 
Abraham ben Samuel Ascanderani à son fils Samuel (en hébreu). Mai 
1249 l . 

Traduction : 

« Nous membres du tribunal soussignés déclarons que M e Isaac b. 
IospiadeSaportaa comparu devant nous et nous a dit: J'ai pris pour femme 
dame BonaDona, fille de Me Samuel Ascanderni, et elle m'a apporté en 
dot une vigne sise à l'endroit appelé Mogoriah, remise par M e Abraham 
Ascandarni et sa femme à leur fils, le dit M e Samuel, mon beau-père, à moi, 
Isaac. Ma dite femme m'a apporté cette vigne en dot, et elle m'en a 
remis un acte de donation. Elle craint que si, — à Dieu ne plaise — elle 
devait un jour réclamer son douaire, je retienne cet acte. Je vous prie 
donc de dresser une transcription de cet acte, pour lui être remise à 
titre de document. Voici la teneur que nous avons vérifiée et colla- 
tionnée mot pour mot : Nous témoins soussignés attestons que dame 
Astruga et son mari M e Abraham b. Samuel Ascanderni nous ont dit : 
soyez témoins en toute valeur juridique que nous donnons à notre fils 
Samuel, pour être son bien définitif, en toute validité, à notre égard et 
après notre mort, une vigne d'une étendue de 5 modia moins un quart 
à peu près, qui nous appartient dans ce district, au lieu nommé Mogo- 
riah, que moi Abraham j'ai acquise du non-juif Arnal Umbald, vigne 
telle qu'elle est délimitée, pour être en propriété à lui et à ses enfants, 
avec les facultés qui nous appartiennent de ce chef à un titre quelconque, 
soit à moi Astruga, soit à moi Abraham, pour valoir en droit depuis 
maintenant et après notre mort, le terreau et les ceps, le sol cultivé ou 

1. Archives de' Sainte-Anne, n° 950. 



DOCUMENTS SUH LE? JUIFS CATALANS 183 

non, planté ou non, vigne ou non, avec ses haies, ses bordures, ses clô- 
tures du sol jusqu'au ciel, que notre fils Samuel en prenne possession 
avec faculté de transférer cette vigne, de la vendre, de l'affermer ou de 
la donner à qui il voudra, à sa volonté sans restriction de notre part. 
Ainsi l'ont déclaré dame Astruga et son mari le dit M e Abraham, à 
l'égard de cette donation faite en public, signée ouvertement sans qu'au- 
cune opposition ait été produite. 

Ce dont acte de donation valable et régulière, faite par dame Astruga 
et son mari le dit Abraham ben Samuel à leur susdit fils Samuel, en 
toutes ses clauses au mois d'Iyar de l'an 5009 de l'ère de la création (mai 
1249), selon notre comput, en cette ville de Barcelone. Nous avons écrit, 
puis remis cet acte aux mains dudit S 1 * Samuel b. Abraham, pour lui 
valoir que de droit. (Visé) : Samuel b. Azariah. Salomon b. Juda. 

Telle est la teneur de l'acte de donation. Nous en attestons la véracité 
et attestons l'authenticité des signatures des témoins susnommés, pour 
à dame Bona Dona femme de M* Isaac b. Iospia susdit, valoir en droit. 
(Signé) Simon b. Isaac, président du tribunal. Élie b. David, David Cohen 
b. Moïse Cohen (assesseurs). 

XXXI 

Confirmation par Salomon et son fils Moïse Azdai, seigneurs directs, 
de l'achat d'un terrain à Girone fait par Astruch, fils de Jucef de Salves 1 . 
26 janvier 1255 (nouveau style). 

Sit omnibus notum quod ego Salomon filius Vitalis de Dulcia et filius 
meus Mosse Azday damus, laudamus, concedimus et confirmamus per 
nos et meos tibi Astrucho filio Juceffi den Salues et tuis... in perpetuum 
illam faxiam terre quam nos per alodium habemus ad pontem fretum et 
tu habes eam racione empcionis quam inde fecisti a Raimundo fuserio 
comorante in Gerunda et ab uxore sua Maria qui tenebant ipsam faxiam 
terre per nos ad censum trium solidorum presentis monete duplenci... 
Et terminatur dicta faxia terre ab oriente in faxia Bernardi Aguloni; a 
meridie in faxia Bernardi Zabaterii ; ab occidente in riuo ciaro ; a circio in 
honore Pétri Aguloni... Sub tali vero condicione quod de dictis tribus, 
solidis censualibus cadant et cassentur duo solidos et tribuatis tu et tui 
nobis et nostris singulis annis per censum in festo Sancte Marie septem- 
bris duodecim denarios... predicte monete duplenci cuius valet marche 
argenti LXXXVIII. solidos... Actum est hoc VII. Kalendas februarii anno 
domini MCCL. quarto 8 . Testes huius rei sunt Vives sutor et Paschale 
soquerius. Sig + num Bernardi de cadenta notarii publici barchinone 
qui hec scripsit die et anno prefixis. 

Les mots en hébreu signifient : Salomon fils de Hasdaï reconnaît. 
Moïse Hasdaï reconnaît. De feu Vidal témoin. 

1. Archives de la Maison Sarriera. 

2. Ici se trouve uue ligne en hébreu, traduite ci-dessous. 



184 REVUE DES ETUDES JUIVES 



XXXII 

Testament du juif Astruch Scandarani ', 7 novembre 1263. 

In Dei nomine ego Astrug Scandarani filins Abrahim de Alexandria 
gravi egritudine detentus, in meo tamen pleno sensu et mente sana 
meum facio et ordino testamentum. In quo eligo manumissores meos 
videlicet Cresches Astrug, Issachum Capitis et Solam Adreti cognatos 
meos, quibus rogando precipio quod si me mori contigerit antequam 
aliud faciam testamentum ipsi distribuant et ordinent de bonis meis 
sicut hic invenerint ordinatum.Primum dimito Bone domine filiemeepro 
hereditate et légitima paterna domos meas cum solis et superpositis et 
universisjuribus et pertinences suis quas ex donacione indemichi facta a 
patremeo et matre meahabeoper f ranch um alodium in Galle judaycoBar- 
chinone et quandamvineammeam cum terra qua fundatur et pertinenciis 
suisquamrationedonationis quampatermeusetrnater meaindemichifece- 
runt habeo in territorio civitatis Barchinone apud Mogoriam. Item dimito 
eidem filie mee viginti et quatuor libros hebraycos etlocum quem habeo 
in Sinagoga Callis judayci Barchinone et ipsos octingentos morabatinos 
quos dictus pater meus michi dédit cum carta quosque assignavit michi 
habendos super omnibus bonis suis et in his omnibus que lego dicte 
filie mee ipsam michi heredem instituo. Et si forsan dicta filia mea 
decederet antequam nuberet viro vel etiam post sine proie legitimi con- 
jugii volo quod predicti honores quos sibi dimitto scilicet dicte domus et 
vinea et etiam locus quem habeo in Sinagoga dentur et convertantur 
in helemosinam pro remedio anime mee per dictos manumissores meos 
secundum quod ipsi melius esse cognoverent ad salutem anime mee. De 
predictis autem octingentis morabatinis habeant in hoc casu dicti manu- 
missores mei quadringentos morabatinos et residuos quadringentos 
aureos donent et convertant ipsi in helemosina pro anima mea dd cogni- 
cionem eorum. Item dimito totum censuale meum quod ex donacione 
dicti patris mei habeo in orta que dicitur de Queralto Elemosine Callis 
judayci Barchinone pro remedio anime mee. Ita quod manumissores mei 
predicti quamdiu vixerint recipiant dictum censuale et proventus eius- 
dem et distribuant medietatem ipsius censualis et proventuum in hele- 
mosina dicti Callis judayci Barchinone et alteram medietatem tradant 
judeo qui colligit elemosinam judeorum Barchinone et ipsi distribuant 
eam ad cognicionem suam pro anima mea. Post obitum autem dictorum 
manumissorum meorum rccipiat et distribuât in elemosina judeus qui 
colligit elemosinam judeorum Barchinone predictum censuale meum et 
proventus eiusdem. De aliis autem bonis meis solvant predicti manumis- 
sores mei débita mea universa et totum residuum ipsorum bonorum 
meorum dent et ,convertant ipsi manumissores mei secundum quod 
ego eis dixi. Volo quod hec sit ultima voluntas mea quam volo valere jure 

v r 0o9. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 185 

testamenti et si forsan non valeret jure testamenti saltim valeat jure 
codicillorum vel nuncupativi vel alterius cuiuslibet ultime voluntatis. 
Actum est hoc septimo idus november anno Domini Millesimo ducen- 
tesimo sexagesimo tercio. Signum Astrug Scandarani qui hoc testamen- 
tum laudo, concedo et firmo l . 

Testes huius rei sunt Gresches Astrug, Issach Capitis, Solam Adreti 
manumissores predicti, Salomon Portelli, David SaFiguera et Rouen Levi 
de Villa francha. Sig + num Pétri Marchesii publici Barchinone notarii 
qui hec scribi fecit et clausit die et anno quo supra. 

Signum Nicholai de Parrella notario Barchinone. Signum Bartholomei 
de Sanahugia notario. Signum Bernardi de Foute cohoperto notario Bar- 
chinone. 

Signum Pétri Marchi notarii publici Barchinone qui hoc translatum 
scriptum... scribi fecit et clausit XVI° Kalendas augusti anno Domini 
MGG° nonagesimo tercio cum rasis et emendatis in linea quintos ubi 
dicitur racione. 

Les mots hébreux signifient : « Cresques Astrug reconnaît. Issach Cap 
reconnaît. Salam Adret reconnaît ». 

XXXIII 

Vente du droit d'édifier sur le mur mitoyen des maisons de Michel de 
Sanctacilia et de Bernât de Vieil*. 4 mai 1271. 

Sit omnibus notum quod ego Michael de Sancta Cilia et ego Cardona 
uxor eiusdem per nos et nostros vendimus et [concedimus vobis Ber- 
nardo de Vico et vestris perpetuo carricum in illo pariete cuiusdam 
domus nostre quam tenemus per Cresches Bonafos et Astrugum Bon- 
senyor et Cresches alfaquim in burgo civitatis Barchinone in orta vocata 
de Queralto apud locum nominatum caput tapiariarum qui paries adheret 
et contiguus est honori vestro quem habetis et tenetis in dicto loco per 
altare Sancte Marie constructum in ecclesia domus Sancte Anne et est 
dictus paries de longitudine trium canarum et unius palmi ad canam 
civitatis Barchinone. Ita quod in dicto pariete possitis vos et vestri car- 
ricare et uti eo tanquam pariete comuni sive mediocri et quandocumque 
vel quocienscumque dictus paries indiguerit aptacione vel rehedifica- 
cione aptetur et rehedificetur per nos et vos et comunibus expensis nos- 
tri et nostrorum et vestri et vestrorum. Nos enim facimus vobis predic- 
tam vendicionem et concessionem sicut melius dici potest et intelligi ad 
vestrum vestrorumque salvamentum et bonum intellectum. Concedentes 
nos a vobis habuisse pro precio huius vendicionis et concessionis quindecim 
solidospresentis monete barchinonense de terno, in quibus renunciamus 
exceptioni non numerate peccunie. Renunciamus eciam quantum ad hec 
legi que subvenit deceptis ultra dimidiam justi precii et omni alii juri 

4. Ici se trouvent des mots hébreux, traduits ci-après. 
2. Archives de Sainte-Anne, n°955. 



186 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rationi et consuetudini contra hoc repugnantibus. In super promitimus 
vobis uterque nostrum in solidum quodsi aliqua persona impediret vobis 
carricum dictiparietis velracioneipsius moveret vobis questionem aliquam 
veldemandam incontinentiproponemusnosdeffensioni vestrietvestrorum 
et vos et vestros perpetuum ad hec penitus promitimus servare indemp- 
nes. Et pro hiis complendis obligamus vobis et vestris uterque nostrum 
in solidum omnia bona nostra mobilia et inmobilia habita et habenda. 
Et ne alter nostrum per altero in hiis que dicta sunt valeat excusari 
renunciamus quantum ad hec nove constitucioni et beneficio dividende 
accionis et omni aliijuri racioni et consuetudini contra hec repugnan- 
tibus et specialiter ego dicta Cardona renuncio quantum ad hec doti mee 
et sponsalicio et auxilio senatus consulti velleyani et juri ypothecarum 
mearum. Actum est hoc 1111° nonas May anno Domini MGG° LXX° 
primo'. 

Sig. + num Michaelis de Sancta Cilia. Signum Cardone uxoris eius, nos 
qui hec laudamus et firmamus. Testes huius rei sunt Petrus Oliverii, 
Petrus de Folqueres et Sulam scribe. 

Sig + num Pétri Marci notarii publici Barchinone qui hec scribi fecit 
et clausit cum litteris rasis et emendatis in linea secunda in tribus locis 
in altero quorum dicitur bona et in altero dicitur bonstn et in altero dic- 
itural, die et anno quo supra. 

Les mots hébreux signifient : 

« Gresques Bonafos reconnaît. Gresques Alfaquim reconnaît. Meschul- 
lam atteste ; Bonsenyor (?). Monet Astruch reconnaît. » 

XXXIV 

Quittance délivrée par le juif Bonet de Piera, au Prieur de Sancte 
Eulalie del Camp, 31 mars 1287 *. 

Sit omnibus notum quod ego Bonetus ( 'de Apiaria judeus jure cessionis 
et donacionis michi facte a Gresches Perfecti et Issacho Beylshom mo- 
meti judeis suprasubscripto debito et aliis debitis que eis debebantur 
prout in instrumento- dicte cessionis et donacionis confecto auctoritate 
Mathei Botela notario Barchinone quinto Kalendas octobris anno Domini 
MGGLXXX quinto continetur, auctoritate dicte donacionis et cessionis 
confiteor et recognosco vobis Geraldo de Olorda priori domus Sancte 
Eulalie de Campo quod ex illis octingentis solidis monete Barchinone de 
terno quos vos et vester conventus debebatis dictis Cresches et Issacho 
et nunc debetis michi auctoritate dicte donacionis et cessionis de capitali 
prout apparet in carta inde confecta per manu m Pétri Lupeti notario 
subscripti II. Kalendas novembrisanno predictoin qua carta sunt fideius- 
sorio nomine obligati Guillelmus de Villasicca campsor, Petrus Sabata 
cives Barchinone et Guillelmus Dalmacii de Bitulona et Petrus Lupeti 

1. Ici se trouvent des mot* hébreux, traduits plus loin. 

2. Archives de Sainte-Anne, u- 953. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 1R7 

Petrus de Sancto Martino de Poliniano, solvistis michi per manum 
icti Pétri Sabata in tabula Raimundi de Villardello decem libre dicti 
capitalis. Item confiteor vobis quod est michi satisfactum super toto 
lucro quod dicti octingenti solidis fecerunt usque in presentem diem. 
Renunciando excepcioni peccunie non numerate et non recepte et doli. 
De quibus decem libre dicti capitalis et de toto lucro quod totum 
propium capitale fecit usque in presentem diem facio vobis et vestro 
conventui de voluntate dicti Cresches Perfecti per me et meos diffini- 
cionem et bonum finem perpetuum et pactum de non petendo prout 
melius dicipotest etintelligi ad vestrum et dicti conventus salvamentum 
et bonum intellectum. Salvis tamen michi et meis sexcentis solidos qui 
tantum restant ad solvendum de dicto capitali et salvo etiam lucro quod 
ab hacdiein antea facientad rationem IIII or denarios librain mense et est 
certum quod in solutione dicti lucri sunt inclusi et computati illi quin- 
quaginta solidos quos solveratis dicto Issacho Beylshom et de quibus 
dietuslssach vobis fecit albaranum.Actum est hoc pridie Kalendas aprilis 
anno Domini MGG° LXX° septimo 1 . 

Testes huius rei sunt, Bernardus Davidis et Obeyt judeus corritor. 
Signum Pétri Lupeti notarii publici Barchinone qui hec scribi fecit et 
clausit. 

Traduction du petit texte hébreu : 

« Gresques Barfet reconnaît pour Samuel d'Apiaria, témoin. — Bonet 
d'Apiaria reconnaît, comme témoin, la signature de En Bonet d'Apiaria. » 

XXXY 

Procuration donnée par le juif Isaac de Tolosa à Bonafos de Tolosa, 
pour recevoir des redevances à Barcelone, 20 avril 1293*. 

Sit notum cunctis quod ego Issach de Tolosa judeus Tarrachone facio 
constituo et ordino certum et specialem procuratorem meum uos Bona- 
fos de Tolosa judeum Barchinone licet absentem tanquam presentem ad 
petendum, exigendum et recipiendum omnia censualia et redditus que et 
quos habeo et habere debeo ex causa Astruch de Tolosa quondam patris 
mei judei Barchinone in Giuitate Barchinone seu alia qualibet racione 
constituo in quam uos in predictis ad petendum exigendum et recipien- 
dum omnia censualia et redditus supradictos ab omnibus et singulis 

emphiteotis meis Actum est hoc XIII Kalendas Madii anno domini 

Millesimo Ducentissimo nonagesimo tercio. Sig + num mei Issach de 
Tolosa judei predicti qui hec laudo... Testes huius rei sunt Arnaldus 
Gaz, Berengarius de Terracia et Nicholau compayn. 

« Isaac de Tolosa reconnaît. » mia KTDlbTfil prar 

SigHf«num Michaelis Boter notarii publici Terrachone qui hoc instru- 

1. Ici se trouve un petit texte hébreu, traduit ci-après, 

2. Archives de Sainte-Anne, n- 223. 



188 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mcntum claudi mandauit. In eius abseneia per me Berengari de Terracian 
publicum tabellionem sub eodem. 



XXXVI 

Délégation faite par Bonasenyora à son mari Bonjuda de Porta, pour 
mettre en possession frère Esteve de l'Espluga d'une vigne vendue, 
8 mai 1293 l . 

Sit omnibus notum quod ego Bonadomina filia Astrugi Scanderani 
quondam uxorque Bonjude de Porta dono et concedo vobis dicto marito 
meo plenam licenciam et potestatem quod vos nomine nostro et vestro 
tradatis fratri Stephano de Spelluncis de Domo Sancte Anne vel procura - 
tori suo pro eo corporalem possessionem tocius illius vinee cum terra 

qua fundatur et olivariis quam ego et vos vendidimus in perpetuum 

et perfranchum alodium dicto fratri Stephano et quam per alodiumhabe- 
mus in territorio ciuitatis Barchinone prope Monasterium Sancte Marie 
de Valledonzella apud locnm vocatum Magoria prout de dicta vendicione 

apparet per publicum instrumentum Actum est hoc octauo idus 

madii anno Domini Millesimo ducentesimo nonagesimo tercio. Signum 
Bonedomine filie Astrugi Scanderani uxorique Bonjude de Porta predicte 
qui hec laudo et firmo. Testes huius rei sunt Berengarius Moragues, 
Raimundus Landrici presbiter, Samuel capitis filius Issachi capitis et 
lssach de Gastilione. Signum Pétri Marci not. publici Barchinone qui hec 
scribe fecit. 

Puis vient le texte hébreu ci-contre, que nous jugeons superflu de 
traduire in-extenso. C'est l'attestation, accordée par le tribunal rabbi- 
nique de Barcelone, à la requête de la femme précitée, qu'elle a bien la 
faculté de vendre la vigne en question \ Toutefois, entre cette attes- 
tation et le texte latin, il y a quelques divergences qu'il importe de 
noter. Dans le texte hébreu, la femme est nommée : Bona Dona épouse 
de R. Juda fils de R. Juda fils de R. Iospia [de] Saporta, et le nom de 
l'acquéreur est libellé : Estevan des Pluges, ttî^nbcsn iNn^'CN. Puis, 
les deux mots Santa Anna sont singulièrement découpés dans l'acte 
hébreu : n;NTj 1^5 (li. 3). — Les signatures des membres de ce tribunal, 
savoir Juda b. R. Salomon, Samuel b. R. Joseph, Juda fils de feu 
R. Jeschoua n3n!Z3\ agissant avec l'approbation de R. Salomon fils de 



4. Archives de Sainte-Anne, n» 957. 

2. Une question avait été soulevée, à savoir si l'héritage paternel, échu à dame 
Bona, serait passible d'hypothèque au profit de l'hôpital, dans le cas où cette dame 
décéderait sans laisser d'enfant, cas prévu par le testament du père. Pour obvier au 
préjudice qui frapperait alors les immeubles à céder, le tribunal fut consulté, et il 
décida que le testateur ne peut pas imposer à l'héritière une interruption, pCD~, 
dans la plénitude de sa possession. Ce jugement a précédé la vente de la vigne 
usdite. 



DOCUMENTS SUK LES JUIFS CATALANS 189 

R. Abraham ben Adret, — sont légalisées par Hoschaïa fils de feu 
R. Joseph, Hiyya fils de R. Salomo, Salomo fils de feu R. Samuel Saporta. 
Enfin, la date diffère un peu : « au mois d'Eloul, l'an cinq mil cin- 
quante-deux », soit fin août ou septembre 1292. Donc, entre cette 
constatation judiciaire et la cession définitive par acte notarié (en latin), 
il y a un intervalle d'environ huit mois. 






100 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Ces pièces n'intéressent pas seulement l'histoire et la paléogra- 
phie, mais aussi la philologie. À côté des noms bibliques, il y a des 
noms du moyen âge, tels que Schaltiel , Barzilaï , Scheschet, 
Astruc, etc. , qui sont trop fréquents dans la littérature rabbinique 
pour qu'il y ait lieu d'insister sur leur présence. D'autres noms sont 
plus ou moins rares, parfois nouveau-venus, ou abrégés ou tra- 
duits d'un nom primitivement hébreu. Voici la liste de quelques 
noms notables cités dans nos textes : 

Abram de Gardona (en Catalogne), mentionné au n° XX, pour 
l'an 1220, nous semble apparaître ici pour la première fois. 

rroo "maa, au n° XIX, l'an 1201, est un mot de tournure bizarre. 
Puisqu'il correspond, dans la partie latine de la même pièce, au 
nom Abraham b. Issach Halévy, le premier mot serait-il une 
corruption d'Abraham ? 

Dans Adret Solam, au n° XXXII, en 1263, le second mot équivaut 
à Schalom Alba rtabK, nom d'homme au n° XXI, l'an 1227. Peut-on 
rapprocher de ce nom celui de Jehuda Albala ha Cohen, qui 
figure en 1239, dans la Répartition des Juifs de Valence, publiée 
par Amador de Los Rios {Histoire des Juifs d'Espagne, Madrid, 
1875, t. I, p. 405)? 

Amraniel Bonafos, au n° XXIII, de l'an 1232, confirme la thèse 
soutenue par Zunz 1 , qu'à cette époque on aimait à donner des 
noms de caractère angélologique. 

Alfaqui, Bahil ou Bahia, fils de Kastraterria, au n° XXV, en 
1238. 

Alfaquin Cresques, au n° XXXIII, l'an 1271. Un homonyme, ou 
descendant, à Perpignan en 1413, paie la taille 2 . 

Ascandarni. Samuel et son fils Abraham Ascandarni, au n° XXX, 
l'an 1249. Ce nom est orthographié aussi Scandarani, au n° XXXII, 
Pan 1263, et on le trouve dans la publication de J. Régné, Cata- 
logue des Actes deJaime / er , Pedro III et Alfonso III, rois d'Ara- 
gon, concernant les Juifs, 1213-1291, n° 72. 

Astruc d'En Abram, autrement dit Moïse fils de Joseph, tel qu'il 
est mentionné ici au n° IX, de l'an 1095, est un nom que Ton 
retrouve tout semblable deux siècles plus tard dans le registre des 
notaires de Montpellier en 1301 (REJ., XXVIII, 118, note 3). 



1. Gottesdienstliche Vortràge, p. 363, note o;Samen der Juden,d*n$ lei Gesammte 
Schriften, t. II, p. 21. 

2. REJ., t. XIV, p. 67. 

3. REJ., t. LX, p. 161-201 ; LXI, 143; LXU, 38-73; LXIII, 245-268; LXIV, «7-88 et 
251-235. 



Documents sur les juifs catalans m 

Astrug Bonsenyor, au n° XXXIII, l'an 1271, est cité aussi 4 , 
d'après la Cronaca Real pour le règne de Jaime I er , par Amador 
de Los Rios, Hist. des Juifs d'Espagne, t. I, p. 390, et par Régné, 
n° 91. On retrouve ce même nom parmi ceux des Juifs qui payaient 
la taille à Perpignan au siècle suivant [REJ., XIV, 66.) — Ici, 
sous le même numéro, on trouve un Meschullam Bonsenyor, dont 
le nom est de nouveau représenté T dans une liste de Juifs de Barce- 
lone, en 1391 (ibid , IV, 58). 

Azriel Barzilaï, au n° XV, de l'an 1163, se retrouve dansBofarull, 
{ibid., p. 829). 

Un autre nom Yahia b. Amraniel Naci Bonafos, est inscrit au 
n'XXIV, Tan 1235. 

Bellhom Issach, au n° XXXIV, l'an 1287 (orthographié Beylshom), 
est l'équivalent de l'hébreu tby ma, cité ausi dans les pièces cata- 
lanes publiées par Rich. Gottheil, J. Q. R., I. c. 

Blancher Lobel, au n° XXVIII, l'an 1245, apparaît ici, — autant 
que nous sachions — pour la première fois. 

Bonafos Salomon, bailli, est cité dans la pièce n° XXVII (qui 
n'est pas datée, mais dont on connaît l'époque approximative, vers 
Tan 1243) ; ce nom est mentionné par Bofarull (ibid., p. 833, 856 
et par Régné (ib., n° 42). 

Bondia, au n° XIX, l'an 1201, traduit littéralement le nom 
hébreu ma ût\ On peut au moins le rapprocher du nom Bondion, 
habitant juif de Garpentras, mentionné plus tard par les Consulta- 
tions de Joseph Karo (f. 27 e ), comme l'observe Zunz (ibid., p. 53). 
Nous reviendrons sur ce nom, orthographié « Bondiag » dans le 
présent texte latin. 

Bonhom, au n° II, l'an 1061, est le correspondant latin du nom 
Gerson de Moïse ma ûia, cité aussi par Bofarull (ib., p. 822). De 
même, au n° X, on trouve transcrits (non traduits) les noms 
Schem Tob b. Mosché et Zerahia Lévi b. Schem Tob. On peut sans 
doute le comparer au nom de Benanasch, qui vivait à Barcelone 
en 1391 (REJ., IV, 58, 70). Ce nom se retrouve écrit à l'inverse : 
« Nome bono », au n° IX, l'an 1095 ; dans la Casuistique de Ben- 
jamin Zeëb (f. 42b), citée par Zunz (p. 53), il y a un nom simi- 
laire : Bonuomo. 

Le même nom de Bondia est rappelé par P. Vidal, dans son 
article « les Juifs de la Catalogne » (REJ., XVI, 21). 

Bonjuce, décomposé dans le texte latin en « Bonus Jucef », 

1. Il y a là, de plus, la particule : Àstruc de Bonsenyor. 



192 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

figure avec cette orthographe dans le n° XVII, Tan 1181, et dans le 
n° XVIII, l'an 1198. 

Bonjuda de Porta, mari de Bondomina Scanderani, figure au 
n° XXXVI, l'an 1293. A la même époque, selon Amador de Los 
Rios (1,433), le même nom se trouve parmi les Juifs de Girone. 

Bonjuda Cap figure au n° XX, l'an 1220, ainsi que Issach Cap et 
son fils Samuel Cap, au n° XXXII, en 1263, et au n° XXXVI, 
Tan 1295 ; il est mentionné aussi par Régné, n° 107. Ce nom 
était connu seulement par la transcription hébraïque C|Np, telle 
qu'elle est donnée dans la Casuistique de Salomon b. Adret et dans 
le rnawp nna» d'Abbamari, d'où il a été reconstitué sous sa forme 
primitive catalane par Isidore Loeb dans son travail sur les Juifs de 
Barcelone (i?£/.,IV, 63). 

•ttOttin, du n* X, l'an 1905, est un nom que nous n'avons pas 
trouvé ailleurs, et dont nous ignorons l'orthographe dans l'original 
catalan. Si le 3 (n) était un n (r), on lirait : Chumaceiro. 

Cresbin. Isaac b. Moïse de Cresbin, au no XXV, l'an 1238. Ce 
nom est l'équivalent du français Crispin. 

Creschés, forme catalane du surnom d'un Astrug, au n» XXXII, 
en 1263, ou Cresque surnom de Bonafos au n° XXXIII, l'an 1271, 
ou de Barfet = Perfet au n° XXXIV, l'an 1287; c'est la traduction 
du prénom hébreu rras, comme déjà Zunz l l'établit pour la forme 
Crescas. La forme catalane Creschés est aussi donnée par P. Vidal, 
Les Juifs de Catalogne (REJ., XVI, 21). 

Figuera David, au n° XXXII, l'an 1263, paraît également être un 
nouveau venu. 

Salomon de Girone, au n° XXI, l'an 1227, a pour homonyme 
peut-être un descendant dans la même ville, au xv 9 siècle {REJ., 
VII, 293). 

Hasdai, au n° XXVIII, Tan 1245, orthographié « Asdai » dans 
une ligne suivante de la même pièce, puis « Azday » au n° XXIX, 
Tan 1254, où ce nom reparaît sous la forme première « Hasdaï », 
a fini par être transcrit « Atsai », dans une liste de Juifs de Barce- 
lone, en 1392 {R E </., IV, m), publiée par Isid. Loeb. 

Jucifia, sous cette forme dans le texte n° I, l'an 1055, transcrit 
littéralement pour la première fois l'orthographe mo^or ; il est 
mentionné de même par Bofarull (p. 825). Une autre fois, dans la 
pièce n° XXX, l'an 1249, ce nom est transcrit Iospia. 

Lupellus Gracian, au n° XIX, Tan 1201, est l'équivalent de 
in pn^, comme on trouve ces deux noms joints dans la dénomi- 

1. Namen der Juden, dans Gesammte Schriften, II, 31 et 54. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 193 

nation Gracian b. Moïse b. Sealtiel b. Isaac ben Zerahia Hen, 
mort à Barcelone en 1306/7 {REJ., IV, 74). Au n° XXI, à l'an 1227, 
au lieu du latin, on trouve le terme catalan Llobet, à désinence t. 
On le trouve aussi transcrit en hébreu Vmb, avec /, comme il est 
orthographié dans la publication de Bofarull (p. 830). Ce nom se 
retrouve parmi les Juifs de Manresa, et il est mentionné six fois 
dans la liste des Juifs martyrs de Barcelone, en 1391. Voir REJ., 
111,145-6; IV, 59, 60, 62. 

Magdoli, au n° XX, l'an 1220, est transcrit ^bnnatt dans la partie 
hébraïque. Ce nom nous semble nouveau. 

Isaac Mancip, au n° XII, Tan 1120, est un nom donné aussi par 
Bofarull (p. 824-5). Un « Bqn Mancip » ou Massip, converti, devenu 
prieur de Martre Tolosane, figure au Cartulaire général des Hos- 
pitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (édition Delaville Le Roulx, 
Paris, 1895, t. I, p. 53, 56, 58). 

Monet Astrug, au n° XXXIII, l'an 1271, ou Momet Issach 
Bellhom, au n° XXXIV, l'an 1287, nom écrit conformément à 
l'orthographe suivie dans un autre texte (R E </., X, 116, note; 
XIV, 69j. Momet paraît être un diminutif du nom Calonymos, 
selon l'observation de G. Saige, dans Les Juifs du Languedoc 
(p. 43), rappelée par Isid. Loeb {R E /., XIV, 69). 

Perfet, au n° XIII, Tan 1126, apparaît, — autant que nous sachions 
— pour la première fois. On retrouve ce nom ainsi orthographié 
dans une charte de 1131, où le « Juif Perfet » figure comme pro- 
priétaire d'un alleu situé à Olivera Rodona, aux environs de Bar- 
celone 4 . Au siècle suivant, à la fin d'un accord intervenu entre 
Pierre II roi d'Aragon, comte de Provence, et les Hospitaliers de 
Saint-Jean de Jérusalem, relativement à la ville de Gicero et à des 
moulins situés à Solers et à Barcelone 2 , on peut lire la signature 
autographe d'un Perfet, en hébreu, t* rrra nona, puis, en 1346, 
on note en Espagne un Niçak (? Yichak) Barfat 3 . L'étymologie la 
plus probable de ce nom a été donnée par M. Isaac Bloch 4 : 
le mot Barfet dérive du nom Perfetto (équivalent néo-latin de 
Schalom), avec les variantes Profiat et Profit. En fait, on retrouve 



1. Bofarull, ibid., p. 827. 

2. C'est une charte datée du 5 janvier 1209, qui, dans les Archives de la Couronne 
d'Aragon, section des parchemins de Pierre II, a le n° 70, ou le n° 310 parmi les 
copies prises de ces Archives en 1820. Elle est imprimée, sous le n° 1321, dans le 
Cartulaire général des Hospitaliers, édition Delaville Le Roulx, t. il, p. 100. 

3. Orient, 1841, Literalurblatt, col. 235 et 312. 

4. REJ., X, 255; Gross, Gallia judaica, p. 391-2; Histoire littéraire de la 
France, t. XXVII, p. 766; t. XXXI, p. 600. 

T. LXVlll, n° 136. 13 



194 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

le nom Perfetto dans la « Liste des Juifs de Barcelone en 1391 », 
publiée par Isidore Loeb * , tandis que peu de temps après, le même 
nom, sous la forme Barfet, est porté par la famille de Ribasch Le 
changement du p en b s'explique par une altération pareille à 
celle qui, du nom Lupell, a formé le mot catalan Lobel, tel qu'il 
est transcrit ci-dessus, n° XXL 

Portell Salomon, au n° XXXII, l'an 1263, paraît aussi être un 
nouveau venu. 

Rouen Levi de Villafranca au n° XXXII, l'an 1263, présente une 
manière locale d'exprimer le prénom biblique Reuben. 

Mosse Rubeus, au n° XV, l'an 1 163, et Loppell Rubeo au n° XVIII, 
l'an 1198, font penser tous deux aux De Rossi, en Italie. 

Samuel de Terra, au n° XX, l'an 1220, est un nom que nous 
n'avons pas trouvé ailleurs. 

Piera-Bonet et Samuel d'Apiera ou d'Apiaria, au n° XXXIV, 
Fan 1287, donnent un nom, cité aussi par Régné, n° 194. Mes- 
chulam da Piera est rappelé par Kaminka ("ipinn, II, 1894, p. 23). 
Pour la vie et les œuvres de Salomo ben Mosché da Piera, voir 
H. Hirschfeld, J. Q. /?., VI, 182 et suiv. Un Isaac da Piera était à 
Barcelone en 1391, (RE /., IV, 39, 75). 

Un autre Da Piera, poète juif peu connu, a vécu en Espagne au 
commencement du x\ e siècle ; voir Steinschneider, Poetenu. Pole- 
miker in Nordspanien, dans Hebr. Bibliographie, XIV-XVIL 
Comp. D Kahana, nbiûït, III, 190 et suiv. 

Saporta, dont la dénomination figure sous le nom de Isaac ben 
Iospia de Saporta, au n° XXX, l'an 1249, apparaît là probablement 
pour la première fois. Déjà la forme Sasportas figure au xm e 
siècle dans le « Contrat de mariage en Catalan » publié par Kay- 
serling (/?£«/., XXIV, 291). 

Schaltiel fils de R. Ruben b. R. Juda, au n° XXII, l'an 1230, est 
aussi cité par Bofarull (p. 829-830). Ce nom subsiste encore. 

Moïse de Tarrega (en Catalogne), du n° XXVIII, l'an 1245, n'est 
pas un nom fréquent. La synagogue et le cimetière de cette localité 
ont pourtant été signalés par le R. P. Fidel Fita (REJ., V, 122-3). 

Tolosa. Isaach, Bonafos et Astruch de Tolosa, au n° XXXV, l'an 
1293, sont aussi cités par Bofarull (p. 202, 210). 

Vidal d'Espagne est ainsi désigné, sans prénom ni désignation 
d'ascendant, au n* XXI, l'an 1227, el de même peu d'années plus 
tard, en 1232, au n° XXIII. Ce nom sous la forme latine Vitalis 
répond à l'hébreu ""m. 

1. REJ., IV, p. 68. 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 195 

On peut encore appeler l'attention sur des noms de femmes qui 
se trouvent mentionnés dans nos documents : Adeled — Adelheit 
(Adélaïde), au n° I, Fan 1055. — Astruga, femme d'Abraham b. 
Samuel Ascanderni, au n°XXX, Tan 1249. — Belor, épouse de Bon- 
juda,au n° VII, Tan 1085 — Bonadomina,au n<>XXVI,an 1293. Une 
autre Bonadomina, fille d'Astrug Scanderani, femme deBonjuda de 
Porta, figure au n° XXXVI, Tan 1295. — Bonadona, au n° III, Tan 
1065, et Bonadona femme d'Isaac b. Iospia de Saporta, au n° XXX, 
Fan 1249, nom cité par Zunz (ibid., p. 57). Voir aussi n° XXI, an 
1227, XXXII, an 1263. — Bonfilia, au n° X, Fan 1095 (Cf. RE J., 
V, 287). — Dolsa ou Dolça = Dulcia ; une fois en hébreu NttbiD; 
Fan 1160, n° XIV ; en 1201, n° XIX; en 1230, n* XXII ; en 1254, 
n° XXIX. On sait que ce nom figurait parmi les Juives de Manresa 
et de Besalu (REJ.,V, 287-8), et qu'en France, à cette même époque, 
on avait le même nom sous la forme « Doucette » {ibid., VIII, 167). 
Déjà Zunz (ib., p. 45) avait relevé les formes Dolza et Dolzetta, 
en indiquant à l'appui les diverses références. — Druda, femme 
de Bonjucef Halévi, au n° XVII, Fan 1481. On retrouve le nom 
Truta — Grata, en Germanie, selon la remarque de Max Grunwald 
dans la Monatsschrift (t. XLI, p. 668, note 8). — Goyg puis Goyes 
Saria, nom qui est transcrit ar-na una, au n° XX, Fan 1220, fait 
penser à l'orthographe Gioja telle que la donne Zunz [ib., p. 58) et 
au nom français de ce temps : Joie = nrraïa. — Mira, au n° XXV, 
Fan 1238. — Régina, sous la forme latine au n° XXI, Fan 1227, est 
transcrit wn, selon la prononciation catalane, au n° II, Fan 1061, 
et de même Zunz, (ib. p. 58), selon les références qu'il rap- 
pelle, a : Reyna. Il sera question de ce nom ci-après. — Tol- 
sana, épouse de Barfet, bailli, au n° XXV, Fan 1238. Ce nom se 
retrouve dans un acte hébreu de vente à Girone, publié par Isid. 
Loeb (RE J., X, 409), et dans la nomenclature donnée par Bofa- 
rull(tta/.,p.832, 854). 

Les menus détails d'achat et de vente des immeubles consi- 
gnés dans ces documents ne sont pas insignifiants: ils touchent 
à l'économie politique, par la fixation du prix des terrains ou 
des vignes, ou des maisons. — De la numismatique il a été parlé, 
dans les observations sur les n os II et IV. Il faut ajouter seule- 
ment qu'au n° XXII, pour Fan 1230, mention est faite de ce que le 
vendeur a reçu en paiement « de grandes pièces d'or maravedis 
Saadia», monnaie dominante au xn e siècle. 

Quelques observations sur la phonétique méritent aussi d'être 
brièvement consignées. Le nom transcrit wn au n° II, Fan 1061 , est 



196 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

celui qu'Isid. Loeb, en le citant quatre fois dans un acte hébreu de 
vente àGastejon enl352(/?E./.,X, 116), a judicieusement transcrit : 
Reyna. Cf. la forme Reïna (avec tréma sur l't), donnée par Bofarull 
(p. 82o), ce qui indique une prononciation de i ou y mouillé. Dans 
le « Livre de la Taille» (REJ., 1, 70), on trouve aussi une juive 
nommée Reinne, demeurant en 1292 au Franc Mourier (aujour- 
d'hui rue de Moussy, iv e arrondissement). — Au n° IV, à Tan 
1067, le nom Girbert Isarn est transcrit m , w«i , n« , »K ; donc, la 
syllabe gi= ■" est un phonème mouillé, à l'instar de la syllabe 
yi en français, non de l'Italien gi = ffji, et dans Isarn l'accent 
est sur I. — Au n° XII, à l'an 1120, Vivas Suniar est transcrit 
*ynï& œ:rn ; le a = v, et le «3 = s; la voyelle u dans Suniar 
est tellement assombrie, qu'elle disparaît dans la transcription. 
Plus tard, cet équivalent de Senior sera lu Sch?ieo?\ et finira par 
être lu Schneer, en Bavière. — Au no XIX, en 1201, Bondiag se ter- 
mine par un g, pour faire sonner le n final de rarnaTà; tandis qu'à 
la fin du même siècle soit à Barcelone, soit à Perpignan, on pronon- 
çait simplement Bondia {REJ., XIV, 67; XXVI, 269). - N° XX, an 
1220. La veuve de Bonjuda Cap, appelée Goig dans l'acte latin, est 
appelée lima dans la partie hébraïque. Cette transcription dicte la 
prononciation de Goig ; elle confirme l'avis déjà formulé par le R. 
P. Fidel Fita et noté par Isid. Loeb (ibid., X, 112). Pour ce même 
nom, voir aussi Corbella, Historia juridica de las diferentes 
especies de censos (Madrid, 1892, 4°), p. 188. 

Une considération d'ordre plus général se dégage de la lecture 
de ces vieux documents. 

Durant les xi e et xn e siècles, une ère de tolérance régnait en 
Catalogne ; les relations entre Juifs et Chrétiens étaient paisibles. 

On remarquera combien de fois les prêtres catalans vendaient ou 
achetaient aux Juifs des immeubles, terres ou maisons. 

Il n'y a pas lieu d'alléguer, à l'opposé, la décision prise à l'égard 
des Juifs telle qu'elle se trouve dans le Code des Usatges, dicté par 
le Comte de Barcelone en 1068. La plupart des dispositions au 
sujet des Juifs, comprises dans le Code féodal catalan, sont évi- 
demment des interpolations faites au xm e siècle, ou encore plus 
tard, ainsi que M. Guillaume de Broca l'a démontré dans son His- 
toire du droit catalan. A peine, dans le texte primitif de cette 
compilation d' « usages », y a-t-il un usage intolérant qui soit 
bien authentique, c'est celui qui figure sous la rubrique « Quod 
Judei jurent christianis. » Très probablement, ces interpolations 
ont été effectuées sous le règne de Jacques I, au milieu du 



DOCUMENTS SUR LES JUIFS CATALANS 197 

xni e siècle. A cette époque seulement remontent les persécutions 
exercées contre les Juifs, dont la plus célèbre a éclaté lors de la 
controverse religieuse entre les frères prêcheurs et les rabbins. 
Dès lors, l'intolérance publique fit son chemin parmi les classes 
populaires, et elle aboutit au massacre de Tan 1391, à la destruc- 
tion des Calls etdesAljamas dans le royaume d'Aragon. Rien donc 
n'empêche de croire qu'auparavant les rapports entre Juifs et 
chrétiens de la Catalogne étaient pacifiques pour le bien du pays. 

JOACH. MlRET Y SANS et MOÏSE SCHWAB. 



CATALOGUE DES ACTES 

DE 

JAIME F\ PEDRO III ET ALFONSO III 

ROIS D'ARAGON 

CONCERNANT LES JUIFS 

(1213-1291) 

(suite ') 

ACTES D'ALFONSO III (1285-1291) 

1705. — Alfonso III mande à Bonanat de Riba et à G. de Paz de remet- 
tre à A. de Bastida ou à son mandataire, le Juif Salomon, 900 charges 
(salmas) de froment, que B. de Segalarsleur a livrées et qui sont desti- 
nées à la Sicile. — Mahon, 8 janvier 1286-7. 

Reg. 71, f° 18 v. 

1706. — Alfonso III a appris que certains habitants des paroisses de 
[Villanueva y] Geltrû, de Cubellas, de Sitges et de [San Pedro de] Ribas, 
débiteurs de Bonjuda Salamô, Juif de Barcelone, avaient renoncé dans 
leurs actes d'obligation au for et à la juridiction delà cour de Villafranca 
pour se soumettre à la cour de Barcelone ; le roi mande au viguier du 
Panades et au baile de Villafranca de contraindre lesdits débiteurs à faire 
complément de justice à leur créancier devant la cour barcelonaise. 
— Minorque, 13 février 1286-7. 

Reg. 70, f« 52. 

1707. — Alfonso III mande au baile de Girone de pousser, dans leurs 
personnes ou leurs biens, les Juifs de cette ville qui ont leur habitation 
accolée aux murs d'enceinte et qui, par suite de ce fait, ont perforé ou 
détérioré les remparts, à les remettre en l'état. — Barcelone, 13 
mars 1286-7. 

Reg. 70, f° 74. 

1. Voir Revue, t. LX, p. 161 ; t. LXl, p. 1 ; t. LX11, p. 38 ; t. LXIII, p. 245 ; t. LXIV, 
pp. 67 et 215 ; t. LXV, p. 61 ; t. LXVI, p. 252 et t. LXVII, p. 53. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 199 

1708. — Alfonso III a été informé par la plainte de Jaime Desat, de 
Cervera, que ledit Desat, ayant interjeté appel à noble comte de Pallars, 
procureur de Catalogne, d'une sentence rendue par Pedro Andreu, juris- 
périte de Cervera, dans le procès pendant entre ledit Jaime et le Juif 
Mosse Amiyl au sujet d'un tonneau et d'une cuve (tonna et tina), n'avait 
pas pu poursuivre son appel devant le comte de Pallars; or, le baile de 
Cervera par ordre dudit juge veut faire exécuter l'appelant ; le roi confie 
la cause d'appel à P. de Rai, jurispérite de , Cervera. — Barcelone, 20 
mars 1286-7. 

Reg. 70, f° 75. 

1709. — Alfonso III a été informé de la part de Bonafus Vidal, Juif de 
Barcelone, que les secrétaires del'aljama de Besalû contraignaient indue- 
ment ledit Bonafus par voie de vet et d'alatma, à contribuer à leurs tailles 
pour les biens qu'il possède à Besalû ; le roi mande aux secrétaires de ne 
pas grever le plaignant, puisqu'il se déclare tout disposé à faire droit sur 
l'objet du litige. — Barcelone, 23 mars 1286-7. 

Reg. 70, f° 77. 

1710. — Alfonso III mande à ses fidèles viguier, baile et prud'hommes 
de Besalû de s'opposer à ce que les Juifs de leur résidence soient lapidés ou 
molestés « lors du prochain vendredi de la sainte Pâque » ; ils devront 
aussi prendre garde que ceux qui prendront la défense des Juifs maltrai- 
tés ne subissent quelque lapidation ou dommage semblable. — Même 
date. 

Reg. 70, f» 77 ▼•. 

1711. — Alfonso III a appris que les aljamas juives de la ville et de la 
collecte de Barcelone ne parvenaient pas, sous l'empire de la négligence 
ou de dissensions intestines, à rembourser quelques fortes créances, que 
le temps et le taux élevé de l'intérêt avaient singulièrement aggravées; or, 
comme son intention est bien que les obligations soient acquittées, sans 
que les débiteurs ne soient trop appauvris « parla voracité des intérêts, » 
le roi mande à Guillelrno de Montjuich, citoyen barcelonais, d'inviter les 
aljamas obérées à se concerter entre elles dans le délai de deux ou trois 
mois et à choisir, chacune proportionnellement au taux de ses tailles, 
des répondants qui se portent caution pour les dettes de leur commu- 
nauté. — Même date. 

Reg. 70, f 90. 

1712. — Alfonso III donne quittance à ses fidèles secrétaires, ainsi 
qu'à la communauté des Juifs de la ville et collecte de Barcelone, de la 
somme de 10.000 sous à valoir sur le tribut de la prochaine St-Jean et de 
la Noël. — Même date. 

Reg. 71, f 28. 



200 REVUE DES ETUDES JUIVES 

1713. — Quittance de 10.000 sous barcelonais donnée par A. Bastida 
aux Juifs de Barcelone. — Même date. 

Reg. 72, 1° 5. 

1714. — Alfonso III a été informé par B. Garbonell et R. de Albesa que 
Cresches Çarch et Vidal fils de Salamô leur avaient emprunté pour les 
besoins de leur communauté, du temps où ils remplissaient les fonctions 
de secrétaires de raljama, certaines sommes payables à terme, s'obligeant 
par serment, eux et leurs biens, à se tenir comme otages, s'ils faisaient 
défaut à l'échéance, dans le château ou le village de Gapellades, jusqu'à ce 
qu'ils se fussent complètement libérés ; le roi mande à son fidèle baile de 
Besalû d'obliger les récalcitrants à rembourser leurs dettes ou à se rendre 
otages pour en garantir le paiement ; de plus, si lesdites obligations ont 
été contractées pour et au nom de la communauté, les femmes des Juifs 
défaillants ne pourront exciper de leur douaire et invoquer la reconnais- 
sance qui leur en a été faite sur les biens de leur mari. — Barcelone, 24 
mars 1286-7. 

Reg. 70, f» 77 V. 

1715. — Alfonso III a appris que le commandeur et les frères de l'hô- 
pital de St-Jean de Valence avaient ouvert un portail par où ces reli- 
gieux s'introduisaient dans la juiverie, parcourant les rues avec des croix 
et autres objets inaccoutumés ; il mande à ses fidèles le justice et les jurés 
de Valence de faire aveugler le portail. — Barcelone, 26 mars 1287. 

Reg. 70, f° 84 v». 

1716. — Alfonso III, ayant appris que Jahudade Balaguer et Vidalon, 
fils d'en Bondieta, Juifs domiciliés dans le comté d'Urgel, avaient causé 
induement des dommages aux Juifs de Lérida, a écrit au comte d'Urgel de 
pousser les coupables à faire aux plaignants complément de justice ; il 
fait savoir de plus au viguier de Lérida qu'au défaut du comte d'Urgel, il 
devra poursuivre lui-même. — Barcelone, 6 avril 1287. 

Reg. 70, f° 88 v°. 

1717. — Il a été écrit à noble comte d'Urgel de contraindre Jahuda et 
Vidalon à dédommager leurs coreligionnaires de Lérida du mal qu'ils leur 
ont causé. — Même date. 

Reg. 70, f° 88 V. 

1718. — Alfonso III a été averti par la plainte des Juifs de Barcelone 
que le baile et les prud'hommes de Galdas de Montbuy les empêchaient 
à nouveau de se baigner, ainsi qu'ils ont toujours accoutumé de faire 
dans les bains de Caldas ; il mande à ses fidèles prud'hommes et baile 
de ne pas s'opposer à ces baignades. — Barcelone, 10 avril 1287. 



CATALOGUE DES ACTES l)E JAIME 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 201 

1719. — Alfonso III donne quittance aux secrétaires de l'aljama des 
Juifs de Barcelone de la somme de 4.500 sous barcelonais, pour les 500 
quartières de froment acquittées par Bernardo Escriba, à valoir sur le 
prochain tribut de la Saint- Jean ; une assignation de 1.500 sous est faite 
sur le tribut de la Noël suivante. — Même date. 

Reg. 71, f39. 

1720. — Mandement semblable pour paiement d'assignation aux 
secrétaires et à l'aljama des Juifs de Lérida. — Même date. 

Reg. 71, f° 113. 

1721. — Alfonso III prie A. de Bastida d'ouïr les comptes que doivent 
lui rendre les secrétaires de l'aljama juive de Barcelone au sujet des ver- 
sements qui ont été effectués entre leurs mains en raison du tribut ou 
des assignations royales. — Même date. 

Reg. 72, f° 37 r* et v. 

1722. — Alfonso III a appris que le mur de la juiverie barcelonaise 
menaçait ruine, au point de constituer un danger pour les passants, 
entre les maisons de G. de Rosas, chanoine, d'une part, celle de Bon- 
david et la voie publique du calijuich, de l'autre : il mande aux secré- 
taires et à l'aljama juive de Barcelone de faire réparer et surélever le 
mur détérioré. — Barcelone, 11 avril 1287. 

Reg. 70, f° 92. 

1723. — Alfonso III mande à P. de Puigreig et à Jaime de Teres de 
remettre incontinent à P. Pelegri, qui en cas de non exécution pourra 
user de contrainte, tous les biens qu'ils ont reçus de Simon Darnedo, 
ainsi que du Juif Alfachim, et de s'en faire délivrer quittance. — 
Valence, 27 avril 1287. 

Reg. 71, f° 44 v°. 

1724. — Alfonso III mande aux adélantades, secrétaires et aljamas 
des Juifs de Valence de s'obliger, pour le paiement du tribut de la pro- 
chaine Saint-Jean, aux personnes que B. de Villafranca, dépensier, vou- 
dra bien leur indiquer. — Valence, 2 mai 1287. 

Reg. 71, f° 45 v. 

1725. — Alfonso III commet F. de Apiaria à l'examen du procès pour 
caution qu'Abrafim Abinafia, Juif de Valence, a intenté à l'aljama des 
Juifs de cette ville ; la sentence devra être rendue conformément à 
l'açuna hébraïque. — Valence, 4 mai 1287. 

Reg. 70, f° 103 y'. 

1726. — Alfonso III, voulant se procurer des ressources en vue des 



202 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

fortes dépenses qu'il va être obligé de soutenir dans le royaume de 
Valence, prie et requiert Abraym Abinaphia de lui prêter 3.000 sous 
réaux, de laquelle somme il devra répondre à P. Pelegri ; il le remercie 
par avance de sa souscription. — Valence, 6 mai 1287. 

Sous la même forme, le roi adresse les appels suivants : à Samuel 
Pasarel, Juif de Murviedro : 2.000 sous réaux ; à Haaron Maymô, Juif de 
Valence: 1.500 sous; à Haaron Xuxnay, Juif de Jâtiva : 3.000; à Açach 
Abinxeprut, Juif de Valence, 4.500 ; à Vives, Juif de Valence: 10.000 ; 
à Haaron Allecephi, Juif de Valence: 2.000; à Jona, Vidal et Açach 
Xibili: 4.000; à Açach Minhar, Juif de Jâtiva : 2.000 ; enfin, à Vives, mé- 
decin juif de Valence": 1.000 sous réaux. 
Reg. 71, P 49 v«. 

1727. — Alfonso III' a fait procéder à une enquête contre Vives, Juif 
de Valence, par F. de Apiaria, juge royal, en présence de P. Pelegri, delà 
maison royaie ; il mande à Ferran Costanti de remettre à F. de Apiaria et 
à P. Pelegri la procédure de l'instance qui a été introduite en suite de 
ladite enquête. — Même date. 

Reg. 71, f 50. 

1728. — Alfonso III a été informé par Ismael de Portella, de la maison 
royale, queses fidèles collecteursn'avaientpasobservéledégrèvement qu'il 
avait accordé à l'aljama juive de. Tarazona, sur les instances de Salamon 
de Portella, pour le tribut de l'année courante ; il mande aux collecteurs 
de tenir compte de la remise consentie. — Huesca, 22 mai 1287. 

Reg. 71, f° 52. 

1729. — Alfonso III cite à comparaître devant lui, par procureurs, le 
huitième jour après la Pentecôte, ses fidèles adénantades et l'aljama des 
Juifs de Daroca, pour témoigner dans le procès qu'il soutient contre les 
aidées de Daroca sur le fait des intérêts. — Huesca, 23 mai 1287. 

Citation semblable est adressée aux adénantades et à l'aljama des Juifs 
de Galatayud. 

Reg. 70, f 119. 

1730. — Alfonso III avait prorogé de cinq ans aux Sarrasins de Sara- 
gosse l'échéance de l'emprunt de 12.000 sous de Jaca pour lequel ils 
s'étaient obligés à l'aljama juive de la ville, mais à la condition expresse 
de s'en libérer par cinq annuités de 2.500 sous ; or, le roi vient d'être 
informé par certains Juifs que les Sarrasins manquaient à cette clause ; 
il mande en conséquence au justice d'Aragon de contraindre lesdits 
Sarrasins à payer capital et intérêts au taux légal. — Huesca, 26 mai 1287. 

Reg. 70, P 129 r° et v°. 
1731. — Alfonso III fait connaître à l'aljama des Juifs de Saragosse 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 203 

qu'il plaît à sa volonté royale qu'ils choisissent quarante des meilleurs 
et des plus discrets d'entre eux ; ces quarante devront élire, à leur tour, 
de§ adélantades suffisants et capables de bien se comporter dans l'exer- 
cice de leurs fonctions ; le roi mande à l'aljama juive de Saragossed'obéir 
aux adélantades qui seront désignés par la majorité des quarante. — 
Même date. 

Reg. 70, f° 129 v». 

1732. — Alfonso III, ayant accordé un sursis aux débiteurs de Sara- 
gosse à la condition qu'ils cautionneraient leurs dettes, mande au çal- 
médine de Saragosse d'employer la contrainte contre ceux qui ne four- 
niraient pas une caution suffisante à leurs créanciers juifs. — Même 
date. 

Reg. 70, f 129 v\ 

1733. — Alfonso III mande au sobrejuntero et au çalmédine de Sara- 
gosse de mettre à exécution les sentences rendues par Juân Gili Tarin, 
justice d'Aragon, à l'issue des procès, dont le roi lui a confié le règle- 
ment, entre l'aljama juive de Saragosse et les habitants de cette ville, 
chrétiens ou Sarrasins, qui se trouvaient obligés pour dettes à l'égard 
des Juifs. — Même date. 

Reg. 70, f 129 y\ 

1734. — Alfonso III, ayant appris que noble dame Adonça Jiménez de 
Urrea exigeait le paiement immédiat d'une assignation qu'il lui avait con- 
sentie sur le tribut de l'aljama juive de Saragosse, prie ladite dame de 
surseoir à sa réclamation pendant un mois, eu égard à la pauvreté où se 
trouvent les Juifs de Saragosse. — Même date. 

Reg. 70, f" 129 V.-130. 

1735. — Il a été mandé au çalmédine, au mérine et aux jurés de Sara- 
gosse d'empêcher que les Juifs soient contraints par dame Adonça, 
pourvu qu'ils lui garantissent par caution le paiement de son assigna- 
tion. — Même date. 

Reg. 70, f° 130. 

1736. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Huesca de re- 
mettre à P. Salvatge ou à son mandataire 2.000 sous de Jaca, pour le 
couvrir des dépenses que le roi a faites à Huesca. — Huesca, 28 mai 1287. 

Reg. 71, P 54. 

1737. — Alfonso III rappelle au justice et aux adélantades de la ville 
et des aidées de Galatayud que pendant le règne de Pedro III tous les biens 
meubles et immeubles, ainsi que toutes les créances de Salamon Passa- 
riel et d'Açach Gaft'adices, Juifs de Galatayud, avaient été confisqués 



204 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

publiquement, selon la coutume, dans la cour de Calatayud, à Domingo 
de la Figera, baile royal, en raison du meurtre perpétré par lesdits 
Juifs sur les frères Jucef et Jacob Alfansa ; or, il a été publié à plusieurs 
reprises que, malgré la fraude des inculpés, qui cachaient leurs titres de 
créance, leurs débiteurs et obligés, chrétiens, juifs ou sarrasins, devaient 
se présenter pandevant le baile; le roi mande aux susnommés de con- 
traindre à comparaître ceux des débiteurs qui ont fait défaut. — Cala- 
tayud, 2 juin 1287. 

Reg. 70, f° 129. 

1738. — Alfonso III, très étonné du long retard qu'apportent les 
aljamas juives de Saragosse et de Huesca au paiement des quinze arches, 
leur mande d'avoir à s'exécuter immédiatement; par la même occasion, 
il enjoint aux adélantades et aux notables (majoribus) des deux [commu- 
nautés de lancer contre les récalcitrants l'alatma chaque sabbat et le 
niduy pendant trente ans. — Même date. 

Reg. 71, f° 55 v«. 

1739. — Injonction est faite aux aljamas juives de Tarazona, Borja, 
Téruel et Daroca de verser le solde des quinze arches sous peine de saisie. 
— Même date. 

Reg. 71, f 55 y°. 

1740. — Alfonso III fait connaître à l'almaja des Juifs de Saragosse 
que sa prochaine entrevue avec l'illustre roi d'Angleterre l'oblige à 
recourir au concours pécuniaire de ceux de ses sujets qu'il considère 
comme toujours prêts à se soumettre aux ordres de leur roi; il prie cette 
communauté de lui fournir une aide de 10.000 sous de Jaca; le fidèle por- 
tier B. de Ginebret, à qui elle devra en répondre, est d'ailleurs invité à 
l'y pousser par contrainte de corps et de biens. — Calatayud, 3 juin 1287. 

Mention d'un encaissement de 4.000 sous de Jaca. 

Mandements semblables aux Juifs de Huesca, qui sont cotisés à 5.000 
sous avec ordre d'en répondre à P. Salvatge ; aux Juifs d'Egea (3.000 sous: 
Domingo Estebân, portier); aux Juifs de Téruel (3.000 sous: Z. de 
Riera) ; aux Juifs de Daroca (même cotisation, même collecteur). 
Reg. 68, i° 51 v°. 

1741. — Alfonso III a été informé par la plainte de Jaco Almuli, fils 
d'autre Jaco Almuli, de Calatayud, que sans raison valable Domingo de 
Perroy avait frappé ledit plaignant dans sa maison et dans la synagogue ; 
comme tous les Juifs de l'aljama de Calatayud ont été « assurés » avec 
charte publique par les prud'hommes et le Conseil de la ville devant le 
frère du roi, l'infant don Pedro, Alfonso III mande au justice de Calatayud 
de saisir les biens meubles et immeubles de l'agresseur jusqu'à plus 
ample informé.— Calatayud, 4 juin 1287. 

Reg. 70, f» 130. 



catalogue des actes de jaime i er , pedho m et alfonso m 205 

1742. — Alfonso III aux Juifs francs d'Aragon : ils n'ignorent pas que 
feu Pedro III leur a mandé et qu'Alfonso III leur a rappelé d'avoir a s'ac- 
quitter de leur contribution relativement aux quinze arches et demie; 
qu'à cette fin ils fassent des albarans sous menace d'alatma et qu'ils ré- 
pondent pour le paiement àJuân Pérez Gallec, de la maison royale. — 
Calatayud, 5 juin 1287. 

Reg. 71, f 57 v°. 

1743. — Alfonso III accorde des lettres de rémission à Jaco Avin- 
saprut, Juif de Galatayud, et lui donne quittance, ainsi qu'à sa femme Sol 
de 1.000 sous de Jaca, en raison de l'instance qu'Abrahim Rabi et ses 
enfants avaient introduite contre ledit Jaco a cause de son mariage. — 
Même date. 

Reg. 75, f° 12. 

ff 

1744. — Demande aux Juifs de Daroca d'une cène de 200 sous de Jaca. 
— Daroca, 6 juin 1287. 

Reg. 68, f° 87. 

1745. — Alfonso III mande à l'aljama juive de Galatayud de versera 
Bartolomé de Villafranca la contribution de 2.000 sous qu'elle a promis 
de donner au roi pour son service. — Daroca, 7 juin 1287. 

Mandements semblables aux Juifs de Barbastro (3.000 sous) et aux Juifs 
de Jaca (1.500 sous), avec ordre d'en répondre à P. Salvatge. 
Reg. 68, f 9 51 V. 

1746. — Alfonso III prie sa fidèle Gunila, Juive de Galatayud, de lui 
prêter 10.000 sous de Jaca, en vue de faire face aux dépenses qui doivent 
résulter pour lui de sa prochaine entrevue avec le roi d'Angleterre. — 
Même date. 

Reg. 71, f° 57 v". 

1747. — Alfonso III invite Alfonso de Riera à prélever sur les 
1.000 sous de Jaca que vont lui verser les Juifs de Daroca, la somme de 
500 sous, qu'il remettra à l'infant don Pedro, pour permettre à ce der- 
nier d'acheter un roussin; que sur la même contribution, il prélève aussi 
100 sous à l'intention de Jucef, médecin de l'infant. — Daroca, 8 juin, 
1287. 

Reg. 71, f° 59. 

1748. — Alfonso III a été informé de la part de Samuel Abexuel et de 
son tils Issuch, Juifs de Tarazona, que Juan P. Galleg se proposait, en 
raison du non paiement par de pauvres Juifs de Tarazona de leur coti- 
sation aux quinze arches, de vendre les biens desdits Samuel et Issach 



206 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bien que ces derniers se soient acquittés de leur quote-part; le roi mande 
au collecteur de ne rien vendre des biens de ces deux Juifs. — Même date. 

Reg. 75, f° 12 y". 

1749. — Alfonso III confie à Gil Sanchez de Téruel lalcaidie ou bailie 
des Juifs de cette ville et mande par la présente aux Juifs de Téruel de 
répondre à l'avenir audit Gil, pour les droits du roi. — Alagon, 11 juin 

1287. 

Reg. 75, f° 13 v. 

1750. — Alfonso III mande au justice, au baile et aux jurés de la ville 
et des aidées de Daroca de contraindre les débiteurs des Juifs qui ont 
bénéficié d'un sursis royal à fournir caution. — Huesca, 11 juin 1287. 

Reg. 70, f° 137. 

1751. — Alfonso III demande au çalmédine, au baile, au justice et 
aux jurés de Huesca de faire observer le règlement royal relatif à la forme 
du serment qui doit être prêté par les Juifs dans leurs procès avec les 
chrétiens. — Huesca, 17 juin 1287. 

Reg. 70, P 144. 

1752. — Alfonso III mande aux mêmes de veiller à l'exécution du 
statut de Jaime I er fixant le taux de l'intérêt que les créanciers juifs peu- 
vent exiger à Huesca de leurs débiteurs, chrétiens ou sarrazins. — Même 
date. 

Reg. 70, f° 144. 

1753. — Alfonso III rappelle à l'aljama juive de Borja qu'il lui avait 
mandé l'année précédente d'avoir à payer, sous peine du double, dans la 
cité de Saragosse, six jours après la Pentecôte, la somme de 2.794 sous 
barcelonais, représentant la contribution de cette communauté à ]a com- 
position de 150.000 sous qui avait été promise au trésor par les procureurs 
des aljama juives d'Aragon: le roi mande aux Juifs de Borja de verser 
double contribution en raison de la peine encourue. — Huesca, 19 juin 
1287. 

A l'aljama de Ruesta : 1749 s. 4 d. barcelonais. 
i. ; . — Luna : 1749 s. 4 d. — 

— Egea : 11012 s. 8 d. — 

— Montclûs : 1955 s. (remise de 1500 s.) 

— Tarazona : 3029 s. 4 d. 

— Uncastillo: 3923 s. 

Reg. 71, f° 62 r°, et v°. 

1754. — Alfonso III a mandé aux communautés énumérées ci-des- 
sous de répondre au collecteur A. de Bastida et à deux autres fonction- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ÀLFONSO III 207 

naires pour le versement de leur cotisation : Juifs de Borja (2794 s. bar- 
celonais), de Tauste (2045 s), de Ruesta (1749 s. 4 d.), de Luna (1749 s. 
4 d.), d'Egea (11012 s. 8 d.), de Montclûs (1955 s.), de Tarazona (3029 s. 
4 d.) et d'Uncastillo (3923 s.)- — Même date. 
Reg. 72, f 6. 

1755. — Alfonso IH informe Domingo de la Figera, baile de Calatayud 
et Juân P. Galleg, de la maison royale, de l'octroi des lettres de rémis- 
sion qu'il vient d'accorder au Juif de Calatayud, Assach El Galvo, moyen- 
nant la composition de 1.000 sous de Jaca ; ce Juif avait encouru des 
poursuites en raison du transfert de son domicile à Ciutadilla (?) ; le 
roi mande à ses officiers de restituer au délinquant les biens qu'ils lui 
avaient saisis. — Huesca, 20 juin 1287. 

Reg. 75, f 14 v°. 

1756. — Alfonso III a appris de la part des Sarrasins de Borja que, plu- 
sieurs immeubles étant passés d'entre leurs mains entre celles de créan- 
ciers juifs par suite de ventes, d'obligations ou d'engagements, les nou- 
veaux détenteurs refusaient de contribuer pour la valeur de ces biens, 
concurremment avec les Sarrasins, aux tributs et autres exactions payés 
parles anciens possesseurs; le roi mande à l'alcayde, au justice et aux 
jurés de Borja de contraindre lesdits Juifs à payer leur part de tribut ou 
d'exaction. — Huesca, 22 juin 1287. 

Reg. 70, f» 145 V. 

1757. — Alfonso III mande à son fidèle Jaime Torrecilla de prélever, 
sur les 30.000 sous exigibles, à titre d'aide, de l'aljama juive de Majorque, 
les sommes que ce collecteur avait avancées au roi. — Huesca, 25 
juin 1287. 

Reg. 71, f° 65 y». 

1758. — Alfonso III avise les Juifs de l'aljama de Majorque d'avoir à 
répondre pour le versement de l'aide de 30.000 sous réaux à Jaime de 
Torrecilla. — Huesca, 27 juin 1287. 

Reg. 68, f° 54. 

1759. — Alfonso III informe le collecteur qui doit recueillir le tribut 
des Juifs de Borja qu'en raison de leur situation précaire, il vient de leur 
faire remise de 200 sous sur les 600, à quoi ils avaient été cotisés. — 
Même date. 

Reg. 75, f 16 f. 

1760. — Alfonso III mande aux officiaux de Téruel de contraindre les 
débiteurs des Juifs de Téruel ou leurs répondants à s'acquitter de leurs 
obligations ou à faire sur ce complément de justice à leurs créanciers. — 
Huesca, 28 juin 1287. 

Reg. 70, f* 15Î. 



208 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1761. — Alfonso III a été informé par la plainte des Juifs de Téruel que 
Sancho Juan de San Martin, chargé, l'année précédente, de recueillir à 
Téruel les revenus épiscopaux, avait exigé d'eux les prémices de leurs 
récoltes, faisant saisir, en cas de refus, les biens des récalcitrants ; or, 
ces tenanciers juifs n'ont jamais fourni les prémices, sauf à M e Domingo, 
qui pendant tout le temps de sa présence à la tète du prieuré de Santa 
Maria de Téruel, les leur avait extorquées par la violence ; le roi mande 
à Gil Sanchez, bailedes Juifs de Téruel, de faire restituer à ses adminis- 
trés les saisies qui leur ont été infligées du fait des prémices. — Même 
date. 

Reg. 70, f° 152. 

1762. — Alfonso III notifie à son fidèle collecteur, chargé de recueillir 
le tribut des Juifs d'Alagôn, la remise de 400 sous qu'il vient d'accorder 
à l'aljama juive d'Alagôn en raison de sa misère et de son dépeuplement ; 
au lieu de 1.000 sous, cettejcommunauté n'aura plus à payer pour son tri- 
but que 600 sous. — Même date. 

Reg. 75, flô. 

1763. — Alfonso III mande aux adélantades et à l'aljama des Juifs de 
Huescade répondre à Enego Lopez de Jassa du montant de l'assignation 
qu'il a imposée sur le tribut de janvier 1288. — Huesca, 29 juin 1287. 

Reg. 71, f<>67 v°. 

1764. — Alfonso III fait connaître à ses officiaux que malicieusement 
certains Juifs d'Aragon négligent de verser aux portiers le solde de leur 
quote-part pour la composition qui avait été convenue à Barcelone entre 
le roi et les aljamas juives d'Aragon ; ces juifs cachent leurs biens meu- 
bles et déclarent qu'ils n'ont pas de quoi payer ; le roi a chargé deux de 
ses fidèles de faire vendre les immeubles des récalcitrants ; il mande par 
la présente à ses officiaux de prévenir les fraudeurs de l'exécution qui 
menace leurs biens, si dans un mois à dater des présentes ils ne se sont 
pas libérés des arrérages de leur contribution. — Jaca, 3 juillet 1287. 

Reg. 70, f° 156. 

1765. — Alfonso III mande à l'aljama juive d'Egea de répondre, pour 
sa participation au subside de l'entrevue (voy. plus haut, n° 1740), au por- 
tier Domingo Esteban ; cette quote-part est fixée à 3.000 sous de Jaca. — 
Jaca, 5 juillet 1287. 

Reg. 68, f° 51 v°. 

1766. — Alfonso III, se rappelant les gracieux services que ses fidèles 
des aidées de Téruel avaient rendus au roi défunt Pedro III et considérant 
l'extrême détresse où ils se trouvent présentement, leur accorde un sur- 
sis de deux ans pour les obligations par eux contractées à l'égard de créan- 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO ÎII ET ALFONSO III 209 

ciers juifs, à la condition de fournir l'assurance à ces derniers qu'ils paie- 
ront dans le délai d'un an la moitié de la dette et, à l'expiration du 
sursis bi-annuel, l'autre moitié, non compris les intérêts, qui demeurent 
suspendus par l'octroi du sursis. — Jaca, 7 juillet 1287. 
Reg. 70, P 160 v. 

1767. — Alfonso* III donne quittance à Ismael de Portella de 223 
doubles d'or qu'Ismael Avingalell, Juif de Tudèle, avait remis à ce der- 
nier, à Jaca, pour être versés ensuite entre les mains du roi ; ces doubles, 
qui comprenaient 183 castillans, 14 morabotins et 26 « rexends », repré- 
sentaient le produit de la vente de 814 béliers royaux, qu'Ismael Avin- 
galell avait faite à Tudèle. — Même date. 

Reg. 71, f 68 t°. 

1768. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Calatayud de 
s'obliger, nonobstant l'attestation du justice d'Aragon, à l'égard des man- 
dataires de Sancho de Gortellon pour la somme de 3.000 sous, à valoir 
sur le prochain tribut de janvier. — Huesca, 13 août 1287. 

Reg. 70, f° 169. 

1769. — Alfonso III a été informé du différend qui s'était élevé entre 
les héritiers d'Issach Ghoen, Juif de Majorque : Jacob, David, Juceff, mari 
de Bonadona, et Aaron ; il mande à Maymô Abenvive et Issach Benabram, 
Juifs de Majorque, de vérifier l'âge d'Aaron ; si le jeune homme est majeur, 
le partage devra être effectué sur le champ ; s'il est mineur, ses frères 
majeurs devront lui assurer sous caution qu'ils lui remettront plus tard 
la part intégrale qui lui revient de droit, selon l'açuna hébraïque. — 
Huesca, 16 août 1287. 

Reg. 70, f 172 t°. 

1770. — Alfonso III a appris par la plainte des Juifs de Borja que les 
Sarrasins de cette ville poussaient leurs concitoyens juifs à contribuer 
avec eux aux peytes et autres exactions pour les « honneurs » et posses- 
sions qu'ils avaient aliénés entre leurs mains ; il mande à ses fidèles de 
l'aljama sarrasine de Borja de lui dépêcher leurs procureurs à Huesca, le 
troisième jour à dater de la réception des présentes, prêts à répondre 
aux revendications de la partie adverse. — Tarazona, 22 août 1287. 

Reg. 70, f° 173 v°. 

1771. — Alfonso III confie à Garcia Martin de la Figera la gestion de 
l'alcaydie commune aux Juifs et Sarrasins de Tarazona, avec obligation de 
rendre compte des revenus y afférents au fidèle Ismael de Portella. — 
Tarazona, 26 août 1287. 

Reg. 75, f° 28 v. 
T. LXV1II, in° 136. 14 



210 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1772. — Alfonso III, faisant droit à la requête des Juifs de Tudèle, qui, 
par suite de la dernière guerre entre les royaumes d'Aragon et de Navarre, 
n'avaient pu recouvrer leurs créances dans les états d'Aragon, mande à 
tous ses officiaux d'employer la contrainte à l'égard de ses sujets, qui 
demeurent débiteurs de ces Juifs navarrais. — Tarazona, 1 er septembre 1287. 

Reg. 75, f» 28. 

1773. — Alfonso IJI a été informé par la»'plainte d'Abrahym de Aynçon 
et de sa femme, Juifs domiciliés à Aynçon, que Juan P. Galleg et le por- 
tier Juân P. de Pertusa les poussaient à contribuer aux quinze arches et 
demie que doivent fournir au roi les Juifs de sa terre; bien plus, ces 
deux collecteurs entendent les faire cotiser pour des revenus et des biens 
qu'ils tiennent, à Aynçon, de noble P., ce qu'ils n'exigent, pourtant, pas 
d'autres Juifs, tenanciers des « infanzons » ; le roi mande aux deux agents 
du fisc de s'enquérir si les Juifs domiciliés dans les terres des infanzons 
ne contribuent pas aux arches et aux autres exactions; dans la négative, 
il faudra restituer aux plaignants les biens qui leur auront été saisis de 
ce chef. — Tarazona, 10 septembre 1287. 

Reg. 70, f* 189 v°. 

1774. — Alfonso III mande au justice de Tarazona de contraindre tous 
les habitants de cette ville qui sont obligés pour dettes vis-à-vis de son 
médecin, Samuel, de satisfaire à leurs obligations ou de lui faire com- 
plément de justice; quant aux débiteurs de Samuel qui ont été récem- 
ment pendus aux fourches patibulaires, les créances devront être rem- 
boursées sur leurs biens. — Même date. 

Reg. 70, f° 190 v°. 



1775. — Alfonso III a été informé de la part de l'aljama juive de Cala- 
tayud que des habitants de cette ville avaient, de leur propre autorité, 
fait appréhender et saisir plusieurs citadins juifs; le roi mande aux offi- 
ciaux et prud'hommes en fonction à Galatayud de ne pas tolérer que des 
Juifs y subissent de contrainte par corps ou de biens, hormis pour les 
causes criminelles, les peites royales ou l'achat de revenus royaux. — 
Même date. 



1776. — Alfonso III avise le Juif Aharon Abinafia, ainsi que les 
aljamas juives de Galatayud, Daroca et Téruel, qu'il a chargé son fidèle 
chambrier de certaine mission, pour le bon accomplissement de laquelle 
il les prie de lui fournir tout le concours qu'il pourra leur demander. — 
Même date. 

Reg. 74, F 1. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1MË 1 er , PEDRO III ET ALFONSO III 211 

1777 — Alfonso III mande à tous ses officiaux de pousser par con- 
trainte de corps et de biens tous les Sarrasins d'Aragon à payer leurs 
dettes à l'aljama des Juifs de Galatayud. — Tarazona, 12 septembre 1287. 
Reg. 70, f°191. 

1778. — Alfonso III a été informé de la part d'Abrahym de Aynçon 
et de sa femme que Juân P. Galleg, au cours de sa tournée de collecteur, 
avait pénétré de nuit dans leur maison et en avait emporté 350 sous de 
Jaca, sans compter des vêtements, des armes et un caffice et demi de 
farine, le tout d'une valeur de plus de 500 sous; le roi mande au justice 
et aux jurés de Borja de saisir les biens du collecteur et de les retenir 
sous séquestre jusqu'à complète restitution aux plaignants des objets et 
des sommes confisqués. — Tarazona, 13 septembre 1287. 

Reg. 70, f° 191 y . 

1779. — Alfonso III mande aux adélantades et à l'aljama des Juifs 
de Uncastillo de payer en monnaie de Jaca l'équivalent de 1085 sous 
barcelonais. — Même date. 

Reg. 71, f» 78. 

1780. — Alfonso III notifie au justice, au juge et aux jurés de Gala- 
tayud, ainsi qu'aux adélantades des aidées de cette ville, que son précé- 
dent mandement relatif aux dettes des Juifs de Galatayud ne doit pas 
être appliqué à son médecin Jucef de Huerta; ils ne doivent donc pas 
procéder contre les biens de ce dernier. — Egea, 13 septembre 1287. 

Reg. 75, p 28 v*. 

1781. — Alfonso III fait connaître à tous ses officiaux qu'il a délié ses 
hommes de Lucia, chevaliers, infançons et autres habitants, de l'obliga- 
tion de remplir leurs engagements à l'égard des Juifs de Lucia pour les 
dettes contractées à ce jour. — Au siège du château de Lucia, 22 sep- 
tembre 1287. 



1782. — Alfonso III mande au justice de Galatayud de contraindre 
tous les Juifs de Galatayud qui tiennent des possessions dans le territoire 
de Paracuellos de la Ribera (?) de contribuer aux cènes, tailles, collectes 
et autres exactions avec les habitants chrétiens de cette localité. — Egea, 
28 septembre 1287. 

Reg. 70, f° 197 f. 

1783. — Alfonso III mande à l'aljama des Juifs de Huesca de verser à 
son fidèle P. Pelegri, de la maison royale, l'amende de 1000 sous de Jaca 
qu'ils avaient encourue pour avoir fait défaut à Valence, au jour fixé 
pour la reddition des comptes. — Egea, 3 octobre 1287. 

Reg. 71, f° 82. 



212 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1784. — Alfonso III mande à P. Pelegri de s'assurer s'il est exact que 
les Juifs de Barbastro aient construit une synagogue plus grande que 
celle dont ils disposaient jusque-là, et, dans l'affirmative, de procéder 
contre eux. — Même date. 

Reg. 71, f° 82. 

1785. — Alfonso III écrit à l'aljama juive de Monzôn pour lui deman- 
der de contribuer par l'octroi d'une aide de 15.000 sous de Jaca aux 
dépenses de la présente guerre; P. Peregrin, qui est chargé de recueillir 
cette contribution, usera de contrainte en cas de refus. — Egea, 4 oc- 
tobre 1287. 

Reg. 68,"f° 54. 

1786. — Alfonso III accorde aux Juifs de Téruel une remise de 
300 sous sur les 400 sous de Jaca dont ils lui sont redevables pour la 
cène de la Saint Jean. — Même date. 

Reg. 68, f° 87 V. 

1787. — Alfonso III rappelle aux aljamas juives de Saragosse, Huesca 
et Calatayud qu'il leur a mandé plusieurs fois, sous certaine peine, d'en- 
voyer leurs procureurs à Téruel en même temps que les aljamas du 
royaume de Valence, avec mission de compter par sou et par livre la 
somme qui lui avait été promise par les procureurs des aljamas dans 
leur réunion de Barcelone; le roi mande à l'aljama de Saragosse. sous 
peine de 2000 sous de Jaca, et à chacune des deux autres, sous peine de 
1000 sous, de compter avant la Noël avec les procureurs des autres com- 
munautés juives. — Même date. 

Reg. 71, f° 83 r° et v°. 

1788. — Alfonso III, sur la plainte des Juifs de Calatayud, mande à 
tous les officiaux de la ville et des aidées de Calatayud, ainsi qu'à 
Domingo de la Figera et à Vincent, sacriste de l'église Santa Maria de 
Panades, de ne pas procéder pour dettes contre lesdits Juifs et leurs 
biens. — Egea, 5 octobre 1287. 

Reg. 74, f°2v°. 

1789. — Alfonso III a appris que, malgré le mandement de feu 
Pedro III, le justice et les jurés de la ville et du royaume de Valence 
usaient de contrainte en raison des dettes contractées par les aljamas 
juives de ce royaume et obligeaient ces communautés à payer le quart 
par l'introduction de plusieurs « reclams »; le roi mande à ces magistrats 
d'observer l'ordonnance de son prédécesseur. — Egea, 7 octobre 1287. 

Reg. 74, f 2. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 213 

1790. — Alfonso III a été informé que le juge F. de Apiaria, après 
avoir rendu sa sentence dans une affaire d'argent entre l'aljama juive de 
Valence, d'une part, Abrafim Abenafia, Vives, médecin, et consorts, 
d'autre part, voulait contraindre l'aljama à exécuter la décision inter- 
venue; or, tout procès entre Juifs doit être examiné par leurs adélan- 
tades; le roi mande à son juge de suspendre toute contrainte dans une 
affaire qui échappe à sa compétence. — Même date. 

Reg. 74, f° 2. 

1791. — Alfonso III mande aux aljamas juives de la ville et du 
royaume de Valence de rembourser à leur coreligionnaire Vidal Avenr- 
receh, de Valence, les dépenses par lui assumées en remplissant la 
mission que ces communautés lui avaient confiée auprès du roi. — 
Même date. 



1792. — Alfonso III a été informé du compromis intervenu entre 
les Juifs d'Egea et leurs débiteurs chrétiens, d'après lequel la moitié des 
dettes devait être acquittée à la Notre-Dame d'août 1287 et l'autre moitié 
à l'Assomption de 1287, sans production d'intérêt; comme les débiteurs 
refusent d'observer ce compromis, le roi mande à ses officiaux d'Egea 
d'obliger les récalcitrants a payer leurs dettes ou à faire sur ce complé- 
ment de justice. — Même date. 

Reg. 74, f 3 v°. 

1793. — Alfonso III mande au justice d'Egea de saisir tous les biens 
des Juifs qui se sont absentés de cette ville ou qui ont négligé de 
s'acquitter de leur quote-part pour les tributs, peites et autres exactions. 

— Egea, 8 octobre 1287. 

Reg. 71, f° 84 v°. 

1794. — Alfonso III mande aux aljamas juives de Uncastillo et de 
Tauste de verser le complément des quinze arches à Juan P. Galleg. — 
Alagôn, 23 octobre 1287. 

Reg. 71, f° 87. 

1795. — Alfonso III a appris qu'en vertu du mandement royal qui frap- 
pait de contiscation les habitants de Saragosse rebelles, le viguier, le baile 
et la cour de Lérida avaient saisi de l'argent et des meubles sur Samuel 
Abenfandala et ses frères, ainsi que sur Mahir Catala, de Saragosse ; 
comme le roi n'a pas été informé de la rébellion des Juifs de Saragosse, 
ordre est donné aux auteurs de la saisie de restituer ce qu'ils ont pris. 

— Même date. 

Reg. 74, t'° 8. 



214 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1796. — Alfonse III, en faisant connaître aux Juifs de Barcelone, 
cotisés à 60.000 sous barcelonais en raison de l'aide, qu'ils doivent 
répondre au portier Bg. de Cardona, leur accorde une remise de 20.000 
sous. — Alagon, 25 octobre 1287. 

Reg. 68, f° 55. 

1797. — Alfonso NI accorde un sursis aux Juifs de Tortose, qui, 
cotisés en définitive à 10.000 sous de Jaca, devront répondre de cette 
somme à G. de San Clément. — Même date. 

Reg. 68, f° 55 V. 

1798. — Alfonso III accorde une remise de 3.000 sous aux Juifs de 
Morella, qui ont été cotisés à 6.000 sous réaux, et aux Juifs de Murviedro, 
cotisés à 5.000. — Même date. 

Reg. 68, f° 58 v°. 

1799. — Alfonso III remet 8.000 sous sur les 15.000 impartis aux 
Juifs de Valence ; la cotisation des Juifs d'Alcira reste fixée à 2.000 sous. 
— Même date. 

Reg. 68, f<> 59. 

1800. — Alfonso NI maintient à 5.000 sous réaux la cotisation des 
Juifs de Jâtiva et à 2.000 sous celle des Juifs de Girone. — Même date. 

Reg. 68, f° 59. 

1801. — Alfonso NI mande à tous ses officiaux de ne pas com- 
prendre dans la saisie lancée contre les rebelles de Saragosse, « ricos 
hombres » ou chevaliers, les Juifs de cette ville, qui sont demeurés 
fidèles à la cause royale; ordre est donné de restituer tout ce qui peut 
avoir été confisqué de ce chef. — Même date. 

Expédition d'un exemplaire de ce mandement à Açnel Abencres et à 
Jucef Alfandala, fils de Salamon Alfandala, tous les deux de Saragosse. 
Reg. 74, f° 10. — Indiq. : Amador de los Rios, II, 145, note 2. 

1802. — Alfonso III notifie à l'aljama juive de Calatayud l'assignation 
de 1.000 sous qu'il a faite sur le tribut exigible de cette communauté à 
la prochaine Saint-Jean. — Alagon, 26 octobre 1287. 

Reg. 71, f<» 89. 

1803. — Alfonso NI a été informé par Abdelan, Sarrasin de Huesca, 
que le Juif Rabi Halaym, qui est créancier de ce dernier pour la somme 
de 50 sous, cherchait à lui extorquer des intérêts usuraires; le roi mande 
au baile de Huesca d'ouvrir une enquête et de ne faire restituer à Rabi 
Halaym que ce qui lui reste réellement dû. — Même date. 

Reg. 74, f» 12 v». 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 215 

1804. — Alfonso III, voulant récompenser son médecin, Juceff de 
Orta, des nombreux soins qu'il avait reçus de lui, notamment au cours 
de sa dernière maladie, lui concède en bénéfice personnel et viager le 
poids royal de Calatayud avec tous les revenus y afférents. — Même date. 

Reg. 75, f° 33 y°. 

1805. — Alfonso III, pour les mêmes raisons que dessus, affranchit 
Juceff de Orta de toute participation aux tributs, quêtes et autres exac- 
tions annuellement levées sur les Juifs de Calatayud. — Même date. 

Reg. 75, f° 33 v\ 

1806. — Alfonso III mande à l'aljama juive de JUncastillo de payer 
sur son tribut deux assignations de 500 et 1.519 sous de Jaca. — Téruel, 
1 er novembre 1287. 

Reg. 71, f°91. 

1807. — Alfonso III a appris que ses fidèles jurés et conseillers de Para- 
cuellos de la Ribera, se fondant sur l'ordonnance royale qui prescrivait 
à tous les détenteurs de biens dans le territoire de Paracuellos de contri- 
buer aux peites et tributs, poussaient les Juifs qui y possédaient des 
immeubles à se cotiser avec eux, ce que les Juifs n'ont jamais accou- 
tumé de faire; le roi mande aux administrateurs de Paracuellos de se 
conformer à la coutume. — Teruel, 3 novembre 1287. 

Reg. 74, f« 14 v°. 

1808. — Alfonso III a été informé qu'au sujet du différend successoral 
qui s'était élevé entre Bonadona, veuve de Jahuda de Limos, et le fils de 
ce dernier, Vivones, G. de Redorta, viguier et baile de Lérida, refusait de 
restituer à la veuve la somme de 500 sous de Jaca qu'elle lui avait remise 
en dépôt avant l'ouverture du procès; une transaction étant intervenue 
entre les parties, le roi mande à son agent de rendre le dépôt. — Même 
date. 

Reg. 74, f« 16. 

1809. — Alfonso III a appris que Vidal Avinmelcha, chargé, comme 
procureur d'issach Salamô, Juif de Lérida, de recouvrer les créances de 
ce dernier, s'en était acquitté frauduleusement, délivrant des quittances 
à l'insu du créancier, même après que la procuration lui eut été retirée ; 
le roi mande à G. de Redorta de procéder contre Vidal et ses complices. 
— Même date. 

Reg. 74, f° 16. 

1810. — Alfonso III s'est rendu compte que les Juifs de Calatayud 
avaient enfreint le statut, promulgué à Girone par le roi Jaime I er , sur 
le taux maximum de l'intérêt ; en suite de laquelle infraction, un habi- 



216 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

tant de Malôn a été déclaré quitte de son obligation ; le roi mande à tous 
ses officiaux de la ville et des aidées de Calatayud d'observer ladite quit- 
tance. — Téruel, 6 novembre 1287. 
Reg. 74, f° 19 v°. 

1811. — Alfonso III mande à son fidèle Issach Elmeridi, secrétaire de 
feu Muça de Portella, de remettre au notaire royal P. Marqués les 285 
doubles d'or qu'un Juif de Monzôn avait reçus de Muça de Portella et 
qu'il avait restitués au secrétaire de ce dernier. — Téruel, 9 novembre 
1287. 

Reg. 71, f° 92 v°. 

1812. — Alfonso III donne plein pouvoir à Juân Çabata, juge de sa 
cour, de composer avec Juceff' Golluf, Juif de Saragosse, en raison de 
toutes les poursuites encourues par ce dernier, et de fixer le prix des 
lettres de rémission. — Même date. 

Reg. 71, f° 96. 

1813. — Alfonso III mande aux Juifs de Calatayud dont les noms sui- 
vent de répondre aux questions que leur posera Bernardo Escriba, cham- 
brier royal : Çaffadim de Blocares, Jento Caramella, Bonastrug Cara- 
mella, Moçe, fils de Çaffadim de Blocares, Açmel de Blocares, Jahuda 
Passariel, Muça de la Laguna, Juçeff Abucarda, Issach Abraham, Habib 
de Nagera, Jacob Lesquerdo, Muça Abengayub, Sacrino Aetix, Juçeff 
Abenhalau, Muça Catala, dame Samila, Abrafim Avinpeçat, Mosse Les- 
quierdo, Salamon Yillam, les frères de Juçeff' Passagon, Assach El Calvo, 
Abayn Avenrodrich, Santon de Quatorçe, Mosse Villan, Senyorin, tous 
les enfants de Salamon del Somar, Muça Çeyt, Abratim El Galbo, Ismaël 
Abenafion, Jacob de Quatortçe, Mosse del Sage, Muça Abnadayan, Mosse 
Abenation, Rap Juzeu, Salamon del Sage, Juceff El Ruvio, Jucef Passagon, 
Jucef Avinforno, drapier; enfin, les Juifs appelés les « Coquines », et les 
« Corcoyllos ». — Téruel, 11 novembre 1287. 

Reg. 71, f° 94 r» et v°. 

1814. — Alfonso III mande à Domingo de la Figera de rendre compte 
à son chambrier Bernardo Escriba du produit de la bailie de Calatayud et 
de la saisie qu'il a faite aux Juifs de cette ville. — Téruel, 12 novembre 
1287. 

Reg. 71, f° 94 v°. 

1815. — Alfonso III accorde des lettres de rémission, moyennant la 
composition de 80.000 sous de Jaca, aux Juifs de Calatayud, qui par la 
pratique de prêts usuraires avaient encouru la perte de leurs créances, 
peine prévue par le statut de Jaime I er . — Même date. 

Reg. 75, 1° 36. 



CATALOGUE DES ACTES DE JA1ME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 217 

1816. — Alfonso III notifie au justice, aux jurés et autres officiaux de 
la ville et des aidées de Calatayud que, si, en raison de la remise des 
prêts usuraires qu'il avait consentie aux habitants, des procès venaient à 
s'élever sur la valeur des gages détenus par les Juifs, la preuve ne devrait 
être acquise que par le témoignage concordant d'un chrétien et d'un Juif, 
conformément à la teneur des privilèges de Jaime 1 er et de Pedro III y 
relatifs; en outre, le roi n'entend pas que la mesure d'absolution soit 
appliquée aux héritages que les'Juifs ont achetés par acte public, ni aux 
opérations sur les ventes de drap et autres marchandises, aucune 
plainte pour usure du « barata » n'ayant été faite à ce sujet. — Segorbe, 
19 novembre 1287. 

Reg. 74, P 21. 

1817. — Alfonso III demande 600 sous réaux pour la peyte aux Juifs 
de Castellôn, en raison de la guerre qu'il est obligé de soutenir contre 
les Saragossains et plusieurs nobles d'Aragon. — Cabanes, 21 novembre 
1287. 

Reg. 68, f° 62 v. 

1818. — Alfonso III mande au juge F. de Apiaria et au lieutenant du 
procureur de Valence, Marc de Thovia, de surseoir, jusqu'à son arrivée 
dans les parties de Valence, a l'exécution de la sentence rendue par ledit 
juge contre l'aljama juive de Valence dans le procès entre cette commu- 
nauté et Abraffim Abinafia. — Même date. 

Reg. 74, f° 22. 

1819. — Alfonso III a été informé que ses Juifs de Valence souffraient 
de diverses avanies et notamment d'extorsions d'argent; il mande au 
justice, aux jurés et aux prud'hommes de la cité de Valence de ne pas 
permettre que les Juifs y soient molestés en leurs personnes ou dans 
leurs biens. — Même date. 

Reg. 74, P 22. 

1820. — Alfonso III mande aux jurés de Huesca de protéger les Juifs 
de cette ville contre les persécutions que certains habitants dirigent 
contre eux. — Amposta, 23 novembre 1287. 

Reg. 74, P 23. 

1821. —Alfonso III mande aux Juifs de Tarragone de verser pour la 
« cena » 400 sous et d'en répondre au portier Bernardo Escriba. — Tar- 
ragone, 27 novembre 1287. 

Reg. 68, f° 89. 

1822. — Alfonso III, en faisant connaître aux Juifs de Barbastro qu'ils 
ont été cotisés a 10.000 sous de Jaca pour le subside de la guerre, leur 



218 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

mande d'en répondre à P. Peregrin ; les Juifs de Montclûs sont cotisés à 
3.000 sous de Jaca. — Tarragone, 1 er décembre 1287. 
Reg. 68, f° 59 v°. 

1823. — Alfonso III a été informé par la plainte de Çullam Caravida, 
Juif de Villafranca, que, bien que le plaignant eut fait une déclaration 
loyale de ses biens et de ses facultés, en proportion de quoi il se disait 
prêt à contribuer aux quêtes et collectes de sa communauté, les secré- 
taires des Juifs de Barcelone et de Villafranca le contraignaient à contri- 
buer pour un revenu supérieur à celui qu'il avait déclaré; le roi mande 
auxdits secrétaires de s'en tenir à la déclaration de Çullam Caravida. — 
Même date. 

Reg. 74, f° 27 i°. 

1824. — Alfonso III a appris que Salamon Mocatil, fils de Juceff Moca- 
til, avait répudié, sur l'instigation du Juif Maymô Cap, la fille d'Adret 
Issach, et que, dans cette affaire, il avait produit de faux témoins; le roi, 
qui a été informé de plusieurs autres méfaits commis par ledit Maymô, 
mande à G. Eymeric, jurispérite de Barcelone, de recevoir les déposi- 
tions de Maymô, de Salamon, ainsi que des témoins que lui désignera 
Adret Issach, en ayant bien soin que les témoins ne communiquent pas 
entre eux ; qu'il exige des répondants de tous ceux qu'il trouvera cou- 
pables, et qu'il transmette au roi le résultat de son enquête, sous pli 
fermé et scellé de son sceau. — Même date. 

Reg. 74, 1° 27 v e . 

1825 — Alfonso III mande au baile de Barcelone de surseoir jusqu'à 
nouvel ordre à la poursuite du procès qu'il avait intenté à certains Juifs 
de la ville au sujet des murs du couvent des Frères qui se trouvaient 
contigus au call judaïque. — Tarragone, 7 décembre 1287. 

Reg. 74, f° 46 V. 

1826. — Alfonso III rappelle les officiàux de la ville et des aidées de 
Calatayud à l'observation, vis à vis des Juifs de leur résidence, de son 
mandement sur les créances usuraires, mandement qu'ils négligeaient 
de faire exécuter (voy. n° 1816). — Même date. 

Reg. 74, f° 47. 

1827. — Alfonso III mande à Et. de Castell de prêter main forte aux 
contraintes qui sont exercées à l'égard des Juifs de Tarrega et des autres 
lieux de la collecte de Lérida, pour les obliger à s'acquitter de leur quote- 
part de la quête, selon la taxation qui leur avait été imposée par les Juifs 
de Lérida. — Même date. 

Reg. 74, f 79. 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET AT.FONSO III 219 

1828. — Alfonso III informe le viguier de Barcelone et du Vallès qu'à 
la supplique d'Astruga, veuve de Jucef Ravaya, il a fait mettre en liberté 
Toros, fils de Momet, Juif de Narbonne, qui, venu à Barcelone pour 
contracter mariage avec la fille de ladite veuve, avait été emprisonné 
par ledit viguier parce qu'il était habitant de Narbonne ; le roi mande 
au viguier d'absoudre ledit Toros, ainsi que ses répondants, parmi les- 
quels dame Sibile de Saga, sans oublier Jucef, le maître du jeune 
homme. — Tarragone, 13 décembre 1287. 

Reg. 74, f° 36. — Publ. : J. Régné, Étude sur la condition des Juifs de 
Narbonne du V e au XIV e siècle, Narbonne, 1912, in-8°, pp. 234-5. 

1829. — Alfonso III mande à tous ses officiaux de s'enquérir si les 
femmes de Lérida dont les maris étaient débiteurs à l'égard des créan- 
ciers juifs avaient renoncé à tout droit et recours en raison de leur 
douaire, et, dans l'affirmative, de contraindre lesdites femmes à payer 
les dettes de leurs maris ; rechercher, de plus, si les débiteurs avaient 
renoncé au bénéfice du sursis. — Même date. 

Reg. 75, f° 52. 

1830. — Concession semblable à celle qu'on trouvera analysée plus 
bas, sous la date du 31 janvier 1287/8 (n° 4861). — Même date. 

Reg. 75, f° 52. 

1831. — Alfonso III reconnaît que, pour toutes les instances intro- 
duites au sein des aljamas juives de la ville et de la collecte de Lérida, 
l'açuna hébraïque doit être observée comme elle l'est dans la commu- 
nauté juive de Barcelone. — Même date. 

Reg. 75, f° 52. 

1832. — Alfonso III confirme le règlement édicté par le roi Jaime I flr , 
en faveur des Juifs de Barcelone, Tarragone, Yillafranca et autres lieux 
de la collecte barcelonaise, sur l'obligation de la preuve par chrétien et 
juif. — Huesca, 18 décembre 1287. 

Reg. 75, f° 43 v°. 

1833. — Alfonso III mande à son agent A. de Bastida de tenir quitte 
les Juifs barcelonais de l'obligation et caution de 17.000 sous. — Sara- 
gosse, 23 décembre 1287. 

Reg. 71, f° 111 v n . 

1834. — Alfonso III mande aux aljamas juives de Borja et de Tauste 
d'apporter à Saragosse et d'y remettre à un fonctionnaire royal la somme 
que le portier Juan P. de Pertusa et un autre fidèle devaient d'abord 
recevoir d'elles. — Même date. 

Reg. 71, f<» 112. 



220 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

1835. — Alfonso III mande à tous ses officiaux de rechercher si, dans 
les actes de créances souscrits au profit des Juifs de la ville et collecte 
de Barcelone, les femmes des débiteurs ont déclaré sous leur signature 
qu'elles renonçaient à leur droit légitime et à leur douaire ; dans l'affir- 
mative, il pourra être usé de contrainte à l'égard des biens de ces 
femmes ; les débiteurs quijjont renoncé au bénéfice du sursis semestriel 
subiront le même traitement. — Saragosse, 27 décembre 1287. 



1836. — Alfonso III mande à Bn. de Ginebret de contraindre tous les 
Juifs du royaume de Valence, établis hors de la cité de ce nom, à contri- 
buer au paiement de la somme que ledit agent est en train de lever sur 
les Juifs de l'aljamade Valence, selon la taxation qui leur a été impartie 
par les secrétaires de ladite aljama, pourvu, toutefois, qu'Usaient accou- 
tumé de contribuer avec la communauté juive de Valence et non avec 
d'autres aljamas de ce royaume. — Saragosse, 30 décembre 1287. 

Reg. 74, f° 49 v°. 

1837. — Alfonso III a été informé que certains Juifs ou Juives de l'al- 
jama de Valence refusaient de contribuer avec ladite aljama aux peytes et 
aux autres exactions royales, sous prétexte qu'ils en avaient été dispensés 
par privilège spécial; mais, comme la communauté de Valence est très 
appauvrie, le roi entend que tous ses membres, francs ou non, acquittent 
leur quote-part des dépenses communales. — Même date. 

Reg. 74, f° 49 v°. 

1838. — Alfonso III mande à Berenguer de Cardona de contraindre les 
Juifs des aljamas de Saragosse, de Huesca et de Calatayud à verser le 
solde de la somme pour laquelle ils s'étaient obligés par acte public a 
l'aljama de Barcelone et dont ils avaient versé une partie audit de Car- 
dona; les Juifs de Barcelone devront être indemnisés des dépenses qu'ils 
ont faites dans l'intérêt des trois communautés. — Même date. 

Reg. 74, f» 49 v°. 

1839. — Alfonso III a été informé que les secrétaires de l'aljama juive 
de Valence poussaient induement leur coreligionnaire Vidal Avenrresch 
à contribuer aux tributs, peytes et autres impôts royaux dans une pro- 
portion supérieure a ses facultés; il leur mande, en conséquence, de ne 
pas grever ledit contribuable, pourvu, toutefois, qu'il ait fait, sous ser- 
ment, une déclaration loyale de ses biens. — Saragosse, 31 décembre 
1287. 

Reg. 74, f» 41 v°. 

1840. — Alfonso III a appris que la communauté juive de Valence 
avait dressé un. statut, aux termes duquel tout prêt consenti au roi ou à 



CATALOGUE DES ACTES DE JAIME I er , PEDRO III ET ALFONSO III 221 

un fonctionnaire royal par un membre de la communauté devait être 
remboursé par l'aljama au prêteur; il lui mande donc d'appliquer le 
statut en faveur du Juif de Valence Hionasibili et de ses frères, qui ont 
fourni un prêt au fidèle P. Pelegri, de la maison royale, avec l'approba- 
tion des secrétaires de l'aljama. — Même date. 
Reg. 74, f 41 v°. 

1841. — Alfonso III mande au juge P. de Costa de surseoir, jusqu'à 
son arrivée dans les parties de Valence, à l'exécution de la sentence ren- 
due par le juge F. Apiaria contre l'aljama juive de Valence dans le procès 
entre cette communauté et Abrahim Abinafia; car il a été prévenu que 
cette sentence était préjudiciable à l'aljama. — Même date. 

Reg. 74, f» 42. 

1842. — Alfonso III a été prévenu par le châtelain de Monzôn que 
Bernardo de Pallars, viguier de Ribagorza et de Pallars, contraignait à tort 
les Juifs de Monzôn à prêter serment entre ses mains, en exécution du 
statut de Jaime I er sur le taux maximum de l'intérêt, bien que ces Juifs 
aient j uré pareillement d'observer le même statut par devant R. de Molina, 
du temps où ce dernier était « sobrejuntero » de Ribagorza ; or, le statut 
royal porte que le serment ne devra être prêté par les Juifs qu'une seule 
fois et entre les mains du viguier de leur résidence; le roi mande au 
viguier de Ribagorza de se conformer aux clauses du statut. — Même date. 

Reg. 74, f 42. 

1843. — Alfonso III rappelle à ses fidèles justice, jurés et conseil de la 
ville et des aidées de Galatayud qu'il leur a déjà écrit de ne pas englober 
son médecin, le Juif Jucef, dans les poursuites qu'ils sont en train 
d'exercer en vue de recouvrer les sommes dues par les Juifs de Gala- 
tayud; il leur mande d'observer cette dérogation à l'ordre de contrainte. 
— Même date. 

Reg. 74, f» 43. 

1844. —Alfonso III notifie à Domingo de la Figera, baile de Cala- 
tayud, qu'il a concédé le pesage de cette ville à son fidèle médecin Jucef, 
Juif de Galatayud, et lui ordonne de remettre au nouveau bénéficiaire le 
produit du pesage à dater du jour auquel la concession a été délivrée. — 
Même date. 

Reg. 74, f 43. 

1845. — Alfonso III mande aux officiaux de la ville et collecte de 
Barcelone d'observer le règlement établi par Pedro III pour les Juifs de 
Barcelone et prescrivant que, dans les procès entre chrétiens et Juifs, la 
prestation du serment par les Juifs serait accompagnée de la lecture, 
faite sur leur tête, des diverses malédictions. — Même date. 

Reg. 74, f 46 y». 

{A suivre.) Jran Régné. 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE 
DE LA BANQUE HÉLIOT A VESOUL 



Le manuscrit n° 1415 du fonds hébreu de la Bibliothèque natio- 
nale de Paris, qui est un recueil factice de pièces diverses, contient, 
à l'article 7e, un feuillet hébreu, envoyé à M. H. Omont, conser- 
vateur du département des manuscrits, par le libraire Alexandre 
Baillieu. Celui-ci avait trouvé ce feuillet dans les gardes de reliure 
d'un Térence (Lyon, 1560). Autant d'après l'écriture spéciale 
que par le contenu, il est aisé de reconnaître la provenance de 
cette pièce : c'est un fragment des « Deux livres de commerce du 
xiv' siècle », ou comptes de la banque Héliot à Vesoul, qui forment 
deux manuscrits des Archives départementales de la Côte-d'Or 
à Dijon 1 . Ils ont été d'abord signalés par M. le grand-rabbin 
Alfred Lévy 2 , puis analysés par Isidore Loeb 3 . Grâce à ce 
travail considérable et grâce au commentaire si méthodique qui 
l'accompagne, il est possible de déchiffrer cette page isolée, si 
heureusement retrouvée. 

Dans le ms. de Dijon B 10411, dit Isidore Loeb, il manque huit 
ou neuf feuillets, qui paraissent avoir été coupés au canif et qui 
furent peut-être enlevés à l'époque de l'expulsion des Juifs du 
Comté et de la confiscation de leurs biens au profit du roi, par 
des débiteurs peu scrupuleux. Nous sommes en présence d'un de 
ces feuillets qui s'adapte bien à l'une des lacunes ainsi relevées, 
sauf qu'on peut hésiter entre la lacune qui suit la feuille 18 et 
celle qui suit la feuille 29. Ces deux feuilles, il est vrai, sont entiè- 
rement consacrées aux opérations faites à Noroy ; mais l'une 
d'elles se réfère sans doute à Noroy-le-Bourg, l'autre à Noroy-lès- 
Jussey, tous deux dans la Haute-Saône, selon l'identification éta- 
blie par Isid. Loeb (ibid., t. VIII, p. 181). La provenance du feuillet 

4. N os B 10410 et B 10411. 

2. Archives Israélites, t. XXX (1869), p. 184-7, 214-8, 245-8. 

3. RÉ J. } t. VIII, p. 161-196; t. IX, p. 21-50 et 187-213; t. IX, p. 238-9. 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LA MAISON HÉLIOT 223 

une fois reconnue, il s'agit de savoir de quel côté il commence, où 
est le recto et où le verso. 

Tout d'abord nous avons cru trouver la fin sur la page remplie 
seulement à moitié, à 6 lignes, surtout parce qu'elle se termine 
par un « total » de compte. Mais de l'examen du contenu il résulte 
que c'est la fin d'un compte spécial à une localité, tel que ce 
compte a été envoyé par un associé ou correspondant de la banque 
de Vesoul ; la plus longue page du « journal », on des opéra- 
tions inscrites au jour le jour, établit l'état des clients jusqu'en 
janvier 1318, tandis que le petit côté ne dépasse pas l'an 1314. Ce 
dernier, par conséquent, est le recto. 

Ces réserves faites, il faut tenir compte des lacunes, des trous, 
des déchirures du présent feuillet 1 , écorné de 3 centimètres dans 
toute la hauteur à gauche du recto, sans compter que les inter- 
lignes occupent des places indécises, ne fixant pas assez exacte- 
ment leur relation avec la ligne supérieure ou la ligne inférieure. 
Voici notre essai de transcription et de traduction : 

Recto. 

i. ...wn âp'c npbn "inn tjêwd (?) aosa 

2. ...yyna-w ■"finwiian "•aïKDDb p yn* m ■^Ni&om na-iN» p "pts (...) 
■•b-man nu 

3. ...b"m C3Tâbsp , '8 "ner àai r>*in rsrw ""«lamaa mn caiâ^a p "pis (...) 

■H73 

4. ...t«dyth \nwD an an psaiDiioam nKarib ©par" p ""ônemaTa •p"^"'** (...) 

5. ...rtNiNa^ba^xpm sawnai la-panwn Bibn^bôT fn^ob ""finÉmaTa 

6. bîa> ^n i 

Tout au bas de la page, à gauche : 

7. ^î:n û-b'ra ^d 

Traduction : 

\. . . .réclamé la dette, car il a pris. . . a payé 101 gros (?) 
2. ...Périn fils de Margret de Noroy, et encore Périn fils de Lampoté de 
Noroy et Estevenans. . . 
(Interligne) moitié de Margoili (?) 

{. 11 mesure 20 centimètres en largeur sur 11 centimètres de hauteur, tandis que les 
pages complètes, mesurées selon le fac-similé publié par Is. Loeb, ont 23 centimètres 
sur 20. 

2. Mot inachevé pour mn.T L'abréviation est marquée soit par un Irait en surligne) 
soit par un point sur la dernière lettre. 



224 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

3. Périn fils de Guillot qui demeure à Noroy et qui était [natifj de 

Villiers. 
Il reste 1 1 sous, Echalbert de Vy. . . 

4. Aimonin de Noroy fils de Jacques à [la foire de] Les Bordes de Mont- 

justin. Encore Dom Sevrin de Roussière. . . 
(Interligne) esterlin et demi. 

5. . . .de Noroy à Périn. . . (?) de Morgière de Novedans et (?) Saint. . . 

6. . . .le 6 de [la section] Haye [Sara] 74 du comput. 

7. Total : 54 livres et 12 sous. 

Observations. 

Ligne 1. Le sens du premier mot nous échappe, soit qu'on lise 
uojn (ce qui n'a pas de sens), soit nsosa ; car les lettres id liées 
entre elles par le bas ressemblent au a. Si la lettre médiale — 
malgré sa forme — est un n, on lira volontiers : "îana», « nous 
créanciers de. . . ». — Le mot irn, dont la dernière lettre est sur- 
montée d'un point, est l'abréviation de mm, « le dû ». — Nous 
n'affirmons pas avoir bien lu le 4 e mot : npbi pour npbra. — Le sens 
du groupe ap^D n'est pas certain : après le s il y a, ou un \ ou un 
point abréviatif, initiale du mot ns, « il a payé ». Cette dernière 
lecture est possible, puisqu'en raison du trait qui surmonte les 
deux lettres «p, nous devons être en présence d'un nombre. Si, au 
contraire, il n'y a pas un signe abréviatif sur le s, on peut admettre 
que c'est le mot vieux français piche, moderne « pichet », mesure 
de capacité*. — Le sens du mot ibvw, gros, est proposé sous 
toutes réserves, car pour désigner cette monnaie, le rédac- 
teur de notre ms. emploie généralement le mot hébreu trbv», 
« grands », applicable aux diverses sortes de gros. Il se peut aussi 
que ce mot serve à qualifier la mesure de capacité ; il détermine- 
rait la grandeur, la « grosseur », du récipient nommé précédem- 
ment, en admettant qu'on y voie le mot « pichet ». 

Ligne 2. Il a déjà été question du nom de lieu Noroy, en tête de 
ces pages. Appelons seulement l'attention du lecteur sur la façon 
de transcrire en hébreu la diphtongue finale de ce nom géogra- 
phique. — La seconde lettre du huitième mot est douteuse : est-ce 
un \ ou un 3 incurvé, affectant la forme du chiffre usuel 3 penché 
vers la gauche? C'est dans cette seconde alternative que nous 
avons songé au mot vieux français lampote, « petite lampe », 
présenté par Godefroy (ibid., t. IV, p. 708 b). — Quant au dernier 

1. Voir Godefroy, Dictionnaire de Vancienne langue française, t. VI, p. 142 6. Il 
est bon, pour justifier cette lecture, de consigner à nouveau, avec Isidore Loeb (ibid.. 
VIII, 166), que p surmonté d'un trait = ch. On peut aussi transcrire notre terme par 
le mot fiche, pic de fer, comme nous l'apprend Godefroy (ibid., t. III, p. 782 a). 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LA BANQUE HÉLIOT 22b 

mot de cette ligne, qui se retrouve aussi ligne 2 du verso, il en 
sera question plus loin, à propos des monnaies mentionnées. 

(Interligne). Nous ne savons pas exactement quelle place il faut 
assigner à ces deux mots : appartiennent-ils à la ligne 2 ou à la 
ligne 3? Cette incertitude est aggravée par l'obscurité du second 
mot. Très probablement il s'agit d'une monnaie déterminant 
« l'estevenans » inscrit auparavant; la fin de la ligne 2 a mal- 
heureusement disparu, rognée par le relieur. — Dans le second 
mot de l'interligne, "»Vrn3, on ne saurait songer à voir un nom de 
lieu, car il n'y a pas en France de localité nommée Norli ou 
Norley. Est-ce une corruption de îa^Virrra, Margoilics*, que l'on 
retrouve dans notre Livre ? 

Ligne 3. On remarquera avec quel soin on désigne la localité, le 
domicile et la naissance du client Périn, parce qu'il y avait plu- 
sieurs personnes inscrites sur le registre sous ce nom. Son père 
portait un nom qui joue un rôle dans la numismatique du temps : le 
Guillot est une monnaie de très petite valeur, que Jean XV, comte 
de Poix, fit battre à Pamiers au xiv 6 siècle 2 . — Le nom Echalbert 
(nouveau venu) ne comporte pas de préfixe; on ne sait pas s'il est 
débiteur ou créancier de la somme de 11 sous, spécifiée aupara- 
vant. — Le dernier mot Vn, correspond à la commune de Vy-lès- 
Lure (Haute-Saône) , selon l'identification établie par Isidore 
Loeb 3 . Bien entendu, il ne faut pas confondre ce nom avec le 
précédente, Villers-lès-Luxeuil (Haute-Saône). 

Ligne 4. — Le terme viKrrbb indique probablement le lieu et 
l'époque d'échéance du montant dû par Aimonin. On sait, par 
d'autres comptes du môme ms. (I, 36a; II, 80a) que dans Les 
Bordes (Saône-et-Loire, canton de Verdun-sur-Saône), au moment 
de la foire, on réglait les dettes, comme on le verra pour un 
autre rendez-vous de foire (ligne 6 du verso). Pour admettre 
que, dans la transcription hébraïque du nom de Les Bordes, l'ab- 
sence d'un i final soit justifiée, il faut croire que, dès lors, cette 
lettre finale était assourdie dans la prononciation, à l'égal de 
l'énoncé actuel du mot bord. Ou bien a-t-il existé jadis en Franche- 
Comté un hameau qui a disparu et qui portait le nom de Libaro? 
— On est mieux renseigné sur la transcription hébraïque du nom 
local Montjustin ; elle est même plus exacte ici, plus conforme au 
nom français, que dans d'autres passages du même ms (I, 20 b; 

1. Ms. II, 47 6. Voir Leblanc, Tr. des monnaies de France, p. 224, rappelé par Isid. 
Loeb, R É /., IX, 24. 

2. Voir Godefroy, ibid., t. IV, p. 385 c. Nota : le 3 ponctué transcrit le II mouillé. 

3. R É /., VIII, 177. 

T. LXVII1, n° 136. 15 



226 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

II, 24 £, 45 6). — Les deux noms propres qui terminent cette ligne 
sont là pour la première fois et peuvent être transcrits selon notre 
version; le dernier mot, d'après Godefroy \ signifie : lieu couvert 
de roseaux. 

Ligne 5. Le troisième mot de cette ligne est également men- 
tionné ici pour la première fois ; nous hésitons à le lire et encore 
plus à le transcrire. La seconde lettre, un a surpointé, suggère 
l'idée d'un nom composé, qui commence par l'appellation « Saint » ; 
mais le reste laisse le lecteur perplexe. — Les deux localités 
nommées ensuite ont été fixées par Isid. Loeb (ibid.) : Morgière ou 
Morgnières correspond évidemment à Morigny (Saône-et-Loire), 
et le mot qui est transcrit « Noidans » est l'équivalent de l'actuel 
Noidans lès-Vesoul. — Le dernier mot nous échappe 2 . 

Ligne 6. Plus loin, il sera dit comment les dates ont été déter- 
minées. La présente date correspond au vendredi 27 Heschwan 
(50)74 de l'ère juive de la création, soit le 18 novembre 1313 de 
1ère chrétienne. 

Verso. 

t. air^v i-| e-ivtbd y 



b 

2. •p-na*'» by -naî-n •nnN by ■narri V" 1 ^^ 3 ^" 13 * 5 * 

3. na^n rrra rtT "-an* obiai «Twwapb by -nium aT»aab by 3 -naa i... 

naa ùnb dikibs ~n miwan ln« ny»a rn «b ab.. *np«na«b "«a 

4. brf* n-pi « ■'"«r vn "ht t3 s , pN" n ™*p 

5. b ^ann ba b m? ■•a "nr ^y biy iô 2 rona n a^n mn» *m by d 

^ha £»i bî* n-pi à ^na 

6. inai du: •naa -nn» bn* an i naa avunaanb panai..* 

bî> (*amsb) 
Tn 

7. «bi pipr i y br> «-m *i f b bn* N3 i-ro daus bi> arma -naii 

[na^aiU laara n 
s. bT* ameb rh raai bw «at^i n ■h» b na iy "Han bnr *p n b y^s 

13-1 ïia *ana iaaœ «bi 
9. nias -inv toi mann jis *a "Hïi [tache d'encre] n? •nart biï* *p » 

. . .xm â-»b nb -Han ja 

1. Dictionnaire, t. VII, p. 241 6. 

2. Le premier élément semble être : pm, « et Saint. . . » suivi d'un nom de lieu qui 
nous est inconnu. 

3. La première lettre est de lecture douteuse; une 2» lettre est superposée, à titre 
de conjecture. 

4. Nous avons mis ce mot entre parenthèses, car dans le texte il semble barré. 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LÀ BANQUE HÉLIOT 22? 

10. nrn ù *p yo -nb iy "Hbï-i d bt* ^mbjm 

P 
n. «bi br* NisbnTb "narri "pa-iab "n»rt 

(' a-nob) -m iia ^n-n 1373^ 

12. bf> ■ptnïa pb -nb vïjb b^bi ">nbn p nias à 

13. bn* rra ^m ^ti ■nrâïi d bTJlra-iTra *H5ri s "itd a 
u. ^i bm> écpi « ûm |rn "^nab bj* onai ^ ^nïi i» d 

Traduction : 

1 encore Petitiot, et en outre Ieaninot. 

2 pour Granvosgien, et les 40 sous sur Ambrieu et les 20 sous 

en Estevenans. . . 

3. ...des 20 sous sur Lambert (ou Lombard) et les 15 sous sur Leca- 
nados ; tous sont garants l'un de l'autre. La vérité est que pour Labus- 
quin (ou Labusquier).. . il n'y avait pas. . . au moment où j'ai remis les 
espèces; mais ils ont assumé la charge pour moitié. 

4. Juste Ieanin a versé les 10 autres sous, et il reste 11 sous le premier 
jour (dimanche) de [la semaine] Wayéra 78 du comput*. 

5. Il a payé sur le montant de ce qu'il devait le l ep jourde [la semaine] 
Berakha III fin 74 du comput 3 jusqu'à 10 sous; car il n'a pas payé tout 
l'intérêt. Il a payé 15 sous le 1 er Wayéra 77 du comput 4 . Il reste 24 sous 
à [la foire de] Port en 77 du comput (= 1317). 

6. Huguenin à Ratussier (ou Leratussier) acompte (?) le 6 e jour (ven- 
dredi) de [la semaine] Bo 78 du comput 5 , à la suite des 23 sous, et 381 
[deniers] 

7. les 3 sous dûs de [la semaine] Wayéra 76 du comput 6 , de sorte que 
40 sous restent à [la semaine] Bo 78 du comput 7 . 

Il a payé 7 sous à [la semaine de] Wayéra 11 du comput 8 . 11 a versé 
7 marcs (ou 7 sous forts), et nous n'avons pas compté. Doublet. 

8. Piez a payé le 1 er de [la semaine] Lekh [lekha] 75 du comput', les 
50 sous jusqu'à 40 sous. Il a payé 40 sous le 1 er de [la semaine] Wayécé 10 
l'an 77 du comput. Il reste 10 sous à [la foire de] Port, et nous n'avons 
rien compté en intérêt. 

9. Le 1 er de [la semaine] Lekh [lekha] 75 du comput; les 40 sous, 
témoin... C'est donc qu'il a payé l'intérêt, pas davantage; balance des 
40 sous : 34 livres et demie. 

1. Môme remarque qu'à la note précédente. 

2. Soit 9 Heschwan 5078 = 16 octobre 1317. 

3. Ou 18 Tisri = 30 septembre 1313. 

4. Ou 14 Heschwan =31 octobre 1316. 

5. Soit le 10 Schebat 5078 = 13 janvier 1318. 

5. Soit 12-18 Heschwan = 12-18 octobre 1315. 

6. Soit du 14 au 20 Heschwan 5077 = 31 octobre au 6 novembre 1316. 

7. Soit du 5 au 11 Schebat = 6 au 14 janvier 1318. 

8. Soit 14-20 Heschwan = 31 octobre-6 novembre 1316. 

9. Soit 2-8 Heschwan 5075 = 13-20 octobre 1314. 
iO. Soit 12 Kislew 5077 = 28 novembre 1316. 



228 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

10. . . . Behaalotekha 11 du comput *. Il a payé les 20 sous jusqu'à 
30 sous, de sorte qu'il te reste 98sous. 

11. ...les 40 sous à la S l -Martin, les 50 sous à la Gaveline (?) 77 du 
comput, et nous n'avons rien compté comme intérêt. 

12. Arrangement des 30 sons notés pluslhaut. Sur 70 sous, 30 sous à 
la S l -Martin 77 du comput (28 novembre 1317). 

13. Faiseur a payé les 30 sous le jour de S l -Martin 77 du comput. Il a 
payé les 40 sous et 7 sous d'intérêt à Noah 78 du comput *. 

14. Il a payé sur les 40 sous le 6 e jour de [la semaine] Debarim 77 du 
comput*... 33 sous et 8 deniers. Il reste au i* r jour de Wayéra 78 du 
comput 4 dix sous. 

Observations. 

Ligne 1. Par suite de l'entaille en haut du feuillet, coupé légè- 
rement en biais, la première moitié de cette ligne manque. Elle 
contient deux noms nouveaux : Petitiot et Ieaninot, diminutifs des 
noms Petit et Iehan. 

Ligne 2. On peut lire le premier nom : Grandvosgien ; mais 
comme on ne le trouve pas ailleurs, on le présente à titre de 
transcription conjecturale. — Nous transcrivons le nom "na», qui 
suit, par Ambreuile, tel qu'il se trouve déjà dans le même livre 5 , 
cité comme nom d'une localité. Est-il permis d'en inférer qu'ici il 
est devenu nom propre de personne?— Pour le dernier mot de 
cette ligne, qui figure également ligne 2 du recto, voir l'observa- 
tion faite ci-dessus. 

Ligne 3. Le premier mot, peu clair, doit probablement com- 
mencer par un « et, par conséquent, se lire aussi "naN, soit : 
Ambreuile. Cette ligne contient trois noms nouveaux : pour le 
premier, on hésitera entre la transcription Lambert, — si ce n'est 
pas un anachronisme, — et celle de Lombard, qui concorde moins 
avec la vocalisation finale, le \ — La lecture du deuxième nom 
est loin d'être certaine. — La première lettre du troisième est peut- 
être le préfixe b, à, non l'article le ; mais l'écornement de la fin de 
ligne, aggravé par une légère lacune en tête du mot suivant, rend 
cette lecture douteuse. Godefroid 6 donne un mot Abusquin, sans 
l'expliquer. 

1. Soit 10-16 Sivan = 52-28 mai 1317. 

2. Soit i» Heschwan = 8 octobre 4317. 

3. Soit le j Ab 5077 = 15 juillet 1317. 

4. Soit 9-15 Hescbwan 5078 = 16-23 octobre 1317. 

5. Ms. II, f. 46 6; R E J., VIII, 171; IX, 197. La nasale Am-A. 

6. Dictionnaire, t. I, p. 40 6, citant d'après Scbeler l'expression « joueur d'Abus- 
quiu ». 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LA BANQUE HÉLIOT 229 

Ligne 4* Cette ligne est vide, dans sa première moitié. — Le 
premier nom, Juste, qui ne se retrouve pas ailleurs dans ces 
mêmes livres est évidemment celui d'un juif. De même que le 
prénom Hayyim est traduit Vivant au moyen âge en Languedoïl, 
et Vidal ou Vital en Languedoc de même le prénom Zadoc a 
pour équivalent lusti ou Iusto, tel qu'on le trouve dès le vm e siècle 
sur une épitaphe latine à Narbonne, ou plus tard sur une épitaphe 
hébraïque, à Vienne-en-Dauphiné, selon les textes publiés dans le 
Rapport sur les inscriptions hébraïques de la France l (Paris, 1904). 

— Dans la suite, pour le » ponctué en signe d'abréviation, nous 
supposons que c'est l'initiale d'un mot^auî, « reste », sans pouvoir 
l'assurer; elle ne figure pas parmi les abréviations notées par Is. 
Loeb 2 . 

Ligne 5. Le second mot écourté, lu 'nai pour D"W, est douteux. 

— La date est singulièrement exprimée : la lecture de la section 
Zot ha-Berakha, ou l'achèvement du Pentateuque, a lieu au der- 
nier jour de la fête de Souccot, soit le 23 ïisri. Or, on sait que 
la lecture sabbatique est ajournée d'une ou plusieurs semaines 
lorsque des fêles surviennent le samedi, de sorte qu'alors il y a 
autant d'intervalles hebdomadaires que de fêtes. Par conséquent, 
le rédacteur de notre ms. dit que le jour de l'opération financière 
appartient à la première, ou à la seconde, ou à la troisième 
semaine. Ce dernier cas, assez fréquent, est une particularité heb- 
domadaire, visée ici par le chiffre a en majuscule, pour le distin- 
guer d'un jour usuel de semaine. Le 1 er Tisri était alors un jeudi ; 
les 10 et 17, samedi, jours de fête; donc, le dimanche de cette 
3 e semaine Tan 5075 correspond au 18 Tisri (== 30 septembre 
1314). — Des deux lettres ponctuées ib, qui suivent, la première 
est évidemment ponctuée par erreur. C'est le mot spo, « fin » 
d'année spéciale à cette comptabilité, s'achevant avec les lectures 
sabbatiques, tandis qu'en fait l'année religieuse est déjà 5075 (non 
5074). — La localité est Port-sur-Saône; au § Dates (ci-après), 
cette date d'échéance sera expliquée. 

Ligne 6. Les deux premiers mots sont des noms propres, men- 
tionnés la pour la première fois. — Le troisième mot, « a compté», 
est peu compréhensible à cette place. — Le dernier mot, « un », 
ne détermine pas de quelle unité il s'agit ; mais le contexte laisse 
deviner qu'après les « sous », la monnaie divisionnaire est des 
deniers. — Après un blanc, il y a une date qui se réfère pro- 



1. Extrait des Nouv. Archives des missions scientif., XII, 172 et 187-9. 

2. Ibid., IX, 195. 



230 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

bablement à la fin de la ligne précédente : il semble que le « reste 
dû de 24 sous » est reporté à une date ultérieure de la même 
année. 

Ligne 7. En tête de la ligne, il y a un blanc, réservé sans doute 
pour une indication attendue et qui n'est pas venue. — Le nom 
de la monnaie est à peine lisible : c'est ou pipT « marc », ou &-pvn, 
« [sous] forts » 4 . — Le dernier mot, « doublet », doit se référer à 
l'inscription mal placée des mots « nous n'avons pas compté », 
que l'on retrouve à leur place correcte, dans la ligne suivante. 

Ligne 8. Faut-il voir dans le premier mot la transcription du 
terme Tieux français piez (pied), puisque d'autre part notre livre 
contient l'expression y^t> tnuixp « Quatre piez » 2 ? Ou bien faut-il 
admettre que c'est la transcription du mot « pièce », petite mon- 
naie que le même livre mentionne 3 au pluriel? Au lecteur de 
choisir. 

Ligne 9. Si la tache d'encre cache un nom propre, le mot qui la 
précède peut signifier : « témoin »; mais si c'est une date, le mot 
précédent signifie : « jusqu'à ». 

Ligne 10. On ne comprend pas bien comment le client qui a 
payé 20 sous sur 30 a un « reste de 9 sous » : est-ce au Débit, ou 
au Crédit ? Aurait-on inscrit à l'Avoir de l'un ou l'autre un sou de 
moins pour arrérage ? 

Ligne 11. La moitié de la ligne à droite est en blanc, comme à la 
ligne 4. — La seconde date est indiquée par un mot de lecture 
douteuse, présentant tout à fait les difficultés d'interprétation déjà 
minitieusement observées par Isidore Loeb (ibid., VIII, 194), pour 
d'autres passages de notre livre (ms. I 13 a, 13 b; II 54 a) conte- 
nant le même mot : Loeb s'est demandé s'il faut lire arnbap, caveline, 
ou Nsrbap, chevalcée, époque d'une chevauchée, vu l'impossibilité 
dans cette écriture de distinguer entre r> et s. De plus, ici, la pre- 
mière lettre (après le préfixe h, à) est plutôt un t qu'un p écourté. 

Ligne 12. Le premier mot est rarement employé sous cette forme; 
ce doit être le substantif, pris dans le sens rabbinique, rmcs, 
« entente, arrangement ». — La date finale comporte exactement 
la désignation « à Saint », pb, sous-entendue dans la ligne pré- 
cédente. 

Ligne 13. Le premier mot est un nom propre, dont l'existence 
est constatée ici pour la première fois : le nom Faiseur a pour 

1. On les trouve cités ms. II, fol. lia, Voir R É /., IX, 23. 

2. Ms. II, f. 343 ; cf. R E J., IX, 190. 

3. Ms. II, f. 38 6; fi É J., IX, 193. 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LA BANQUE HÉLIOT 231 

équivalent actuel le nom de famille « Fabre, ou Favre », signifiant 
à l'origine : ouvrier 1 . — Quant à la date qui suit, il est invraisem- 
blable qu'en deux lignes consécutives, écrites de la même main, 
les désignations diffèrent, s'il s'agit de la môme journée. Il faut 
donc chercher un autre sens que celui de « saint » au © initial 
qui précède le mot « Martin » : c'est peut-être l'initiale de l'expres- 
sion fûin nbm«J, « jour où Martin sera (ou : a été) pendu », par 
allusion à un événement local, comme l'a ingénieusement proposé 
Isidore Loeb, à propos de cette mention dans notre livre (II, f. 5 b). 
Ligne 14. Les deux lettres En sont surmontées de points. Il y a 
certainement là deux mots abrégés, à lire ainsi : trtmzjD m « et 
8 deniers ». Après la mention de « sous », il n'y a pas lieu de sup- 
poser qu'il soit question de « un demi-florin », mo rsm, version 
que lesdites initiales permettraient d'adopter. 

Quelques remarques d'ordre général peuvent servir à mieux 
faire comprendre notre petit texte. Après l'étude sur les Juifs de la 
Franche-Comté par l'abbé Morey 2 , il n'est plus nécessaire de mon- 
trer quel fut le rôle du chef de cette maison de banque, aux nom- 
breuses ramifications autour de Vesoul, dans les départements 
limitrophes de la Haute-Saône. 

1. Dates. Au lieu de libeller les dates d'opération de cette 
banque, soit le prêt, soit l'échéance de remboursement, par des 
quantièmes mensuels, on les indique par le jour de la semaine de 
la section duPentateuque, lue à la synagogue : 1 er jour (dimanche), 
2 e jour (lundi), etc. L'année est celle de l'ère de la Création, chiffre 
suivi toujours de la lettre b, initiale du mot eansb, « du comput ». 
Le millésime courant, 5000, est sous-entendu, et il n'est pas ques- 
tion de centaine entre les années 5001 et 5100 (= 1240 à 1340). 
Pour le rédacteur de notre ms., suivant la remarque déjà faite 
par Isid. Loeb (ibid., VIII, p. 191), l'année juive ne semble pas 
commencer (comme d'habitude) au 1 er Tisri, mais au samedi de la 
première section sabbatique dite Bereschit, soit après les fêtes de 
ce mois. 

Aussi, les dates comprises entre le 1 er Tisri et le samedi Bere- 
schit sont-elles indiquées par la lecture sabbatique suivante ; mais 
le millésime est encore celui de l'année précédente, sauf qu'il est 
précédé par le mot tpo, « lin ». En outre, même à la suite d'une date 

4. Voir Godofroy, Diction, de V ancienne langue française, t. III, p. 705 b. 

2. RE J., t. VII, p. 1-30. 



232 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

chrétienne, d'an nom de saint (p. ex. à la S 1 Martin), le texte 
donne Tannée juive selon l'ère de la Création. D'autres fois, selon 
une coutume qui a persisté jusqu'à nos jours, les règlements de 
compte avaient lieu au moment des foires locales, et notre Livre 
de commerce note le lieu, suivi de l'année juive. 

2. Monnaies. En dehors des fcnsrb, litra, c.-à-d. « livres » (verso, 
li. 7), la monnaie le plus souvent mentionnée est le nm. On sait 
que le mot '■»*!, dinar, n'a pas le sens de « denier », comme on 
serait enclin à le traduire de prime abord ; il signifie sou, lequel 
a pour division le ûtob, « denier ». Isidore Loeb l'a déjà constaté, 
et après avoir invoqué les habitudes des écrivains du temps, il 
observe qu'aux termes d'un des mss. de Dijon \ une livre vaut 
20 't; ce qui n'est applicable qu'aux sous. Depuis lors, on a 
d'autres preuves de cette équivalence : M. Israël Lévi l'a établie 
dans son analyse du Livre-Journal de Maître Ugo Teralh 2 , et le 
Livre de comptes de Mardochée Joseph (ms. à Marseille) le prouve 
aussi 3 . Ces Livres mentionnent en hébreu les '"H et 'c, exprimés 
ensuite par les mots sous, puis deniers, dans les textes correspon- 
dants, provençaux ou latins. 

Une fois (mais la lecture est incertaine), il s'agit du « marc », 
pipT (verso, ligne 7), pesant à peu près une demi-livre. La taille 
d'une espèce, remarque Isid. Loeb (ibid., IX, 22-24), indique le 
nombre de pièces de cette espèce que donne le marc. Au feuillet 
II, 53 #, il est question de pièces à 70 sous le marc : ce qui veut 
dire que 70 sous de la monnaie de cette pièce valent un marc 
d'argent fin. Cependant, ici, il eût été bon de savoir s'il s'agit d'un 
marc d'or = 28 livres, ou d'un marc d'argent ordinaire = 2 livres 
6 sous; mais comme nous ignorons à quoi cette somme se réfère, 
la distinction importe peu. 

A deux reprises (recto li. 2 et verso li. 2), on trouve des « Esté- 
venans ». Cette monnaie, en Franche-Comté, équivalait alors aux 
« petits tournois », selon les Archives de la chambre des comptes 
de cette province 4 . Son nom lui vient de ce qu'elle avait été 
frappée parle chapitre de Saint-Étienne à Besançon. La monnaie 
de France en Bourgogne était inférieure, pour le titre et l'aloi, à la 
monnaie « estévenante » ; elles ne cessèrent point d'être en usage 



i. Ms. II, f. 23 a. 

2. fi Ê .]., XXXVII, 259-265. 

3. Cf. Notices et extraits des manuscrits, t. XXXIX, p. 494-5; tiré à part, p. 32. 

4. Voir Dom Grappin, Recherches sur les anciennes monnaies, poids et 7nesures 
du Comté de Bourgogne [?., 1782), Preuves, n # V, p. 363. 



UNE PAGE DES LIVRES DE COMMERCE DE LÀ BANQUE HÉLIOT 233 

concurremment, ainsi que nous l'apprend D. Grappin (ibid., p. 35). 

3. Mots français. Voici les noms relevés pour la première fois 
dans notre petit texte : 'pMi&c (verso ligne 6), Huguenin ; TW» 
(recto li. 4), Aymonin ; a-pabp'w (r° li. 3), Échalbert, ou Écalvert; 
awa (r* li. 3), Guillot; ywwDwna (v° li. 2), Granvosgien ; aib^baT 
(r li. 5) (?) Satlimlot; rmv (v°li. 4), Just;oi3W' (v° li. l),Jeaninot; 
^pi3«b (v° li. 3), Labusquin; srraab (v° li. 3), Lambert; «ansrab 
(r° li. 2),Lampote îsmatttfpb (v j li, 3), Lecanados ; «•"iDiûfinb (v° li. 1), 
Leratussié 1 ; -itd (v° li. 12), Faiseur; ûVTBd (v° li. 1), Petitiot 2 ; 
ap^D (r* li. 1), Pichet, ou Fiche ; "p">0"n (r° li. 4), Roussière. — Le 
dernier mot de la ligne 5 du recto est à peu près illisible, car, 
après les trois lettres pm, il y a un caractère malaisé à déter- 
miner, x, comme un t renversé, nous ignorons à quelle lettre 
hébraïque ce signe correspond. 

4. Paléographie. Pour justifier nos lectures et faire excuser, en 
conséquence, les erreurs de traduction, il est bon de noter les 
formes bizarres, peu usitées, des caractères employés dans notre 
petit texte, en utilisant les remarques déjà faites sur cette difficulté 
particulière du sujet 3 . 

Le n, composé d'un petit demi-cercle ouvert à droite, accompa- 
gné à gauche par une grande ligne verticale, ressemble déjà à In 
de la cursive judéo-allemande contemporaine. 

Le a est presque toujours arrondi comme le a; seul le contexte 
permet de distinguer entre ces deux lettres. 

Le 3 est généralement semblable au a de récriture carrée ; mais 
parfois il affecte la forme du chiffre 3 penché en avant, vers la 
gauche, un peu comme le Tde l'écriture judéo-allemande moderne. 

Le i ressemble tellement au n, que la confusion entre les deux 
lettres est inévitable. 

Le n se compose de deux demi-cercles en vis-à-vis, la haste de 
gauche courbée à droite. 

Des lettres n (quand elle est seule) et t il n'y a rien à dire : c'est 
en petit l'écriture carrée. 

Le n ressemble trop au p ou au n, par la courbure externe de la 
haste gauche. 

Le a est tracé de deux façons : tantôt il ressemble au 12 de l'écri- 



1. On trouve bien (ms. II, 18 6) le terme ratirsier « celui qui ratisse » (REJ.,\X, 
194). 

2. Terminaison semblable à celle du mot Jeaninot ci-dessus, ou de Diéot (R É J., 
IX, 198, 200, . 

3. Isidore Loeb, R Ë J., VIII, 165-6 ; IX, 195. 



234 REVUE DES ETUDES JUIVES 

ture orientale, la haste gauche plus longue que le reste ; tantôt 
c'est un n à l'envers : u. On peut aussi confondre le ta avec les deux 
lettres na liées par le bas et même avec la lettre «, lorsque le ta 
(tracé de la seconde façon, u) est ,'surmonté d'un point, qui dans 
nos manuscrits est le signe d'abréviation (voir au id). 

Le * n'est pas une virgule, mais un simple point; de là, des 
doutes. 

Pour le 3, voir n. 

Le b est particulier : c'est une ligne serpentine au panache 
abaissé sur la gauche, s'appuyant sur une ligne oblique qui 
dépasse le niveau de la ligne. 

Le 12 est formé de deux traits verticaux joints entre eux par un 
trait oblique, en zigzag. Il arrive parfois que le trait médial est si 
fin qu'il disparaît, ou que par tachygraphie deux i sont joints de la 
môme façon ; c'est une nouvelle cause de confusion et d'obscurité. 
Il y a même un cas de double ligature pour la syllable to, sous la 
forme d'une sorte de monogramme en M N liés. Elle serait illisible 
sans le contexte (recto ligne 5). 

Les lettres a et o n'offrent rien de particulier à signaler. 

Le y est une fourche à deux dents, posée obliquement. 

Le c ressemble à un o carré, t mai s dont l'angle inférieur à gau- 
che est muni d'une petite queue oblique, comme dans l'écriture 
rabbinique, mais plus marquée. 

Le at est exactement formé d'un a précédé d'un * qui n'adhère 
pas à la lettre suivante, de sorte qu'il est impossible de distinguer 
le a: de la syllable a\ — Le y final a la forme d'une faucille, assez 
semblable au p rabbinique. 

Le p tantôt est composé d'un petit trait horizontal qui surmonte, 
sans adhérence, une ligne verticale; tantôt il ressemble au n, en 
quart de cercle au-dessus d'une ligne torse. 

Pour le n, voir ci-dessus le i. 

Le «3 est un carré ouvert en haut, u, surmonté d'un point au 
milieu, et si la haste gauche est prolongée, on le confond avec 
le ta. 

Le n a la haste gauche recourbée en dehors, parfois liée à la 
lettre suivante. 

Tels sont les principaux points qui appellent l'attention sur cette 
vieille page de comptes, curieuse à tous égards. 

Moïse Schwab. 



L'HISTOIRE D'ELIAS SALOMON, 
DE DAUENDORF ET DE IEDELÉ D'OBERNAI 

UNE PAGE DE L'HISTOIRE DE L'ANTISÉMITISME 
EN ALSACE (1790-1792) 

(d'après des documents inédits) 



Nous avons quelque peine aujourd'hui à nous rendre compte des 
vexations de tout genre et des persécutions dont les Israélites de 
France étaient victimes avant la Révolution et même durant l'épo- 
que révolutionnaire. Comme ils n'étaient nulle part aussi nombreux 
qu'en Alsace, c'est aussi dans les régions du royaume, entre les 
Vosges et le Rhin, que leur sort était le plus précaire et que les anti- 
pathies populaires et le fanatisme religieux se donnaient le plus 
librement carrière à leur égard. On sait qu'un Edit royal, du 13 
avril 1682, réclamait pour l'Eglise catholique tous les enfants nés 
en dehors du mariage, encore que leurs parents appartinssent, 
l'un et l'autre, à des confessions « hérétiques. » Pendant tout le 
dix-huitième siècle, les prescriptions de cet Edit, étendues et codi- 
fiées en 1727 par un rescrit de M. Leblanc, secrétaire d'Etat à la 
guerre 1 , furent appliquées rigoureusement tant aux luthériens 
qu'aux calvinistes d'Alsace ; on sait moins que les Israélites de la 
province étaient soumis aux mêmes règlements. Ceux-ci avaient été 
légèrement modifiés, sur un point seulement, par le duc de Choi- 
seul, en 1762 ; pour le cas où le mariage subséquent des parents 
légitimerait les enfants, avant qu'ils eussent atteint leur cin- 
quième année, ils pouvaient suivre le culte paternel ; passé cet 
âge, ils seraient élevés dans la religion catholique dans laquelle 
ils avaient été baptisés. 

Telle était la situation douloureuse faite aux bâtards luthériens, 

i. On n'ignore pas que, jusqu'à la Révolution, le gouvernement de l'Alsace dépen- 
dait du Ministère de la Guerre. 



236 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

calvinistes ou juifs en Alsace (et dans le reste delà France), quand 
la Révolution vint ébranler la royauté et l'Eglise et proclamer les 
Droits de l'homme. Mais bien que la Constituante eût déclaré que 
« nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses », 
les premières autorités nouvelles constituées au printemps 4790, 
et parmi elles, le Directoire du département du Bas-Rhin, restè- 
rent imprégnées des préjugés étroits de l'absolutisme et du fana- 
tisme d'antan ; l'un des plus éclairés des membres de l'Assemblée 
nationale, l'abbé Grégoire, écrivait, en avril 4790, en sa qualité 
de président du Comité des rapports, au curé de Dettwiller, que 
« l'Assemblée nationale n'a point abrogé l'Edit du Roi qui ordonne 
que les enfants illégitimes seront élevés dans la religion catho- 
lique.... Personne, sous quelque prétexte que ce soit, n'a le 
droit de les soustraire (il s'agit de deux bâtards au sujet desquels 
le curé Keguelin avait consulté le Comité) à votre zèle et à votre 
inspection. » C'est en s'appuyant sur cette consultation de Gré- 
goire que le Directoire du Bas-Rhin, clérical et réactionnaire, con- 
tinuait, en l'an II de la liberté, de tourmenter les pères et mères qui 
ne voulaient pas abandonner leurs enfants au zèle intempestif du 
clergé catholique. Un des cas les plus curieux, des plus affligeants 
aussi, par les violences du fanatisme qu'il révèle chez les autori- 
tés civiles, est celui d'un jeune couple Israélite dont nous vou- 
drions résumer ici, en quelques pages, les douloureuses aventures, 
d'après des documents en partie inédits '. 

Dans la séance du 29 octobre 1790, au matin, le Directoire pre- 
nait connaissance d'une lettre du sieur Jean-ïhiébaut Britsch, 
maire d'Obernai, datée du 22 de ce mois ; il y informait ce corps 
administratif supérieur «qu'une lille juive, prête d'accoucher, est 
suspecte d'évasion pour frustrer V enfant qui doit en naître, des 
avantages du baptême. On donne en même temps lecture d'une 
lettre de M. le procureur-général-syndic, « qui lui a mandé, par 
ordre du Directoire, que suivant les anciens règlements, cette fille 
est dans le cas d'arrestation corporelle. » On lit encore « la décla- 
ration faite par devant le greffier d'Obernai, le 25 octobre, par Elias 
Salomon, juif de Dauendorf, qui se dit père de l'enfant dont la fille 
Judelest enceinte, et par laquelle il s'oblige à l'épouser incontinent 



i. Je dis en partie inédits, puisque j'ai déjà dit quelques mots de cette histoire, 
il y a une douzaine d'années, dans mon étude : Le clergé catholique et les enfants 
illégitimes protestants et Israélites au XVIII e siècle et au début <ic la Révolution, 
paru dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français (jan- 
vier-février 1903). Mais je n'avais pas alors dépouillé l'ensemble dos procès verbaux 
du Directoire et j'ignorais la lin de l'histoire. 



L'HISTOIRE DELIAS SALOMON 237 

après relaxation ; l'acte signifié, ledit 25 octobre, à la municipalité 
d'Obernai, pour demander la mise en liberté de ladite fille; la 
requête présentée par Elias Salomon au Directoire du département 
aux fins d'obtenir la liberté de ladite Judel. C'était, on le voit, un 
simple cas de prélibation nuptiale, comme il s'en rencontrait alors 
des centaines dans les campagnes d'Alsace, comme il s'en ren- 
contre encore beaucoup aujourd'hui. S'il s'était agi d'un couple 
catholique, nul n'aurait songé à faire une « action d'Etat » d'un 
incident aussi commun. Le procureur-général, lui-même, quelque 
ardent clérical qu'il fût, avait écrit d'abord à la municipalité 
d'Obernai pour qu'elle remît la prisonnière en liberté, en veillant 
à ce que le suppliant « exécute incessamment les offres qu'il a 
faites ». Mais cela ne faisait pas l'affaire de Messire François- 
Etienne Schullz, curé d'Obernai, ni du maire-chirurgien, son docile 
instrument, non moins fanatique que lui. Us tenaient au petit 
catholique qui allait naître de ce couple de juifs pervertis, et le 
sieur Britsch prolongeait de son mieux l'entretien, en répondant 
à M. de Schauenbourg que les lettres patentes royales du 10 juillet 
1784, qui constituaient, pour ainsi dire, le Gode des Israélites 
d'Alsace, leur défendaient de se marier sans la permission du roi 
et qu'il ne pouvait, en conséquence, prendre sur lui d'autoriser 
cette union. 

Là-dessus, nouvelle pétition, plus pressante, du père futur au 
Directoire, afin d'obtenir la libération de sa fiancée et la possibilité 
de soustraire son enfant au curé. Le Directoire, cette fois, ne pou- 
vait guère refuser de faire respecter ses ordres antérieurs. « Con- 
sidérant, disait son arrêté, que les motifs qui l'ont déterminé dans 
l'émission de la lettre de M. le procureur-général subsistent, et 
malgré l'observation rapportée sur les lettres patentes du 10 juillet, 
qui s'annule d'elle même, les juifs devant jouir des droits de 
l'homme, comme tous les citoyens, en vertu des décrets de l'Assem- 
blée nationale, dont l'ajournement à leur égard ne porte que sur la 
qualité de citoyens actifs et l'éligibilité », il ordonnait au maire et 
aux officiers municipaux d'Obernai « de remettre incontinent en 
liberté la fille Judel, pour être procédé par elle et Elias Salomon à 
un mariage légitime, selon le rite hébraïque, dès après l'instant de 
sa relaxation, sauf à ladite municipalité de commettre quelqu'un 
en présence duquel la célébration s'effectuera sans perte de temps, 
à peine d'être responsable en son propre et privé nom des suites 
d'une plus longue détention de ladite fille. » Mais en même temps 
qu'il prenait cette délibération, pour sauver la face, le Directoire, en 
apparence si plein de zèle, se gardait bien d'employer le seul 



238 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

moyen pratique pour la rendre exécutoire. De Strasbourg à Ober- 
nai un exprès à cheval ou en carriole, aurait porté sa missive en 
trois heures, et le soir même du 29 octobre la malheureuse prison- 
nière aurait dû être relaxée. La missive officielle prit, au contraire, 
la route de Benfeld, siège du District, ce qui en retardait la déli- 
vrance de près d'une journée, puisque le Directoire du département 
obligeait d'abord celui du district à se réunir, pour en délibérer, 
«afin d'apprécier les motifs, fondés sur l'urgence du cas. » Aussi 
devait-elle forcément^arriver trop tard. 

Ce qui est très significatif pour la complicité morale, presque 
certaine, dont il nous faut accuser les âmes pieuses du Département, 
c'est qu'on ne s'y occupe de nouveau de cette affaire que douze 
jours plus lard, alors qu'elle faisait pourtant quelque bruit à Stras- 
bourg. C'est seulement dans la séance du 10 novembre qu'on y 
examine le dossier de; Judel ou Jédélé ; nous apprenons par le 
procès-verbal que la municipalité d'Obernai, en recevant notifica- 
tion de l'arrêté du 29 octobre, avait refusé d'en tenir compte 1 ; 
que dans cette même journée du 30 octobre, dès neuf heures du 
matin, Elias Salomon avait fait faire sommation au maire Britsch, 
par ministère d'huissier, de lui extrader sa fiancée, pour qu'il pût 
l'épouser sur l'heure ; que la signification de l'arrêté directorial 
avait été faite quelques heures plus tard, officiellement, à midi et 
quart. Mais les portes de la prison ne s'ouvrirent pas davantage, et 
dans l'après-midi du même jour, par suite des émotions violentes 
et des tortures morales qu'on ne lui avait pas ménagées, la prison- 
nière accouchait dans sa geôle, séparée des siens. Le curé Schultz 
et le maire-chirurgien s'emparent du nouveau-né et immédia- 
tement ils procèdent au baptême, « vers les quatre heures de 
l'après-midi . » 

Le lendemain, la municipalité d'Obernai a le front d'envoyer au 
District de Benfeld, en réponse à la notification reçue la veille, une 
lettre, datée du 30 octobre, lui annonçant que « l'on a laissé à la 
fille la liberté de passer à la célébration du mariage, » mais que 
« étant accouchée sans que personne se soit présenté pour l'épou- 
ser, » la municipalité a fait baptiser l'enfantdans la religion catho- 
lique romaine, la veille «jour du sabbat » 2 . 



i. C'était une communication non officielle assurément. On peut admettre, comme 
chose très vraisemblable, que la communauté israélite de Strasbourg se procura de 
suite (à prix d'argent?) copie de l'arrêté et l'expédia par les voies les plus rapides 
à Obernai. 

2. On appréciera l'ironie grossière de cette façon de dater, dans la bouche de ce 
maire si bon catholique et si mauvais cbrétien. 



L'HISTOIRE D'ELIAS SALOMON 239 

A cette pièce, renvoyée de Benfeld à Strasbourg, étaient joints 
un certificat postérieur, mais sans date, et muni d'une signature 
illisible, portant que le mariage avait été célébré, le 4 courant, par 
Feistel Hirsch « commis-rabbin » à Obernai, du consentement 
du maire, et une requête d'Elias Salomon datée du 9 novembre, 
suppliant qu'on lui rende l'enfant auquel la fille Judel avait donné 
le jour, puisque celle-ci était actuellement sa femme légitime. 
Gela était de droit strict, d'après les normes établies par le 
duc de Ghoiseul lui-même que nous avons citées plus haut. S'il 
n'y avait pas eu communion intime et profonde de préjugés entre 
les Poirot, les Schauenbourg et autres membres du Directoire et 
la municipalité d'Obernai, si même ils avaient eu, à défaut d'un 
élan de justice, le respect de leur propre dignité, leur devoir était 
tout tracé. Ils avaient envoyé au sieur Britsch des ordres formels 
et strictement légaux; il s'était impudemment joué de ses supé- 
rieurs; leur devoir et leur droit étaient d'annuler un acte commis 
par fraude manifeste, ou, s'ils ne se sentaient pas compétents pour 
empiéter sur le domaine usurpé par l'Eglise, d'ordonner au moins 
qu'on rendît sur le champ l'enfant volé à ses parents légitimes. 
Gomment ne pas croire à la complicité morale de ces personnages, 
quand on voit le corps administratif supérieur du département, au 
lieu de dénoncer à l'Assemblée nationale et au ministre, des fonc- 
tionnaires aussi peu respectueux, se borner à renvoyer les pièces 
au District de Benfeld, en l'invitant à vérifier si le mariage avait 
été réellement conclu et à « recueillir les motifs qui peuvent avoir 
engagé la municipalité à faire bâtiser (sic) l'enfant » ? Ces questions 
qu'il posait, pour avoir l'air de faire quelque chose, intéressaient 
si peu le Directoire qu'il disparut, trois mois plus tard, avant 
d'avoir obtenu une réponse ni même l'avoir réclamée une seconde 
fois. 

Nous avons constaté avec une véritable satisfaction que, dans son 
numéro du 2 décembre 1790, un journal strasbourgeois, déjà pas- 
sablement radical et rédigé d'ailleurs par des protestants, avait 
caractérisé, comme elle le méritait, l'odieuse conduite du maire 
d'Obernai. Après avoir donné dans la Geschichte der gegenwaer- 
tigen Zeit, un récit assez fidèle de l'histoire de Salomon et du 
baptême de son enfant, le rédacteur de l'article, André Meyer, 
continuait : « Il est difficile de se taire sur les procédés inhumains 
de ce maire indigne. N'avez-vous jamais appris, M. Britsch, que 
tous les hommes doivent jouir des mêmes droits? N'avez-vous 
jamais lu les paroles du fondateur de notre sainte religion : « Ce 
que tu ne veux pas que les autres te fassent, ne le leur fais pas 



240 REVUE DÈS ÉTUDES JUIVES 

toi-même? » Mettez-vous un instant à la place de ce couple, si 
profondément malheureux par votre faute! Dans quelles disposi- 
tions d'esprit seriez-vous si, dans une circonstance analogue, on 
vous eût traité de la sorte? Vous avez été l'auteur d'un malheur 
que vous ne pourrez jamais réparer; ayez en honte tout au 
moins ! » Il est malheureusement douteux que le sieur Britsch ait 
suivi ce dernier conseil, et ce n'est certainement pas pour cause 
d'intolérance religieuse que les citoyens d'Obernai, si fervents 
catholiques, ne le renommèrent point maire, l'année suivante. 

Pourtant, le Directoire du Bas-Rhin se rendait compte qu'il ne 
pourrait pas indéfiniment persister dans une attitude si contraire 
aux principes nouveaux et, le 10 novembre 1790, il avait adressé au 
Comité de Constitution une série de solutions qu'il proposait sur 
la question de la religion des enfants illégitimes ou nés de ma- 
riages mixtes, « afin de prévenir les éclats et les écarts qui peuvent 
augmenter le mécontentement ». Il s'agissait, bien entendu, du 
mécontentement des catholiques, causé par les lois nouvelles 
ecclésiastiques que l'on discutait alors à Paris. Le Comité mit du 
temps à répondre, et quand il le fit enfin, à la date du 19 jan- 
vier 1791, ce fut pour annoncer que par un décret du 19 décembre, 
la Constituante avait décidé « qu'il ne serait rien innové provi- 
soirement à cet égard ». La lettre était signée « Victor Broglie », 
et pourtant le prince de Broglie, député de la noblesse du bailliage 
de Colmar, passait, à bon droit, pour un des membres les plus 
libéraux de l'Assemblée ! C'est en s'appuyant sur cette missive que 
le Directoire, dans sa séance du 14 février — il n'avait plus que 
vingt-quatre heures à vivre — condamnait encore deux mères 
luthériennes à rendre leurs enfants nés avant mariage, au curé de 
Kirwiller. Mais on était las, à Paris, de ses tendances rétrogrades; 
le 16 février, les commissaires du Roi, Mathieu Dumas, Hérault de 
Séchelles et Fossey, envoyés en Alsace, à la demande de la Cons- 
tituante, avisaient officiellement les membres du corps supérieur 
administratif qu'ils étaient suspendus de leurs fonctions, et ils les 
remplaçaient provisoirement par des membres du Conseil général, 
du Directoire du district, etc., franchement ralliés aux idées nou- 
velles. On y voit figurer deux futurs membres de la Législative, 
Jacques Brunck et Philippe Ruhl, et c'est un constitutionnel pro- 
noncé, Jacques Mathieu, qui devient procureur général syndic à la 
place de M. de Schauenbourg. 

Pourtant l'esprit progressiste de la nouvelle administration pro- 
visoire du Bas-Rhin, qui se manifeste immédiatement dans les 
affaires purement politiques, n'osa point s'attaquer à la question 



L'HISTOIRE D'ÉLÏAS SALOMON 241 

religieuse qui s'était posée tant de fois déjà. Le nouveau Directoire, 
quoique partisan de la liberté des consciences, voyant que l'Assem- 
blée nationale n'est pas encore décidée à les affranchir d'une façon 
absolue, n'ose pas aller de l'avant. Quand, nous le voyons revenir 
sur l'affaire d'Obernai, dans la séance du 9 avril 1791, muni du 
rapport du District de Benfeld, enfin fourni à la date du 12 mars, 
nous constatons bien qu'il éprouve, en étudiant tout ce dossier, le 
même sentiment d'indignation, qui nous saisit encore aujourd'hui 
lorsque nous nous rendons compte de la conduite odieuse de la 
municipalité d'Obernai, mais il n'intervient pas, tout au moins 
directement. Il fait rédiger par son procureur général une adresse 
à l'Assemblée nationale qui montre à la fois l'orientation nouvelle 
d'esprit des administrateurs, et leur désir de voir cette Assemblée 
prendre l'initiative des indications pratiques sur ce qu'il faut auto- 
riser ou tolérer en pareille matière. Cette adresse, la voici : 

« Messieurs, une loi non abrogée veut que les enfants bâtards 
d'une fille juive vivent élevés dans la religion catholique. La fille 
Judel, d'Oberehnheim se trouve grosse ; la municipalité du lieu lui 
suppose le dessein de chercher à s'évader; elle en rend comple au 
procureur général syndic; celui-ci autorise son arrestation con- 
formément aux anciens règlements. Elias Salomon, juif de Dauen- 
dorf, déclare devant personne publique qu'il est le père de l'enfant 
que cette juive porte dans son sein, demande sa relaxation et offre 
de l'épouser. Le Directoire sous le mérite de cette déclaration, 
ordonne à la municipalité de mettre la fille en liberté, sous la con- 
dition qu'il sera procédé sans délai à la célébration du mariage. 
La municipalité temporise et fait de mauvaises difficultés, sous le 
prétexte que les juifs ne peuvent se marier qu'avec la permission 
de la Cour; nouvelle injonction du Directoire. Elle est notifiée à la 
municipalité un samedi, jour auquel les juifs, suivant leurs rites, 
ne peuvent se marier. La municipalité veut que le mariage se fasse 
sur le champ, nouveau moyen imaginé par elle pour se soustraire 
à l'obéissance. La fille accouche le même jour; on prétexte une 
émotion populaire, on enlève l'enfant et on le baptise. Le mariage 
a eu lieu le lendemain, le père réclame son enfant; la municipalité 
le refuse, attendu qu'il est chrétien. La question de savoir si elle 
est fondée, nous est référée et nous ne pouvons que la soumettre 
au corps législatif. D'une part, l'équité naturelle prescrit de ne pas 
priver des parents de leurs enfants qu'ils réclament; d'autre part, 
d'anciens règlements s'y opposent. Agents de la loi, nous devons 
la faire exécuter, mais il ne dépend pas de nous d'anticiper sur ses 
dispositions. » 

T. LXVIII, n° 136. 16 



242 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

En comparant cettre lettre à notre récit, on y trouve quelques 
légères différences qui s'expliquent par le fait que Mathieu, n'ayant 
pas suivi l'affaire dans tous ses détails et pressé par le temps, n'a 
pas étudié son dossier à fond, peut-être aussi par le désir des 
administrateurs de masquer un peu la faute de leurs prédéces- 
seurs. Il ne me semble pas du tout prouvé que Salomon ait refusé 
d'épouser ou du moins de se laisser unir à la fille Judel un samedi, 
puisqu'il est constant que c'est ce samedi même, à neuf heures du 
matin, qu'il faisait sommer le maire Britsch de lui extrader incon- 
tinent la prisonnière. Le rabbin d'Obernai aurait très vraisembla- 
blement passé là-dessus pour sauver une âme juive et il est per- 
mis de croire que la municipalité a inventé ce refus de se laisser 
marier, pour avoir une apparence d'excuse valable. 

Ces instructions demandées à la Constituante ne furent jamais 
fournies au Directoire; du moins ses procès-verbaux n'en con- 
servent pas la moindre trace. P ut-être les Comités ecclésiastique 
et de la Constitution jugèrent-ils inutiles de discuter de pareilles 
vétilles; peut-être aussi le développement rapide de l'esprit nou- 
veau s'affirma-t-il trop victorieusement par la suite pour qu'on 
songeât à abroger d'anciens règlements par un texte de loi formel, 
l'abandon général de la vieille législation absolutiste s'opérant 
spontanément dans le désarroi de toutes choses. Peut-être y eut-il 
un simple avis officieux dilatoire, qui ne fut ni enregistré ni men- 
tionné dans les notes si détaillées pourtant du plumitif directorial. 
Toujours est-il que, durant de longs mois, il ne fut plus question, 
tout au moins d'une façon officielle, de l'affaire Salomon-Judel à 
l'Hôtel du Département, à Strasbourg. Un an s'est écoulé, quand 
on en retrouve la trace dans nos procès-verbaux; sans doute le 
Directoire, las d'attendre — la Législative avait d'autres soucis en 
ce moment! — et poussé par les réclamations du pauvre père, 
toujours privé de son enfant, avait repris le dossier. Dans la séance 
du 20 avril 1792, et devant un corps partiellement renouvelé, 
l'affaire est reprise ab ovo, si je puis dire. Elias Salomon, qui 
semble être allé s'établir dans l'intervalle à Dambach, présente 
une nouvelle requête, exposant, une fois de plus, que « la fille 
Jédelé, juive d'Osthoffen, étant accouchée à Oberehnheim d'un 
enfant des œuvres de l'exposant, la municipalité dudit lieu enleva 
cet enfant, le fit baptiser et le donna en dépôt, pour être élevé 
dans la religion chrétienne, sous prétexte qu'il était illégitime, la 
légitimité de l'enfant ayant été assurée par le mariage que l'expo- 
sant et ladite juive contractèrent huit jours après la naissance de 
cet enfant. L'exposant demande en conséquence qu'il plaise à 



L'HISTOIRE D'ELIAS SÀLOMON 243 

l'administration l'autoriser à retirer son enfant des mains de la 
femme du nommé Berx, citoyen d'Oberehnheim, où il a été mis en 
pension. » 

Cette requête, quelque légitime qu'elle fût, ne fut pas admise 
pourtant. Les administrateurs du Bas-Rhin arrêtèrent que, « vu la 
réponse de la municipalité d'Oberehnheim, l'arrêté du départe- 
ment du 29 octobre 1790, l'avis du District de Benfeld du 29 mars 
dernier, et en conformité des décrets du 29 novembre 1790 et du 
29 mars 1791, l'enfant dont s'agit, sera transporté en la Maison des 
Enfants trouvés de Strasbourg, pour y être entretenu et élevé aux 
frais du Trésor public ». Ils préféraient donc obérer, fort inutile- 
ment, la caisse publique, plutôt que de réparer les torts de leurs 
prédécesseurs en rendant aux parents qui le réclamaient, l'enfant 
ravi, de par la loi, mais contre toute équité. 

Si cette dernière 'interprétation de la façon d'agir du Directoire 
était exacte, il faudrait admettre évidemment qu'il s'est produit 
une espèce d'explosion de l'opinion publique strasbourgeoise à ce 
sujet dont on trouverait peut-être la trace dans les journaux de la 
localité, le Courrier de Strasbourg de Laveaux, la Geschichte der 
yegenwaertigenZeit de Simon et Meyer ou la Strassburger Zeitung 
de Saltzmann, que je n'ai pas sous la main, en écrivant ces lignes. 
Un fait de ce genre pourrait seul expliquer qu'à huit jours de dis- 
tance les administrateurs aient changé complètement leur manière 
de voir et d'agir, comme nous allons le constater tout à l'heure. 
Mais on peut expliquer aussi la décision relatée plus haut d'une 
façon toute différente et pourtant assez vraisemblable. L'ordre de 
transférer l'enfant juif à l'hospice de Strasbourg pourrait avoir été 
donné pour faciliter la remise aux parents, remise qui aurait sem- 
blé quasiment impossible dans les milieux fanatisés d'Obernai ou 
de Dambach. Dans ce cas, l'arrêté du Directoire mériterait, bien 
entendu, non pas le blâme, mais des éloges. 

Si cette explication de la décision des administrateurs ne devait 
pas être la vraie, c'est avec un étonnement légitime que nous les 
entendrions professer, dans leur séance du 27 avril 1792, les doc- 
trines les plus libérales: « Considérant, disent-ils dans leur arrêté 
de ce jour, que par l'acte constitutionnel tous les habitants français 
sont rentrés dans les droits qu'ils ont reçus de la nature; que l'un 
des plus sacrés, dont la force des préjugés et le despotisme ont pu 
seuls suspendre l'exercice, mais contre lequel aucun usage ni au- 
cune loi n'ont pu prescrire, est le droit qu'un père et une mère 
ont de pourvoir et de veiller eux-mêmes à la conservation et 
à l'éducation de leurs enfants jusqu'à ce que le développement de 



244 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

leurs facultés physiques les rendent maîtres de leur pensée 
et de leur conduite » ils décidaient que « l'enfant du nommé 
Elias Salomon, juif de Dambach, lui sera rendu sans délai; 
qu'en conséquence le receveur des Enfants trouvés de Strasbourg, 
le fera transporter à cet hospice pour être ensuite remis à ses 
parents, qui se présenteront avec cette délibération. Considérant 
que l'enlèvement qui a été fait de cet enfant, au moment des 
couches de la mère, ne peut être imputé qu'à l'ancien gouverne- 
ment, et que les parents, déjà cruellement traités par la privation 
de leur enfant, ne doivent pas supporter les frais d'un entretien 
qu'ils n'ont point ordonné; prenant d'ailleurs en considération 
leur pauvreté, autorisent le directeur de la Maison des Enfants 
trouvés à acquitter les frais de nourrice et le transport dudit 
enfant, lesquels seronfportés sur l'état des enfants à la charge de 
la Nation. » 

En conséquence, le Déparlement adresse copie de cette délibéra- 
tion à la municipalité de Strasbourg, l'avise de l'arrivée prochaine 
de l'enfant; quand il sera parvenu à destination, elle devra avertir 
Marx Béer, qui s'est chargé de présenter les parents à l'Hospice. 
« Vous vous empresserez de concourir à cet acte de justice et 
d'humanité » qui s'accomplit à Strasbourg « pour ne pas choquer 
les préjugés des catholiques de Dambach. » 

Ces préjugés étaient bien plus tenaces encore qu'on ne le croyait 
à Strasbourg; la municipalité fanatique d'Obernai, dont nous avons 
vu les agissements antérieurs, refusait de lâcher la proie de 
l'Église. Il fallut que le Directoire du Bas-Rhin prit un nouvel 
arrêté, le 5 mai 1792, déclarant que la municipalité d'Obernai 
serait tenue de remettre l'enfant au receveur de l'Hospice des 
Enfants! trouvés, qui payera ce que cette municipalité pourrait 
avoir déboursé pour son entretien. Il profitade l'occasion pourdécré- 
teren même temps la liquidation d'une seconde affaire semblable, 
concernant également l'enfant d'une autre juive, Jédélé de Krau- 
tergersheim, qui se trouvait en pension chez Marie Jehl, du même 
lieu; déjà, par arrêté du 23 novembre 1791, il en avait ordonné 
le transfert aux Enfants trouvés ; il réitéra cette décision, le 
même jour. Mais cette sommation ne produisit nullement l'effet 
qu'on en devait attendre, comme nous l'apprend le procès-verbal du 
19 mai. Quand le receveur et le portier de l'Hospice des Enfants 
trouvés se présentèrent à l'Hôtel de-Ville d'Obernai pour récla- 
mer le petit Israélite, au nom de sa mère, domiciliée en cette 
ville, ils ne purent obtenir que « deux certificats de cette muni- 
cipalité, constatant uniquement qu'ils s'étaient présentés pour 



L'HISTOIRE D'ELIAS SALOMON 245 

retirer l'enfant », et rien de pins. Le Directoire résolut alors, en 
présence de ce « refus de se conformer aux dispositions de la dé- 
libération du o de ce mois » de charger l'un des membres du Con- 
seil-général du Bas-Rhin, Ulrich, déjà nommé commissaire pour 
différentes affaires locales, de se rendre également à Obernai pour 
faire aboutir l'affaire et pour « enjoindre à la municipalité de faire 
remettre sur le champ l'enfant de la nommée Jédélé à celui ou à 
celle qui se présentera de la part du receveur ou de la municipa- 
lité de Strasbourg » ; il devra dresser procès-verbal de sa com- 
mission. 

On pouvait croire la cause définitivement entendue ; il n'en 
était rien. Le parti « fanatique » sut intéresser la magistrature 
(pourtant c'étaient déjà des juges élus par leurs concitoyens) à 
perpétuer une iniquité légale. Le Commissaire du Roi (nous dirions 
aujourd'hui le procureur de la République) près du tribunal 
de Schlestadt formula des objections contre la façon d'agir du 
Directoire, et, dans sa séance du 30 mai 1792, celui-ci dut se rési- 
gner à écrire à la municipalité de Strasbourg : « Le Commissaire 
du Roi, etc., formant, messieurs, des réclamations sur les enfants 
illégitimes juifs, dont l'un se trouve à la Maison des Enfants trou- 
vés de Strasbourg, nous vous prions de suspendre la remise de 
cet enfant aux parents qui la demanderaient . » 

C'est la dernière fois qu'il est fait mention de l'affaire Elias Salo- 
mon dans nos procès-verbaux ; elle n'y est plus jamais men- 
tionnée, ce qui n'a rien d'étonnant, puisque la communication du 
30 mai 1792 marquait évidemment un point d'arrêt plus ou moins 
prolongé et que, moins de deux mois et demi plus tard, une 
révolution nouvelle balayait la monarchie, la Constitution, le 
Directoire du Bas-Rhin, bien d'autres choses encore. Dans le 
cataclysme des luttes au dedans et des guerres au dehors, qui 
aurait eu le temps de s'occuper d'un enfant juif et de le disputer à 
l'Église? Nous ignorons donc qui resta vainqueur dans la lutte, les 
parents du pauvre innocent ou ses pieux ravisseurs. Espérons que 
les derniers furent déçus et que le torrent révolutionnaire qui 
balaya les Édits tyranniques de Louis XIV et de Louis XV, ramena 
le berceau du petit anonyme — car nous ne connaissons ni son 
sexe, ni son nom, — sous le toit paternel, à Dambach ! 

Rod. Reuss. 



L'ANTISɻIITISME DANS LE BAS-RHIN 
PENDANT LA REVOLUTION 

(1790-1793) 

NOUVEAUX DOCUMENTS INÉDITS 



Nous avons publié, il y a plusieurs années 1 , dans ce recueil quel- 
ques Documents nouveaux sur V antisémitisme dans le Bas-Rhin 
de 1794 à 1799, empruntés aux procès-verbaux manuscrits de 
l'Administration centrale du Bas-Rhin conservés au dépôt des 
Archives de la Basse-Alsace, à Strasbourg. En feuilletant naguère 
les extraits antérieurement puisés à la même source pour les 
années précédentes, nous y avons rencontré toute une série de 
notes sur le même sujet, mais se rapportant à la première moitié 
de la période révolutionnaire. Elles sont trop fragmentaires pour 
qu'on puisse en constituer un récit suivi; mais il nous a semblé 
que, reproduits dans leur ordre chronologique, ces faits divers, 
quelque insignifiants que puisse être chacun d'eux en particulier, 
donneront pourtant au lecteur attentif une impression assez nette 
et vivante de la situation précaire des Israélites d'Alsace au débat 
de la Révolution. On y voit quelles difficultés ils eurent à vaincre 
pour faire reconnaître leurs « droits de l'homme » à eux, par la 
population des bourgs et des campagnes, même après que la Cons- 
tituante les leur eût solennellement reconnus, et combien souvent 
l'intervention de l'autorité supérieure dut être invoquée pour 
mettre ces nouveaux citoyens à l'abri d'avanies et d'injustices de 
tout genre. On y voit aussi que l'autorité supérieure elle-même, 
partageant parfois la mentalité ambiante, ne fut pas toujours équi- 
table envers les particuliers ou les communautés juives qui récla- 
maient son appui; on constate cependant que l'influence des prin- 
cipes nouveaux de tolérance, de liberté, d'égalité agit peu à peu 
sur l'attitude des administrateurs du Bas-Rhin et les porte à répri- 
mer sévèrement certaines violences et certains abus. Si plus tard, 
au fort de la Terreur, une nouvelle ère de persécutions s'ouvre 

1. Revue des Etudes juives, t. LIX, p. 248, 



L ANTISEMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 247 

pour les Israélites d'Alsace, elle est amenée, non plus tant par des 
antipathies ethniques et religieuses, que par la haine économique 
du jacobin contre « l'agioteur. » A ce double point de vue la série 
présente de ces « Anecdotes juives » peut servir d'introduction, 
pour ainsi dire, à notre étude précédente et la compléter dans une 
certaine mesure. Empruntées à une source officielle, elles fourni- 
ront, je l'espère, quelques détails curieux à celui qui tenterait un 
jour, d'écrire, avec plus de développements qu'on ne l'a fait jus- 
qu'ici, l'histoire si intéressante et si tragique parfois des Israélites 
d'Alsace. 

Rod. Reuss. 

Antisémitisme à Osthoffen. 
(1790) 
Dans la séance du 14 août 1790, le Directoire du Bas-Rhin était saisi 
d'une plainte de la municipalité d'Osthoften; elle y exposait qu'autrefois 
il n'y avait eu dans la commune que trois familles juives et qu'actuelle- 
ment il y en avait dix-huit. « Ces Juifs, cherchent à profiter des troubles 
de la Révolution, en se mariant, en s'établissant sans demander d'auto- 
risation de personne ». Un juif qui a déjà deux fils établis à Osthoffen, 
y a bâti une maison pour établir un troisième, sans permission de la 
municipalité; celle-ci demande à être autorisée à s'y opposer, « puis- 
qu'ils causent un préjudice sensible à la communauté. » Le Directoire 
alors très réactionnaire et clérical, s'empresse d'accueillir cette demande : 
« Considérant que l'Assemblée Nationale ayant ajourné indéfiniment la 
décision sur l'état civil des Juifs d'Alsace, ils n'ont encore jusqu'à pré- 
sent qu'une existence passive dans l'ordre de la société ; que d'ailleurs 
l'Edit du Roy qui leur interdit de se marier avant d'en avoir obtenu la 
permission de Sa Majesté n'étant pas révoqué, la municipalité dudit lieu 
sera autorisée à s'opposer à l'établissement du Juif en question, jusqu'à 
ce qu'il se soit mis en règle ». 

Juifs et boulangers de Bischheim. 

(1790) 

Le 30 août 1790, le Juif Loebel Egbersheim suppliait le Directoire du 
département du Bas-Rhin, de le protéger contre la municipalité de 
Bischheim « qui a fait enlever deux fois à sa femme du pain qu'elle por- 
tait dans le village à ceux de sa nation ». Il réclamait la restitution de la 
marchandise et la permission, pour son fils « de continuer ce petit com- 
merce licite dont il a tiré jusqu'ici sa seule subsistance ». Les boulan- 
gers de la localité en réclament au contraire l'interdiction, « à cause des 
pertes considérables desdits suppliants dans leur cuitée, depuis que ce 
juif introduit du pain dans le village, contrairement aux lois de la police 
établies dans la localité ». Le Directoire n'ose pas cependant empêcher 



248 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

la liberté du commerce. « Considérant que le commerce des subsistances 
est permis » il ordonne la restitution du pain saisi et enjoint à la muni- 
cipalité de « laisser jouir paisiblement de son commerce » l'impétrant, 
« sauf à observer les règlements de salubrité, etc. » 



Antisémitisme à Ottrott, Schaeffolsheim, etc. 

(1790) 

Trois autres cas se présentent dans la séance du Directoire du Bas- 
Rhin du 21 septembre. Il y délibère sur une plainte des Juifs d'Ober- 
schaeffolsheim, contre la municipalité qui refuse de leur maintenir le 
droit de pâture dont ils ont joui jusqu'ici. Malgré les observations du 
maire, il arrête qu'ils jouiront de ce droit de pâture pour leurs bestiaux 
en tant qu'ils pourront prouver qu'ils en ont joui jusqu'ici. Décision géné- 
reuse, puisqu'il ressort de la délibération qu'au fond, pour les Israélites 
de Schaeffolsheim, il ne s'agissait pas de leurs vaches à eux, mais du 
bétail étranger qu'ils achetaient pour le revendre ensuite, et qu'ils nourris- 
saient ainsi aux frais de la communauté. 

La seconde plainte émane d'un juif de Brumath, Alexandre Libmann 
Lazare, qui porte contre la municipalité de Bischheim-am-Saum l'accu- 
sation de l'empêcher de s'établir au dit lieu avec sa femme, bien que des 
lettres de réception lui aient été accordées, le 6 juillet 1772, par le sei- 
gneur du lieu, M. de Boecklin. Le Directoire arrête que la municipalité 
n'a pas qualité pour s'opposer à cet établissement. 

— La communauté juive de Niederottrot présente ses doléances contre 
la municipalité du lieu, et supplie qu'on défende à la garde nationale et 
surtout au sieur Fouhrer, son commandant, d'inquiéter les Juifs tant 
qu'ils ne contreviendront pas aux règlements de police. Le Directoire 
« met les Juifs sous la protection de la municipalité »,mais « leur défend 
de faire aucun acte de trafic ni service contraire à la loi, les dimanches 
et fêtes ». 

— Le lendemain, 22 septembre, c'est la municipalité elle-même de 
Mietesheim qui se plaint « du trouble qu'elle éprouve de la part de la 
garde nationale du dit lieu et des abus d'autorité que celle-ci a commis 
sur la personne d'un Juif, Abraham Kan, d'Uhrwiller, en l'emprisonnant 
et « en exigeant de lui différents frais qu'elle a fait pour lui ». Le Direc- 
toire décide d'improuver la conduite de la garde nationale, qui « devra 
rentrer dans les bornes du respect vis-à-vis de la municipalité » et resti- 
tuer l'argent extorqué au Juif, sous peine d'être poursuivie. 

— Le 7 septembre, la commune de Winzenheim arrête que dorénavant 
aucun Juif ne sera reçu dans la localité. Sur l'avis du district de Hague- 
nau, le Directoire du Bas-Rhin arrête, le 13 octobre, que cette délibéra- 
tion est nulle et non avenue; elle enjoint néanmoins aux Juifs qui vou- 
draient s'installer audit lieu, de se conformer aux lettres patentes du 
10 juillet 1784, jusqu'à ce qu'il en soit autrement ordonné. 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 249 

Actes de violence contre un Israélite de Scherwiller. 

(1790) 

Ce n'est pas en automne 1789 seulement que les Israélites d'Alsace 
eurent à souffrir des brutalités de la population rurale de la province. Un an 
plus tard encore, après ce soulèvement trop connu, des violences locales 
se produisaient, comme le montre la requête de Simon Guguenheim, de 
Scherwiller, discutée dans la séance du Directoire du Bas-Rhin, le 13 oc- 
tobre 1790. Dans la nuit du 19-20 août, il s'est formé un attroupement de 
six à huit personnes devant sa maison: elles l'ont sommé d'ouvrir, puis 
ont commencé à enfoncer la porte à coups de hache et d'autres instru- 
ments. Réveillé en sursaut, il sort du lit, ouvre un volet, se voit assailli 
d'une grêle de pierres qui cassent ses fenêtres. Il s'adresse au maire qui 
refuse de lui rendre justice, puis aux commissaires du département à 
Schlestadt. La municipalité de Scherwiller, ayant eu connaissance de 
cette démarche, le fait appeler, le retient durant quatre heures à la mai- 
son commune, puis le condamne à 24 heures de prison et à 24 livres de 
dommages-intérêts envers des citoyens de la garde nationale qu'il a 
soupçonnés (et sans doute dénoncés) comme auteurs des troubles noc- 
turnes. De plus, on le grève de 6 livres 13 sols de frais. Quoique le lende- 
main ce soit jour de sabbat, il est inhumainement traîné en prison, après 
qu'on eut vidé ses poches Et quand il a été libéré, il a du payer encore 
13 sols de geolage! Guguenheim termine sa pétition en demandant trois 
cents livres de dommages-intérêts. — Le maire de Scherwiller déclare 
s'être donné toutes les peines possibles pour « déterrer les auteurs des 
troubles ». Le plaignant « persistant opiniâtrement à accuser la garde 
nationale », sur la plainte de celle-ci, le maire « s'est cru le devoir de 
réprimer l'accusation calomnieuse du suppliant. » — Le Directoire 
déclare que la municipalité n'a pas respecté les décrets de l'Assemblée 
nationale, qu'elle a dépassé grièvement les bornes des fonctions à elle 
confiées, vu que c'était au juge à prononcer s'il y avait ou non, calomnie. 
La condamnation aux dépens est un acte encore plus inexcusable, de la 
part de la municipalité. Elle restituera donc l'argent perçu et sera plus 
circonspecte à l'avenir dans ses actes. Mais il n'est pas question, dans 
l'arrêté du Directoire, d'accorder des dommages-intérêts au pauvre Gu- 
guenheim. 

Les bouchers juifs et la municipalité de Surbourg. 

Dans sa séance du 22 octobre 1790, le Directoire du Bas-Rhin discute 
une pétition de SieselWeyl et David Auscher, juifs bouchers de Surbourg, 
contre la municipalité du lieu, prétendant les assujettir, contrairement 
aux usages locaux, à payer la taxe sur les viandes qu'ils débitent et 
les forcer, même par emprisonnement, à vendre de la viande. La muni- 
cipalité réplique que ce sont les impétrants qui se sont écartés des 
anciens règlements, en tuant leur bétail sans prévenir les jurés, et en le 
faisant le jeudi, au lieu du vendredi, ce dernier jour étant à la conve- 



250 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

nance des habitants, surtout en été où il est difficile de conserver la 
viande du jeudi au dimanche. Les administrateurs arrêtent qu'il sera 
libre aux suppliants de tuer leur bétail, lorsque bon leur semblera, sauf 
les dimanches et jours de fête. 

La municipalité de Fegersheim et les Juifs. 

(1790) 

La municipalité de Fegersheim s'adressait, le 23 novembre 1790, à 
l'administration départementale pour protester contre l'admission de 
nouveaux Israélites dans la commune. Il s'y trouve déjà « quarante-deux 
ménages, qui occasionnent une telle cherté que les pauvres journaliers 
ne peuvent pas se nourrir ». Elle demande que ceux d'entre eux qui 
n'ont pas été reçus par l'ancien seigneur, soient tenus de déguerpir dans 
les trois jours. Le Directoire arrête que les officiers municipaux laisse- 
ront les anciens bourgeois juifs tranquilles; pour ce qui est des nouveau 
venus qui désirent s'établir à Fegersheim, on leur appliquera les lettres 
patentes du Roi, données en 1784. 

La municipalité de Lingolsheim et les Juifs. 

(1790) 

Le nommé Emmanuel Bloch, qui a été pendant douze ans cocher du 
célèbre banquier et munitionnaire Cerf-Beer, à Strasbourg, demande à 
s'établir au village de Lingolsheim, dans le voisinage de cette ville. La 
municipalité se refuse à l'admettre, bien qu'il s'offre à payer le droit de 
réception à la bourgeoisie. Bloch s'étant adressé alors à l'autorité dépar- 
tementale, celle-ci arrête que, « jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait 
statué sur l'état civil des Juifs, il n'y a pas lieu à délibérer » (Séance du 
23 novembre 1790). 

La municipalité et les Juifs de Mutzig. 

(1790) 

Dans la séance du 7 décembre 1790, ce sont les Israélites de Mutzig 
qui viennent se plaindre au Directoire du département « de l'arbitraire 
de la municipalité qui les trouble dans leur tranquillité. Par un nou- 
veau règlement, elle les frappe d'amendes pour des choses très inno- 
centes; elle a poussé l'abitraire jusqu'à enjoindre à Jacques Lévy, le jour 
de ses noces (13 octobre), de payer 30 florins pour droit d'habitation, 
plus 6 florins pour salaire à la municipalité, à peine d'être évincé de la 
ville dans les vingt-quatre heures. Pour comble d'oppression, elle s'est 
permis d'arrêter, le 9 novembre dernier, que tous les juifs demeurant à 
Moutzig exhiberont leur titre de réception, à peine d'être expulsés dans 
la huitaine ». La municipalité ayant convenu des faits dont on l'accuse, 
dans sa réponse du 26 novembre, l'administration supérieure arrête que 
ce règlement de police nouveau « paraît être contraire à la liberté natu- 
relle de l'homme » et aux décrets de l'Assemblée Nationale; que « la 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 251 

taxe indécente » demandée à Lévy par la municipalité, est contraire à la 
loi, et lui rappelle, sous sa responsabilité personnelle, que les Juifs 
d'Alsace sont sous la sauvegarde de la loi; que les arrêtés de la munici- 
palité sont nuls et non avenus; qu'elle restituera 12 livres et ne se per- 
mettra plus des actes aussi arbitraires. 

Inhibition de mariages juifs à Fegersheim 
(1790). 

Nathan Lazard, Juif de Fegersheim, se plaint de ce que la municipalité 
du lieu ait défendu au rabbin de célébrer son mariage avec une juive 
de l'endroit; il exhibe au Département un brevet royal, daté du 25 jan- 
vier dernier. Sur le vu de cette pièce, le Directoire du Bas-Rhin arrête 
que le rabbin procédera au mariage et enjoint à la municipalité de n'y 
faire aucun empêchement. (Procès-verbal du 18 décembre 1790). 

Un autre Israélite du même endroit, Macholen Abraham, désireux de 
se marier avec Bessel, juive deMutzig, demandait également, quelques se- 
maines après, l'appui du Directoire. Bien que la fiancée eût une dot de 
700 livres et le fiancé la moitié d'une maison à Fegersheim, où il exerçait 
le commerce du bétail, la municipalité lui refusait la permission de se 
marier. L'administration départementale « considérant que, d'une part, 
les lois détendant aux Juifs d'Alsace de se marier sans permission du 
Roy ne sont pas abrogées, d'autre part que la gêne qui leur est imposée, 
paraît contraire aux Droits de l'homme, arrête d'écrire à l'Assemblée 
nationale pour solliciter une décision », « n'osant prendre sur nous de 
« déroger à une loi qui n'est pas formellement révoquée » (Procès- 
verbal du 25 janvier 1791). 

Requête d'un Israélite de Dossenhcim 

(1790). 

Le 20 décembre 1790, le nommé «Scheilen Lévy, juif de Dossenheim », 
demandaitaux administrateurs du Bas-Rhin de «défendre aux officiersmu- 
nicipaux et au commandant de la garde nationale du lieu, de s'immiscer 
à l'avenir dans la dissention existant entre ledit Lévy et son épouse ». 
Qu'avaient-ils fait ? Nous l'ignorons, mais le Directoire fut d'avis qu'ils 
n'avaient fait « que ce que le maintien d'une bonne police et de la tran- 
quillité publique leur inspirait » et il il renvoya en conséquence l'époux 
mécontent, de sa plainte. 

Plaintes des Juifs d'Ingiviller, victimes de mauvais traitements 

(1790). 

Dans la séance du 22 décembre 1790, la communauté juive d'ingwiller 
présente au Directoire du Bas-Rhin des plaintes contre les violences 
dont, pendant la nuitdu 17, plusieursdeses membres ontété les victimes, 
t La garde nationale dont ils ont réclamé l'assistance a autorisé ces 
violences ; l'officier de garde a lui-même frappé sur les plaignants. » 



252 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

La municipalité, réunie dans la nuit même, a eu toutes les peines 
à dissiper l'attroupement et les pétitionnaires expriment la crainte qu'ils 
ne soient, d'un jour à l'autre, « l'objet de l'effervescence populaire ». Le 
Directoire commettait sur le champ un membre du District de Wissem- 
bourg pour procéder à une enquête et mettait, en attendant, leslsraélites 
d'Ingwiller sous la sauvegarde de la loi. 

Antisémitisme à Marmoulier 
(1791). 
Une pétition des Juifs de Marmoutier est discutée, dans la séance du 
Directoire du Bas-Rhin du 3 février 1791. Ils y exposent les vexations les 
plus outrées qu'ils essuient journellement des habitants des communau- 
tés environnantes; même les municipalités et les gardes nationales 
voisines se permettent des voies de fait contre eux; la commune de Got- 
teshausen, notamment, a forcé les suppliants à payer une rétribution de 
quinze florins par an « pour oser passer par le village de Gotteshausen 
et pour le traverser avec leurs convois funèbres, suivant sommation de 
ladite municipalité, du 29 décembre dernier, où elle a pris le titre de la 
nation de Gotteshausen, et la soumission verbale certifiée par ladite 
municipalité, le 3 janvier. La violence de ladite municipalité est d'autant 
plus réprehensible que c'est sous le masque du patriotisme et se fon- 
dant sur les principes de la nouvelle Constitution, qu'elle l'a exécutée». 
Ils demandent donc la protection de la loi et le remboursement des 
sommes extorquées. — Le Directoire, « considérant que la municipalité 
est d'autant plus réprehensible que non seulement elle a contrevenu à 
à la loi, mais a enfreint les drois naturels de l'homme, arrête que l'ar- 
gent sera restitué et le maire mandé au district de Haguenau pour être 
sérieusement réprimandé. 

La Municipalité de Mutzig et les Juifs 
(1791). 
Dans la séance du 8 février 1791, la Municipalité de Mutzig présentait re- 
quête au Directoire du Bas-Rhin pour qu'on exécute contre les Juifsdelaloca- 
lité le règlement du cardinal Louis-Constantin de Rohan, donné en 1759. 
Mais le Directoire, « considérant que les articles 1, 2, 3, 4, 5, 7, 14 et 18 du 
règlement sont contre l'esprit du décret du 16 avril 1790; que les articles 
6 et 12 sont absurdes et contraires à la liberté individuelle de l'homme ; 
que les articles 13 et 16 sont en contradiction avec la loi qui abolit les 
droits d'avouerie et de protection »; arrête « que la demande de la muni- 
cipalité de Mutzig ne peut être accueillie, lui enjoint de maintenir les 
juifs dans les droits et usages dont ils peuvent avoir joui jusqu'au 
4 août 1789 ». 

Un Juif et sa vache 
(1791). 
Le H février 1791, Goetschel, juif de Miuvershcim, portait plainte 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 253 

contre la municipalité du lieu, qui Lavait frappé, le 29 novembre dernier, 
d'une amende de six livres en argent, et dune amende supplémentaire 
de deux livres de cire au profit de la fabrique, pour avoir mené ses 
vaches à travers le village, le jour de la fête de St-Pierrc et de 
St-Paul. La municipalité répliquait que Goetschel « avait ajouté à son 
délit une conduite despectueuse envers elle et même envers la religion, 
en parlant avec mépris du jour de dimanche et des fêtes. Le Directoire 
du Bas-Rhin jugea qu'il n'y avait pas lieu à délibérer, en laissant le plai- 
gnant libre d'en appeler au juge. 

Fécondité juive dénoncée 
(1791) 
Le 15 février 1791 le Conseil-général de la commune d'Odratzheim 
protestait, devant le Directoire du Bas-Rhin contre « le grand nombre de 
Juifs qui se sont mariés depuis neuf mois (à Odratzheim) et de ce que, 
avant trois mois, il s'en mariera encore huit. » Le Directoire arrête 
« qu'il sera écrit derechef à l'Assemblée nationale pour demander une 
décision sur l'exécution de la loi qui défend aux Juifs de se marier sans 
la permission du Roi ». 

Juifs de Zellwiller contre la Synagogue 

(1791) 

Si les Israélites alsaciens avaient trop fréquemment à se plaindre de 
leurs concitoyens chrétiens, il arrivait aussi qu'ils eussent maille à partir 
avec leurs coreligionnaires. C'est ainsi qu'Abraham Joseph et Hertzel 
Lieber, juifs de Zellwiller, portent plainte au Directoire de ce que, 
n'ayant pas payé leur quote-part des impositions indirectes pour 1789, 
«ils ont été exclus, par le prévôt des juifs, des saintetés de la Syna- 
gogue ». Le Directoire du district de Benfeld avait émis Lavis qu'ils 
avaient été privés sans droit « des droits de la Synagogue », et qu'on de- 
vait les y admettre de nouveau. Mais celui du Département refusa d'in- 
tervenir et déclara qu'il n'y avait pas lieu à délibérer. 
(P.-V. de la séance du 23 mars 179i) 

Les chèvres des Israélites de Reichshoffen 

(1791) 

Dans bien des villages alsaciens, les municipalités s'ingéniaient à vexer 
leurs concitoyens israélites par toutes sortes de mesquines chicanes, 
afin de leur faire passer l'envie de venir s'établir chez eux, comme le 
permettaient les lois nouvelles. A Reichshoifen, on avait imaginé de 
chasser les chèvres leur appartenant des pâturages communaux, à moins 
qu'ils ne consentissent à payer un impôt supplémentaire de six livres 
par animal, en sus d'une amende Pourtant il y avait eu un arrange- 
ment entre la communauté juive et la commune, signé en 1773, d'après 
lequel lesdites chèvres devaient être admises au pâturage contre une 



254 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

rétribution annuelle collective de 92 livres. Saisi de cette plainte, le 
Directoire du Bas-Rhin défendit, le 26 mars 1791, que ces sommes illé- 
galement réclamées par la municipalité fussent perçues. 

Expulsion d'Tsraélites à Zellwiller 

(1790- 
Le 4 avril 1791, le Directoire du Bas-Rhin était appelé à délibérer sur 
la plainte d'isaac Hirtzel, juif de Zellwiller, auquel la municipalité avait 
enjoint de quitter la localité dans le délai de trois jours, sous peine 
d'être expulsé de force. Mais Hirtzel ayant exhibé un certificat de récep- 
tion, délivré par les anciens seigneurs, en date du 12 décembre 1788, 
l'arrêté intervenant ordonne à la municipalité de laisser jouir le 
suppliant du droit d'habitation assuré par ledit certificat. 

Israélites vexés à Bouxwiller. 

(1791) 

Dans la séance du 17 mai 1791, nous voyons la communauté juive de 
Bouxwiller protester auprès du Directeur du Bas-Rhin contre un arrêté 
de la municipalité, qui veut forcer les Juifs à payer un droit d'accise, 
pour avoir le droit de tuer des bestiaux et tenir cantine pour les indi- 
vidus de leur religion, droit qu'ils payaient autrefois au seigneur du lieu, 
mais qu'ils n'ont plus payé depuis le décret du 15 mars 1790. — Le Direc- 
toire arrête « que la commune de Bouxwiller ne peut pas faire revivre 
les droits féodaux abolis et qu'il sera libre aux Juifs de Bouxwiller de 
débiter des viandes, ainsi qu'à tenir taverne, à charge pour eux... de se 
pourvoir de patente et de se conformer aux règlements de police ». Les 
Israélites de la localité furent-ils très édifiés de la sentence ? On peut en 
douter; sans doute les principes étaient saufs, mais ils payaient toujours. 

Les patentes des commerçants Israélites. 
(1791) 
En mai 1791 la municipalité de Bischheim, village près de Strasbourg, 
où habitaient de nombreux israélites, s'adressa au Directoire du Bas-Rhin, 
pour savoir quelle attitude elle devait observer à leur égard jusqu'à ce 
que l'Assemblée nationale eût prononcé sur l'état-civil des Juifs. Ce corps 
lui répondit qu'on pouvait « leur accorder des patentes pour exercer une 
profession ou faire un négoce; mais cette distribution de patentes sera 
restreinte aux seuls Juifs domiciliés dans le département, lors de la 
promulgation de la loi du 17 mars dernier. » Cette déclaration sera 
adressée aux Directoires des quatre districts, pour leur servir de guide. 
(Séance du 25 mai 1791). 

Baptême d'enfant juif. 
(Séance du 4 juin 1791) 
« Vu la requête présentée à M. l'Évêque du département, par la nommée 
Hanne, fille majeure de Zellwiller, en condition à Itterswiller, expositive 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 25& 

qu'elle est près d'accoucher des œuvres de Judel Veil, son futur époux, 
mais qu'elle doute qu'elle puisse se marier avant ses couches; que, contrai- 
rement aux Droits de l'homme, la Municipalité et le curé de Zellwiller se 
proposent de lui enlever son enfant et le baptiser; la dite requête ten- 
dant à ce qu'il soit fait défenses par le sieur Évêque au curé d'Itterswiller f 
d'inquiéter la suppliante au sujet de cet enfant, sous quelque prétexte 
que ce soit; l'avis à la suite, de M. l'Évêque du Bas-Khin; le placet de 
ladite Hanne au Département, tendant aux mêmes tins; ensemble l'avis 
du Directoire du district de Benfeld, du 28 mai, qui estime qu'il n'y a 
lieu de délibérer, attendu que, du moment de sa grossesse jusqu'à ce 
jour l'exposante avait tout le temps de faire effectuer ses promesses et 
qu'aucune loi ne révoque celle qui ordonne d'administrer le baptême 
aux enfants juifs illégitimes; ouï le procureur-général-syndic..., le 
Directoire arrête qu'il n'y a lieu à délibérer. » 

Par une délibération postérieure, du 8 novembre 1792, nous apprenons 
que l'enfant de Hanne, de Zellwiller fut placé en effet à l'Hospice des 
Enfants trouvés à Strasbourg, chargé de payer ses frais d'entretien; le 
Directoire autorisait, à cette date ledit receveur à payer également une 
somme supplémentaire de six livres que réclamait la veuve Joseph 
Haerter, sage-femme à Epfig, « pour ses peines et frais de voyage, lors 
de l'accouchement. » 

Établissement d'un Israélite à Fegersheim. 

(1791) 

Dans sa séance du 7 juin 1791 , le Directoire discute la pétition de 
Samson Isaac, juif d'Uttenheim, qui sollicite la permission de s'établir à 
Fegersheim, où il demeure actuellement et où les parents de sa future 
épouse lui assurent un logement dansla maison qu'ils occupent, à charge 
de participer à tous les devoirs de la communauté. Il présente un brevet du 
Roi, du 25 février 1789, permettant au suppliant de se marier; un certificat 
de bonne conduite du prévôt de Niederehnheim en 1787 et des seigneurs 
de Reinach, en 1789. Mais la municipalité de Fegersheim refuse de l'ad- 
mettre et le District de Strasbourg estime que, « quant à présent, l'impé- 
trant ne peut pas exiger d'être reçu habitant » du lieu. La municipalité 
avait même présenté requête au Département de « défendre aux Juifs de 
s'établir audit lieu, en réponse a une injonction du Directoire, de n'avoir 
pas a troubler les Juifs dans leurs demeures (23 novembre 1790). 

Les administrateurs départementaux arrêtent qu'avant de statuer au 
fond, l'impétrant prouvera qu'il était établi à Fegersheim, avant le 4 dé- 
cembre 1790. 

Un enfant juif de Bischofskeim baptisé. 

(1791) 

Un enfant juif illégitime, né à Bischofsheim, avait été baptisé le 21 mai 
1779 et confié, par suite d'un accord signé le 27 janvier 1781, à Jean 



256 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Bechtcl de Bisehofsheim, qui fut chargé de rélever. Mais celui-ci, n'étant 
plus payé de sa pension depuis juin 1790, demande à en être déchargé. Le 
Directoire du Bas-Rhin, dans sa séance du 4 juillet 1791, arrête que l'en- 
fant sera remis incessamment à l'Hospice des Enfants trouvés, le plus 
proche de Bisehofsheim, et" que le receveur de cet établissement lui 
payera les sommes arriérées. 

La requête du rabbin Benjamin Hemmerdinger. 

(1791) 

Dans sa séance du 13 juillet 1791, le Directoire du Bas-Rhin discute 
une requête de Benjamin Hemmerdinger, rabbin des terres delà ci-devant 
Noblesse d'Alsace. Il a été nommé à cette place en 1772 et touchait, de- 
puis 1774, 650 livres de traitement. Pendant vingt et un ans, il a été régu- 
lièrement payé de cette somme, recouvrée par le receveur-général de sa 
nation, d'après la répartition dressée par les préposés généraux. Mais, 
depuis deux ans, il n'a plus rien reçu et demande que les commu- 
nautés juives soient tenues de le payer. 

Le Directoire fait droit à sa demande et décide qu'une somme de 
1.300 livres (pour 1789 et 1790), qui lui est due, sera répartie selon l'an- 
cien état. 

Aisance des Israélites de Haguenau, 

(1791) 

Dans sa séance du 3 septembre 1791, le Directoire du Bas-Rhin eut 
à s'occuper des réclamations de certains Juifs de Haguenau contre la 
fixation de leur contribution patriotique par la municipalité. Après un 
examen de leurs « facultés » financières il arrête que : 

Jacob Gugenheim payerait 40 livres. 

Nahum Weyl 150 — 

Raphaël Meyer Berr 175 — 

Jacob Mooch 200 — 

Benjamin Bernheim ■ 250 — 

Nathan Koschel Moyse 300 — 

Isaac Netter 300 — 

Fromages juifs. 

(1791) 

« Jacques Levy, juif de Birckenwald, demande qu'on lui accorde une 
patente moyennant 10 livres, pour pouvoir continuer son petit com- 
merce de fromage, qu'il débite aux seuls juifs, et pour lequel il est obligé 
d'entretenir un cheval. 

Le Directoire du Bas-Rhin, dans sa séance du 22 septembre 1791, arrête 
qu'il n'y a pas lieu à délibérer. 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 257 
Une juive convertie. 

Dans sa séance du 29 octobre 1791, le Directoire du Bas-Rhin recevait 
la supplique de Marie-Éléonore Bernheim, fille de Louis-Camille Bern- 
heim, en son vivant juif converti, et reçu marchand et bourgeois de 
Strasbourg. Elle réclame la pension de 24 livres que le Grand Chapitre 
lui avait accordée. On mandate, en sa faveur, le restant de la pension de 
1790, soit cinq livres et cinq sols. Pour la suite, on la renvoie au Comité 
des pensions. 

Impôt de capitation sur les Juifs, déclaré illégal. 

(1792) 

Le 4 février 1792, les habitants israélites de Langensoulzbach protes- 
taient contre un impôt de capitation, de huit livres par individu, que la 
municipalité prétendait leur faire payer, en sus des contributions ordi- 
naires. Le Directoire du Bas-Rhin, déclare qu'ils ne peuvent être assu- 
jettis à d'autres impôts que ceux décrétés par l'Assemblée nationale 
casse, comme « absolument illégale », la délibération de la municipalité 
et lui défend de récidiver. 

Serment des Israélites de Bischheim. 

(1792) 

Dans sa séance du 30 mars 1792, le Directoire du Bas-Rhin, fut saisi 
d'une requête des Juifs de Bischheim-am Saum, exposant que la muni- 
cipalité après avoir longtemps décliné de recevoir leur serment comme 
citoyens actifs, sommée par eux le 24 février, de procéder à cette céré- 
monie, leur a fixé le samedi, 3 mars, à cet effet. Mais elle exigeait d'eux 
qu'ils prêtassent le serment tête découverte et ayant les doigts de la main 
droite levés, à l'instar des chrétiens. Cette formule (sic) étant contraire 
aux rites de la religion juive, ils ont refusé, proposant de le faire dans la 
forme à eux habituelle, sans laquelle ce serment ne serait pas obligatoire 
pour eux. Ils demandent donc que l'administration supérieure nomme 
des commissaires pour recevoir leur serment. 

Là-dessus le Directoire arrête que les Juifs, citoyens actifs, prêteront 
le serment en levant la main (seule chose que prescrive la loi ; il n'est 
pas dit comment ils la tiendront, mais seulement sous-entendu). Il défend 
donc aux municipalités d'exiger aucune autre formalité, non prescrite 
par la loi. L'officier municipal Laurent, de Strasbourg, est délégué pour 
recevoir ce serment. Mais nous apprenons par le procès-verbal de la 
séance du 27 avril, que lorsqu'il vint à Bischheim, il fut insulté par les 
habitants, sans que le maire Schaub prit des mesures pour le protéger, 
et quand Laurent eut requis des soldats pour réprimer les désordres, le 
maire eut l'audace de les loger exclusivement chez les Israélites de la loca- 
lité, sous prétexte de les protéger. Aussi le Directoire décida-t-il de le 
dénoncer à l'accusateur public. 

T. LXVIU, n» 136. 17 



258 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Requête de Moyse Elias d'Hier swiller. 

(1792) 

Dans sa séance du 29 avril 1792, le Directoire avait à décider sur la péti- 
tion que « Moyse Elias, juif d'Ittersviller » présentait au nom de sa fille 
« Marianne Moyse, enceinte des œuvres d'un garçon juif de Balbronn, 
nommé Jacob.» Il craint que «selon l'ancien usage, le curé catholique du 
lieu ne vienne enlever à sa fille l'enfant dont elle accouchera pour le faire 
baptiser et le faire élever dans la religion chrétienne. Plaise à l'adminis- 
tration prévenir une violation aussi manifeste des droits de l'homme et 
défendre au curé cet enlèvement. ». Le procureur-général-syndic ouï, 
les administrateurs, «considérant que l'enfant de la fille de l'exposant ne 
pourrait lui être enlevé qu'en violant les droits les plus sacrés de la 
nature et les principes de la Constitution, arrêtent qu'il sera fait défense 
au curé catholique dudit Itterswiller, et â tous autres, d'inquiéter en au- 
cune manière la fille de l'exposant. » 

Taxe des Israélites de Balbronn. 
(1792) 
Dans la séance du 15 mai 1792, le Directoire discute une réclamation 
des Israélites de Balbronn auxquels la municipalité réclame une somme 
de 240 livres pour droit d'abreuvoir et de pâture ( Wasser und Weid). Il est 
établi qu'il y a cinquante ans environ, seize familles juives établies dans 
la localité ont promis de verser 120 livres annuellement pour se racheter 
de toutes corvées, gardes et autres charges ; il y a maintenant trente 
familles juives à Balbronn. Le Directoire arrête, en conséquence, que la 
somme demandée n'est pas exagérée et qu'il n'y a pas lieu à délibérer sur 
la restitution de la somme payée pour 1790. 

Comptes du Collège juif de Rosheim. 

(1792) 

Le procès verbal du Directoire du Bas-Rhin nous révèle (à la date du 
1 er août 1792), l'existence d'un Collège juif à Rosheim. C'est en qualité 
de Directeur du Collège juif établi en cette ville que « Lazare Aaron 
juif, négociant à Mutzig vient apporter, ce jour là, le compte rendu des 
dépenses et recettes faites de 1778 à 1789 ; d'après les calculs établis à 
Obernai, le 10 novembre 1789, il restait un reliquat de 2.352 livres à ver- 
ser entre les mains du caissier général de la Nation juive. Les députes 
des communautés juives de la ci-devant Alsace ayant trouvé les comptes 
en règle, le Directoire les approuve à son tour, en ce qui concerne le 
Bas-Rhin. 

Certificat de civisme pour Marx Béer. 
(1792) 
Marx Béer, le fils du célèbre munitionnaire des armées du Roi, Cerf 
Béer, lui-même futur fournisseur des armées de la République, avait 



L'ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 259 

demandé au Directoire du Bas-Rhin un certificat de civisme, après la 
révolution du 40 août. Le Directoire le lui accorda, dans sa séance du 
29 août, dans les termes flatteurs que voici : «Considérant que ce ci- 
toyen a toujours fait preuve, depuis le premier instant de la Révolution, 
d'un civisme éclairé, généreux et pur; que son exemple a eu la plus heu- 
reuse influence sur une classe d'hommes nombreuse dans notre dépar- 
tement; considérant en outre que dans les moments de crise et aux épo- 
ques difficiles, ce patriote s'est distingué par sa fermeté et son courage, 
les Administrateurs arrêtent qu'il lui sera délivré le présent certificat en 
témoignage de la confiance et de l'estime qu'il a inspirée à ses conci- 
toyens. » 

Troubles antisémites dans le Bas-Rhin. 
(Septembre 1792) 

Dans la séance du Directoire du 5 septembre 1792, il est donné lecture 
d'une lettre de Kayser, maire de Barr, rendant compte de vexations 
exercées en plusieurs lieux contre les Juifs, tant par leurs propres con- 
citoyens que par les gardes nationaux volontaires qui y sont détachés 
Le sieur Dépinay, du district de Benfeld, est désigné comme commissaire, 
pour prendre le plus promptement possible des renseignements à Barr, 
à Walff, Krautergersheim, Zellwiller, Niederottrott, Rosheim, Meistratz- 
heim, Bischheim-à la-montagne, Niederehnheim, où des excès également 
graves ont été commis II sera écrit également au « général Biron» (Fex- 
duc de Lauzun) au sujet de cette « coalition coupable qui se forme dans 
un grand nombre de communes. On cherche à égarer les citoyens en 
leur insinuant que les Juifs ont sollicité le décret contre les prêtres; on 
séduit les gardes nationaux volontaires sous d'autres prétextes et déjà à 
Walff, etc., plusieurs maisons ont été pillées, beaucoup de citoyens mis à 
contribution ou chassés, et ce sont les volontaires qui ont été les agents 
de ces vexations parce qu'ils ont plus de facilités pour échapper aux 
peines que la loi prononce contre ceux qui troublent l'ordre public. » Le 
général est prié de vérifier les faits et de punir sévèrement les cou- 
pables. 

Pétition d'un père pour sa fille. 

(1792) 

Dans une pièce produite en séance du Directoire du Bas-Rhin, du 
l« r octobre 1792, « Wolf Meyer, citoyen juif d'Obernai, exposant que sa 
fille Agathe Meyer est enceinte des œuvres d'un jeune homme de son 
culte, mais qu'étant par des circonstances impérieuses dans l'impossibi- 
lité de réparer son honneur par le mariage, cette fille craint que d'après 
l'ancien usage, son enfant ne lui soit enlevé pour être élevé dans la reli- 
gion chrétienne, présente requête tendant à ce que les corps administra- 
tifs préviennent cette violation des droits de la nature. » Là-dessus le 
Directoire, après avoir pris l'avis du District de Benfeld, prend la déci- 



260 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

sion suivante : ((Considérant que la Déclaration des droits de l'homme a 
réintégré les Français dans ceux qu'ils avaient reçu de la nature, que 
l'un des plus sacrés, dont le despotisme des rois a seul pu arrêter 
l'exercice dans le règne des préjugés, mais contre lequel aucune loi, 
aucun usage n'ont pu prescrire, est le droit qu'ont des parents de pour- 
voir et de veiller eux-mêmes à la conservation et à l'éducation de leurs 
enfants jusqu'à ce que leurs facultés physiques et morales les rendent 
maîtres de leur pensée et de leur conduite », il arrête qu'il sera fait 
défense à la Municipalité d'Obernai et à toutes autres d'inquiéter, en 
façon quelconque, la fille de l'exposant dans l'élévation (sic) et éducation 
de l'enfant dont elle est enceinte, sous peine d'être déclarés réfractaires 
à la loi et violateurs des droits de l'homme et poursuivis comme tels 
suivant toute la rigueur des lois. » 

Régime financier des Juifs d'Alsace. 

(1792) 

Dans sa séance du 2 novembre 1792, le Directoire du Bas-Rhin prenait 
la délibération suivante : 

« Le Directoire. . . considérant que les citoyens de la religion de Moïse, 
domiciliés dans ce département, ayant eu pendant longtemps des inté- 
rêts séparés de ceux des autres citoyens, ont été astreints à un régime 
d'administration qui leur était particulier; qu'ils ont eu des préposés 
généraux et particuliers, des caissiers, des rabbins etc., qui avaient une 
juridiction distincte de celle des autres officiers publics et percevaient 
des émoluments imposés annuellement sur les individus de la soi-disant 
nation juive... Ce régime ne peut plus subsister sous le régime de la 
liberté et de l'égalité, lorsque tous les citoyens de la République ne doi- 
vent plus connaître de lois que celles qui sont communes à tous... Con- 
sidérant en outre que les lois assurent aux individus de la religion de 
Moïse la faculté de choisir à leur gré les ministres de leur culte,., arrête: 
A partir du 1 er novembre courant aucuns individus de la religion de Moïse 
ne pourront être contraints au payement d'aucune somme destinée à ac- 
quitter les traitements dûs à des soi-disant préposés, caissiers, rabbins et 
autres... (sauf s'ils ont à verser des arriérés)... Fait le Directoire défense 
à tous citoyens juifs d'exercer sur leurs concitoyens une autorité qui ne 
leur serait pas déléguée par les lois, sauf aux individus de la religion de 
Moïse à élire les ministres de leur culte et à convenir librement entre 
eux du traitement qu'ils jugeront convenable de leur accorder. Cet 
arrêté sera imprimé dans les deux langues et affiché dans les com- 
munes... 

Le service de la garde nationale et le Sabbat. 

(1792) 

Le 7 novembre 1792, le Directoire discute une pétition de neuf citoyens 
de Haguenau, de la religion de Moïse; ils demandent à être dispensés du 



L ANTISÉMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 261 

service personnel de la garde nationale le jour du sabbat, offrant de se 
faire remplacer. Le Directoire considérant que les habitants suivant le 
culte de l'ancien testament, ayant été déclarés citoyens français et 
admis aux droits qui résultent de cette qualité honorable, ils doivent 
aussi remplir les devoirs qui y sont attachés ; que l'Assemblée nationale 
ayant décrété que tous les citoyens en état de porter les armes, seront 
tenus de faire leur service personnel ; que dans les principes d'égalité 
qui sont la base de la régénération de la république, il ne peut exister 
d'exemption^pour aucune classe de citoyens, arrête : la demande ne peut 
être accueillie. » 

La même réponse est donnée le 3 décembre 1792 à une requête pré- 
sentée par Auscher Baerel, au nom [des citoyens juifs de Niederroe- 
dern. 

Le maire Schaub et les Israélites de Bischheim. 

(1792) 

Dans la séance du Directoire du Bas-Rhin, du 17 décembre 1792, les 
Israélites de Bischheim, près Strasbourg, exposaient que lors de la réu- 
nion des assemblées primaires, ils avaient été expulsés de la salle de 
vote « pour n'avoir point voulu ôter le chapeau et lever deux doigts à 
la prestation du serment de fidélité à la République, alors que l'arrêté 
du Directoire du 30 mars dernier leur permettait de lever seulement la 
main. Le 2, lors de l'élection d'un juge de paix du canton, quand on eut 
donné lecture de cet arrêté ancien, « le nommé Schaub, maire du dit 
lieu, se serait présenté au bureau et a despectueusement protesté 
contre l'exécution de cet arrêté, en disant hautement, avec une in- 
décence indigne d'un fonctionnaire public que les administrateurs 
n'avaient pas d'ordre à donner aux citoyens formés en assemblée...; que 
cette démarche du maire Schaub a été le signal de désordres, au point 
que les pétitionnaires ont été expulsés à force de mauvais traitements ». 
Ils demandaient la cassation de l'élection. Le Directoire, après avoir fait 
interroger Schaub et divers témoins, décidait le 27|décembre, que les 
plaignants avaient été violemment expulsés, au mépris de leurs droits de 
citoyen: que la conduite de Jacques Schaub était doublement répréhen- 
sible, et ordonnait, après annulation du vote, que l'élection serait recom- 
mencée en présence d'un commissaire du district. Le maire payerait les 
frais de la commission et serait dénoncé, comme fauteur de troubles à 
l'accusateur public. 

L'élection d'un juge de paix à Rosheim. 

(1793) 

Dans la séance du 14 janvier 1793, le Directoire eut à délibérer sur une 
pétition « présentée par les citoyens professant le culte juif à Rosheim », 
qui nous montre que dans certaines des localités catholiques du Bas- 
Rhin les Israélites n'étaient guère mieux traités sous le régime républi- 



262 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

cain qu'ils ne l'avaientété sons la monarchieabsolue. Cette requête exposait 
« qu'ayantétéconvoquéssurla maison commune du lieu, le 2 décembre der- 
nier, aux fins de procéder à l'élection d'un juge de paixetdes assesseurs, et 
s'y étant présentés, les autres citoyens se sont brusquement levés, disant 
qu'ils ne souffriraient pas que des Juifs assistent aux élections, à moins 
qu'ils ne prêtassent le serment comme eux et, qu'à défaut de satisfaire, 
ils les jetteraient à la porte; que malgré les offres faites par les dits 
Juifs de prêter le serment ainsi que leurs cérémonies leur prescrivaient, 
les citoyens n'ont point voulu consentir à ce qu'ils donnent leurs suf- 
frages et demandèrent qu'il soit à l'instant procédé à ladite élection, 
exclusivement aux Juifs, et malgré la protestation faite par ces der- 
niers ». Ceux-ci demandaient donc l'annulation de l'élection, et la 
municipalité provisoire ne niait pas, d'ailleurs, les faits énoncés. 

L'arrêté du Directoire « considérant que les citoyens professant le 
culte de Moïse, à Rosheim ont été violemment expulsés de l'Assemblée 
élective. . . parce qu'ils n'ont pas voulu lever deux doigts et ôter le cha- 
peau, lors de la prestation du serment », rappelle sa décision antérieure 
du 30 mars 1790, sur la prestation du serment, qui n'est liée à aucune 
condition spéciale, déclare que la conduite des gens de Rosheim est une 
violation manifeste des droits des citoyens, qui entraîne nécessairement 
la nullité des élections, et ordonne qu'elles seront recommencées, le 
dimanche, 20 janvier 1793, en présence d'un commissaire du District de 
Benfeld. 

Culte mosaïque à Strasbourg. 

(1793) 

Dans la séance du Directoire du 7 septembre 1793, lsaïe Netter demande 
h être exempt d'étiqueter une chambre de sa maison qu'il a consacrée pour 
y faire les prières de son culte avec sa famille, attendu qu'il en a fait la 
déclaration à la municipalité et au bureau de police, à plusieurs repri- 
ses. Mais les administrateurs du Bas-Rhin, « considérant que d'après le 
décret du 31 mai 1791 et la délibération du 23 septembre suivant, tout 
édifice consacré à un culte religieux par une société particulière, doit 
porter sur la porte principale une inscription pour indiquer son usage ; 
considérant que le culte de Moïse doit être également soumis à ladite 
loi, arrêtent que le citoyen Netter, ainsi que tous les autres Israélites, 
qui se réunissent pour suivre ce culte, seront tenus d'attacher à la porte 
de leur maison un tableau qui indique qu'il s'y fait un culte, et invitent 
la municipalité à tenir la main à l'exécution de cet arrêté. » 

Vases sacrés des Israélites réquisitionnés. 
(7 décembre 1793) 

Nous lisons dans le procès-verbal du département du Bas-Rhin, du 
17 frimaire, an II : « Vu les dénonciations faites que les Juifs n'avaient 
point (livré) leurs lustres, lampes et autres objets d'or, d'argent ou de 



L'ANTISEMITISME DANS LE BAS-RHIN PENDANT LA RÉVOLUTION 263 

cuivre, qui servaient à leur culte ridicule et impie », une circulaire est 
envoyée aux Districts pour presser, par tous les moyens, la rentrée de 
ces objets, « tous les emblèmes du fanatisme le plus révoltant devant 
disparaître et tourner au profit de la République. » 

A propos d'un enterrement Israélite à Rosenwiller. 

(1794) 

Dans leur séance du 29 prairial II (17 juin 1794), les administrateurs 
du département du Bas-Rhin adressaient la circulaire suivante aux 
Districts : « Encore une nouvelle preuve, citoyens, nous est donnée de 
l'opiniâtreté fanatique et superstitieuse des ci-devant Juifs. On vient 
d'arrêter à Rosheim le cadavre d'un d'eux, domicilié et mort à Strasbourg, 
que l'on transportait à Rosenweiler, pour y être enterré selon les imbé- 
ciles lois du rabbinisme. Ces hommes ne veulent point ouvrir les yeux à 
la lumière de la raison; leurs dogmes anti-sociaux sont tout pour eux et 
tandis que les citoyens suivent et chérissent les lois dictées par un peuple 
libre, ceux-là osent encore persévérer dans les actes d'une secte absurde 
et barbare. C'est moins leur système religieux que nous considérons 
dans cette circonstance que leur antipathie criminelle contre les citoyens 
qui ne sont pas de leur culte ridicule, qui doit fixer votre attention et la 
nôtre. Et ces hommes prétendent jouir des droits des citoyens français, 
eux qui ne veulent pas seulement se réunir avec eux quand ils ne sont 
plus ! 

« Redoublez de surveillance et de sévérité, citoyens! Forcez-les de 
renoncer à l'agiotage et aux rapines, de rendre de réels services à la com- 
mune-patrie, à lui prêter leurs bras, leur industrie dans les ateliers, 
dans les campagnes. Retirez demain (des mains) de leurs prêtres ces regis- 
tres de naissance, de mariage et de décès qu'ils ont soustraits à la connais- 
sance des magistrats du peuple. Obligez-les à se soumettre aux lois de la 
République en renonçant aux superstitieuses habitudes qu'elles réprou- 
vent et qu'enfin ils se rendent, s'il est possible, dignes de la nation qui 
les a si généreusement accueillis et embrassés comme des frères ! S'il 
arrivait que vos efforts devinssent inutiles et que ces hommes continuas- 
sent à entretenir le désordre de leur dureté (?) et l'indécence de leur 
aversion, hàtez-vous de nous en instruire; communiquez nous vos 
griefs. Nous les mettrons sous les yeux de la Convention nationale, et 
nous provoquerons auprès d'elle les mesures les plus sévères contre les 
restes détestés d'un peuple, de tout temps haï autant que méprisé. » 

Si même on ne connaissait pas la date de cette circulaire, l'extrême 
violence de ces tirades déclamatoires nous avertirait que nous sommes 
à l'apogée de la Terreur, et ce langage des Mougeat, Carey, Saget et 
autres administrateurs du Bas-Rhin à cette époque nous prouve que les 
Jacobins extrêmes de 1794 n'ont pas été plus équitables et plus tolérants 
à Végard des Israélites d'Alsace que leurs prédécesseurs réactionnaires 
de 1790. 



MANUSCRITS HÉBREUX 

DE LA BIBLIOTHÈQUE MUNICIPALE DU HAVBE 



La bibliothèque publique du Havre a reçu en don de M. Marx 
Cahen, ministre-officiant de la communauté israélite de cette 
ville, 26 manuscrits hébreux modernes, dont voici le sommaire : 

N os 461-4. Commentaire du Commentaire de Raschi sur le Talmud. 
I. Pesahim (54 ff.); II. Baba Kamma (72 ff.) ; III. Baba Batra et Sanhé- 
drin (120 ff., le reste est blanc); IV. Zebahim, incomplet du commence- 
ment, et se réfère aux fol. 56 et suiv. du texte talmudique (20 ff.). — Ces 
quatre parties in-4°, écrites en cursive judéo-allemande, ne sont pas 
signées ; mais, d'après les caractères, on voit que ce sont des autogra- 
phes de Jacques Cerf Cahen, rabbin de Metz, puis de Toul, et la date est 
révélée par quelques lignes préliminaires du premier traité, où Fauteur 
raconte avoir longtemps souffert d'une ophtalmie aux deux yeux (peut- 
être d'une cataracte), Fan 602 (= 1842); il a été guéri, et pour rendre 
grâce à Dieu, il s'est mis à l'œuvre. 

No 465. Correspondances, écrites en cursive judéo-allemande, adressées 
à et par Jacques Cerf Cahen, entre les années 1811 et 1851 ; les pre- 
mières sont datées de Metz, les suivantes de Toul. Parmi ces lettres, on 
remarque celles de R. Seligmann Getschlik, de Phalsbourg, datée de 
1824, et du R. David Selkeli, à Metz, même année, traitant toutes deux 
de casuistique rabbinique. Une autre lettre, datée de 1851, est adressée 
par Samuel Jacques fils de Jacob Cerf Cahen au rabbin Moïse Lévi 
Merzich, sur une question de bain rituel. — Ensemble : 20 pièces formant 
33 feuillets in-4°. 

N° 466. Sermons pour fiançailles et mariages, D'OTPtt) ; transcrits par 
le petit-fils de l'auteur, M. Marx Cahen, en belle écriture rabbinique 
Raschi. 91 p. in-4° (le reste du registre est blanc). 

N° 467. Esquisses et notes (canevas) pour allocutions religieuses, confé- 
rences, bénédictions de mariages, toasts à des banquets. La dernière 
pièce, rédigée pour célébrer une fête de fondation de société, est du 
17 Tébet 621 (31 décembre 1860), à Toul. — 38 pièces, en 52 feuillets 
in-4°; écriture judéo-allemande, de la main de Sam. Jac. Cahen. 

N° 468. Mélanges, savoir : a. Nahum, petit texte biblique, avec version 
française en regard. Cahier de 6 ff. in-8°. — b. Trois autorisations de 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU HAVRE 265 

bénir des mariages, dont la première, délivrée à M. Jacques Cerf Cahen, 
est signée par E3JWTN* *MÉnfim, à Saarguemines, le 18 Nissan 619 
(22 avril 1859); les deux, autres sont délivrées à M. Samuel Jac. Cahen, 
par M. Libermann, grand rabbin du ressort de Nancy ; l'une, du 
22 Eloul 620 (8 septembre 1860), autorise la bénédiction d'un mariage à 
blîM^BEKlD, Ghampigneulles ; l'autre, du 27 Nissan 624 (3 mai 1864), 
autorise un mariage à ">200y, Essey, près Nancy. — 3 pièces in-8° oblong. 

— c. Prière d'indulgence, ïimbo, dite lors d'une calamité publique, et 
invocations privées, ïiann. La première pièce, composée lors d'une 
grande famine, écrite en lettres carrées calligraphiées, est une suppli- 
cation en 11 quatrains, dont les initiales tracées par majuscules consti- 
tuent en acrostiche les mots ûNYnyu&n briDp (? canal de Rotterdam), 
sans indication de date. Soit 5 pièces, dont 4 en caractères carrés et une 
en cursive judéo-allemande, 1 en 2 ff. in-4°, et 4 in-8° ou in-12. — d. 
Conversion d'une femme au Judaïsme; attestation de M. Samuel Jac. 
Cahen, « Metz, le 24 Iyar 627 (19 mai 1867) ». — e. Lettre de J. Bril, 
l'éditeur de la revue hébraïque Lebanon, mars 1871. Il s'excuse de ce 
que, par suite de la guerre et du siège de Paris, sa publication a dû être 
interrompue; il comble la lacune par l'envoi d'une brochure similaire. 

— f. Poème de Te Deum en l'honneur de Napoléon I er , composé de 
14 strophes; les initiales du dernier vers de chacune d'elles, donnent 
en acrostiche les mots no^p INvbNDfcW "H, daté de Lunéville 1806 (2 ff. 
in-4°). — g. Ï12T nrso, « Vaisseau de Jonas » ; texte du prophète Jonas, 
avec' explication du Midrasch; micrographie par Jacob Sofer, lithogra- 
phiée à Oran, 5651 (1891). — h. Modèles de traduction d'hébreu en français. 
Ensemble : 12 pièces, in-8° et in-4°. 

N°s 469 et 470. Listes d'enfants circoncis, écrites sur de petits registres, 
savoir : A. 344 n os d'opérations accomplies depuis le 13 Schebat 550 
(=28 janvier 1790) jusqu'au 18 Heschwan 580 (6 novembre 1819), les 
premières par le rabbin Mayer Weill, de Nancy, seul, les autres à partir 
du n° 114 (en 1792) avec le concours de Jacques Cerf Cahen, chargé de la 
seconde partie de la péritomie {peria). Celui-ci, plus tard, a opéré seul. 

— Cahier de 100 p. (le reste en blanc), in-12; écriture judéo-allemande, 
avec fréquentes ligatures et abréviations. 

B. A la suite du livre imprimé 'n TiO, traité de circoncision (Amster- 
dam, 1709, in-12), figure une liste d'autres enfants circoncis vers la même 
date, de 1790 à 1817, au nombre de 179. Au n° 43, le péritomiste Mayer 
Weill est nommé à titre d'adjoint. Au n° 20, à propos de la circoncision 
accomplie le 4 Tischri 555 (24 septembre 1794), l'inscripteur note pour- 
quoi cette opération a été reculée de trois jours : le péritomiste n'a pas 
pu se trouver au lieu de naissance le jour de Rosch haschana, vu qu'en 
cette localité il n'y avait ni minian pour célébrer l'office, pi Schofar à 
faire sonner, et que l'on n'aurait pas pu transporter l'enfant à Nancy, en 
raison de la guerre qui sévissait alors dans ces parages. 

C. A côté de ces deux listes, notons celles qui se trouvent parmi les 
livres de M. Marx Cahen. Enfants circoncis par Samuel Cahen de Toul, 



266 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

depuis 1830 jusqu'en 1872. Écriture rabbinique soignée, avec rubriques 
en lettres carrées. A la suite d'une autre édition du livre précité (Vienne, 
1837, petit in-8°), on trouve inscrites 390 péritomies, dont la mention est 
accompagnée, en marge, de l'indication française du lieu de naissance et 
de la date chrétienne ; 68 p. écrites, et le reste en blanc. — A la fin, le 
même opérateur a inscrit 17 « rachats de premiers nés », effectués depuis 
le 12 Éloul 614 (5 septembre 1854) jusqu'au 8 Heschwan 632 (23 octobre 
1871), dans diverses localités : à Bouc, pT3, à Nancy, à Paris, à Eidingen 
près Stuttgart, à Toul, à , |«D33m3*D3NB (Pont -Sa : nt- Vincent) près 
Nancy, à Vézelise. 

D. Une liste analogue d'enfants circoncis par Jacques Cahen à Toul, 
depuis le 8 Tamouz 564 (17 juin 1804) jusqu'au 5 Nissan 602 (16 mars 
1842), soit 408 n os écrits sur 80 p. in-12; écriture cursive judéo-alle- 
mande. — Au n° 104 il est dit que le 5 Iyar 574 (16 avril 1814) la guerre 
gênait les communications. 

Ces collections d'états civils donnent 1.321 extraits de nais- 
sance, en hébreu; elles n'intéressent pas seulement la généa- 
logie d'un grand nombre de familles lorraines ; à côté du récit 
de menus faits, en dehors de vagues indications géographiques 
et de la mention connue des noms patronymiques adoptés comme 
noms propres, elles offrent aussi un intérêt général pour l'ono- 
mastique, par la transcription trop souvent irrégulière des noms 
de personnes ou de lieux. Tout défigurés qu'ils sont dans ces 
petits textes naïfs, on voit comment les noms se rapprochent 
peu à peu de la prononciation exacte (par exemple ci-après Pont- 
à-Mousson, Damblain et beaucoup d'autres); leur déformation 
est due à la prononciation relâchée du parler vulgaire caracté- 
risée par l'absorption ou contraction des finales (comme pour 
Uttenheim, Odratzheim, etc.), la discordance entre certaines appel- 
lations allemandes et les dénominations françaises (exemples : 
Ribeauvillé, Saverne, Morhange, Thionville), la permutation des 
lettres d'une même classe de consonnes, ou confusion entre les 
fortes et les faibles, les dures et les douces (voir les mots Toul, 
Vitry), l'accentuation, tantôt allemande, tantôt française d'un 
mot (p. ex. Bernheim, May), allant jusqu'au déplacement des 
voyelles dans un même énoncé (p. ex. Brisac, Gondrecourt), y 
compris l'élision (comme dans Goldbach ou Eisenmann), la 
prosthèse (dans le nom local Thonnance), et l'aphérèse (comme 
dans Italiener), ou la défectuosité des désinences (comme dans 
Mutzig), sans compter la difficulté d'exprimer en hébreu telle 
lettre française, le J dans Jouy, Joinville, ou des diphtongues, 
en particulier aux mots Haroué et Yoid. — Aussi, ceux quj, 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU HAVRE 



267 



de nos jours, savent encore rétablir et reconnaître les vrais noms 
sous leur aspect corrompu se faisant rares, nous avons cru bon 
d'établir le répertoire suivant 1 : 



Noms de localités, souvent noms 
propres. 

[Les désignations départementales 
sont données conformément aux 
dates des inscriptions]. 

Apremont (Meuse), "jneisn : dans 
C, n os 112, 173. 

Aub (en Bavière), 3N : A, 89. 

Baccarat (Meurthe), anNpNa : C, 
262. 

Balbronn (Bas-Rhin), mabaa : A, 
90. 

Bar (Meuse), nttKa : A, 224, 229, 
263; B, 173; spécifié: « Bar-le- 
Duc », pwb 'a : C, 357 ; D, 184, 
190; appelé aussi, du nom dé- 
suet, « Bar-sur-Ornain », mo 'a 
•pnN : D, 80, 99, 106. 

Basse (Vosges), DN3 : A, 65, 186. 

Beauchemin (Hte-Marne), ÏWIBIB : 
A, 163, ou rwWDlB : A, 245. 

Beaucourt (Ht-Rhin), mpNa : B, 
112, 118. 

Bergheim (Haut- Rhin). np-)3>a, 
spécifié « en Alsace » : D, 10S. 

Berlinghen (Meurthe), prbns : A, 
38, 41 ; abrégé en "pb^S: A, 11. 

Bicqueley (Meurthe), snbsns, spéci- 
fié « près (aujourd'hui : fau- 
bourg) de Toul» : A, 3 ; ou 2*^1: 
A, 35, ou 3>b:P3 : D, 73, 93, 126. 

Billy (Marne), 2TDT3 : C, 2; aussi 
sous la forme « Le Billy-le- 
Grand », laana bwb : D, 22. 

Bleneau (Yonne), «3*ba et KiDyba: 
A, 10, 111; B, 82, 85; G, 29, 60, 
124. 

Bolleviller (Ht-Rhin), mK'pbàa : A, 
141-2, 340, ou yiambfiW : D, 79. 



Boulay (Mos.), ou Bolchen, îiabN3: 
A, 1, 37, 133, 158, 211; B, 46; 
D, 3, 28. 

Bourbonne (Haute-Marne), 1"i3"n3, 
spécifié « ville » : B, 13, 14, 28,31. 

Bourmont (Hte-Marne), fNTma : G, 
6, 285 ; ou ^"TlD : D* 55, spé- 
cifié « près Neufchatel » : D, 89, 
114, 228. 

Brienne (Aube), 1^13 : D, 58, 63 
auparavant appelé « La Brienne», 
iyn3Nb : A, 147. 

Brisac= Breisach (Ht-Rhin), pn?-)3, 
final ch = p : A, 177, 205. 

Bruley (Meurthe), *bria : D, 292. 

Bruyères (Vosges), "uma, spécifié 
« Vosges » : G, 364. 

Bue (Ht-Rhin), pi3 : G, 267; D, 14, 
218. 

Bulgnéville (Vosges), b"WWa : 
G, 359. 

Buligny (Meurthe), anï^"* : B, 81, 
123 ; ou jnrb^a : D, 42. 

Cernay = allemand Sennheim (Ht- 
Rhin), tt*3*0 : A, 123, 171; ou 
N33>0 : D, 84, 100. 

Ghalaines (Meuse). l^bfittD, spéci- 
fié « non loin de Vaucouleurs » : 
A, 19;D,55. 

Chaligny (Meurthe), "pbbwD : A, 49. 

Ghàlons, ÏÇ3WD, spécifié « sur 
Marne » : G, 22, 73, 190. 

Ghambrey (Meurthe^, fiT-DWWD : A, 
28; B, 4, 15, 61, 63; D, 132, 160. 

Gharleville (Ardennes), bTïJblNtB : 

A, 294. 

Charmes (Vosges), DJ-nfiNB : A, 8; 

B, 37 ; écrit aussi D"nWD : A, 195, 
196 bis; B,3, 113, 125, 162; enfin 
D-iWZJ : G, 16, 66, 340, 370. 



1. Pour éviter l'imbroglio des chiffres, les numéros des quatre manuscrit» 469-470 
avec C et D sont figurés dans les deux listes suivantes par les lettres A, B, C, D. 



268 



REVUE DES ÉTUDES JUIVES 



Charvilliers (Jura), ou Scherwiller 

(Alsace) ? -ib-n-nNU; : A, 100, 176; 

B, 62. 
Château-Salins (Meurthe) , a^aNtU 

■pb«T: B, 49; ou (bien) Vb«t«0«TB : 

B, 112. 
Ghatenois (Vosges), ÉMjmwaNU) : 

B, 65, 69,95. 

Chaumont, "JNEÉW) : C, 96, 211. 

Choloy (Meurthe), NTibNïî, faub. de 
Toiil : D, 338, 370. 

Clermont (Meuse), "jNTn^bp: D,173. 

Commercy (Meuse), «■OTSaKp : G, 
84, 105 ; D, 254, 276, 296. 

Conflans (Moselle), INbsmp : B, 126. 

Courcelles(Meurthe),b^i:nNp;B,127. 

Créhange = Krichingen (Moselle), 
ÏWWp : A, 117. 

Damblain (Vosges), l^bstt&n : D, 
114; pbaacn : G, 207, 212, 224. 

Diedenhofen (= Thionville, Mo- 
selle), pirrnn, spécifié « de 
Metz » : A, 200. 

Dieuze, jadis Duze (Meurthe), omi : 

C, 27, 191 ; ou 01U et DHVJ : A, 
146. 214. 

Dijon, 11181*1 : B, 167; ou rttttTH : 

A, 247. 

Domgermain(Meurthe),'ï*73"]*iZJ3'n: 

B, 96, 144; D, 21 , 31, 71, 87. 
Donnelay (Meurthe), ^bail : A, 12; 

«bail ; B, 148. 
Doulevant (Haute-Marne), ■JKYlb'n, 

spécifié « région de Joinville » : 

G, 139. 
Écrouves (Meurthe), Epia* : B, 7, 

68 ; tlfina*, D, 67 ; Epp* : G, 190. 
Épernay, *3-i*c* : c, 56. 
Essey (Meurthe), yoy , spécifié 

« près Nancy » : C, 269. 
Essia (Jura), K-w : A, 48, 124, 137, 

472, 205; B, 153. 
Falck (Moselle), devenu Falek, 

pbaB : G, 236; D, 260. 
Fosses (Vosges), cnd : A, 156 ; D, 200. 
Foug (Meurthe), ans spécifié, « près 

Toul » : A, 23, 85 ; B, 11, 30, 38, 

66, 80; D, 110. 



Francfort, ïm&p3K-)B : G, 332 ; D, 

34. 
Furth (Bavière), N-JTPD : B, 54,123. 
Goldbach (Ht-Rhin), ^NabftU (sans 

d) : A, 30. 
Gondrecourt (Moselle), nmpnanaia, 

« en Lorraine » : A, 24; B, 16, 22, 

42, 52, 84 ; D, 24, 25, 54, 59. 
Gondreville (Meurthe), b^rrttfcO : 

G, 3. 
Grand (Vosges), jçna : D, 75. 
Haroué (Meurthe), "Wm»!!: B, 175. 
Hellimer (Moselle), nîawn : B, 

161 ; G, 351, 378. 
Herbéviller (Meurthe), KbTVai3>tt : 

B, 92. 
Horville (Meuse), b"n WiWi : B, 168 ; 

D 86 ; b^Tun», « près Neufchâ- 

teau » : D, 157, 180. 
Imling (Meurthe), M*»bîa^ : B, 102. 
Isse (Marne); yzy : D, 141, 232. 
Joinville (Hte-Marne), b^n^Nmia : 

B, 53, 160; D, 216. 
Jouy (Moselle), ^an© « près Com- 
mercy » : G, 41, 67, 83. 
Kolbsheim (Bas-Rhin), KOB**bip 

A, 58; B, 26, 59,81, 133. 

La Marche (Vosges), "an&MDNb, spé 
cifié « ville » : B, 8, 12, 33, 56 
D, 173. 

Lamath (Meurthe), Nasb : A, 198 
BÉWflKb : B, 173. 

Landau (Bav. rhénane), KYTOKb 

B, 24; puis, par interversion des 
médiales, NYmab : B, 167. 

Lixheim (Meurthe), NO"»b : A, 107 ; 
B, 10, 15, 24, 65. 

Lommerange = Lomersviller (Mo- 
selle), -lymunmb : d, 30. 

Longeville (Meuse), b'mwaib: C,81. 

Loupmont (Meuse), flW3lb, « près 
Saint-Mihiel » : G, 214. 

Loutremange (Moselle), pwiTib : 
D, 22. 

Louvigny (Moselle), ou Luvigny 
(Vosges), -Çaib : G, 202 ; aussi 
Wlh : D, 50. 

Mailing (Moselle), ">b«73 : A. 217. 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU HATRE 



269 



Marchéville (Meuse), ynaranNE : 

A, 115, 135; B, 3, 77. 
Menken (Silésie), ^yJ2 : A, 44. 
Metz, "p» : A, 76, 200 et passim. 
Metzerwisse (Moselle), o^TnsfcJH : 

G, 256. 
Mézières, ■nrwTJn : A, 80 ; G, 15. 
Mirecourt (Vosges), -imp-irr» : B, 

119, 142, 161 ;D, 226. 
Mittelbronn (Meurthe), ÏWWtï'Ta : 

D, 23. 
Morhange (Moselle) = Merchingen, 

1*^3-1212 : G, 287 ; D, 37, 70,;i88. 
Munich, naa^n : A, 153; rDOT 

(interverti) : D, 81. 
Mutzig (Bas-Rhin), *]*2,V2 {g mouil- 
lé) : A, 78. 
Nancy, ^oaa ou ">oaaa, comporte 

parfois l'addition Œ-îpna, « à 

l'hôpital » : A, 6, 20, 31. 
Neufchâteau (Vosges), NiUNUîJa : 

A, 5, 9, 29; B, 9, 15, 73, 85; spé- 
cifié « en Lorraine » : B, 30. 

Neuville [au Rupt] (Meuse), b"m*a : 

G, 7. 
Oberlauterbach (Bas- Rhin), 

^«a"TT»ibn^a« : G, 260. 
Odratzheim(B.-Rhin),ns-nN: A, 13, 

34, 77 ; puis (complet) ,Û"nrwniK: 

B, 97. 

(?) ans Munster (Ht-Rhin), ûaaa^oa : 

A, 157, 175, 196. 
Ourdies (Meuse), rnizmN : A, 36, 

42, 62, 84, 95, 214; B, 57. 
Pagny,3^::ND, spécifié « sur Meuse» : 

A, 2, 180; D, 67, 244. 
Bonneff, t|NaND : D, 73, 94; Epaao : 

A, 126. 
Phalsbourg (Meurthe), ^"nasbND : 

A, 73. 
Piney (Aube), rmo, <( à 28 lieues de 

Toul» : D. 91. 
Poissons (Haute-Marne), 1NDDND, 

« près Joinville » : D, 63. 
Pompierre (Vosges), "unsEND, 

« près Neufchâteau » : G, 28. 
Pont-à-Mousson (Meurthe), anaia 

y^OV2 : A, 16; puis, déjà mieux : 



ÏNOifctta j'WKa ; A, 32 ; ensuite, 
HOTO ytiï"\Z) : A, 86, 98 ; puis, 
presque bien, laoïaJHais : B, 
172; enfin INDittNCMNS : C, 264-6. 
En outre, l'abréviation tt"s, A, 
144, 218, signifie peut-être : P.-à- 
Mousson. 

Rambucourt (Meuse), -imp">aa*n : 
C, 109. 

Raon (Vosges), ïçan (2 syllabes) : 

C, 364. 
Reichshoffen(B.-Rhin),t*sNHOD r n: 

G, 309. 
Reims, O»"""! ; G, 40, 52, 54. 
Rémonville (Ardennes), b"ma«33:n : 

D, 170, 278. 

Ribeauvillé (Ht-Rhin), "îrPYWÎDm : 

B, 159. 
Rixheim (Ht-Rhin), MWn : D, 10, 

20, 23, 49. 
Rosenwiller (Bas-Rhin), -ibvmOTi : 

A, 180 (transcription douteuse). 
Rosheim (Bas-Rhin), D"«on : A, 223; 

D^nOTl : D, 52, 109. 
Rosières (Meurthe), vïni, « à 4 

lieues de Nancy » : A, 293 ; B, 

160, 178; C, 262, 308. 
Saint-Dizier (Hte-Marne), jnpWO : 

G, 90, 130, 225. 
Saint-Mihiel (Meuse), ■VEJO : G, 

18, 45, 75. 
Saint -Thiébault (Haute-Marne), 

myiDttO : G, 339, 368; D, 55, 

82. 
Sampigny (Meurthe), jnais»KO : D, 

33, 62. 
Sarrebourg (Meurthe), amaiNND : 

G, 254. 
Sarcey (Haute-Marne), ^DIND « sur 

Meuse », OKNE : G, 221. 
Saverne (Bas-Rhin), paNS : D, 29. 
Sierck (Moselle), jp-ut : A, 218. 
Sillégny (Moselle), Kab^O ■• A, 26, 55; 

na'ano : A, 273, 284. 
Thiaueourt (Moselle), "impÉTB : G, 

2, 14, 214 (fréquent). 
Thonnance (Hte-Marne), Da^aai::?, 

« près Joinville » : B, 160. 



2:o 



REVUE DES ETUDES JUIVES 



Tombelainc (près Nancy), p?bn73NU 
(avec p) : A, 70 ; ps^bnNU : A, 
93; pbaTB : A, 110; jarbaavi : 

A, 104 ; |9bai1 : A, 268. 

Toul (Meurthe), ma (sans b) : A, 3 ; 
bvr: A, 8, 9, 21,39; bmu : A, 63, 
85, 88; B, 17, 18; G, D, passim. 

Trêves, -nsno : A, 153 ; i^tj : 

A, 229 ; Tniû : A, 97, 119 ; B, 126, 
271 ; D, 80. 

Uttenheim (Bas-Rhin), mania : B, 

32, 136. 
Vallier (Saint) (Vosges), nanbam : 

B, 43. 

Vandœuvre :(Meurthe), mianaam : 

A, 82, 209. 
Vannes (Meurthe), "{Nil, « près 

Vaucouleurs » : A, 7; B, 100, 179. 
Vantoux (Moselle), amaan : A, 

126; tt3H3Kn : A, 128; tttaaKl : 

A, 160; B, 34, 90; D, 33. 
Vaucouleurs (Meuse), nrbaNii : A, 

7, 19, 161 ; "îanbpN-n : A, 191, 

234, 248 ; -)3»b*pNll : B, 25, 35, 

60, 91. 
Velaines Meuse), K^bani: À, 174,202. 
Verdun (Meuse), Jimpll : G, 201 ; 

•jrwn : D, 235. 
Vézelise (Meurthe), o^brani ; C, 

340, 380, 388. 
Vie (Meurthe), *py\ : B, 75, 122, 

165; ^ann : C, 205. 
Vitry (Marne), "HTll : A, 107 ; 

^yu^ : B, 138>; précisé « le 

Français », 3>03N-)D3>b : B, 6, 27, 

59; D, 26, 113, 141. 
Void (Meuse), Nil : D, 162, 195. 
Vro ville (Vosges) ou Vraincourt 

(Haute-Marne), Vnaann : C, 206, 

231, 237. 
Waldwisse (Moselle), 0*nnbfim : 

D, 309. 
Wingersheim (Bas-Rhin), Ittnwm, 

« près Hochfelden » : C, 296. 
Wintzenheim (Bas -Rhin), n3i33"m : 

A, 149; D, 32, 41. 
Wissembourg (B.-Rhin), Sima^'m : 

A, 237. 



Noms de personnes (non locaux). 

Bach, -|K3 : G, 331. 

Bermann, a»"ia»a : A, 2, 18. 

Bernheim, 3?nîV3 (y non ■«, ter- 
minaison en prononciation fran- 
çaise) : G, 203. 

Bloch, "Jôôa (ch dur) : B, 79. 

Boaz, tan a, ministre-officiant cé- 
lèbre à Nancy en 1802 : B, 107 ; 
D, 42, 52. 

Calmann = owaibp germanisé : 
G, 300. 

Cerf, rp?T: A, 126; C, 232. 

Dreyfuss, OlBïP'm : B, 174 ; DIS^Tj : 
C, 297, 

Eisenmann, INEaT"» (sans n) : D, 
43,88, 121, 133. 

Ennerich, miaiN : A, 27, 52. 

Feitel, bza^D : B, 128. 

Gœtschlik, p"*bttît33tt = Û"*p*b« : A, 
35,215. 

Haas, OK2<n : G, 204. 

Halphen, "JDbn : A, 50, 75 ; D, 26, 
45, 53. 

Hanovre, "ïamNSNH : A, 94. 

Hess, D3>n : A, 116. 

Honel,b3"in:A,7( une seule fois ci té). 

Italiener, "ï«jnb6n : A, 45. 

Korb, 3-iNp : C, 376. 

Maus, OÏ1N72, vocalisé à la française, 
o : A, 170. 

May, "W2, énoncé allemand, aï : B, 
73, 120, 132. 

Medelsheim (Todros = Théodore), 
un l^p (probablement)Théodore 
Gerfbeer de Medelsheim) : A, 43. 

Moch, *j«» ou ^HN» [ch dur) : A, 
64, 67, 79; B, 47. 

Netter, -laïaya (e pénult. élidé) : 
C, 308. 

Neumann, ïfiMa^a [eu — •*) : C, 336. 

Picard, Unp-'D (t pour d) ■■ A, 92, 
275 ; B, 55, 70. 

Terquem, Ûipi3>:3 : B, 137. 

Vilstadt, BMDVrtPIl (simple v = 11 
non D) : B, 6, 49; D, 113, 131. 

Wiener, WVI : B, 45, 86. 



MANUSCRITS HÉBREUX DE LA BIBLIOTHÈQUE DU HAVRE 271 

Nota. — A deux reprises, les fonctions de parrain ont été confiées à 
un û"om yw « enfant d'intelligence précoce » ; la première fois, le 
15 Schebat 553 (28 janvier 1793), au jeune Yekel (Jacques), fils d'Isaac 
Foug (B, if); la seconde fois, le 13 Heschwan 560 (11 novembre 1799), au 
jeune Béer, autre fils du même Isaac Foug (B, 80). Ce sont les deux seuls 
cas parmi 1321 numéros. 

N os 471-474 6. Diverses parties de la Mischna ; texte en caractères 
Raschi, calligraphié par M Marx Gahen, accompagné d'une version 
française à la suite de chaque paragraphe. I : Yôma (un cahier in-16); 
II et III : Baba Kamma. A la fin du second fascicule de ce traité (n° 472 6), 
il y a un fragment du Commentaire de Raschi sur la Genèse, ch. xvm, 
versets 1 à 4, texte avec traduction en regard, 3 ff. (après de nombreux 
blancs) ; IV. Baba Mecia ; V et VI : Berakhot et Sanhédrin ; passages 
détachés, avec développement talmudique (Guemara). — 5 registres 
in-4°. 

N os 475 à 480. Parties copiées de la Bible, par le même ; section des 
Hagiographes. Texte hébreu carré, vocalisé, accompagné verset par 
verset d'une traduction française littérale, en 6 cahiers in-12, savoir : 
I, Psaumes i à xvm ; II à IV, Job en entier ; V, les Rouleaux d'Esther et 
de l'Ecclésiaste ; VI, Cantique des Cantiques. 

N° 481. Isaïe i à ni, avec comment, de R. David Kimhi, en écriture 
judéo-allemande. Registre in-4°. 

N os 482-3. Extraits du livre û^aittN "133113, par Moïse Landsberg (Offen- 
bach, 1721, in-4°). Commentaire sur le Pentateuque, qui affectionne les 
anagrammes, fima33a, ou allusions à des passages bibliques correspon- 
dants. Deux cahiers in-32, calligraphiés en écriture rabbinique Raschi 
par M. Marx Cahen (ce sont des notes, prises sur des agendas de méde- 
cine). 

No 484. Sentences talmudiques, en français ; copie de M. Cahen. 
Registre in-4<>. 

Moïse Schwab. 



NOTES ET MÉLANGES 



NOTES EXÉGÉTIQUES 

Lamentations, 3, 27-28. 

Afin d'établir le rythme élégiaque (trois pieds et deux pieds), la 
Bible de Kittel coupe le verset 27 ainsi : | b* || «ta** "O j naab | ana 
mwa. Cette coupe est sûrement fausse, car il est impossible de 
séparer par la césure le verbe Nia"» de son complément b*. Il est 
probable qu'il manque après naab un mot épithète, peut-être "0* (cf. 

v. 1), et on doit couper ainsi: mvaa | b*-N^"D || "o* | naab | aia. 
Dans le y. 28 bas est difficile à expliquer. Le sens devient clair 
si l'on prononce bas « charge, fardeau » et si l'on traduit : « car 
un fardeau (pèse) sur lui ». 

Eccl., 1, 12 à 2, 23.1, 

Plusieurs commentateurs ont admis que la suite des paragra- 
phes de l'Ecclésiaste a pu être troublée. Nous croyons, en effet, 
que de 1, 12, à 2, 23, on pourrait établir une suite plus rationnelle 
des idées en intervertissant des versets ou groupe de versets : 
1, 12-18, expose l'inutilité des recherches spéculatives. Ce para- 
graphe, qui, dans le texte, est suivi de 2, 1-11, concernant les cons- 
tructions et les plaisirs, se continue, en réalité, dans les v. 12a et 
13-17. De son côté, le paragraphe 2, 1-11, se poursuit dans 12 b et 
18-23. On notera que le v. 11 commence par le mot VP3D1 et le 
v. 17, qui amène la conclusion du morceau, par le mot YiK3»% et 
que, de même, 12a commence par vrwi et 18, qui en est la suite, 
parvKWsn. II y a là un parallélisme frappant. 11 est possible que 
la similitude même des débuts de ces versets ait amené le désordre 
actuel. En tout cas, en réunissant, d'une part, 1, 12-18, 2, 12a, 
13-17, et, de l'autre, 2, 1-11, 126, 18-23, on obtient deux dévelop- 
pements bien coordonnés, l'un sur l'étude de la philosophie, 
l'autre sur la poursuite des plaisirs. 

Mayer Lambert. 



NOTES ET MELANGES 273 



PAGES MANUSCRITES INSÉRÉES DANS UN INCUNABLE 

HÉBREU 

A la fin d'un exemplaire du Pentateuque, achevé d'imprimer à 
Bologne, le 29 janvier 1482 (exempl. de la Bibliothèque nationale, 
série des vélins, A, n° 54), sont intercalées trois pièces manus- 
crites. Cette édition princeps du Pentateuque, sur vélin, avec la 
version d'Onkelos, le commentaire de Raschi, les Haftarot et le 
« Rouleau d'Antiochus », est rarissime, au dire de J.-B. de Rossi », 
de Zunz* et'de Steinschneider 3 . 

I 

Le premier de ces textes, écrit sur papier (un feuillet intercalé 
après coup), est une paraphrase du colophon de ce volume, para- 
phrase conçue en ces termes : 

J° Giuseppe Vita fi° Aron de Rotenburgo nativo francese, vedendo la 
bella collezione fata da alcuni d'unire al Pentateuco la traduzione caldea 
ed il comento di Jarchi, me sono dato tutto lo studio per formarlo cor- 
retissimamente un corpo ; la quale compilazione fata ha Id* bened. 
inspirato Messer Giuseppe Croueta fi° Abram di usare tutta le diligenze 
di far venire person'i pratiche di poterlo dare alla luce col mezzo délie 
stampe, fra quali Maestro Abram di Vita, e lo termino il venerdi che 
n'avevamo 5 del mese Adar primo nell' anno 5242, che corresponde al 
1482. Bolonia f° in pergamena. 

(Signé :) M. Foà. 

Plusieurs particularités sont à noter dans ce document. D'abord, 
il offre l'avantage d'avoir les noms propres transcrits en lettres 
italiennes, de fixer ainsi la vocalisation et la prononciation 
des noms écrits en hébreu. Par exemple, le colophon apprend 
que cette édition du Pentateuque a paru aux frais de Joseph 
ïicwip, nom lu par Steinschneider Caravida. Mais voici que 
notre petit texte, écrit peu de temps après la publication du 
volume, énonce le nom en question : Croveta. Par contre, on se 
demande pourquoi le promoteur de l'édition, qui dans le colophon 
hébreu se nomme Joseph Hayyim b. Aron pmaonûiD (Strasbourg) 

1. Annales, p. 22. 

2. Jûd. Zeitschrift, V, 99. 

3. Catal. Bodleianœ, col. 1, n° 2. 

T. LXVIII, n° 136. 18 



274 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

« français », est appelé ici : de Rotenburg; ensuite, pourquoi le 
surnom du typographe Abraham b. Hayyim, qui dans l'hébreu est 
désigné par l'appellation trwasn yn (Dei Tintori), n'est pas repro- 
duit dans la transcription italienne. 

Cette notice n'est pas datée, mais l'aspect de l'écriture permet 
de l'attribuer sûrement au xvi e siècle. Or, une lettre de recom- 
mandation en faveur d'un Mose Foa apprend que ce Foa était le 
second fils d'un riche collectionneur de livres hébreux, qui après 
des revers de fortune n'avait laissé à ses héritiers qu'une maigre 
succession. Très probablement ce Mose Foa se vit dans la néces- 
sité de céder le précieux volume reçu en patrimoine, et dans ce 
but il dut fournir à l'acquéreur une analyse sommaire, plus ou 
moins correcte, de l'objet vendu. 



Il 



L'avant-dernier feuillet contient, écrit en caractères rabbiniques 
italiens, un singulier récit, que le D r Schapiro, a bien voulu nous 
expliquer. Dans la ville de Sermini (ou Semieno 4 ), un fervent 
israélite, alors âgé de trente-deux ans et père de grands enfants, 
avait constaté avec chagrin que la circoncision effectuée sur lui 
était défectueuse. Il était d'autant plus affecté de son état, que, eix, 
bon cabbaliste, il se jugeait privé du sceau divin, conformément à 
ces mots du Zohar 2 : « Dès que les hommes sont circoncis, le 
yod [du mot Schadaï], symbolisé par la marque sacrée de l'Al- 
liance, Berit, est imprimée sur le corps. » 

Notre homme consulte le rabbin Mardochée Dato, et celui-ci le 
présente à un praticien renommé, le médecin Juda Portaleone, 
rrn» i*©, à la famille duquel le patient était apparenté. Satisfac- 
tion lui est donnée. Grâce à cette intervention chirurgicale, faite 
le mercredi 10 Iyar [5]342 (2 mai 1582), il est désormais comme 
régénéré, physiquement et moralement; ce dont il rend grâce à 
Dieu. Voici ce curieux texte : 

vib* 1 » nmn *r> ">b n*Yin tûn *ppn "onjab 'n nnN ^ria .hia 'on 
Wiaa an y^n vn -o *tra33>73n vr 1 * tta rima ï^rv upbn rtyn» 
Ti'nTSD aann is bîwzib irobn ^i-ion ^n-om» "nriNi rtïyrt an "n; 

1. Lecture incertaine. 

2. Sur la Genèse, xxviii, 3 ; t. t, 95 a, fin; trad. française, éd. Lafunta, l, p. 543. 

3. Voir Mischna, Sabbat, xix, 6; jer., ibid., 17 a-b. 



NOTES ET MÉLANGES 27S 

î-mm n'tt'a nbi^an ttD*\in ^pan T»b ^ynm Vat''* la&n ^anntt 
naroa ^ma ^nnjM ipn: nann cann -mini tt> b^uî rin» -ijio 
H3td û">nuîi û"»ujbD la TiTna aâi» "T"« unn «in laian îznnb "n^aja 
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■w ib"»nnn a-nn «bn niznn rmaa rpn«i mys -nasa unm yiaai 
iaa Trnen û^aia a^m^bi rmnb nataia "na i»n îanôn ^mïci 

.nia .yas .a^ronm û^p-^atn rsm 

Cette notice anonyme permet d'ajouter un détail à la biographie 
d'un écrivain juif d'Italie. Ce médecin n'était pas connu comme 
tel, mais bien comme littérateur. Selon D. Kaufmann 2 , il n'est 
pas douteux que Leone b. Isaac de Sommi, expert en art drama- 
tique, appartenait à la famille Portaleone. Ainsi, le cinquième fils 
de Salomon b. Abraham II Portaleone, né le 5 décembre 1549, 
était Isaac, et le troisième cousin de Salomon, petit-fils de David I 
Portaleone, un des plus grands chirurgiens italiens du xvr 3 siècle, 
s'appelait Leone, ou Juda, et était né à Mantoue en 1527. Pour 
bien se rendre compte de ces relations de parenté, il est bon 
d'avoir sous les yeux le tableau généalogique des Portaleone. 

Benjamin 
. f ■ j 

Abraham I Lazzaro I 

T 

Abr. II 

T T 

Salomon Leone I, Lucido 




! I III II 

i. Bellarosa; 2 Lazzaro II; 3. Ruben; 4. Mard. ; 5. Isaac. 1. Rébecca; 2. Lazzaro; 

3. Juda ou Leone II. 

D'autre part, on sait que Leone de Sommi expose les origines 
de la comédie sous forme de « Dialogues », œuvre datée de 1556 
(ms. de la collection de Rossi à Rome, n° 31). Il semble donc que 
notre Juda, ou Leone, était à la fois médecin et historien de l'art 
poétique. 

Plus bas, sur la môme page, d'une écriture un peu différente, 
moins fine, un autre possesseur du môme volume raconte un 
incident de voyage : 

1. Initiales du nom Joseph Salomon Rôfé (médecin). 

2. Jeu). Quarterly Reviêw, X, 445-461. Gf. Mortara, R. É. /., XII, 113-116. 



276 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

■^du CnbiDa i-ns -udk 'n eairm "pan ^d "pmabDab r-im» -dî 

*p:nb rtfio *bi ■*? fyiattb 'n ->m ."îay^n byn û^a Tibaa ten V St 

.•iab^a ... a-non biran 

L'auteur anonyme de ces lignes raconte qu'en traversant la 
rivière Secchia \ lors de son retour de Scandiano (plus au sud), 
il tomba à l'eau le jeudi 11 Heschwan [5]347 (= 23 octobre 1586), 
du haut de la passerelle, et qu'il faillit se noyer. 11 rend grâce à 
Dieu d'avoir échappé à ce péril. — On aura remarqué la mention 
de l'année faite en toutes lettres surpointées, sans doute par 
quelque allusion cabbalistique au double sens du mot D"^, « eau » 
et « quarante ». 



111 



Sur les derniers feuillets, les membres de la famille Rava, pos- 
sesseurs successifs de notre incunable, ont inscrit, conformément 
à l'usage, les mariages et les naissances (et, à la fin, quelques 
décès), survenus dans leur famille pendant plus d'un siècle, de 
1519 à 1639. Les notices sont inscrites en lettres cursives, mais 
le titre est calligraphié en caractères carrés, en ces termes : 

.nrmND -atznnza b"î «an apy* ob'jn -p^^n p îtdb n-nbin nb&o 

« Voici la généalogie de Moïse fils du juste parfait Jacob Rava, 
défunt, habitant de Padoue. » 

Ledit Moïse épouse la demoiselle Simha, fille de feu Menahem 
nâr«bott, née le jeudi 9 ïébet [5 lw 280 (1 er décembre 1519). — Cette 
note ne donne pas la date du mariage ; il a dû avoir lieu vers 
1537, si l'on tient compte de la première naissance, dont la men- 
tion suit : 

Le dimanche 11 Tammouz 298 (9 juin 1538), est née Stellina. 

Le 1 er Adar 5311 (8 février 1551) est né Menahem, qui a été 
circoncis par Samuel Porto Aschkenazi. 

Menahem Rava, fils de Moïse, épouse Demoiselle Pierna, fille de 
feu Élie Finzi t^KB, le 1 er Nissan 5330 (7 mars 1570). 

1. Torrent de l'Italie du Nord, qui en a?al de Modène, devient un affluent de 
droite du Pô. 



NOTES ET MÉLANGES 277 

Le jeudi 15 Tamouz 5332 (26 juin 1572), naît Élie, ainsi nommé 
en mémoire de son grand- père maternel. 

Le mardi 18 Heschwan (3 novembre 1574), naît Jacob Salem, 

Le jeudi 18 Ab 5336 (14 juillet 1576), David, 

Le dimanche 26 Tébet 5341 (1 er janvier 1581), Aron Bension, 

Le dimanche 15 Éloul [51342 (2 septembre 1582), Anna, qui meurt 
le 3 Heschwan [51344 (19 octobre 1583), 

Le samedi soir 1 er Nissan 345 (31 mars 1585), Stellina, ainsi 
nommée du nom de sa grandmère, 

Le mardi 19 Siwan 348 (14 juin 1588), Moïse, fils de Jacob 
Salem. 

Moïse Rava, fils de Jacob Schalom, épouse la demoiselle Rachel, 
fille de Yedidia Maloca de Castiglione, le 8 Tamouz [5]377 (11 juillet 
1617). De cette union sont issus : 1° une fille, appelée Rachel, née 
le 8 Éloul 378 (29 août 1678) ; 2° Éliézer Hayyim, né le mercredi 
27 Siwan 5381 (16 juin 1621). 

Menahem Yehiel Rava inscrit la naissance de sa fille Hanina, 
dite Pierna, à la date du vendredi 9 Tisri 386 (10 octobre 1625). 

Le vendredi 4 Éloul 391 (1 er septembre 1631), naît Jacob Schalem, 
qui porte le nom de son père. 

Jacob Schalem Rava, fils de Menahem Rava, meurt le 2 Ab 5383 
(29 juillet 1623), et sa veuve, le 20 Tamouz 399 (22 juillet 1639). — 
Ces deux derniers faits sont consignés par le fils des défunts, qui 
ne donne pas son prénom. 

Moïse Schwab. 



BIBLIOGRAPHIE 



Dussaud (René). Musée du Louvre. Département des antiquités orientales. Les monu- 
ments palestiniens et judaïques (Moab, Judée, Philistée, Sama- 
rie, Galilée), Paris, Leroux, 1912; grand in-8° de 132 pages avec une planche 
hors texte et 82 gravures. 

Le catalogue de M. Dussaud comprend 226 numéros au lieu de 82, que 
contenait la notice de M. Héron de Villefosse publiée en 1876. En outre, 
les monuments déjà connus ont été l'objet de nouvelles recherches. C'est 
ainsi que l'auteur a non seulement reproduit et retraduit la stèle de Mésa 
(p. 4-22), en tenant compte des travaux les plus récents, mais l'a accom- 
pagnée d'une notice historique, où il étudie les luttes entre lesMoabiteset 
les Israélites, les travaux édilitaires de Mésa et les conceptions religieuses 
des Moabites. M. Dussaud montre aussi que l'authenticité de la stèle est 
incontestable. Nous signalerons parmi les autres inscriptions les plus 
importantes, dont le Louvre possède l'original ou des moulages, celle 
de Siloé (p. 23-25), celle qui interdit aux non israélites d'entrer dans la 
partie réservée du temple (p. 25-27), celle des Bené-Hézir (p. 51-56) et 
celle de la synagogue de Kefr-Bir'im, datant du n* siècle (p. 86). Parmi 
les monuments intéressant le judaïsme au point de vue archéologique, 
nous noterons les ossuaires ou grandes caisses dans lesquels on réu- 
nissait les ossements des membres d'une même famille (p. 33-36), le 
sarcophage de la reine Hélène d'Adiabène (p. 43-44) et un cachet d'un 
fonctionnaire royal. Une série de vases et de lampes en terre cuite don- 
nent une idée des transformations successives de la céramique en Pales- 
tine. Le livre de M. Dussaud a été imprimé avec soin et élégance, et de 
nombreuses illustrations, ainsi qu'une superbe héliogravure de la stèle 
de Mésa, en rehaussent la valeur instructive. C'est une belle œuvre d'art 
unie à une remarquable œuvre de science. 

M. L. 



BIBLIOGRAPHIE 279 



Raoul de la Grasserie. Études de grammaire comparée. Du verbe 
comme générateur des autres parties du discours [du phénomène au noumène), 
notamment dans les langues indo-européennes, les sémitiques et les ouralo- 
altaïques. Paris, Maisonneuve, 1914; in-8° de 310 p. 

Cet ouvrage n'intéresse les études juives que parce que l'auteur em- 
brasse dans sa démonstration les langues sémitiques. A vrai dire, l'au- 
teur ne paraît pas avoir une connaissance bien profonde de ces langues. 
Il a puisé sa liste de mots dans le dictionnaire de Leopold, qui ne semble 
pas être au courant des recherches lexicographiques modernes. Voici, 
par exemple, le début de la liste des racines hébraïques (p. 260) : habab 
(h = alef) verdir; heb, fruit; hâbib « épi » ; — hâbad s'en aller, périr, 
hobecl misérable, hobed perte; - hâbâ vouloir, consentir; hebeh roseau; 
hêbion, misérable. En général, il nous semble que l'auteur, au Lieu de 
donner de longues listes de mots tirés de toutes les langues, aurait 
mieux fait de prendre quelques exemples bien choisis et d'en tirer les 
conclusions qu'ils comportent. La thèse de M. de la Grasserie est que le 
substantif dérive du verbe et cette thèse est soutenue avec des argu- 
ments de valeur. Sans doute l'auteur reconnaît lui-même qu'il y a une 
période d'indivision dans laquelle les mots étaient à la fois verbes et 
substantifs. Mais plus tard le sens des mots s'est précisé. On pourrait 
objecter que la notion du verbe n'existe que par opposition à celle du 
substantif ou de particule, de sorte que le substantif doit être aussi 
ancien que le verbe; mais il semble bien que les substantifs existants 
dérivent des verbes, le mot simple ayant pris l'acception du verbe et le 
mot augmenté celui de substantif. C'est, en effet, l'acte, le phénomène, 
qui a du frapper l'esprit de l'homme primitif plutôt que la notion d'être 
permanent. On trouve dans l'ouvrage des remarques judicieuses, par 
exemple celle que les termes d'abstrait et de concret ne doivent pas 
induire en erreur, car ce qui est abstrait pour nous ne l'était pas pour les 
anciens. Ainsi « rougeur » est pour nous un abstrait, pour les anciens 
c'est une notion concrète. On notera au>si l'idée que l'adjectif est, à l'ori- 
gine, identique avec le verbe. La difficulté pour la grammaire comparée 
est de retrouver la mentalité des premiers hommes. Les livres de M. de la 
Grasserie peuvent, bien que les matériaux scientifiques y soient parfois 
de seconde main, contribuer à obtenir ce résultat. 

Mayer Lambert. 



280 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nomdmann (A.). Der israelitische Friedhof in Hegenheim in ge- 
schichtlicher Darstellung Bàle, Wackernagelsche Verlagsanstalt (en 
commission chez Cari Beck, à Leipzig), 1910 ; in-8° de xvi + 207 p. et 6 planches. 

Des deux anciens cimetières de la Haute-Alsace, celui de Jungholz 
avait fait l'objet d'une bonne monographie de M. Ginsburger. M. Nord- 
mann nous donne une excellente étude sur celui de Hegenheim, dans 
l'ancien Sundgau. Médecin à Bâle, originaire d'une des plus vieilles 
familles de Hegenheim, il s'est acquitté de ce travail avec une visible 
sympathie, je dirai presque avec dévouement, et il a mis au service de 
la piété filiale une science avertie et intelligente, qui ne néglige aucun 
côté du sujet : statistique, législation, mœurs, épigraphie, généalogie, 
onomastique. Il a épuisé son sujet, il l'a même dépassé : très utile con- 
tribution à l'histoire du judaïsme alsacien, son livre suggère plus d'une 
vue sur divers problèmes d'histoire juive. 

Un premier chapitre nous oriente sur les sources. Les principales sont 
naturellement les registres et les livres de compte du cimetière ; les 
fonds d'archives ont également fourni des actes importants. Ce que 
M. N. dit des Archives du Consistoire central (p. 7) n'est plus exact : 
elles sont classées et accessibles, mais peu importantes. A noter les indi- 
cations de la p. 6, sur les Memorbuch de Hegenheim, Buschweiler et 
Niederhagenthal, de la p. 36 sur celui de Sierentz. 

Le chap. II contient un historique des communautées [juives du Sund- 
gau, puis de chacune d'elles en particulier. Comme dans le reste de 
l'Alsace, elles se sont constituées à partir de la deuxième moitié du 
xvne siècle. Sur les troubles caractéristiques de 1778 et de 1789, M. N. 
ne nous apprend rien (l'assassiné d'Ufïïieim en 1789, p. 107, ne serait-il 
pas une victime de ces troubles?) ; en revanche, il fournit des détails 
intéressants sur l'histoire de quelques communautés, en particulier sur 
celle de Hegenheim, dont l'administration (et pas seulement le rabbi- 
nat) fut réorganisée par Cerf Berr (p. 28 et 166, lire Médelsheim) et qui 
a eu au xix e siècle un rabbin remarquable, le libéral Moïse Nordmann 
(1809-1884). Notons ici les renseignements sur les Juifs de Dornach, can- 
ton de Soleure (p. 59), et de Lorrach, dans le Grand-Duché de Bade 
(p. 62, note). 

Les chap. III-V sont consacrés à l'histoire du cimetière. Il fut acquis en 
1673, sans doute pour remplacer celui de Zwingen, près de Bàle, qui 
avait été ouvert en 1868 (celui-ci avait été étudié précédemment par 
l'auteur dans son article Ueber den Judenfriedhof in Z. und Juden- 
miderlassungcn im Fùrslbistum Basei, dans le Basler Zeitschrift 
fur Geschichte und Altertumskunde, VI, 141 et s.) Les acquéreurs sont 
les Juifs de Hegenheim ; mais il nous semble qu'ils agissaient aussi 
pour le compte d'autres communautés, car les statuts de 1692 furent 
établis par les délégués d'Allsehwyler, Hegenheim et Blotzheim (voir 
p. 87). M. N. se demande, après M. Ginsburger, si lès Juifs pouvaient 
posséder des biens-fonds en Alsace. La vérité nous paraît être que le 



BIBLIOGRAPHIE 281 

Conseil souverain de Golmar fixa au xvm e siècle la jurisprudence comme 
en Allemagne, dans le sens restrictif, mais qu'au xvn e siècle les seigneurs 
ne se gênaient pas pour leur vendre des terres. A Metz, la situation était 
toute différente : les Juifs pouvaient acheter des fonds dans le quartier à 
eux assigné. 

Le cimetière fut souvent agrandi par des achats successifs, pour la der- 
nière fois en 1899. En 1801 on y éleva des bâtiments, qui furent recons- 
truits en 1819 et 1866. Une restauration totale a été faite en 1908. Le 
cimetière servait à toutes les communautés de la région — ce qu'on 
appelait la m^no — plus tard à celles de la Suisse, qui en étaient 
comme les colonies, Bâle, La Chaux-de-Fonds, Berne même; Bàle se 
sépara en 1901 à la suite d'un long conflit (la correspondance publiée en 
appendice est d'un intérêt bien médiocre). Aujourd'hui, le cimetière des- 
sert encore sept communautés alsaciennes. M. N. fait ressortir que le 
cimetière n'appartenait pas aux communautés et à leurs membres indis- 
tinctement, mais seulement aux familles qui en avaient acquis le droit, 
appelé nprn. Chose remarquable, on distinguait les membres hérédi- 
taires, qui nous paraissent représenter les « membres fondateurs » (ce 
n'est pas l'avis de l'auteur) et qui transmettaient leur droit à leurs des- 
cendants mâles, et les membres nouveaux, qui l'acquéraient au moment 
de leur mariage. Le prix du terrain était proportionné à la fortune de 
l'acquéreur; on payait de plus une taxe d'inhumation uniforme, outre 
une aumône. Lorsque les taxes, dont le montant était très variable, ne 
suffisaient pas, on levait des contributions sur les membres (si en 1859 
on ne leva pas un impôt comme en 1801 et 1820 (p. 117), c'est que ces 
contributions étaient défendues depuis que le budget du culte israélite 
avait été mis à la charge de l'Etat, en 1831). — Dès 1692, le cimetière 
était administré par quatre gabbaïm ; plus tard le nombre de ces Admi- 
nistrateurs fut augmenté. Ils étaient nommés à vie et se cooptaient. Ils 
exerçaient une véritable police, souvent sévère, sur les « clients » du 
cimetière. A partir de 1766, cette administration fut séparée de celle de 
la communauté de Hegenheim. 

Les pierres tombales, étudiées dans le chap. VI, sont de peu d'intérêt. 
Il n'en reste que six du xvn siècle; l'auteur les a soigneusement étudiées 
et il en donne des reproductions photographiques. La première est bien 
déchiffrée, p. 130, mais il doit y avoir une faute : les mots ">ib "^sn-i 
sont impossibles; le mort s'appelle Jacob, ce qui lui vaut l'épithète de 
Tarn; poi? a le sens prégnant de « commerce » (cf. p. 135). Pour la date, 
lire unis }""> "r 0Y\ au lieu de in *p?;j dï\ C'est seulement à partir de 
1860 qu'on commence à se servir du français et de l'allemand. Une ving- 
taine de rabbins sont inhumés, mais non exclusivement, dans une allée 
spéciale. Les femmes mortes en couches étaient enterrées à part. 

Les noms des Juifs inhumés, connus par deux listes de membres de 
1692 et de 1730, et par les registres du cimetière, permettent de suivre 
quelques familles juives du Sundgau (chap. VII). L'auteur s'attache aux 



282 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

Nordmann,dont il dérive très plausiblement le nom (la dérivation de Nor- 
mandie est naturellement impossible) d'une des localités appelées Nord- 
heim. sans doute une de celles de la Franconie. 

Parmi les pièces justificatives, les deux premières sont assez curieuses : 
ce sont des lettres datées respectivement de 1701 et de 1718, d'ambassa- 
deurs français en Suisse réclamant en faveur de Juifs alsaciens. Deux 
documents en judéo-allemands, les statuts du cimetière de 1692 et le 
procès-verbal de l'organisation de la communauté de Hegenheim en 1772, 
sont aussi intéressantes par le fond que par la forme (notons seulement 
le mot schtadlonus, qui aurait le sens singulier de « pot-de-vin, pour- 
boire », p. 46), — Les planches sont, outre les six tombes du xvn* siècle, 
un plan du cimetière en 1809, une lithographie exécutée en 1868 par 
lsaïe Levail (Levaillant ! Les deux noms sont des substituts de Lévi) et 
une vue des nouvelles constructions. 

Quelques observations de détail, P. 19, le dénombrement de 1784-5 
n'a été inspiré par aucune pensée politique secrète. P. 22, l'hospitalité 
accordée par Bâle aux fugitifs de 1789 se concilie très bien avec le refus 
de laisser des Juifs commercer ou s'établir dans la ville. P. 104, n., il n'y 
a aucun rapport entre le Judenrecht et la législation à l'égard des Juifs, 
et le min "pT, législation juive P. 105, Arié Juda Lœb Theomim signe 
évidemment comme rabbin provisoire on momentané de Brisach. P. 50, 
note, 1. 2, lire 452 pour 492 ; p. 68, note, lire Zalman pour Salmoh ; p. 90, 
note, lire XLI pour XIV. Dans les mots hébreux, il s'est glissé quelques 
fautes d'impression faciles à corriger. Les étymologies de npTti (p. 177, 
n. 2) et de ^«aa (p. 8, n.) sont aventureuses. P. 50, n., o*was n'est pas 
« deniers», mais « sous ». P. 131, le mot de Simon b. Gamaliel ne fait 
pas allusion au luxe dans les pierres tombales. P. 165. d. 1., Vn72b }'■» n'est 
pas le 13 Ab, mais le 13 e jour de l'Orner. 

M. N. dit modestement que son travail n'est pas d'un historien de pro- 
fession- On peut le donner en modèle aux spécialistes. 

M. Liber. 



Voorzanger (J.-L.) et Polak (J.-E.). Het joodsch in Nederland, san net 
hebreeusch en andere talen outleende woorden en zegswijzen, 
verzamelt en toegelicht (le Jargon, judisch, dans les Pays-Bas; les mots 
et locutions tirés de l'hébreu et d'autres langues, recueillis et expliqués). Amster- 
dam, Van Munster, 1915; in-8° de 324 p. 

Depuis plusieurs siècles, comme on sait, la littérature judéo-alle- 
mande a eu ses historiens et ses lexicographes. Tels furent tour à tour 
les ouvrages de Joh. Christ. Wagenseil (Kônigsberg, 1699), de Joh. 
Adam Hagen (Prague, 1773), de Joh. Ferd. Schônfeld (Prague, 1780); 



BIBLIOGRAPHIE 283 

de G. Selig (Leipzig, 1792, de Rud. Giehrl (Nuremberg, 1829), de J. 
Gerzon (Cologne, 1902); de S. Simchowitz (Bonn, 1910); enfin de M. Pinès 
(Paris, 1911), inspiré de l'œuvre analogue publiée par Léo Wiener à 
New York, en 1899, sans compter la Jùdisch-deutsche Chrestomathie de 
M. Grûnbaum (Mun., 1882) et bien d'autres 1 . 

Ici même', analysant le travail de M. Pinès, M. Julien Weill Ta bien 
dit : « La linguistique moderne, mieux instruite qu'autrefois des ori- 
gines des divers parlers germaniques, a en quelque sorte réhabilité au 
nom de la science, le jargon, si honni de Mendelssohn et de son temps. 
Elle a constaté qu'il n'était en son fond qu'une survivance du moyen 
haut-allemand du xu 9 siècle, que parlaient les Juifs de Souabe et des 
régions voisines, arrêté chez eux dans son évolution normale par des 
conditions particulières, tant intérieures qu'extérieures, de la vie juive... 
Rien de plus curieux que le développement de cette langue juive dans 
l'Est de l'Europe, évinçant le judéo-slave en formation, revenant plus 
tard avec les rabbins polonais en Allemagne, combattue par les généra- 
tions de VAufklàrung et de la Haskala, retrouvant enfin une vitalité 
extraordinaire dans le dernier tiers du xixe siècle. » 

Le judéo-néerlandais, qui jusqu'à présent n'avait pas eu son repré- 
sentant littéraire, est désormais en bonne posture, grâce à une œuvre 
qui atteste la vaste érudition de Fauteur, M. J.-E. Polak, professeur de 
langue française au Séminaire israélite néerlandais d'Amsterdam. Elle 
est composée comme suit : une introduction à la liste alphabétique des 
mots judéo-néerlandais comprenant d'abord une biographie du savant 
qui les a recueillis, feu J.-L. Voorzanger, en son vivant professeur et 
inspecteur principal près la communauté de Veendam (Hollande). Vient 
ensuite un exposé historique de la question, par rapport aux vocabu- 
laires de la plupart des langues européennes. L'auteur n'a pas négligé 
de parler du Ladino, ou judéo-espagnol, qu'omet de mentionner l'œuvre 
analogue de Pinès; mais, par contre, il a oublié la Chrestomathie de 
Grûnbaum et un livre d'Albert Harkavy. Celui-ci, dans son Sefath ha- 
Slawim (St-Pétersb., 1865), a démontré que les premiers Juifs immigrés 
en Russie méridionale ne sont pas venus de la Germanie, mais de la 
Grèce par la mer Noire et la Crimée, ou de l'Orient par le Caucase, et il 
prouve que le slavon a été parlé par ces Juifs; c'était le langage usité 
parmi eux dans les commentaires de la Bible et du Talmud, ainsi que 
dans leur épigraphie. De même, une mention honorable est due à une 
petite série du midi de la France. Dans son Annuaire israélite (Tou- 
louse, 5655 et 56, = 1895 et 96), M. R. Hirschler a publié un mince 
vocabulaire judéo-comtadin, et si modeste que soit cette liste, elle est 
intéressante pour notre sujet. 

Après les considérations d'ordre général, la liste des mots hébreux et 

1. Voir Revue, V, 142, 315; XV, 159. 

2. RE J., LXIV, 157-160. 



284 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

pseudo-hébreux dans le langage populaire, principalement des israéliles 
néerlandais, établie par la présente publication, ne comprend pas moins 
de 250 pages (p. 69-318). C'est beaucoup. N'aurait-on pas pu réduire consi- 
dérablement cette liste en élaguant de nombreux mots d'hébreu pur, 
classiques, non déformés? Peut-être même se contenterait-on des trois 
listes successivement dressées par M. P. pour désigner les mots non- 
hébreux de ce jargon, savoir : A. les mots hollandais (p. 26-35); B. les 
germano-néerlandais (p. 35-38); G. les subdivisions suivantes : 1, mots 
slaves; 2, allemands; 3, espagnols et portugais; 4, néo-latins ou fran- 
çais et italiens (p. 39-59). Cette dernière série appelle notre attention 
spéciale. Les uns sont connus; tels sont : benschen = benedicere; 
oren = orare; Nitel = Natalis; laaienen = légère. D'autres mots le 
sont moins : dormen = dormire; frite =■ rôti; ghetto ; greshet = 
bavard; gremslich, diminutif de crêpe [mettons au moins un ?]; jeu 
= jus [?]; pletten = billets, dans le sens de « bon » [de repas]; potsch- 
kamp = passe-temps; polschke = pochette; planieren = plan gère; 
prayien = prier; ramsen = ramasser; sarver = serveur; shalet = calet 
(il est chaud); sponsering — sponsa; sprinz = espérance; toïf-mem = 
tout de même (?); mappa = bande d'étoffe, servant à maintenir roulé le 
Séfer Tora. A notre avis, il eût été bon de rappeler que le mot est dans 
le Talmud dans le sens « nappe, serviette ». 

Est-il nécessaire de faire remarquer combien maintes explications 
reposent sur des étymologies hasardées? N'auraient-elles pas dû être 
sévèrement examinées et soumises à une plus stricte critique? Le mot 
« Saadat » donne lieu à une bonne page d'histoire; ailleurs, l'origine 
de « Nebisch » reçoit une explication satisfaisante. Pour le mot « Alme- 
mar », un exposé plus approfondi serait venu à propos. M. P. l'indique 
bien comme ayant été déjà employé par Baschi 1 , et avec raison il l'a 
classé comme étant de souche arabe; mais d'où vient que ce terme, 
émigré du rite Sefardi jusque dans le Nord de la France, admis par les 
Aschkenazim depuis le xi e siècle, ne soit plus usité dans son pays 
d'origine, et que les Sefardim de nos jours lui aient substitué l'hébreu 
rabbinique Tébaï II eut été bon de donner un éclaircissement à cet égard, 
au même titre que pour les deux exemples précités. 

Ces menues remarques sont certainement secondaires, si l'on tient 
compte de la somme des recherches faites par M. P. C'est parce qu'il 
nous a charmé, que nous l'aurions voulu parfait en tous points. 

Moïse Schwab. 



1. Sauf variantes entre les transcriptions de ce mot dans le commentaire talmu- 
dique. Cf. Liber, Mots arabes dans Raschi, R. E. J., XLVII, 198, note 1. 

2. Pourquoi Kohut prétend-il que ce terme est néo-grec, tandis que les diction- 
naires latins disent que c'est un « mot punique »? 



BIBLIOGRAPHIE 28S 

Hurtebise (Eduardo Gonzalez). Libros de tesoreria de la casa de Ara- 
gon. Transcripeion é indice, tonio I. Beinado de Jaime II; libros de cuentas 
de Pedro Boyl, tesorero del monarca, desde marzo de 1302 d marzo de 1304. 
Barcelone, L. Benaiges, 1911 ; gr. in-4° de 454 pages et fac-similé. Prix : 
15 pesetas. 

Ce volume est le premier d'une série consacrée à la publication des 
registres de comptes de la Trésorerie royale d'Aragon, qui sont actuelle- 
ment conservés à Barcelone, dans les Archives de la bailla gênerai de 
Catalogne. 

L'auteur a eu l'heureuse idée de ne pas attendre la publication de son 
dernier volume pour dresser un index des matières contenues dans le 
premier. Tous les chercheurs lui seront reconnaissants d'avoir rendu 
ainsi son recueil immédiatement utilisable. 

Une rubrique de l'index est particulièrement abondante : c'est celle qui 
est consacrée aux Juifs aragonais. Jaime II, comme ses prédécesseurs, ne 
dédaignait pas de faire appel aux bons services administratifs et surtout 
fiscaux de ses sujets israélites. 

A cette époque, à Montpellier notamment, il y avait beaucoup de Juifs 
qui s'adonnaient à la médecine. En 1302, Jaime II fait venir de Montpel- 
lier le médecin Jean d'Alet. Parmi les médecins du roi, on rencontre 
G. de Béziers. Pour éclairer certaines mentions un peu brèves données 
par les livres de Trésorerie, M. Hurtebise pourra recourir aux registres 
de chancellerie des années correspondantes. Par ex., aux n tfs 25 et 209 il 
est question du recouvrement, en juin 1302, d'une amende infligée à 
Sento des Forn, à Salamo Bonsenyor et à Coros Gracia (il faut lire Toros, 
contraction de Theodoros) pour des excès commis à Alexandrie. Si l'on 
veut savoir à quel genre d'excès ces marchands juifs se livrèrent, il suffit 
de se reporter au reg. 199 des Archives de la couronne d'Aragon, f° 95, 
sous la date du 24 juin 1302 ; lesdits Juifs, ayant pénétré dans une église 
grecque ou chrétienne d'Alexandrie, auraient injurié un clerc et quelques 
fidèles qui s'y trouvaient ; ils se seraient même laissé aller sur eux à 
des voies de fait fort répréhensibles. Sur les relations adultères du Juif 
Bargell Almoçnim avec plusieurs chrétiennes, les renseignements four- 
nis par les comptes (n° 29) sont plus explicites que ceux que nous trou- 
vons indiqués dans les registres de chancellerie (n° 199, f° 102). Au sujet 
des lettres de rémission accordées à Samuel Morbides et à Sabat Acrig, 
Juifs de Téruel, qui avaient retiré un trésor de sa cachette sans l'autori- 
sation royale, la teneur des deux textes est presque identique (Hurtebise, 
n° 1379, et reg. 201, f° 20 v°). Enfin, on relève dans la publication de 
M. Hurtebise les noms des principaux collaborateurs juifs de Jaime II, 
Abatzar Almeredi, Salomon Avinçaprut, Jahuda Galba, Azmel de la Por - 
tella, Muça de la Portella. 

Nous venons de vérifier sur un point que nous connaissons plus parti- 
culièrement le réel intérêt que peut présenter le rapprochement entre 



286 REVUE DES ÉTUDES JUIVES 

les mentions fournies par la comptabilité royale et les renseignements 
donnés par les actes de chancellerie. En fournissant l'occasion de ce rap- 
prochement, l'ancien élève de l'École de diplomatique de Madrid a rendu 
un service signalé aux études historiques. Faisons remarquer en termi- 
nant que, à l'instar de toutes les productions typographiques qui nous 
viennent de Barcelone, la publication de M. Hurtebise se présente sous 
un aspect à la fois irréprochable et séduisant. C'est là un mérite sur 
lequel on ne saurait trop insister. La capitale de la Catalogne, où 
l'auteur de ces lignes se réjouit de compter de nombreux amis, prend 
place de plus en plus parmi les cités où une singulière prospérité maté- 
rielle n'est pas exclusive des pures spéculations de l'esprit et en parti- 
culier des patientes recherches de haute érudition. 

Jean Régné. 



TABLE DES MATIERES 



REVUE 

ARTICLES DE FOND 

Chàpira (B.). Fragments inédits du Sèfer Haggaloui de Saadia Gaon. 1 

Ginsburger (M.). Samuel Lévy, rabbin et financier (fin) 84 

Lévi (Israël). I. Lilit et Lilin 15 

— II. L'Apocalypse de Zorobabel et le roi de Perse Siroès. 129 

Marmorstein (A.). I. Les Gueonim en Palestine aux xi e et xn* siècles. 37 

— II. Quelques problèmes de l'ancienne apologétique 

juive 61 

Miret y Sans (Joach.) et Schwab (Moïse). Documents sur les Juifs 

catalans aux xi e , xn e et xm e siècles 49 et 174 

Régné (Jean). Catalogue des actes de Jaime I er , Pedro III et Al- 

fonso III, rois d'Aragon, concernant les Juifs (suite) 198 

Reuss (Rodolphe). I. L'histoire d'Elias Salomon de Dauendorf et de 

Iédelé d'Obernai 235 

— IL L'antisémitisme dans le Bas-Rhin pendant la 

Révolution (1790-1793) 246 

Schwab (Moïse). I. Une page des livres de commerce de la banque 

Héliot à Vesoul 222 

— IL Manuscrits hébreux de la Bibliothèque munici- 
pale du Havre 264 

NOTES ET MÉLANGES 

Lambert (Mayer). I. Notes lexicographiques et grammaticales 110 

— IL Notes exégétiques 115 et 272 

Lévi (Israël). Le tétragramme et l'écrit sadokite de Damas 119 

Schwab (Moïse). Pages manuscrites insérées dans un incunable 

hébreu 273 

BIBLIOGRAPHIE 

L. (M.). Musée du Louvre. Les monuments palestiniens et judaï- 
ques, par René Dussaud 278 

Lambert (Mayer). Etudes de grammaire comparée. Du verbe comme 
générateur des autres parties du discours, par Raoul de la 
Grasserie » „ 279 



288 REVUE DÈS ÉÎUDÈS JUIVES 

Liber (M.). I. The old Jewïsh-Aramaic prayer, the Kaddish, par David 

de Sola Pool 126 

— II. Der israelitische Friedhof in Hegenheim, par A. 

. Nordmann 280 

Régné (Jean). Libros de tesoreria de la casa de Aragon, par E.-G. 

Hcjrtebise 284 

Schwab (Moïse). Het joodsch in Nederland, par J.-L. Voorzanger et 

J.-E. Polak 282 

Vexler (M.). Israël et l'humanité, par Élie Benamozegh 123 

Table des matières 287 

ACTES ET CONFÉRENCES 

Procès- verbal de rassemblée générale de 1914 i 

Procès- verbaux des séances du Conseil iv 



VERSAILLES. — IMPRIMERIES CERF, 59, RUE DUPLESSIS. 



DS 
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R45 
t. 68 



Revue des éludes juives; 
historia judaica 



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